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Alain Lonzela

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Sortez les épées, les bâtons de mages et les arcs ! Ce texte reprend les codes de l'héroïque fantaisie pour nous plonger directement dans une ...

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La guerrière ouvrit la porte de l’auberge. Instantanément, le silence se fit. Il est vrai que voir entrer une femme de plus d’un mètre quatre-vingt était chose assez peu courante, surtout si cette femme était armée de deux épées courtes de part et d’autre de la taille, d’une épée à deux mains dans le dos, placée dans un fourreau, lui-même fixé sur un bouclier, arrimé sur les épaules. Mais c’était au niveau des couteaux et autres dagues que la chose frisait l’obsession. Il n’y avait pas moins de sept ou huit poignards disséminés sur tout son corps, deux sur les avant-bras, un dans chaque botte, deux derrière son dos, dans la ceinture. Pour le reste, elle était vêtue de cuir, avec des renforts de pièces d’armure métallique usées et marquées de coups.
Passé les quelques premières secondes d’observation, chacun reprit son occupation précédente. Le brouhaha reprit son intensité d’avant l’irruption inopinée de l’étrangère. Elle se dirigea vers une table libre, dans l’indifférence générale, et s’assit, l’air revêche.
La serveuse fit son apparition, comme par magie.
— Une pinte de bière.
— Toute de suite, ma beauté.
A cette apostrophe, elle fusilla la fille du regard, mais n’alla pas plus loin. Celle ci battit rapidement en retraite, par sécurité. On ne badine pas avec quelqu’un de baraqué, de mauvaise humeur, et qui est une armurerie ambulante.
La bière arriva rapidement, et elle la but doucement, par petites gorgées, en silence, le regard fixé sur le fond de la chope.

Un homme, assis au comptoir la dévisageait à coups de regards brefs qui se voulaient discrets. L’homme était falot et sans relief, d’une banalité affligeante. Il était vêtu d’habits courants de paysan et tous de teintes neutres. Mais un examen plus attentif aurait révélé que lui aussi était obsédé par les armes blanches. Il en avait autant, sinon plus, dissimulées sur la totalité de sa personne.
Il se leva et serpenta vers la table de la guerrière sans que personne ne lui jette le moindre regard.

