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Si tu m'aimes...

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Il retourne les deux tranches de bacon, repose la spatule et se dirige au pied de l’escalier.
_Natacha ! Dépêche-toi, ça va être tout froid !
_J’arrive, deux secondes.
_Une...deux ! Ça y est !
_J’arrive répond-elle, exaspérée par l’humour à la ras les pâquerettes de son père.

Il retire la poêle du feu et pose une tranche de bacon sur chaque œuf au plat. Il sert le jus d’orange et s’assoit à la table ronde.
Elle arrive en bas des marches, pose son lourd sac à dos et traîne les pieds jusqu’à la table.
_Bonjour ma puce, bien dormi ?
Elle baisse la tête.
_Mmm...me parle pas tant que je n’ai pas bu mon café noir sans sucre.
_C’est ça ! Rêve ma belle !
Elle rigole et lui fait la bise.
_Ça c’est toi le matin, d’habitude.
_Oh, la moqueuse !
Elle sourit en prenant son verre de jus.
_Tu vas faire quoi aujourd’hui ?
_Je vais finir de ranger la maison.
_Alors, on reste ?
_Je sais pas encore. Ça va revenir cher le loyer pour moi tout seul. Tu comprends ?
_ Bien sûr, je suis plus une gamine. D’ailleurs, j’aimerais bien qu’on aille en appartement, il y en a plein de libre vers chez Violette, en bas, au village.
_Ah, d’accord, c’est noté. Je vais mettre une annonce ; "cherche appartement à côté des copines de ma fille...Trop loin s’abstenir."
_Elle rigole.
Elle se lève et va à la salle de bain. Il commence à débarrasser les assiettes.
_Dis, t’oublieras pas de prendre du pain en rentrant de l’école !

Elle sort de la salle d’eau, les mains dans les cheveux essayant de faire un chignon.
_Pourquoi tu ne les lâche pas ? C’est plus joli quand ils sont détachés.
_Maman a dit que ça fait plein de nœuds...Que...
Elle se racle la gorge et souffle et reprend :
_C’est le premier jour de la rentrée, j'ai pas envie d’être toute décoiffée.

Il retourne à la cuisine. Elle prend sa veste à capuche en fourrure et se retourne.
_A ce soir papounet.
_A ce soir mon ange, sois sage.
_Et toi, oublie pas de te raser, tu piques !
Il ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Elle quitte la maison en claquant la porte. Il la regarde, stupéfait, immobile....Pendant un instant, un court instant, il avait cru entendre Ruby....
Il secoue la tête et reprend la vaisselle.

Ruby est partie, elle nous a abandonné sans prévenir. Tu ferais mieux de l’oublier et de passer à autre chose.

Il regarde par la fenêtre, la voisine passe en survêtement comme tous les matins. Elle est grande et blonde, une poitrine ferme et un corps à tomber par terre. Il sourit en se disant qu’il devrait l’accoster un jour. Au moins pour prendre la température, voir s’il a une chance...

Pour quoi faire ? Vous allez vous aimer, tomber amoureux, faire un enfant ensemble et après ? Après, si elle s’en va elle aussi, tu ne tiendras pas le coup. Pas deux fois. Faire un enfant et s’en aller du jour au lendemain, c’est monstrueux. ! Non, je suis bien comme ça

