Sept jours

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Sebastian bouclait sa valise, plein d'espoir pour son couple. Il pensait sincèrement que ces vacances étaient ce dont son épouse avait besoin pour renaître à sa vie de femme, de maîtresse passionnée.
L'histoire avait été tragiquement banale. À quarante-cinq, après avoir fondé une famille, Sebastian avait divorcé de sa première femme. Puis, Johanna, trente-deux ans, était soudain apparue dans son existence. Ils se sont aimés, passionnément. Elle lui avait offert une seconde jeunesse, un second souffle. En échange du bonheur qu'elle lui apportait chaque jour, Sebastian avait du lui offrir quelque chose en retour. Il avait donc cédé pour un second mariage et un autre enfant. Johanna était en âge de fonder une famille et Sebastian ne pouvait agir en égoïste et ne pas réaliser son souhait.
Aloïs, leur fils, avait maintenant cinq ans. La petite famille était heureuse, personne ne pouvait dire le contraire. Pourtant, Sebastian était en manque de sa femme. Parce que Johanna s'était, à la naissance de leur garçon, transformée en mère. Elle n'était plus que cela. Disparue l'amante insatiable, la maîtresse attentionnée, la femme fatale. Et son mari en souffrait énormément. Oui, Sebastian ne savait plus comment s'y prendre pour faire renaître en elle le feu du désir.
Il enviait son meilleur ami, Micha, qui comme lui vivait avec une femme plus jeune, Emma. Eux aussi avait eu un enfant, pourtant, Emma ne se comportait pas comme Johanna. Avec sa fille elle agissait comme une mère aimante, mais elle était restée une amie enthousiaste et drôle, une jeune femme sportive, soucieuse de plaire, et, selon Micha, une amante volcanique.
Alors, lorsque Micha et Emma leurs avaient proposé de passer une semaine de vacances ensemble, sans les enfants, Sebastian avait vu là une occasion inouïe. Il espérait bien que l'absence de leur fils, la chaleur de l'été en Sardaigne et l'enthousiasme charnel dont faisait preuve leurs amis, inspirerait sa femme.


Jour 1

Après le vol, et le trajet en voiture depuis l'aéroport, les deux couples découvraient enfin la superbe villa où ils passeraient leurs vacances. La maison n'était pas très grande, mais le lieu était absolument paradisiaque. De la terrasse, il suffisait de marcher quelques dizaine de mètres pour se retrouver sur une plage de sable blanc, au bord d'une mer dégradée de bleu, de turquoise et de vert. Emma courait déjà vers la mer en riant, Micha sur ses pas. Sebastian les regardait. Micha avait déjà rattrapé Emma. Il trébucha dans le sable, l'entrainant dans sa chute. Ils échangèrent bientôt un baiser langoureux, allongés sur la plage. Sebastian se dit alors que cette ambiance ne pouvait laisser Johanna insensible.
- Sebastian, peux-tu venir m'aider à chercher le code pour la connexion Wifi, s'il te plait ? J'aimerais envoyer un message à ma mère pour savoir comment va Aloïs.
- On l'a laissé il y moins de vingt-quatre heures, je suis sûr qu'il va bien et qu'il s'amuse.
Le regard de Johanna était sans appel, il fallait vraiment trouver ce code. Sebastian était d'accord pour octroyer à sa femme une journée afin qu'elle se détende complètement et se fonde dans l'atmosphère des vacances.