— Salut.
— ...
— Pas causante, hein ?
— Tu veux quoi ?
— T’es directe toi.
— Ouais. Et t’as rien à proposer.
— Disons que j’ai un truc en vue, mais que j’ai besoin d’une guerrière.
— J’en connais pas. Pas une que tu puisses te payer en tout cas.
— Je peux pas encore, c’est vrai. Mais j’ai un bon tuyau.
— Tu sais où tu peux te le mettre ton tuyau ?
— Attends. Fais pas ta mijaurée et écoute moi. Après, tu pourras me virer, si le cœur t’en dit. Ta part pourrait valoir dans les dix mille.
— Je m’en cogne. Dégage.
— Sérieux ? Tu craches sur dix mille ?
— Écoute, je m’en fous. Mon groupe vient de se faire dézinguer. Je suis la seule survivante. J’ai juste envie de boire une pinte tranquille.
— OK. Je comprends. Je t’offre la deuxième, car je suppose que tu vas en avoir besoin, et si tu changes d’avis, tu sais où me trouver. Mais dépêche toi... mon équipe est presque complète. J’ai un magicien expert en potions, je suis le chapardeur et j’ai juste besoin d’un guerrier pour assurer nos arrières. Le magicien est très fort : il a mis au point un sort de souffle glacial qui gèlera nos adversaires et tu peux gagner pas mal sans trop d’effort. Penses-y...
A sa dernière phrase, elle se redressa et suivi son regard en direction d’une forme sombre et encapuchonnée assise à une table isolée, à l’écart.
— J’y penserai.
S’il avait mieux connu la fille, il aurait vu, dans ses yeux, danser une lueur mortelle, et il se serait méfié, à juste titre. Mais il rejoignit son acolyte sans rien remarquer.
Ils vidèrent plusieurs pots ensemble, et à la fin de la soirée, à sa grande satisfaction, la fille vint les rejoindre.
— Ta proposition tient toujours ?
— Oui. Dix mille. Pas une pièce de plus. Mais pas une pièce de moins.
— Et c’est du tout cuit ?
— C’est comme si tu pouvais le dépenser maintenant.
Elle jeta un regard sur le magicien.
— C’est toi le gars au souffle mortel ?
L’homme marqua le coup. Le ton était dédaigneux. Mais il se reprit. Il est vrai que les guerriers n’aiment guère les magiciens. Il prit un ton supérieur pour bien montrer que la fille ne l’impressionnait pas, malgré sa taille et tout son attirail.
— Je suis le créateur du sort. Il est d’une extrême efficacité. Je trouve même dommage de gaspiller dix mille pour te faire participer à l’aventure. Mais mon « associé » insiste pour t’avoir en sécurité, à l’arrière.
Il avait eu du mal à prononcer le mot « associé » et il s’était fait un malin plaisir de souligner qu’elle serait à l’arrière. Elle ne releva pas.
— Je m’appelle Gwenhwyfar.
Ravi, le voleur terne et sans relief, fit une courbette maladroite sensée être une sorte de salut intermédiaire entre claque sur l’épaule (qu’il n’osait pas tenter) et révérence (qu’il ne savait pas faire).
— Et moi, je suis Munhyr, et le magicien s’appelle...
— Méléanor. Pour ne pas te servir.
— Ravie... On commence quand ?
Munhyr prit un ton de conspirateur.
— Maintenant que l’équipe est au complet, on fait le coup demain.
— Si tu nous disais tout ? Ajouta le magicien.
— Suivez-moi. J’ai eu les renseignements pour monter ce coup-là par un prêtre défroqué. Nous étions ensemble dans la même cell... chambre d’auberge et nous devisions pour passer le temps. Le vieil homme aimait bien le vin, et je me débrouillais pour lui en fournir autant que nécessaire. Une soir qu’il était bour... en confiance, il m’a raconté que dans le sous-sol de son monastère, il y a une grande salle réservée à leur culte. Je ne me souviens même plus du nom de leur idole. Par contre, ce dont je me souviens très bien, c’est que dans cette salle, il y a une statue, et que cette statue tient entre ses mains... un énorme rubis qui doit bien faire dans les 50 000. Il y a 10 000 de décote pour le fourgueur. Ensuite 10 000 pour toi et pour elle. J’ai 10 000 aussi et le reste sert pour les frais annexes. Les faux-frais, quoi.
— C’est tout ?
Le voleur hésita.
— Les parts sont honnêtes.
— Je ne parle pas des parts. Je reprends... C’est tout ?
— C’est tout... à peu près.
— A peu près ? Reprit la guerrière.
— Il y a quelques gardes...
— Combien ? Questionna le magicien.
— Ce n’est pas tant leur nombre qui est important...
— Que leur nature, compléta la guerrière.
— Et ce sont ? Renchérit le magicien.
— Ce sont des...
— Des... ? Continua le magicien sur un ton faussement doucereux.
— Regardez ! C’est là. Nous sommes devant notre future cible.
Le magicien avait rejeté son capuchon en arrière. Pour voir le site que venait de désigner Munhyr ou fallait-il y voir une menace ?
— Des... ? Reprit le magicien plus fort tandis que la guerrière fronçait ses sourcils.
— Des chiens maudits de Nindolas.
Les deux interlocuteurs du chapardeur en restèrent sidérés.
Effectivement cela changeait notablement la donne et justifiait des parts aussi élevées.
Ces chiens étaient de véritables démons. De la taille d’un veau, pourvus d’une gueule de deux mains de large, ayant trois rangées de dents énormes et acérées, en haut et en bas, et pour compléter le tout d’une agressivité extrême, envers tout ce qui bouge sauf leur maître, ces animaux étaient redoutés de tous les aventuriers, même s’ils étaient difficiles à se procurer.
Le magicien n’ironisait plus sur la présence de la guerrière. Elle aurait sa part. S’ils réussissaient et si elle était encore vivante au moment du partage.
Les deux échangèrent un regard.
— On se donne rendez-vous à quelle heure demain ?
— Minuit. Ici, à cet endroit précis.
— OK, répondirent-ils en chœur.
Et ils se séparèrent sans un mot.