La sonnerie du téléphone le fait sursauter. Il décroche le combiné.
_Allo ?
_Raymond ? Salut, c’est Martha. Alors, comment vous allez tous les deux ?
_Ça va, on s’en sort.
_Tu es sûr ? Si tu veux, je suis là.
_C’est gentil mais pour l’instant ça va. Je vais chercher un appartement et après ça ira encore mieux.
_Et Natacha est d’accord ?
_Et bien, en premier lieu c’est moi qui décide donc qu’elle soit d’accord ou pas c’est pareil et ensuite oui, elle veut bien partir. Tu sais je crois que ça sera mieux comme ça. Il y a trop de souvenir ici...
_Okay, mais si tu as besoin de quoi que ce soit , surtout n’hésite pas d’accord ?
_C’est promis.
_On se voit Dimanche, pour l’anniversaire de maman, tu n’as pas oublié ?
_Non, t’inquiètes on sera là.
_Justement, je voulais te dire, j’ai pris un appareil à raclette, tu sais ceux qu’on peut faire la pierrade dessus. Tu donneras une participation comme ça, ça t’évite de te casser la tête à chercher un cadeau, vu tout ce que tu dois gérer en ce moment...
_C’est à dire ?
_Et bien, tu sais...Je veux dire, c’est pas facile pour toi maintenant que Ruby n’est plus là...Tu dois tout réorganiser, en plus il parait que vous les hommes, vous êtes plutôt nul...Enfin, c’est ce qu’on dit...je sais que toi t’es différent, t’es courageux, tu vas y arriver....Toi-même tu sais.
_Pitié Martha, tu ne vas pas te mettre à pleurer ?
_Non, bien sûr que non, j’aimerais juste te serrer très fort dans mes bras et te dire combien je t’aime, frangin.
Il lui coupe la parole.
_Excuse-moi mais j’ai le repas sur le feu, je dois te laisser, tchao. Merci d'avoir appelé, moi aussi je t’aime. Bisous.
_Le repas ? À cette heure-ci ?
Il raccroche, soulagé d’avoir mis fin à ces effluves de sentiments. Il monte l’escalier.


Organiser ? Gérer ?


Il entre dans la chambre de sa fille et reste surpris par la propreté qui régnait. Quand Ruby était là, c’était un capharnaüm. Entre le linge sale, les portables (téléphone, tablette, MP3) et leurs câbles respectifs, la chambre de Natacha était continuellement en chantier. Mais là, tout était rangé ! Il y avait même un vieux carton dans le coin où elle avait entassé son linge sale. Il se dirige à sa chambre, il prendra le carton en revenant, quand il descendra à la buanderie au sous-sol. Il commence à ramasser ses chaussettes puis regarde autour de lui.
Son regard s’arrêta sur deux poupées, les rescapées qu’il avait bien voulu garder ici lors de leur emménagement.... :
[ Au moins ces deux-là ? Implore-t-elle en clignant des yeux.
_Okay, mais pas plus. Ça fait déjà cinq.
_Tu es un amour.
Elle posa les deux poupées en porcelaine sur le lit et l’embrassa ]

C’était il y a longtemps, si longtemps....

*****

_Pourquoi a t-il fallut que tu t’en ailles ? Demande-t-il à la machine à laver.
Mais cette fichue machine, complexe de l’intelligence masculine, le rendait nerveux.

30 ou 60 degrés ? Linge blanc ? Ça veut dire que du blanc, ou le clair aussi ? Charge éco, demi-charge ? Avec ou sans essorage, couleurs ? Mais qui a été assez dingue pour inventer un truc aussi difficile à manipuler....sûrement un psychopathe !

Il met tout le linge dans la machine et retire les deux tiroirs en plastique. Il verse dans chaque une dose de lessive liquide et rajoute de l’adoucissant.

Une fois que c’est dedans, ça se mélange pareil.

Il ferme le tout et pose sa main sur le programmateur.

Ruby aurait mis quel programme ?

Il ferme les yeux, le froid se répand au-dessus de sa paume. Il tourne le bouton.
_Laisse-moi faire, souffle une brise gelée à son oreille.
Il secoue la tête.

C’est pas possible, il est train de devenir fou ?

Soudain, il écarquille les yeux, pris de panique il remonte l’escalier en courant. Il est onze heure trente.

Onze heures trente ? Déjà ? Je dois faire le repas pour Natacha. Mais quoi ?

Le vent glacial remonte le long de ses jambes et lui enveloppe la nuque. Il s’écroule sur le sol, inconscient.

*****

Il se réveille dans sa chambre, la joue sur la moquette. Il se relève péniblement et s'assoit sur le sommier, celui -ci est recouvert de poupées. Toutes les poupées de collection de Ruby sont là , elle remplisse entièrement le couvre-lit. Le réveil indique 9h30. Bizarre...

