Souvenirs 2

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Un texte c'est comme une vie, il naît, il grandit mot après maux, il vit à travers ses lecteurs et il s'achève brutalement par un point final. Mais un bon texte c'est comme une bonne personne, il  [+]

J'avais 20 ans et je t'aimais. Oh ça oui je t'aimais. Je comprends maintenant que ça aurait dû suffire, tu aurais été mon avenir, mon roc. Tu étais assez fort pour m'aider, mais ça, je ne l'avais pas compris, je ne voulais pas t'infliger ça, mais surtout je ne voulais pas que tu saches, pas que ton regard change. Tu sais, je crois que l'autre est une part de notre identité. Qui aurais-je été alors, si même toi tu te mettais à me regarder différemment ? Tu me regardais toujours avec amour et tendresse, il n'y avait aucune pitié, aucun dégoût. Tu me faisais me sentir belle, me sentir bien, avec toi c'était naturel, c'était vrai. Comme un nouveau départ, un jour qui se lève balayant la nuit froide et triste. Mais inlassablement la nuit revenait, les souvenirs me hantaient, me rongeaient. Je me sentais à nouveau laide et sale alors j'ai voulu oublier. Mais je ne voulais pas t'oublier. Pas toi. Seulement les mauvais souvenirs. Si j'avais su que je te perdrais, jamais au grand jamais je n'aurais tenté l'expérience. De ça, je t'en prie ne doute jamais.

« Doutez qu'au firmament l'étoile soit de flamme
Doutez que dans les cieux marche l'astre du jour
La sainte vérité doutez-en dans votre âme
Doutez de tout enfin, mais non de mon amour »

Je veux que tu te souviennes de ces mots de Shakespeare. Je t'aimais plus que ma propre vie et tu étais bien la dernière chose au monde que je voulais perdre.
Ce mois de juin m'a paru insupportable, déjà un an. J'avais parfois l'impression que c'était arrivé hier et à d'autres moments qu'un siècle s'était écoulé. Mais rien n'y faisait, ça continuait de m'obséder. J'avais cette affreuse sensation qu'il n'y avait rien d'autre que ça. C'est ridicule n'est-ce pas ? J'avais ma famille et des amis. Et je t'avais toi. J'ai conscience de ma stupidité, de ma lâcheté, de mon égoïsme aujourd'hui et je comprendrais que tu m'en veuilles. Me pardonner à moi-même c'est déjà dur alors comment le pourrais-tu, toi ? Mais laisse-moi t'expliquer combien la situation était compliquée. Laisse-moi t'expliquer ce qu'il s'est vraiment passé. Depuis le début.

Ma vie venait de partir en fumée quand je t'ai rencontrée. Tu n'imagines pas combien un sourire peut être lourd à porter surtout quand il est aussi faux que les « ça va » que l'on balance à longueur de journée. Ce soir là, je suis rentrée chez mes parents, un sourire sur le visage pour qu'il ne se doute de rien. Puis je suis allée en boîte de nuit avec des amis. La soirée battait son plein, il y avait foule et j'ai commencé à paniquer, je me suis revue, à la plage, quelques semaines plus tôt. Il y avait du monde là-bas aussi, beaucoup de monde et pourtant... Je filais aux toilettes, pour que mes amis ne voient pas le sourire qui disparaissait laissant place à un torrent de larmes, quand un homme m'a attrapé par la main.

-Une jolie fille ne devrait pas se retrouver seule en boîte, encore moins quand elle pleure.

-Désolée, je dois aller aux toilettes.

-Bien sûr, je t'attends là, à tout de suite, me dit-il avec un sourire.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a apaisé de savoir que quelqu'un était là, à m'attendre. Je l'ai donc rejoint après avoir passé de l'eau sur mon visage.

-Tu viens, on s'en va ?

-Et où ça ? Répondis-je méfiante tout à coup.

-Là où la nuit nous guidera.

-Pourquoi je te suivrais ?

-Parce que de toute évidence tu ne te sens pas très bien ici. Je connais une épicerie ouverte la nuit et je meurs de faim. J'ai pas l'intention de te tuer, préviens tes amis et on décolle.

-Ok.
Ma réponse me surpris, comme si je n'avais pas appris de mes erreurs. Décidément quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Je suivais un inconnu en pleine nuit.

-Ma voiture est quelque part par là.

-Tu ne sais pas où tu l'as garé ? Dis-je moqueuse.

-Non, j'oublie souvent où je la laisse. Ah la voilà.

Sa voiture, si on pouvait appeler ça une voiture, tombait littéralement en ruine. Je l'ai tout de suite aimé cette voiture. Elle était comme moi, elle tombait en morceaux, mais elle continuait pourtant d'avancer. Quelques minutes plus tard on était dans cette épicerie ouverte la nuit, assis sur une table de jardin en train de manger un sandwich jambon beurre. Le vendeur était un ami à lui et il s'assit un instant avec nous avant de retourner travailler. Qui eut cru qu'il y ait autant de monde qui vienne faire des courses la nuit ?

-Au fait moi c'est Nathan.

-Sally.

Ce jour là tu m'as sauvé, mais je ne l'avais pas encore compris.
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