***

Le lendemain, ils étaient précis au rendez-vous. La guerrière portait une arbalète dernier modèle. Elle pouvait tirer 5 carreaux sans avoir besoin de recharger. Elle avait aussi 3 chargeurs supplémentaires de 5 carreaux chacun.

Ils se mirent en route sans un mot. Très vite, ils furent en place. Un coup d’œil rapide de part et d’autre. Personne. La calme absolu. Le chapardeur inspecta la serrure puis la crocheta avec succès. La voie était libre. Ils s’introduisirent silencieusement dans les lieux. Il n’y avait personne. Un piège ? Ou étaient-ils tellement confiants dans leurs maudits chiens qu’ils négligeaient toute autre précaution ?

Ils se dirigèrent rapidement vers la crypte, sans rencontrer le moindre obstacle. Une dernière volée d’escaliers et les hautes portes de bois se dressaient devant eux, derniers obstacles avant le combat et la fortune... ou la mort.
Le voleur leur laissa le temps de se préparer. La guerrière encliqueta son dispositif sur l’arbalète et l’arma. Elle leva celle-ci pour signifier qu’elle était prête. Le magicien venait de réviser ses sorts et de boire sa potion de puissance. Il leva une main vide pour indiquer que lui aussi était prêt.
— Une dernière recommandation : si les choses tournent au vinaigre, surtout, restez près de moi. J’ai plus d’une corde à mon arc... Heu... plus d’un tour dans mon sac... Heu.... Restez près de moi.
En silence, attentif au moindre bruit, le chapardeur s’attaqua à la serrure. Il l’examina et ne détecta aucun piège ou mécanisme suspect. Avec précaution, il sortit une trousse de cuir et s’activa avec les outils qu’elle contenait sur la fermeture. Quelques secondes après, un « clac » annonçait qu’il avait réussi. Le claquement parut être une explosion pour les compères. Ils retinrent leur souffle.
Rien ne se passa.
Millimètre par millimètre, sans bruit, le chapardeur fit pivoter le lourd battant.
Gwenhwyfar pointa son arme vers le noir. Elle attendait d’y voir un peu plus clair pour agir, mais se tenait prête à toute éventualité. La porte était à demi ouverte. Elle s’engagea avec prudence. Devant elle, le noir. Pas de bruit.
Le magicien entra et se mit à son côté. Puis ce fut le tour du chapardeur de les rejoindre. Le chapardeur referma la porte et donna de la lumière, au moyen d’une torche magique de lumière bleue que l’on trouvait facilement, et pour pas cher, sur les étals des bazars.
Ce fut Gwenhwyfar qui repéra la première l’éclair bleu émis par la torche reflété sans doute sur une canine. Elle ne prit pas la peine de réfléchir et tira. La Bête fut fauchée et tomba sans un bruit, alors qu’elle était prête à bondir. Plus que neuf. Elle devina, plus qu’elle ne vit le mouvement sur sa gauche. Elle était en mode combat réflexe. Deux autres bêtes tombèrent. Mais il était trop tard. Ils étaient repérés.

Les chiens hurlèrent et passèrent à l’attaque en un éclair. Elle tira ses deux carreaux mais cette fois ne réussit qu’à blesser. Les chiens courraient à l’assaut. Une main la poussa violemment sur le côté, si fort qu’elle faillit tomber. Le magicien s’avançait sans arme à la main, tout en marmonnant une incantation. Un geste bizarre de ses mains et un souffle glacial en jaillit, refroidissant l’air de la crypte d’une bonne vingtaine de degré. Les chiens qui attaquaient en meute furent frappés de plein fouet. Ils furent littéralement « engloutis » dans la glace. Encore cinq de moins. Restaient deux chiens. Mais l’alarme avait été donnée.
Le magicien et la guerrière se mirent côte à côte pour affronter les deux derniers monstres. Mais, subitement, ils échangèrent un regard : où était passé le voleur ? En avait-il profité pour les laisser affronter le danger, tandis que lui...
De toutes façons, le plus urgent était d’affronter le danger immédiat. Pour le reste, on verrait après. Il fallait encore quelques secondes au magicien pour avoir suffisamment d’énergie pour lancer son sort destructeur. Gwenhwyfar avait tiré son épée. Mettre un nouveau chargeur de 5 carreaux sur l’arbalète et l’armer aurait pris trop de temps. Les bestioles avaient cinquante fois le temps d’attaquer pendant le rechargement. Leur seul espoir était qu’elle combatte à l’épée les quelques poignées de secondes nécessaires au magicien. Elle remplit ses poumons d’air, en attendant l’assaut.
— C’est bon ! Amenez-vous.
Ils étaient stupéfaits. La voix du voleur venait d’éclater dans leur dos.
Le magicien cria :
— Donne moi cinq secondes. Juste cinq secondes...
— Lâche tout et cours avec moi. J’ai la pierre. Inutile de se battre.
— Crétin ! Dès qu’on commencera à leur tourner le dos, ils attaqueront. Donne moi du temps.
La guerrière sentit l’espoir renaître en elle. Elle pensait finir dans cette crypte sombre mais le voleur était honnête après tout. Du moins envers ses compagnons d’aventure. Elle redoutait avant tout d’y rester avant d’avoir accompli ce qu’elle s’était juré de faire.

