1907 lectures

1302 voix

En compétition

Il y a deux mois, Sofia me quittait. Elle était partie comme ça un soir sans crier gare ! J’avais juste trouvé un mot sur la table, il disait : « Je m’en vais, je ne peux rien te dire. Ne me cherche pas... Tu comprendras plus tard... Je t’aime. Sofia. » 

Notre histoire débuta grâce ou à cause d’un crime. Claire ma voisine de palier, avait été trouvée morte dans son appartement. Elle vivait seule, moi aussi et de temps en temps nous partagions notre solitude...
Au début ce fut surtout pour répondre à un besoin charnel commun. Par la suite, je sentis que le comportement de Claire, prenait une tournure plus libertine, voire concupiscente ; je n’appréciais pas ses façons de vouloir satisfaire ses désirs érotiques. Ce qui m’avait rapproché d’elle était une attirance physique, mais certes pas ce côté « dépravé » qu’elle voulait m’imposer. J’avais tenté d’espacer nos rencontres, mais elle en vint à me harceler : habiter sur le même palier était devenu un réel inconvénient.
Je suis conducteur de travaux et pour me libérer d’elle, je m’étais débrouillé pour obtenir la charge d’un chantier en Afrique du Sud : il dura dix-huit mois. Pendant mon absence, Claire avait trouvé d’autres partenaires, mais à mon grand désarroi, à mon retour sa « flamme » pour moi ne s’était pas éteinte et elle m’invita un soir à prendre le verre de l’amitié. J’ai vite compris que son projet était de reprendre nos activités sexuelles... Cette fille était une nymphomane et je ne la supportais plus.

Le jour suivant, à cause de ce verre et ce court moment passé dans son appartement, la police en découvrant le corps trouva aussi mes empreintes ; cela avait amplement contribué à me coller en garde à vue. Je risquais la détention provisoire et cela jusqu’à l’ouverture d’un procès.
Il me fallait absolument l’aide d’un avocat ; je n’avais jamais eu affaire à la justice et ne connaissais personne qui puisse me sortir de là...
À mon grand étonnement, une heure à peine après mon arrestation, une avocate débarquait au commissariat pour me défendre. Elle m’était totalement inconnue et je me demandais, qui avait pu la missionner : c’est ainsi que Sofia entra dans ma vie.
Une jolie rousse aux yeux verts qui débarque comme ça pour prendre votre défense n’est pas chose courante, la couleur de ses longs cheveux mélangée à celle de ses yeux, m’avaient fait fondre.
Dès les premiers instants de notre rencontre j’étais tombé raide-dingue amoureux d’elle et dès nos premiers échanges, je ne pus m’empêcher de le lui faire comprendre.
Je suis avare de confidences et pourtant, à sa façon de me parler et d’éviter de me poser des questions personnelles, j’eus la certitude que Sofia savait des choses me concernant : elle semblait s’être informée sur mon vécu.
— Nous allons nous voir souvent ! dit-elle, je vous appellerai Serge, moi c’est Sofia, est-ce que cela vous va ?
— Oui ! J’adore Sofia, c’est joli, bégayai-je ! Nous voir souvent ? J’adore aussi cette perspective !
— Je suis là pour vous éviter d’être condamné, sourit-elle, mais si on veut y parvenir je dois tout savoir ! Vous avez déclaré ne pas être présent au moment du crime, voulez-vous m’en dire plus ?
Je lui dis avoir vu sur une pub que sur Lille des magasins faisaient des promotions et le jour du crime j’y étais allé pour voir. Avant de rejoindre l’autoroute, le temps de prendre des cigarettes et un café, je m’étais arrêté un moment à la sortie d’Arras. Pour éviter une prune, j’avais pris un ticket de stationnement sur lequel il est obligatoire d’inscrire le numéro minéralogique de la voiture. En plus, j’avais conservé une facture indiquant le jour et l’heure de ma sortie d’autoroute à Lille.
— Il vous suffira d’aller récupérer ces justificatifs dans ma voiture, déclarai-je.
— Votre ticket de stationnement ne prouve rien, vous auriez pu le prendre et revenir chez vous immédiatement, quant à la facture de l’autoroute elle n’indique pas le numéro de votre voiture, si vous aviez payé par C.B cela aurait pu se défendre, mais là ça ne prouve rien non plus.
Je ne m’attendais pas à un tel défaitisme de sa part ! Je lui dis que ma tête apparaissait peut-être sur une des caméras au péage. Sans avoir l’air d’être convaincue plus que ça, Sofia me répondit qu’elle vérifierait.