*****

Il prend sa guitare et commence un arpège mais ses cotes lui font mal. Il pose sa guitare acoustique sur le lit et décroche le combiné. Il appelle sa manager.
_Salut Vivi. Alors t' as des nouvelles ? T'es sérieuse ? C'est génial ! Ouais, dans le style flamenco mais avec la classique, l’électro, ça rend pas pareil. Okay...merci mais c'était une idée de Ruby, ouais merci, c'est gentil. On se voit quand ?
Il passe sa langue sur sa lèvre trop sèche. Il essaye de réfléchir a son nouveau planning. Il devait s'occuper de Natacha, elle n'a que douze ans. Il ne pouvait plus se permettre des journées au studio de quinze heures d'affilés....Ça n'allait pas être simple avec la tournée régional du groupe.
_Okay, je passe demain, on met ça au point. Je te laisse, ma fille vient de rentrer. C'est cool, merci Vivi. Prend soin de toi , bises.
Il descend l'escalier, Natacha est là, immobile , le sac à ses pieds, le regard vide.
_Alors cette reprise ?
N'ayant pas de réponse, il accourt et la prend dans ses bras.
_Oh, mon ange ! Je suis désolée, c'était trop tôt, je n'aurais pas dû.
_C'est pas toi, c'est eux....Ils...
Elle éclate en sanglot. La chaleur de son père lui fait du bien...
_Pas d'école cet après-midi. On va faire un tour en ville.


*****

Il s'asperge de parfum et pose le flacon "Yves Saint Laurent" sur la table de chevet. Il avance avec difficulté jusqu'au miroir collé sur la porte de l'armoire. Pas facile de marcher avec ça. Elle est là, superbe, en face de lui. Il tend la main et lui caresse la joue. Sa peau est si douce, une douceur angélique, une peau de satin. Ses yeux sont verts, ils dégagent la chaleur d'une beauté profonde. Il l'admire, elle lui sourit, ce sourire charmeur qu'il a tant aimé comme hypnotisé par ce visage d'ange.
Il ouvre le tube de rouge à lèvres et se l'applique lentement pour ne pas dépasser le bords.
Dans le miroir, il ne voit pas son reflet. Il la voit, elle. Ruby dans une robe blanche immaculée. Il peut même sentir son parfum délicat qu'elle aime tant. Son charme, sa chevelure bouclée et ce nez atypique...Elle s'approche avec grâce comme si elle flottait...

Il tend l'oreille, le gémissement provient de la chambre de sa fille. Il quitte les chaussures à talons hauts et se précipite dans le couloir.

*****

_Là....ce n'est rien ma chérie dit la voix féminine.
Il lui caresse le front.
_Maman ? Murmure-t-elle à demie-endormie.
_Je suis là, tout va bien.
Natacha se lève d'un bond. Elle allume la lampe de chevet. Elle ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. Son père lui sourit, il a du rouge à lèvres qui déborde sur son menton. Il est habillé avec une robe de mariée.
_Chérie ? Demande -t-il en s’avançant.
Elle hurle de panique et se débat . Son corps, secoué de soubresauts, se soulève, il bascule haut dessus de la rambarde de sécurité.


*****

_Monsieur Parossen, tout va bien. Plus de peur que de mal, rien de grave mais on va quand même la garder en observation pour la nuit . Demain, je pense qu'elle pourra sortir.
_Oh, merci docteur !
_Excusez-moi...vous avez parlé de cauchemars ?
_Oui, ça fait cinq jours. En fait depuis que ma femme Ruby...sa maman est morte, elle n'arrive plus à trouver le sommeil. C'est elle qui la bordait chaque nuit.
_Oh, désolé de l'apprendre. Toutes mes condoléances. Si vous le désirer, j'ai un confrère , un pedopsychiatre qui pourrait peut-être l'aider.
_Oui docteur, toutes les aides possible seraient utiles.
Le docteur lui fait un sourire de circonstance et sort de la chambre.