D’un coup le magicien fit des gestes incantatoires, inspira une grande quantité d’air et expira un jet glacé qui sembla envahir la crypte. Il tournait la tête dans tous les sens pour atteindre tous les coins et recoins de la salle. Le sort leur parut durer une éternité. Finalement, le jet cessa et le magicien tituba, épuisé par l’effort. Ses deux compagnons le soutinrent, chacun d’un côté, et le trio partit à toutes jambes, guidé par le voleur.
Gwenhwyfar surprise, réalisa que leur guide ne les ramenait pas vers la surface, mais, au contraire, les faisait descendre dans les tréfonds du temple.
Le sort du magicien les avait temporairement sauvés, et permis de fuir, mais leur légère avance fondait comme neige au soleil. Et c’était parfaitement le cas, au sens figuré, mais aussi au sens propre. Les bruits de la poursuite se rapprochaient d’eux, de seconde en seconde, et la curée ne tarderait pas.
Ils suivaient un long couloir, mal éclairé par la torche bleue, agitée en tous sens par la course et qui n’allait pas tarder à donner des signes de faiblesse. Le voleur cria :
— Prochaine porte sur la droite. On fonce...
— Tu sais ce que tu fais ?
— Fais moi confiance. Ne perds pas ton souffle à parler. Tu vas en avoir besoin.
Heureusement, le magicien avait récupéré de l’effort, et il courrait, maintenant sans aide, à leur côté. Cela les soulageait car, sans cela, l’effort pour le traîner aurait été considérable. Et ils y auraient sans doute péri, car on ne lâche pas un compagnon d’aventure. Du moins, c’était la politique de la guerrière.
La porte n’était pas fermée et elle céda sous leur course effrénée sans offrir la moindre résistance.

Horreur ! Un cul-de-sac. La guerrière pivota aussitôt et dégaina, bien décidée à vendre chèrement sa peau, mais le voleur posa la main sur son bras.
— Tu es folle ! Nous n’avons aucune chance contre eux. Respirez à fond et suivez-moi.
Au fond de la pièce, à même le sol, il y avait un trou maçonné dans le sol. Le voleur montra le chemin. Arrivé au bord de l’abîme, il prit une grande inspiration sonore et sans hésiter, sauta dans le trou béant. Le magicien lui emboîta le pas. La guerrière n’hésita qu’une seconde. Mais cette seconde faillit lui être fatale. En sautant, elle jeta un regard derrière elle et elle vit à la porte les yeux brûlants et les gueules rouges et béantes, ornées de trois rangées de dents des chiens de Nindolas.