Les justificatifs que j’avais indiqués étaient disparus. Sofia me dit que même si la police les avait trouvés son discours aurait été identique au sien ; à l’extrême ces papiers auraient pu être un petit plus dans ma déclaration de non-présence sur les lieux à l’heure du crime.
Avant d’aller vérifier les vidéos au péage de Lille, Sofia s’était renseignée au bar-tabac là où j’avais dit avoir pris des cigarettes et un café. Elle déclara avec satisfaction qu’une photo de moi avait suffi à me faire reconnaître par le patron. À ma grande surprise, selon les dires de mon avocate, il se souvint même que j’avais failli renverser mon café ; tout cela s’était passé au moment où Claire se faisait agresser...
Au procès, la plaidoirie de Sofia fut remarquable. Le buraliste confirma son témoignage et je fus déclaré non coupable. Néanmoins, il y avait eu un crime et l’enquête allait se poursuivre.

Depuis ce procès, Sofia et moi ne nous étions plus quittés. J’habite un cinq pièces dans une résidence de standing et très vite, elle accepta d’emménager chez moi. Nous ne ressentions pas le besoin de nous marier, l’amour immense que nous partagions suffisait à notre bonheur...
Dans l’immeuble, j’étais connu et apprécié des autres résidents ; le drame auquel j’avais été confronté ne marqua pas les esprits outre mesure et le fait que mon avocate soit devenue ma compagne, ne prêta pas à commentaires. Claire, la défunte, était propriétaire de son appartement et personne ne sut qui en avait hérité, c’est un notaire qui fut chargé de s’occuper de sa gestion.

Un couple de personnes âgées vint remplacer ma voisine décédée, des gens charmants qui appréciaient être devenus nos proches voisins. À chaque fois que l’occasion se présentait, ils accrochaient Sofia pour discuter ; plusieurs fois même, ils l’avaient invitée chez eux, à les voir converser, on aurait pu croire qu’ils s’étaient toujours connus.
Dernièrement, en faisant du rangement, ils trouvèrent une carte mémoire vidéo, celle-ci était coincée derrière une plinthe en bois, mal fixée au mur intérieur d’un placard, la police ne l'avait pas vue. On aurait dit qu’elle avait été cachée là... Nos voisins montrèrent à Sofia l’emplacement où elle était restée, ma compagne leur conseilla de la donner au notaire qui la transmit à la police.

À la suite de cette information Sofia ne fut pas surprise de me voir convoqué au commissariat. Ce jour là, une audience au tribunal l’empêcha de m’accompagner. Je me présentai donc seul devant le commandant Gobèr l’O.P.J qui poursuivait l’enquête. Pour m’accueillir, il m’adressa un rictus sadique qui me donna froid dans le dos.
Il m’emmena dans la salle des interrogatoires là où j’étais déjà passé en sa compagnie. Ce lieu m’avait laissé le souvenir d’un endroit destiné à la torture psychologique. La pièce était sombre, un ordi posé sur la table attendait, à son côté une caméra prête à enregistrer espérait des aveux. Un autre inspecteur vint nous rejoindre, on me fit asseoir devant l’écran du P.C et on lança la lecture...

Ils avaient bien fait de me donner une chaise ! Sur les images, Claire et moi étions en pleine action érotique, l’erreur n’était pas possible, il s’agissait bien de nous... Les deux flics présents n’en perdaient pas une miette, leurs regards et leurs sourires sadiques ne cessèrent de m’écraser de honte jusqu’à ce qu’un espace noir défila enfin sur l’écran.
— Attends ! C’est pas fini ! Me lança le collègue de Gobèr, accroche-toi, il y a une suite, mais on ne t’y voit pas... Tu nous diras si t’as participé aussi, hein ? Ben mon salaud !
La seconde séquence tout aussi érotique que la première, montrait Claire en compagnie d’une femme dont on ne pouvait distinguer le visage. Leurs ébats voluptueux faisaient baver encore plus mes deux polichinelles, je me dis que ce film avait dû passer en boucle dans tout le commissariat !
— Pas mal les deux nanas, hein ! T’étais là ? Allez, dis-nous... Qui c’est l’autre gouine ? On voit jamais sa tronche à la salope ! Alors... T’ACCOUCHES !
À mon grand soulagement Sofia arriva. Ils refusèrent de lui montrer l’enregistrement. Elle me dit que le jugement rendu m’avait disculpé ; mon dossier était clos et en conséquence, je n’étais pas tenu de répondre à leurs questions.
Gobèr faisait la gueule, la belle rousse venait de lui casser son coup et il n’appréciait pas, il aurait aimé connaître le nom de cette femme qui m’était également totalement inconnue.

