Souvenirs 22

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Un texte c'est comme une vie, il naît, il grandit mot après maux, il vit à travers ses lecteurs et il s'achève brutalement par un point final. Mais un bon texte c'est comme une bonne personne, il  [+]

Je relis mes mots avec émotion. Voilà six mois que j'ai finis ce journal. Mais je ne pouvais pas me résoudre à le laisser ainsi. Il me faut raconter la fin, pour enfin tourner la page.

Je me suis rendue au tribunal pour témoigner contre Bill. C'était un mardi. En me levant je m'attendais à voir la pluie tomber. Je pensais qu'aujourd'hui, le soleil se serait caché. Comme dans les films lorsque la pluie tombe quand tout va mal. Oui bien quand la fille court sous la pluie pour retrouver l'homme de sa vie. Mais il n'y avait pas de pluie à mon réveil, pas même un ciel gris. Non. Il y avait le soleil. Un soleil resplendissant. Un de ces premiers soleils de juin qui nous redonnent le sourire. Lorsqu'on m'a appelé à la barre, je m'attendais à paniquer à pleurer ou bien à fuir. Mais je me suis assise et je n'avais plus peur. Je savais que c'était enfin derrière moi. Alors, j'ai raconté mon histoire, et quand j'ai eu fini, j'ai regardé Bill droit dans les yeux. Et je lui ai souri. Pas un de ces faux sourires, non, un vrai sourire qui voulait dire que je n'avais plus peur, qu'il était fichu. Puis je suis sortie. J'ai respiré l'air. J'étais soudain euphorique. Je me sentais libre. Je regardais tout autour de moi, me demandant ce que je pouvais faire de cette liberté retrouvée. Et soudain, j'ai vu Lucie. Elle me regardait, gênait. Elle semblait hésiter à venir me parler. Je lui souris et elle se décida à s'approcher.

-Bonjour Sally.

-Lucie, comment vas-tu ?

-Ça va. Et toi ?

-Je vais bien.

Il n'y avait rien de plus vrai à cet instant.

-Sally, je suis tellement désolée...

-Je sais, la coupais-je.

-Je sais que tu ne pourras pas me pardonner mais...

-Je ne t'en veux pas. Je ne t'en veux plus.

-Depuis qu'on s'est vu au café, j'ai pas arrêté d'y penser. Tu étais ma meilleure amie et j'aurais dû être là dès le début. J'aurai dû te croire.

-Lucie, c'est du passé tout ça.

-Tu crois qu'on pourrait...

-Non, la coupais-je à nouveau. Je ne t'en veux plus, c'est vrai. Mais je crois qu'on est plus les mêmes. J'ai changé, et toi aussi. Ça me fera toujours plaisir de te croiser, d'avoir de tes nouvelles. Mais ça s'arrête là.

-Bien sûr, je comprends.

Elle commençait à partir quand je repris la parole :

-Lucie ?

-Oui ?

-Arrête de t'en vouloir. Tu n'y étais pour rien. On fait tous des erreurs, ce qui compte, c'est d'apprendre de ses erreurs pour être meilleur. J'ai foi en toi, j'ai toujours eu foi en toi. Arrête de culpabiliser et n'y pense plus. Il faut vivre.

Elle me prit dans ses bras avant de s'en aller. Parfois, elle me manque. Mais je sais que c'était la bonne décision. Les gens évoluent mais pas tous de la même manière. Je préférais garder mes bons souvenirs avec elle et continuer d'avancer. Je promenais quelques heures en ville avant de rentrer me préparer.

A 20h, alors que la nuit tombait, je m'asseyais sur l'herbe en haut de la colline. La ville était si belle d'ici. Je me rendis compte que la nuit ne me faisait plus peur. Je ne la voyais plus comme une ombre s'abattant sur moi mais plutôt comme un cadeau des étoiles. Je t'ai attendu longtemps et je pensais que tu ne viendrais pas. Mais vers 23h tu es arrivé.

-On se sent petit n'est-ce pas ? Ai-je murmuré.

Tu m'as regardé fixement hésitant sûrement à prendre la parole.

-On oublie parfois que les lumières ne cessent jamais de briller. Quand tout est noir, quand l'obscurité m'envahit, je viens ici et je me souviens que la vie est belle.

-Copieuse, as-tu déclaré soudain.

On a éclaté de rire. Puis le silence s'est installé à nouveau. Tu es venu t'asseoir près de moi. C'est alors que j'ai remarqué que tu avais mon journal dans la main.

-Tu l'as lu ?

-Oui.

Ce silence de nouveau. Je m'attendais à ce que tu réagisses à tout ce que tu avais découvert, à ce que tu t'énerves ou à ce que tu me consoles. Je m'attendais à tout mais pas à ce silence.

