Soupe d'Amour

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Des histoires à lire, à écrire, à raconter pour le plaisir des petits, des plus grands... C'est au creux des histoires que se cache la sagesse du monde...

Image de Grand Prix - Automne 2016
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Elle n’y peut rien, la Fanette. Tout ce qu’elle plante, faut que ça pousse.
La Fanette, elle n’a pas d’âge. Tout le monde la connaît et tout le monde l’a toujours vue comme elle est maintenant. Elle a le visage de ces gens du Sud au soleil, la peau comme celle des pommes un peu plissée, mais qui ont gardé tout leur jus à la saveur de sucre. Ses mains sont des portes à vous ouvrir le monde. Dans ses yeux, les étoiles se reflètent même le jour. Dans ses bras se consolent les chagrins et son tablier essuie les larmes des enfants tombés au jardin d’avoir oublié de déployer leurs ailes. Les adultes aussi parfois viennent y moucher leurs chagrins, leurs maladies de cœur ou leurs migraines.
Fanette a toujours un remède à toutes les misères du monde. Elle est comme ça. C’est la Vie qui la porte, et elle porte la Vie. Ça irradie d’elle comme le soleil qui voudrait sourire à tout le monde.
Sa terre, Fanette, elle la bichonne comme on prépare une toile de maître avant d’y poser des couleurs. Elle dit que c’est son « potager d’amour ». Que cultiver tout ça c’est pour nourrir les cœurs, pas seulement les estomacs. Et c’était vrai. Manger un gratin de chou-fleur si le chou-fleur était de Fanette il n’avait pas le même goût. C’était la magie de sa terre qui faisait venir aux hommes le goût des choses bonnes. Il y avait du contentement à cueillir avec elle ce qui présiderait au dîner. Quand on allait au jardin de Fanette c’était pour contempler une reine en son royaume. Elle ne ramassait pas, elle choisissait les élus du jour. Parce qu’elle leur parlait, à ses légumes. Elle leur disait tout le bien qu’ils allaient faire à ceux qui allaient les savourer. C’était plus que des légumes, ça devenait de belles âmes.
La Fanette vivait seule. Personne n’a jamais su pourquoi. Un peu magicienne des cœurs brisés, rebouteuse des chevilles foulées et des os cassés, fée des chagrins du temps qui passe. Elle parlait aussi aux oiseaux, aux animaux des champs et à ceux de passage chez elle. Elle avait tant d’amour à donner que peut-être l’homme capable de partager ça un petit peu, il n’était pas arrivé au bon moment, ou trop tard, ou trop tôt, ou peut-être pas resté. Interrogée à ce sujet elle prenait un sourire malicieux et répondait qu’un seul homme, ça n’aurait pas suffit. Et qu’elle avait pour elle tous les hommes de la Terre et tous les enfants. C’était déjà beaucoup.
Une fois l’an, à l’automne, le village se retrouvait pour la « fête à Fanette ». Chacun apportait de quoi partager avec les autres de ses meilleures productions de la saison. Les tréteaux sous la treille, les enfants libres de leurs mouvements, les esprits à la joie pour le vin et les rires, chaque moment s’inscrivait comme autant de petits éclats de lumière pour défier l’hiver. La Fanette, elle, mijotait la soupe.
La soupe de la Fanette c’était un mélange secret d’herbes, d’épices et de ses légumes du jardin. Un fumet d’éternité qui nous rendait immortels. Une soupe de ces légumes qu’elle avait baptisés dans le but de les faire pousser « avec ardeur » disait-elle « parce que, s’ils savent à quoi ils vont servir ils y mettent toute leur force et leur détermination ». Et dans un éclat de rire à l’accent du soleil d’ajouter : « Et ça fait pas la même soupe ! » Et ça aussi c’était vrai... La soupe de la Fanette c’était de la soupe d’Amour...

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