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Soif d'absolu

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Loveyouso

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Songes d’un après-midi d’été
Maria avançait le long de la jetée, qui « entrait » littéralement dans la mer,.... image peu commune pour quelqu’un qui n’avait pas l’habitude de braver les gens et les choses, d’aller au-devant d’eux.
Le soleil se reflétant dans l’eau et l’éclairant de sa lumière apaisait son esprit et l’immobilité de l’eau lui prouvait comme il était bon d’écouter le silence et la vie.
Maria se mit à songer.... Elle n’était pas seule, entourée d’amis, mais avait perdu l’élément essentiel de son existence, sa maman, décédée après une vie d’abnégation dirigée vers Marie et son frère Tristan.
Maria fulminait contre la Mort, qui lui barrait le passage... Seuls restaient les souvenirs d’émotions partagées, et l’assurance d’une paix intérieure, preuves que sa mère et elle étaient toujours liées par un cordon invisible et magique.
Maria acceptait les invitations, mais bien que sociable, elle était hermétique et secrète...comme le sont les personnes qui ont dû lutter contre l’adversité et qui conservent une carapace difficile à fissurer....
Ce jour-là, elle avait pris congé pour se ressourcer auprès de la nature, qui effaçait tensions et amertume.
Demain, elle reprendrait son activité d’infirmière du service Traumatologie d’un grand hôpital parisien.
Elle était faite pour ce métier, pour aider les autres et leur donner tout l’amour qu’elle pouvait.

Elle avait pensé, à un moment de sa vie qu’il serait bon, plutôt que d’avoir le regard rivé sur elle-même, d’exister autrement, par le don de soi...

Ce qui la marquait, chez les patients, c’était leur regard... et leurs mains....

En effet, lorsqu’une partie du corps est immobilisée, endolorie, alors les sentiments s’expriment par le regard, qui « dit » sans « dire », et par le mouvement et la position des mains, qui expriment les émotions telles que la douleur, le repli sur soi, l’ouverture sur autrui, l’apaisement, l’attachement, la quiétude...

On peut dire que nous sommes constituées de deux personnalités :
L’une se bat chaque jour, s’efforçant d’oublier la fragilité du corps, et usant à l’envi de composantes superficielles, telles que tenue vestimentaire, comportement social, ..Pour se donner en fait l’illusion d’exister, tandis que l’autre part de nous-mêmes livre, de manière marquée dans les moments de douleur, notre Ame, notre sensibilité profonde, révélant ainsi la fragilité de notre enveloppe charnelle.
C’est toutefois une attitude imperméable qu’il est souhaitable d’avoir dans le monde du travail.... Et cela résume toute la contradiction de la vie... être ou paraître..

Ce qui était intéressant dans le travail de Maria, c’est qu’au travers du corps, les âmes communiquaient entre elles, sans barrage..

Mais attardons-nous sur deux patients de Maria, dont je vais ici vous brosser le portrait...
Jeanne, soixante-cinq ans, aimée de son mari et de sa fille, et qui passait son temps à masquer sa souffrance physique et sa difficulté à être éloignée d’eux...
Elle s’était bêtement fracturé le col du fémur.....Elle était de ces femmes qui restent belles, avec son visage large et ses pommettes saillantes, qu’elle mettait en valeur en y déposant un peu de fard, et qu’elle « saupoudrait » ensuite généreusement de poudre libre..
Elle avait gardé les cheveux longs, et les détachait lorsqu’elle voulait se donner un air de petite fille ; elle avait les yeux bleus, et les plis de ses yeux exprimaient toute sa gratitude envers Maria, qu’elle surnommait « Ma petite Lumière »
Maria avait vu les yeux de Jeanne s’écarquiller lorsqu’elle lui avait offert une paire d’ « ailes d’ange »,... Plus vraies que nature.... C’était la création d’un magasin de Déco parisien, pour les fêtes de fin d’année.... Des liens étaient prévus pour attacher les ailes autour du siège de chaque hôte.....Et l’hôte de Maria, ce jour-là, c’était Jeanne..
Quant à Joachim, il avait dix-huit ans, et avait été victime d’un accident de moto qui lui avait valu une fracture du fémur, ainsi qu’une fracture du poignet. Il arborait toujours cet ait « débordant » de vie que Maria aimait voir chez un homme.... Il avait le visage rond et les yeux en amande, tel un poupon, un « grand bébé », et cachait derrière une humeur égale sa sensibilité, mais ses traits dénotaient parfois sa souffrance....