-J'aurais dû te le dire.

Toujours ce silence assourdissant.

-Si tu savais combien je suis désolée.

Tu continuais de regarder devant toi. La colère s'emparait petit à petit de moi. Je te demandais sèchement :

-Pourquoi es-tu venu ?

-Parce que je t'aime. Et ça, ça n'y change absolument rien, m'as-tu dit en brandissant le journal devant moi.

Cette fois c'est moi qui restais silencieuse. Tu repris la parole.

-Je savais.

-Tu savais quoi ?

-Je savais ce qui t'était arrivé. Du moins, je m'en doutais.

-Pourquoi n'as-tu rien dit ?

-J'attendais que tu sois prête.

-Il n'aura fallu que deux ans.

Nous rîmes à nouveau. C'était bon de revoir ton sourire.

-Tu m'as manqué.

Il avait dit ça si doucement que je ne savais pas si je l'avais rêvé.

-J'ai voulu passer à autre chose, ç'aurait été si facile. Mais je n'arrivais pas à t'oubliais. Ça faisait mal, mais je voulais avoir mal, parce que cette douleur était la seule chose qui me liait encore à toi. Si j'arrêtais d'avoir mal, tu ne serais plus à mes côtés. Tous les matins, je me forçais à penser à toi, j'avais peur d'oublier ton visage, ta voix. Petit à petit, j'ai commencé à oublier ton odeur. Alors, j'ai pensé à toi à chaque minute. Je pensais à toi en marchant et parfois, oui parfois, je ralentissais le pas pour prolonger ce moment à tes côtés. J'avais ce manque au fond de moi, ce manque que je nourrissais volontairement. Et maintenant tu es là.

-Nathan, je suis désolée. Je m'en veux tellement. Je suis tellement, tellement désolée.

-Moi aussi ma belle, moi aussi.

-Tu n'as pas à t'excuser. Tu n'as rien à te reprocher.

-Si. J'aurais dû te dire ce que je savais. J'aurai dû t'aider davantage.

-On ne peut pas aider quelqu'un qui refuse d'être aidé.

Nous regardions les étoiles lorsque je me levais ayant soudain une idée.

-Tu viens ? Déclarais-je.

-Où m'emmènes-tu ?

-Au bout de la nuit.

Nous montâmes en voiture, accueillis par « I will remember you » de Sarah McLachlan.

-Tu sais, j'ai beaucoup pensé à ce que tu m'avais dit sur l'amour inconditionnel. Je crois bien que je suis incapable d'aimer tout le monde ou du moins d'accepter chaque personne pour ce qu'elle est. Mais j'y travaille. J'ai pardonné à Lucie. Et je me pardonne petit à petit.

-Il le faut Sally. Parce que si tu ne te pardonne pas, qui le fera ? Personne ne peut le faire à ta place.

-Je sais. Et je vais faire ce que je peux pour réparer mes erreurs. Si tu m'en donne la chance.

-Crois-tu que je serais là si tel n'était pas le cas ?

-Mais tu as hésité.

-Oui. J'appréhendais de savoir quelle Sally j'allais retrouver.

-Et laquelle as-tu retrouvé ?

-Un mélange de la Sally d'avant, et de la nouvelle.

-Et ça donne quoi ce mélange ?

-La femme de ma vie.

Je ne savais que répondre à cette déclaration. Nous arrivâmes heureusement devant l'épicerie.

-Que fait-on ici ?

-On mange un sandwich jambon beurre.

-Tu refais notre première soirée ?

-Pas tout à fait, si tu te souviens bien, on avait mangé avant d'aller sur la colline. Et on ne se connaissait pas assez bien pour faire ceci. Je lui fis face et m'approchais de son visage. Nos lèvres se trouvèrent comme la terre et le ciel se rejoigne à l'horizon, naturellement.

-Alors, on le mange ce sandwich ? Demandais-je en reprenant mes esprits.

Une fois assis, nous parlâmes de tout et de rien.

-Nathan, tu as toujours la même voiture ?

-Oui, pourquoi cette question ?

-Ne t'en sépare pas, je l'aime tellement.

-Je n'ai jamais compris ton amour pour cette voiture qui tombe en ruine.

-Elle est comme moi.

-Tu es en train de me dire que tu ressembles à ma voiture ?

-Ne te moque pas, et laisse-moi m'expliquer. Il faut que tu comprennes que je ne serai jamais complètement en état de marche. Il y a des choses qu'on ne peut pas réparer. Pour moi c'est pareil. A l'intérieur il y a des choses qui se sont brisées. Des blessures qui cicatrisent en surface mais ne guérissent pas complètement. Je suis comme cette voiture, même avec des pièces défectueuses, je continue d'avancer. Si ça te va, si tu le comprends et que tu peux faire avec, alors on a un avenir ensemble. Sinon, il faudra se dire au revoir.

