Sirène

il y a
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Finaliste
Jury
Je l’ai suivie dans la rue. Elle l’a remarqué, s’est retournée, m’a souri. Ses yeux, ses lèvres : dans mon éblouissement, je n’ai rien vu d’autre. Sa robe d’été, très courte, soulignait par intermittence le modelé de son corps et le parfum qui s’en échappait se répandait derrière elle en volutes à peine perceptibles. J’avais le sentiment qu’elle n’était qu’une apparition prête à s’évanouir dans le décor. Elle m’a promené longtemps à travers la ville, sans jamais regarder en arrière.
Elle est entrée dans un magasin connu à l’époque pour son incroyable erreur de décoration intérieure : un lambris miroitant appliqué à l’ensemble du plafond, y compris au-dessus des cabines d’essayage. Connaissait-elle cette particularité ? Elle a tourné la tête, le menton touchant presque son épaule nue (pour s’assurer que j’étais toujours là ?). Je suis entré derrière elle. Elle a fouillé dans les bacs, sans me jeter un regard puis s’est dirigée vers les cabines. J’ai saisi au passage le premier jean qui me tombait sous la main. Mon cœur s’est emballé lorsque j’ai pénétré dans la cabine voisine de la sienne. Je suis resté sans bouger, puis je me suis aperçu que j’étreignais stupidement le jean dans un mouvement de crispation spasmodique. J’ai alors lentement levé les yeux vers le plafond. Elle était là ! Il m’a semblé qu’elle baissait brusquement la tête et j’ai pu constater que sa robe, glissée à terre, était son seul vêtement. J’ai failli pousser un cri d’ébahissement, de victoire et de désir. Elle était sublime ! J’ai baissé le regard vers la faible paroi qui me séparait d’elle et contre laquelle, je le jure ! j’ai failli me jeter comme un fou. J’ai relevé les yeux : elle avait disparu.
Je me suis précipité dans le sillage de ce parfum dont je connaissais maintenant la provenance exacte. Elle a reposé le vêtement dans un bac puis elle est sortie.
Je l’ai suivie. Enfin, j’ai essayé. Dans ma sidération, je n’avais pas lâché le jean que je tenais toujours serré contre moi. L’alarme a immédiatement provoqué l’arrivée d’un immense black qui m’a barré le passage.
J’ai eu le temps de jeter un regard au dehors.
Au bruit, elle s’était retournée. Elle m’a jeté un regard navré, les deux paumes ouvertes vers moi en signe d’impuissance et elle est partie.
Est-il utile de dire que je ne l’ai jamais revue ?

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Sylvie Loy · il y a
"Sirène" , j'avoue que le titre évoquait au départ l'animal mythique. Mais non ! Je ne suis pas déçue pour autant. Pas de doux chants au bords de la mer de Sicile, mais une stridente alarme stridente qui frustre le lecteur aussi ! Mais je vote quand même ! Iriez-vous lire Des mains expertes pour me donner votre avis ?
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Eva Dayer · il y a
Ouahhh !!! Bravo ! Les fantasmes, ça donne des ailes ... Voté !

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