La chute dura longtemps, du moins le lui sembla-t-il, dans le noir le plus absolu. Elle ressentait une sorte d’anéantissement. Puis elle s’enfonça dans quelque chose de mou qui arrêta sa chute en douceur. L’odeur était épouvantable : un mélange de pourriture et de relents acides.
Elle entendit la voix du voleur.
— Par ici ! Dépêche toi.
Elle finit de s’extraire de la grosse masse molle et rejoignit ses compagnons. Un couloir souterrain menait à la clarté du jour naissant. Ses deux compagnons avaient déjà commencé à courir. Elle leur emboîta le pas.
Lorsqu’elle déboucha à la lumière, elle dut cligner des yeux tant sa vision s’était accoutumée à l’obscurité. Le paysage était presque bucolique. Mais pas le temps de l’admirer.
Le voleur était reparti au pas de course vers le rideau d’arbres que l’on voyait non loin de là. Elle repartit mais elle commençait maintenant à ressentir la fatigue des épreuves de la nuit. Le repos était un luxe que l’on ne pouvait pas souvent s’offrir dans sa profession. Serrant les dents, elle se remit à courir. Le bouclier, dans son dos, la gênait et semblait maintenant peser des tonnes. Il est vrai que ce n’était pas un équipement prévu pour la course à pieds, et elle s’en tenait à son plan initial. Si elle avait vu juste, c’était sa seule garantie de rester en vie.
Le voleur courrait en tête. Il se dirigeait sans hésiter. C’est en plein air, qu’elle se rendit compte de l’odeur pestilentielle qu’ils répandaient. Et elle était la plus mal lotie, car, étant la dernière, elle était dans leur sillage et bénéficiait, si l’on peut dire, d’une double ration d’abomination odorante.

Le voleur suivait l’orée du bois et arriva sur une crevasse. Elle voyait l’autre côté, mais elle savait qu’il leur serait humainement impossible de sauter. Elle décida, pour une fois, de faire confiance à leur guide, et suivit le mouvement.
Arrivé au bord, le voleur sauta dans le vide. Quand elle se fut approchée, elle comprit. Elle entendait le bruit de la cascade. Le magicien sauta à son tour. Quand elle arriva à la falaise, elle n’eut pas le temps de réfléchir. Elle repéra la zone la plus blanche, celle où il y avait le plus de bulles, et sauta en essayant de viser l’objectif.
Ce n’est que rétrospectivement qu’elle réalisa que ce saut était presque une folie avec tout l’équipement qu’elle portait. Quand elle reparut à la surface, le voleur lui offrit un point d’appui. Mais, au lieu de se diriger vers la berge, il se mit dans le courant et se laissa entraîner.

L’idée était excellente : il filaient à vive allure, plus vite qu’un homme courant, sans la moindre fatigue, et surtout sans laisser leur odeur sur leur trajet. Impossible de les pister.
Le courant les porta longtemps. Puis ils arrivèrent dans une petite crique. La rivière s’arrondissait, faisant tomber la violence du courant et offrant même une petite plage où ils purent prendre pied.
Ils étaient sauvés.
Moitié marchant, moitié trébuchant, ils reprirent pied sur la terre ferme. Le voleur s’allongea au sol, sur le dos et se mit à rire. La guerrière se tenait à côté de lui, penchée en avant, les mains sur les genoux, et se mit à rire aussi. Le magicien se tenait debout, légèrement à l’écart. Il rit lui aussi, mais d’un rire sans joie.
Ce rire sarcastique mit à puce à l’oreille des deux rieurs. Le voleur se leva d’un bond, et, instinctivement, se rangea au côté de la guerrière.
— Qu’est ce qui t’arrive ?
— Je suis riche.
— Nous sommes riches, non ?
— Non. Moi, je suis riche.
Et il fit ses gestes rituels pour lancer son souffle glacial.
La guerrière réagit presque instantanément. Elle attrapa le voleur dans ses bras, pivota et se mit à genoux, tournant le dos au magicien et ne lui présentant que son bouclier et la semelle de ses bottes.
Juste à temps. La tornade de glace les enveloppa. Mais le bouclier les protégeait.
Lorsque le souffle s’arrêta, la guerrière s’extirpa du harnais pris dans la glace et fit un énorme bond sur le côté. Tout en sautant elle lança ses deux poignards de dos, puis les deux dissimulés dans ses bottes. Épuisé par l’effort, car le « souffle de glace » consommait énormément d’énergie, le magicien put éviter les deux premiers poignards mais pas les deux seconds. Quand elle toucha terre, Gwenhwyfar lança les deux derniers poignard fixés sur ses avant-bras. Les deux firent eux aussi mouche.
Le magicien s’affaissa sur lui-même. Son regard était stupéfait. Il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer, mais cette fois, il allait mourir. Gwenhwyfar dégaina son épée.
— Tu te souviens de Gendwhyr ? Tu l’as tué exactement de la même façon. De dos. C’était mon fiancé. Je suis arrivé avant que ta glace fonde. Depuis, je te cherche pour te faire payer sa mort. Je t’ai laissé une chance avec cette mission. Mais tu as agi exactement comme je l’attendais.
Et elle frappa, décollant la tête du corps.
La tête roula et le magicien put voir son propre corps se lever et courir, décapité, partant d’un côté puis de l’autre. Finalement, le corps tomba en avant et s’immobilisa après un dernier frisson. La tête cligna trois fois des yeux et expira à son tour.