Nous étions désormais en novembre, et les fêtes approchaient.....Aussi, les parents de Joachim, et sa sœur, Ondine, lui rendaient visite presque tous les soirs... Tandis qu’une jeune fille venait parfois, seule, et lorsque Maria frappait à la porte de la chambre, le silence se faisait et Maria voyait les joues du jeune homme rosir d’émoi et de timidité....Aussi Maria assistait, amusée, leur histoire d’amour naissante....
Un jour, elle s’était exclamée « elle est charmante cette petite jeune fille », et Joachim de répondre :
« c’est Eléonore, une copine,....Elle s’occupe de mes cours et me tient au courant de ce qui se passe au Lycée.. Je suis en terminale, et je vais sans doute devoir redoubler...
Souvent, les parents du jeune homme s’adressaient à Maria comme si elle le connaissait tout autant qu’eux, comme si elle faisait partie de la famille :
« Ah, la moto, si on avait su ! » déclara un jour le père de Joachim.... Mais que voulez-vous ?... Difficile de lutter contre les désirs d’un garçon de son âge, d’autant qu’il ne nous a posé aucune difficulté particulière, et il est assez calme, mais il faut le pousser à travailler.... Ce n’est pas facile, dans le contexte actuel... Vous qui êtes jeune, qu’en pensez-vous ? »
Maria répondit, confuse (elle était mignonne avec ses et ses cheveux châtain clair mi-longs et raides) :
«  je parais jeune, mais j’ai tout de même trente-trois ans ! »
« Ah, c’est le bel âge, répondit-il, l’âge d’un jeune homme qui a donné sa vie pour l’humanité il y a bien longtemps de cela ! »......
Maria, pourtant fervente, ne releva pas, répondant simplement :
« Ah, vous l’avez dit, Monsieur Fahrmann !! »

Quelques semaines passèrent........Maria savait pourquoi elle était LA....
Elle avait une saint horreur de voir souffrir les malades, elle les « ressentait », et apaiser leur « mal » était sa mission.
La priorité de Maria allait aux patients, comme Joachim et Jeanne, qu’elle suivait en ce moment de près.
Joachim allait bientôt partir dans un centre de rééducation (nous étions le 20 déc), tandis que Jeanne, en raison de son âge, jouerait les prolongations..
Parfois, lorsque Maria rentrait chez elle pour troquer sa tenue aseptisée contre une tenue plus féminine, elle se sentait seule....dans l’attente d’une affection en suspens dans sa vie personnelle..
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Ce soir-là, c’était le Réveillon de Noël ; aussi, elle avait amené un petit sapin tout blanc pour Jeanne. Joachim était sorti le 23 décembre....Et la jeune fille souvent présente était venue le chercher, avec ses parents à lui.
Il allait bien, et après sa rééducation, il reprendrait sa vie de jeune garçon dynamique et fougueux.
Maria attendait que Jeanne se « retape » petit à petit, tandis qu’elle accueillait déjà de nouveaux patients.
Jeanne, c’était certain, passerait le réveillon de Noël à l’hôpital, tout comme Maria.
Les fêtes se passèrent tranquillement, tandis que Maria rêvait encore et toujours du grand amour, repoussant chaque année l’arrivée de celui-ci, et nourrissant de nouveaux espoirs.
Nous étions le 15 janvier 2017... Jeanne sortirait demain, rétablie....Maria lui avait juste « passé le témoin », dans cette parenthèse de vie difficile, et son plus grand bonheur serait, encore et toujours, de voir le souffrance disparaître sur les visages et dans les corps...

Au bout du couloir, Jeanne se retourna une dernière fois, s’appuyant sur ses béquilles.....son regard en disait long....
Elle était entourée de sa fille et de son mari, et retrouverait « SA VIE »
Cette semaine, Maria s’attacherait à d’autres personnes, et ainsi de suite, emplie d’émotion sans fin..... Elle serait emportée par ce tourbillon incessant, qui comblait un vide d’amour inavoué.
Cela était surprenant, tant Maria était belle et tendre à l’intérieur.......Petit ange incarné descendu tout droit du ciel....
La vie est faite de ces destins croisés, mêlés, que j’ai souhaité conter ici..
Maria, Joachim, Jeanne,... Et tant d’autres.....

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