Sofia et moi nous nous aimions d’un amour puissant, jamais un nuage n’était passé sur notre couple. Toujours attentionnée, elle m’avait mille fois démontré combien elle tenait à moi. Sans exagérer, je dirais qu’elle était folle de moi autant que j’étais fou d’elle et j’étais mal à l’aise car il me fallait lui dire ce que contenait le film.
Je devais avant tout lui faire admettre que si l’amour charnel n’était pas la conséquence d’un partage avec un être aimé, celui-ci n’avait aucune valeur affective. Avec Claire il n’avait jamais été question de sentiments amoureux.
— Claire à mon insu, filmait nos rapports sexuels avec une caméra cachée, attaquai-je, c’était une nymphomane et une perverse... Les flics n’ont relevé aucune violence dans nos actes. Tout cela n’est pas très joli et pas facile à dire, en plus j'ai découvert une chose que je n’aurais jamais imaginée : je n’ai rien contre, mais elle avait aussi des relations sexuelles avec une femme !
— Qui est cette femme ? Tu peux m’en dire plus ? m’invita à poursuivre Sofia.
— Ben non ! Il n’y avait que des gros plans au niveau des tailles, des cuisses et des hanches. Ce ne fut pas mon cas ! Moi, sur la séquence filmée, ma tête est bien présente et les deux inspecteurs ne se sont pas gênés pour se la payer ! J’ai honte de t’avouer tout cela... Pardonne-moi !
— C’était avant nous... Et je n’ai aucune raison de t’en vouloir... Tu sais, je t’aime tellement que je suis capable de tout te pardonner. J’espère simplement qu’on nous fichera la paix avec cette inconnue... Que les flics se débrouillent !

Gobèr qui poursuivait l’enquête ne voyait pas la chose sous cet angle. Il était convaincu que sur le film, la deuxième paire de fesses et ce qui va avec, avaient joué un rôle dans l’assassinat de Claire. Un cheveu de femme autre que ceux de la victime avait aussi été retrouvé sur un cintre dans le placard là où était cachée la carte mémoire ; une analyse ADN fut faite, mais ce cheveu n’était pas fiché.
Le flic revint sur les lieux du crime, il voulait voir l’endroit où avaient été trouvés ces nouveaux éléments. En sortant, il croisa Sofia sur le palier. Le bref salut qu’il lui lança suffit à faire comprendre à ma compagne qu’il ne la portait pas dans son cœur.
Dans l’ascenseur, le tic-tac mental de Gobèr se mit à fonctionner : pour la seconde fois quelque chose l’avait taquiné, mais il ne savait dire quoi. Une association d’idées s’imposait à lui, mais quoi ? Quand j’étais retourné dans ses locaux, au moment où Sofia était venue me rejoindre, il avait là aussi eu cette impression... Ce ressenti gênant dont on ne sait pas à quoi il correspond.

C’est de retour au commissariat qu’il comprit, il revérifia encore une fois les pièces à conviction et il s’en voulut de ne pas l’avoir vu avant, cela devait-être trop évident  :
Le cheveu trouvé sur le cintre était long et roux ! comme ceux de Sofia...
Il se dit qu’avec un peu de doigté le crime de Claire allait trouver sa conclusion ; il lui fallait obtenir l’appui du procureur pour rouvrir mon dossier. Mon avocate devenait ma complice et il fallait remettre la machine policière en mouvement. La tâche s’annonçait ardue et les preuves devraient être solides car s’attaquer à une avocate, c’était prendre des risques !