Arrivé à l’accueil, il pose le dossier sur le comptoir et coche "NON" à la case « suspections de maltraitance ». Il le referme et le pose dans une panière en plastique.
_Pauvre vieux, j’espère qu'il va s'en sortir.
_C'est triste ce qu'ils leur arrivent mais je suis sûre qu'ils ont déjà trouvé leurs marques maintenant.
_Et bien dis-donc ! Vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère vous... en cinq jours ?
_Comment ça cinq jours ? Vous parlez bien de la famille Parossen ?
_Oui !
_Ça fait un mois et demi qu'elle est décédée.
Il revient près du comptoir et reprend le dossier de la jeune fille. Il replonge dans les résultats pour être sûr qu'il n'a rien oublié.

*****

_Merci Martha, quelques jours ici lui feront du bien. J'ai eu tord de vouloir lui faire reprendre le collège si vite.
_C'est toujours un plaisir d'avoir ta fille. Elle est tellement adorable et Paul va être content. Ils s'entendent si bien tous les deux. Mais et toi ? Tu es sûr que tu veux rester tout seul ?
_Oui, je dois présenter la maquette et on a encore pas mal de retouche à faire sur les derniers morceaux. On a seulement quinze jours pour tout boucler.
Natacha derrière lui, attend son bisou, patiemment.
_Je t'appelle ce soir. Après-demain on ira voir ta mère.
_C'est vrai ? Génial, t'es super !
Elle se jette dans ses bras. Il la repose, embrasse sa sœur et sort dans l'allée. Il remonte son col, le vent du nord s'est levé, il fera beau demain....


*****


Martha, son fils Paul et Natacha ont à peine bifurqué au bout du chemin en gravillon que Raymond perd son sourire. Il regarde méchamment la photo encastrée dans la stèle et jette la rose rouge avec mépris.
_T'as vu ce que tu as fait ? Tu es fière de toi ?
Il sort précipitamment et rejoint sa sœur. Ils marchent en silence. Paul et Natacha sont loin devant. Ils ont le nez sur leur smartphone et de temps en temps se donne des coups de coude en riant. Martha se tourne vers son frère.
_ Je voudrais que tu sois franche avec moi, Ray. Comment tu te sens ?
_Ça va. Je vais bien. Je crois que j'ai enfin trouvé mon rythme de croisière. Je m'organise à merveille.
_C'est tout ? Et le coup de blues, les moments de craquage ?
_J'ai pas le temps pour ça. Natacha à besoin de moi. Je dois être fort. Depuis que Ruby est partie...
_Arrêtes ! Dit-elle plus fort qu'elle ne l'aurait voulu. Arrêtes de dire, elle est partie comme si elle allait revenir demain !
_Tu veux que je dises quoi ?
_Ray, elle est morte ! Ruby est morte, elle ne reviendra pas. Tu ne peux pas continuer comme ça !
_Je ne te comprends pas Martha. Tu n'es pas contente que j'aille bien ? Je suis heureux, ça va je te dis !
_Quand est-ce que tu as pleuré pour la dernière fois? Est-ce que tu as seulement pleuré au moins une fois ? Demande-t-elle en sanglotant.
_Pour quoi faire ? Y en a qui dise que c'est égoïste de pleurer. Il faut se réjouir pour que l'âme puisse se reposer en paix.

Alors laisse moi partir !

_Quoi ?
_J'ai rien dit répond-elle en reniflant.
_Sinon elle reste ici, avec nous...
_Il faut que tu parles à quelqu'un. Si tu veux rien me dire c'est pas grave, je comprendrais mais s'il te plaît parle à quelqu'un !

Elle a raison tu sais.

_Tu as raison, tu sais.
_Vrai ? Elle lui sourit, passe un bras sous le sien et pose sa tête sur son épaule..

Il faut qu'on en parle, c'est important mon amour...

Il pose deux doigts sur sa propre bouche. Son esprit se tait. Il peut enfin apprécier le silence du cimetière...ses âmes se sont tues.

*****

Enfermé dans la cabine, Ray fait un signe à Natacha à travers la carré en plexiglas qui sert de fenêtre. Elle lui rend en souriant. Face à l'énorme micro sur pied, il met un casque sur ses oreilles. Natacha sort son smartphone et commence à filmer.