Le voleur se tourna vers Gwenhwyfar.
— Tu n’as plus de poignard à lancer ?
Sur ses gardes, elle serra fermement la poignée de son épée.
— Non.
— Alors, je t’invite à boire une bonne bière, au prochain village, en ma modeste compagnie. Tu as vengé ton petit copain. La page est tournée, non ?
Pour la première fois depuis longtemps, Gwenhwyfar sourit. Mais soudain son sourire se figea. Le vent venait de tourner et elle sentait sa propre odeur.
Mais c’est quoi cette pestilence ? C’était quoi ce truc qui a amorti notre chute ?
Le voleur afficha un sourire narquois.
— Oui, c’est vrai que j’ai oublié de le dire. Cette secte... j’ai décidé de leur voler la pierre précieuse de leur dieu, le jour où j’ai su qu’elle pratiquait les sacrifices humains.

PRIX

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AUron · il y a
une oeuvre entraînante
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Thara · il y a
C'est avec plaisir que je découvre votre nouvelle...
Merci de nous avoir offert ce partage de lecture !

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Alain Lonzela · il y a
Merci pour ces compliments et merci à vous d'avoir apprécié.
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Ginette Vijaya · il y a
Mes votes renouvelés.
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Alain Lonzela · il y a
Merci beaucoup
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Jusyfa · il y a
Oups ! J'avais oublié de voter
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Alain Lonzela · il y a
LOL...
Merci aussi, et surtout merci d'avoir aimé ce texte.

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Jusyfa · il y a
Du fantastique de grande qualité littéraire, je vote avec plaisir et admiration, +5*****
Sans vouloir vous obliger, je vous propose dans la même compétition :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/a-chacun-sa-justice
Merci pour le retour.

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Alain Lonzela · il y a
Merci beaucoup pour ces compliments.
J'avais adoré votre texte, et je l'ai soutenu, tant en sélection qu'en finale. J'adore ces histoires alambiquées où la chute nous dévoile le fin mot... de l'histoire ;-)
Bravo et bonne chance...

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Odile Duchamp Labbé · il y a
bonnes chances
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Alain Lonzela · il y a
Merci beaucoup
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Odile Duchamp Labbé · il y a
Bonjour Alain, Si tu as un petit moment, dans le cadre du prix quiqui j'ai commis une petite fable rurale que tu pourras trouver en cliquant ci après : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/tu-las-vue-ma-ferguson Bonne lecture!
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Chantal Sourire · il y a
J'ai aimé la chute, je veux dire celle de votre texte... et je vote !
Je suis en finale avec 3 textes, le trio, la maîtresse et sous les pavés la plage. Si vous avez envie de passer...

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Alain Lonzela · il y a
Il est vrai que peu avant la chute finale, il y a une chute des héros... ;-)
J'irai jeter un oeil, c'est promis...
Merci beaucoup

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Rémy Mattiolo · il y a
Un récit prenant et très bien écrit ! Merci !
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Alain Lonzela · il y a
Merci beaucoup pour ce compliment
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Jcjr · il y a
Une histoire d'un autre temps,avec des monstres, un magicien et une guerrière. ça m'a plu.Mes voix et si le cœur vous en dit, venez lire " le bilan " en finale TTC.
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Alain Lonzela · il y a
Ravi que l'histoire vous ait plu.
J'avais lu votre texte et trouvé excellent. Je soutiens avec plaisir.
Merci

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Jenny Guillaume · il y a
Je craignais une fin plus cruelle car le Chapardeur était très bien armé lui aussi, non :)) ? Bravo Alain en tout cas, cette histoire est très agréable à lire !
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Alain Lonzela · il y a
J'avoue y avoir pensé ;-), mais c'est un vol .... Chapardeur honnête ;-)
Merci beaucoup d'avoir aimé

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