-Sally Joyce, je vous interdis de me quitter à nouveau. Je ne te laisserai plus partir, parce que toi et moi nous sommes comme les étoiles, nous avons besoin d'être ensemble pour briller de mille feux.




Six mois ce sont écoulés depuis cette merveilleuse nuit. Nathan a fini par exposer ses tableaux. Il dit que ma force l'a inspiré. Quant à moi, je suis toujours photographe, mais j'ai décidé d'écrire. Parce que l'écriture m'a rendu à la vie. Je ne me vois plus vivre sans elle.

Aujourd'hui, je suis bien. Je mentirais si je disais que tout est toujours parfait. Il n'y a que dans les films que tout est beau, tout est rose. Dans la réalité, il y a des jours sans, des jours où ça ne va pas. Il y a des disputes, pour un oui, pour un non. Et il y a ces jours où tout va bien, ces jours où on se sent invincible simplement parce qu'on est deux.

Aujourd'hui, je veux construire quelque chose avec lui. Parce que je l'aime. Je veux tourner la page. Pas oublier le passé. Plus jamais je ne ferai cette erreur. Je l'accepte simplement pour ce qu'il est. Le passé. C'est arrivé, il a fait de moi ce que je suis aujourd'hui, mais il ne régit pas ma vie. Mon chemin, c'est moi qui le choisis. J'arrête de me tourner vers le passé, je ne m'inquiète plus pour l'avenir. Pour moi, il n'y a plus que le présent. Il n'y a plus que Nathan.
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JadeGo · il y a
Belle série ( lue intégralement bien que rarement commentée...) Bravo !
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Jo Hanna · il y a
Merci beaucoup pour toutes tes lectures alors !
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JPM · il y a
Une tendresse puissante "enfin" d'histoire
Un énormissime bravo !
Cet épisode est d'un calme apaisant ...

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Jo Hanna · il y a
Merci infiniment JPM, pour toutes tes lectures et tes commentaires à chaque partie !
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Dolotarasse · il y a
Voilà c'est terminé ! De bonnes réflexions dans les deux derniers épisodes (les autres aussi hein). Un journal intime ce n'est pas rien tout de même ;-). Bravo pour ton imagination Johanna !
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Jo Hanna · il y a
Merci beaucoup Dolotarasse, pour tes lectures mais aussi pour tes gentils commentaires !
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Montse · il y a
bon final bien orchestré ... belle image que celle d'une vieille voiture que nous sommes devenus...Même après la plus belle des rénovations...il restera à l'interieur la rouille du temps, les problèmes de mécanique et le moteur qui fera de tant à autre défaut !!! Bravo Johanna
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Jo Hanna · il y a
Merci infiniment de m'avoir lu Montse !
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Montse · il y a
Me de rien ma belle, toujours avec beaucoup de plaisir même si j'ai eu quelques coupures estivales !
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Jo Hanna · il y a
De même pour moi, il faudra vraiment que je passe te lire !
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M. Iraje · il y a
Une belle renaissance ...
( et pour l'occasion, je t'offre un grand bol d'air frais ☺☺☺ http://short-edition.com/oeuvre/poetik/d-isere-a-aujourd-hui)

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Jo Hanna · il y a
Merci Miraje !
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Michel Castre · il y a
La vie reprend son voyage avec la mémoire retrouvée. C'est mieux qu'une errance sans bagage.
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Jo Hanna · il y a
Beaucoup mieux oui !
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un avenir qu'on espère enfin heureux et on y croit car il est basé sur de mûres réflexions...et sur un amour partagé.
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Jo Hanna · il y a
Je l'espère aussi ! Merci beaucoup Patricia.
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Joëlle Brethes · il y a
Une page de tourments est tournée ; une nouvelle page s'ouvre sur un avenir qu'on espère heureux...
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Jo Hanna · il y a
Merci beaucoup d'avoir lu cette aventure Joëlle !
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Joëlle Brethes · il y a
Passe éventuellement me lire si tu as un peu de temps... Mes textes sont beaucoup plus courts que les tiens ;-)
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Jo Hanna · il y a
Je vais passer !
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Didier Poussin · il y a
Voyage dans la vie
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F. Chironimo · il y a
"Dressez vous côte à côte, mais pas trop près, car les piliers du temple se dressent séparés (...) et le chêne ne s'élève point dans l'ombre du cyprès" (Khalil Gibran)
Longue vie aux amoureux.

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Jo Hanna · il y a
Merci pour cette jolie citation !