"Il would like forget the time, for a sigh, for a moment
A disgrace after the race, where is my life ? Where is my place ?


Natacha tourne de coté pour filmer Martial, concentré, qui bouge la tête au rythme de la musique. Quand il la voit, il lui sourit et tend son pouce en l'air. La voix s'envole dans les aiguës et déraille. Ils se retournent en même temps et voient Raymond qui se recoiffe d'une main.
_Eh ! Stop ! Arrêtes le massacre !
Lentement Ray tourne son visage vers eux. Il a les yeux grands ouverts.
_Ray si tu as la prétention de te prendre pour Céline Dion va falloir que tu bosse ta voix encore des années. On fait une reprise , on essaie pas de l'imiter. Je veux la même zik que dans les répètes...okay ?
_D'acco-dac, je vais lui dire répond Raymond.
_Ray ! A quoi tu joues, putain !
_Excuse-moi, Chouchou, j'ai raté la montée de gamme répond-il avec une voix de fausset.
_Il est devenu fou ? Demande Natacha en sentant venir les larmes.
_Ray, arrêtes de déconner, tu fais peur à ta fille.
_Papa ?
Ray pose son front sur la fenêtre.
_Chut ma chérie. Il ne faut pas déranger ton père quand il travaille.
Natacha se remémore la scène dans sa chambre, elle sort en courant.
_Natacha ! Crie Raymond.
Martial secoue la tête et se lève.
_T'es vraiment un connard !
Il se précipite dehors pour rattraper l'enfant.


*****

« Le ciel n'est plus qu'un long tissu de brume, il va faire une nuit sans lune, demain, je n'aurai pas dormi... » chantonne Raymond qui est monté sur la corniche.

Il a enjambé la barrière de sécurité et se tient debout face au vide.

« Mais je rêve, je lance des mots vers le jour qui s’achève..... »

Sur le toit de l'immeuble de quinze étages, le fond de l'air est frais. Il a compris , il a vu dans les yeux de sa fille qu'il avait perdu sa confiance et son amour.

Ray ? Est-ce que tu m'entends ?

Je suis devenu fou, j'entends la voix de Ruby dans ma tête. C'est la seule explication....Ça y est , j'ai sombré dans la schizophrénie, plus personne ne peut m'aider.

Ray, bats-toi, pour Natacha , tu dois être fort.

_Martha est là, elle protégera notre fille. Elle n'a pas besoin d'un père bon à enfermer pour l'asile répond-il à voix haute.

Ray ! Écoutes moi , je t'en supplie !

_Non ! Laisse-moi tranquille ! Hurle-t-il à la nuit sans lune.

Alors laisse moi m'en aller !

Il se bouche les oreilles. Ce geste le déséquilibre, il penche en avant.

L'explosion dans sa tête s'estompe. Il ouvre les yeux. Il est allongé sur le toit. Il la voit, son ange, son amour éternel, son âme sœur. Ses vêtements blancs semblent fait de substance cotonneuse, ça ressemble a un nuage...

Libérée ! ,Tu as réussi mon amour !

_Ruby ? C'est vraiment toi ? Je ne comprends rien à ce qui se passe
_Ta tristesse m'a enfermé dans ton corps mais tu as vaincu et je suis libre.
_Comment ça ?
_Mon âme peut rejoindre la lumière.
_Partir ? Me quitter ? Mais je ne veux pas que tu t'en ailles dit-il la voix tremblante.
_Il le faut Ray. Tu es bien plus fort que tu ne le crois et rien n'est perdu avec Natacha. Elle a besoin de toi .
_Moi, j'ai besoin de toi ! Hurle -t-il soudain en colère.
Des larmes coulent sur ses joues.
_Natacha est ta priorité, elle l'a toujours été depuis qu’elle est née !
_Oui mais là maintenant, c'est toi que je veux , là avec moi, avec nous !
L'ange approche son visage à quelques centimètre du sien.