Prétextant une mise à jour de mon dossier, Gobèr invita Sofia à se présenter au commissariat. En retour, seul un courrier lui parvint :
« (...) Commandant, je vous félicite pour votre perspicacité ! Je suis bien l’inconnue du film... Pour créer « l’ambiance » pendant nos rapports sexuels, Claire passait en boucle la séquence du film sur laquelle Serge – celui que vous accusiez – apparaît. Je suis tombée amoureuse par images interposées, ce qui fit que ce n’est plus avec Claire que je faisais l’amour, mais avec cet homme.
De voir ces images en boucle me devint insupportable, cela a finit par me rendre jalouse au point de... Inutile de vous préciser la suite je crois ?
Serge est innocent et ne me cherchez pas... Ce serait peine perdue ! » 

Il y a deux mois Sofia me quittait. Elle est partie, comme ça un soir sans crier gare ! J’ai juste trouvé un mot sur la table, il disait : « Je m’en vais, je ne peux rien te dire. Ne me cherche pas... Tu comprendras plus tard... Je t’aime. Sofia. »
Depuis j’ai compris... Sofia était la partenaire de Claire ; pour désorienter le commandant, elle avait récupéré la vidéo et à dessein, l’avait mise dans le placard avec un de ses cheveux. Elle savait que la pugnacité du commandant Gobèr ferait le reste...

Un jour j’irai rejoindre la femme que j’aime et qui par amour pour moi, s’est faite accuser du meurtre de Claire... Le commandant me surveille toujours car il sait qu’elle m’attend quelque part.
— Ah oui ! Je dois vous dire une dernière chose : je n’aime pas le café... Je ne fume pas... Je ne suis jamais allé à Lille... Et donc, j’en suis encore à me demander comment Sofia a pu faire témoigner le mec du bar-tabac...

PRIX

Image de Été 2019

En compétition

1302 VOIX

CLASSEMENT Nouvelles

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Françoise Mornas
Françoise Mornas · il y a
Un récit à rebondissements qui tient en haleine. Bravo !
·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Merci Françoise, j'invite mes lecteurs à découvrir ton oeuvre " tu n'es qu'un cochon " .
Julien.

·
Image de Françoise Mornas
Françoise Mornas · il y a
Merci infiniment !
·
Image de Mister Iceberg
Mister Iceberg · il y a
:)
merci pour ce texte Jusyfa vous avez cette faculté à numois emmener immédiatement avec vous
bravo

·
Image de Daënor
Daënor · il y a
Bonjour Jusyfa,
Un texte qui a la particularité de semer la zizanie chez le lecteur !
L'histoire est intéressante et se lit assez bien, les personnages nous donnent envie d'en savoir plus et la chute est vraiment très distrayante !
Un petit travail travail sur le rythme et les ponctuations rendrait votre texte plus fluide et entraînant. :)
Mes salutations,

·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Merci Daënor pour votre lecture. Votre remarque est pertinente, vous n'êtes pas le premier à me la faire et les corrections sont en cours.
Si vous avez voté, vos voix ne sont pas inscrites....
à bientôt.
Julien.

·
Image de Mister Iceberg
Mister Iceberg · il y a
merci pour ce beau moment de lecture ( et pour votre passage sur fournaise )
bonne continuation
au plaisir de vous relire
bon courage

·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Un grand merci Mister, ce fut un plaisir de vous lire, à bientôt sur nos lignes.
Julien.

·
Image de Gunther
Gunther · il y a
La Rousse et la rousse. Jolie confrontation.
·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
La formule est bien trouvée, merci Gunther.
Julien.

·
Image de Annick
Annick · il y a
Double salto pour une chute réussie. Un récit agréable à lire.
·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Commentaire original, merci pour votre lecture Annick.
Julien.

·
Image de Dessous de soi
Dessous de soi · il y a
Bravo, bien ficelé!
·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Merci pour votre lecture, à bientôt.
Julien.

·
Image de Didier
Didier · il y a
Quelques maladresses et quelques redites, mais dans l'ensemble on se laisse prendre au jeu du chat et de la souris. Beau suspense bien entretenu. Personnages bien dépeints. Plutôt pas mal. Mes votes
·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Merci Didier, à bientôt sur nos lignes.
Julien.

·
Image de OpiedesmOts
OpiedesmOts · il y a
Bravo. Histoire bien amenée. Belle chute.
·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Merci pour votre lecture et votre sympathique commentaire.
Julien.

·
Image de Isabelle Dupré
Isabelle Dupré · il y a
Bravo pour cette « sale histoire « ... si bien amenée !
·
Image de Jusyfa
Jusyfa · il y a
Bonjour Isabelle, je vous prie d'accepter mes excuses pour cette réponse tardive, quelques problèmes techniques en sont là cause.
Un grand merci pour votre lecture et votre sympathique commentaire, à bientôt sur nos lignes.
Julien.

·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

Du même thème

NOUVELLES

Nounours est flic à Genève. Flic de quartier tout simple. Nounours n’est pas un génie, même selon les standards d’une catégorie socio-professionnelle peu réputée pour le nombre de prix ...