Des voies lactées roses dansent dans ses pupilles dilatées d’où brillaient des milliards d'étoiles.
_Ne fais pas ça Ruby, ne m'abandonne pas dans ce monde cruel et froid. Je n’y arriverais pas sans toi.
Les larmes jaillissent de nouveau.
_Il le faut mon amour, Natacha à besoin de toi en entier. Il faut que tu me laisse partir. Tu seras fort pour nous deux.
_Ruby, non... murmura-t-il entre deux sanglots
_Ray, regarde-moi.
Elle posa son autre paume froide sur sa joue. Elle lui glaça les os et lui donna la force de relever la tête.
_Je t'aime...je t'aimerais pour toujours.
_Ma chérie, s'il te plaît....je n’ai pas le courage que tu crois. Mon bébé, je ne suis plus rien sans toi...
Ils se relèvent tous les deux ensemble.
_Je sais que tu as cette puissance en toi, c'est pour ça que je t'ai aimé si fort. Tu es d'une grande bravoure mais ne retient pas ta douleur, laisse la sortir de toi. Fais-moi confiance.
Il essuya une larme. La crampe d'estomac s'estompait.
_Est-ce que tu m'aimes ?
Il la regarda sans comprendre.
_Ray ?
__Tu le sais déjà Ruby...Pourquoi ?
_Si la flamme que tu m’as déclaré est toujours vive et que tu m’aimes encore alors laisse-moi partir.
_ Je n'éprouverais plus jamais la joie après notre séparation, cette déchirure déchire mon âme et tout espoir.
_Dans ton esprit, je serais à toi pour toujours et jusqu’à la fin.
_Mon amour, je te retiens parce que je ne suis qu’un lâche qui a peur d’être malheureux. Ton sourire, ta beauté, ta chaleur, ta bonté, ton humilité, ta sagesse, ta splendeur, ton nez atypique, la douceur de tes mains, ta peau de satin, ton aura, ton parfum, ton agilité, ta souplesse, ton style et tes yeux profonds....
_Épitaphe venu d’un monde merveilleux que je ne connaîtrais plus jamais.
_Vieillir avec toi aura été mon rêve le plus fou.
_Aujourd’hui, je dois te quitter pour que tu aille de l’avant.
__Je t’aime...
Elle pince ses lèvres et penche la tête sur le côté. Il entendit le bruissement presque inaudible d'un voile qu'on déchire.
_...alors je te rends ta liberté.

Derrière elle, tout le paysage semblait s'ouvrir au milieu. La lumière aveuglante apparut. Ruby se tourna pour admirer la nuit qui disparaissait, coupée en deux comme deux morceaux de papier. L'intensité était si forte que Raymond dû se cacher les yeux avec sa main. Quand elle se retourna vers lui, tout son corps fut ébloui par la lumière. Elle tendit ses mains en croix et lui sourit.
_Tu es celui que je n’aurais jamais cru avoir tant besoin, tu es le guide qui m’a amené au bonheur. Tu trouveras, j’en suis sur un cœur à prendre, tu te feras une autre vie avec quelqu'un autre et peut être que tu oublieras mon prénom.
_Jamais je ne t’oublierais.
_Je vais te faire du mal aujourd’hui et j’en suis désolée. Ne m’en veux pas trop....pas trop longtemps. Mon amour, si je te quitte c’est que je t’aime tellement fort...
_Tu resteras gravé à jamais sur le rocher des parois de mon cœur.
_ Tu dois avancer et rencontrer ton âme sœur...
_Peut-être que je n’y ai pas droit.
_Bien sûr que si lui dit-elle. Je compte sur toi pour veiller sur notre enfant. J'ai confiance en toi. Je t’aime...Adieu.

Son corps, absorbé par la lumière, disparut lentement. Soudain, plus rien, le noir complet. Tout avait disparu.
_Bébé ? Murmura-t-il dans l'obscurité de la nuit sans lune.
Et Raymond tendit sa main une dernière fois. Il sut que c’était fini, fini pour de bon. Il ne la reverrait plus....
Les larmes revinrent à la charge. Le vent lui caressa la joue et il leva la tête. Un sourire se dessina sur son visage humide. Une étoile plus grosse et plus étincelante que les autres venait de lui répondre d'un scintillement fabuleux...

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