Jour 2

La faible lumière de l'aube filtrée par les persiennes emplissait la chambre lorsque Sebastian fut réveillé par un grincement. Un grincement discret mais très perceptible dans le silence nocturne. Sebastian a le sommeil léger. Puis, ce bruit, il l'avait guetté une bonne partie de la nuit avant que le sommeil ne finisse par l'emporter. C'était un grincement de sommier régulier. Ses amis, dans la chambre voisine, étaient entrain de faire l'amour. Il se tourna vers la droite pour regarder le cadrant du radio-réveil. Cinq heures cinquante-six. Puis vers la droite : Johanna était paisiblement endormie. Il n'osait pas bouger, partagé entre l'envie de réveiller sa femme et celle de vivre seul un plaisir dérobé. Bientôt les gémissements d'Emma passèrent à travers le mur. Le sexe de Sebastian hurlait d'envie. Ce matin, il garderait cette excitation pour lui seul. Ce matin, il n'avait pas le courage d'affronter un refus. À l'affut des sons, son corps et son sexe se tendirent encore un peu plus lorsque les soupirs d'Emma se firent plus intenses. Et il imaginait le corps de l'homme dominant de toute sa puissance celui de la femme, abandonné, moite, chaud. Presque instinctivement Sebastian avait posé la main droite sur son sexe et jouait le rythme du grincement sur son anatomie. Tout s'accélérait un peu plus, le grincement, les gémissements, son propre souffle, le sommier encore, sa main droite, les soupirs d'Emma, encore. Alors que lui-même s'approchait du paroxysme, il s'inquiéta de ne pas entendre venir l'orgasme de la jeune femme. Il lui semblait qu'il dirigeait lui-même les vas et viens. Il faisait sien l'émoi des deux amants, tout se mêlait. Enfin, il l'entendit jouir et il sentit son membre comme enserré par le sexe de la femme à qui il ne faisait pas l'amour. Un court silence. Et le sommier, à nouveau. Micha, tout comme lui, n'avait pas encore joui. Les vas et viens reprennent et Sebastian voit les corps s'enfoncer dans le lit, le lit taper contre le mur, les doigts d'Emma plantés dans le dos de Micha. Ce joue un dernier accord sourd, mâle, invulnérable, étouffé dans le creux de l'oreille d'Emma. Sebastien jouit en silence, faisant sien le râle, la jouissance de son ami.
Mais déjà la satisfaction laissa place à l'amère frustration.


Jour 3

Déjà trois jours au paradis et toujours pas de sexe pour Sebastian. Pas de petites caresses coquines non plus. Ni même un long baiser langoureux. Rien. Alors que les rayons du soleil sarde doraient les corps, mettaient en ébullitions les sens, Johanna restait tout à fait de marbre.
Allongé sur le sable, Sebastian s'en voulait que cette plage se transforme en un enfer de désœuvrement et de frustration. Pis, à force de voir le corps de son amie Emma, si beau, si libre, déambuler à longueur de journée sous ses yeux, il trouvait son épouse insipide. Où était-elle d'ailleurs ? Probablement à l'intérieur, entrain de pianoter fébrilement sur l'écran de son téléphone portable, demandant des nouvelles de son fils.
Emma, elle aussi allongée sur le sable se leva alors. Elle se dirigea vers la mer, se donnant de petites tapes sur les fesses pour en décoller le sable. Et un frisson parcouru le corps de Sebastian pour venir se loger au creux de son ventre. Il avait beau savoir qu'il ne fallait pas, il continua de mater le corps divin qui se dirigeait vers la mer.
- Alors, on se rince l'oeil ? lança la voix faussement irritée de Micha.
Ce dernier rapportait un glacière garnie de bières fraiches.
- Désolé, bafouilla vaguement Sebastian.
- Ça va, c'est pour rire, vieux. Tu aurais tort de de priver ! Puis, je te fais confiance.
Sebastian répondit par un petit rire forcé.
- Parlons franchement, dit Micha en changeant de ton. La situation avec Johanna ne s'améliore pas, hein ?
- Tu vois bien sa manière d'agir...
- J'aimerais sincèrement pouvoir t'aider Sebastian.
Sebastian aperçu alors Johanna qui marchait vers eux. Décidément, dans son maillot de bain lilas, elle ne paraissait pas si néréide qu'Emma.
- Allez Johanna, viens profiter de la mer, s'écria Micha en prenant la jeune femme par le bras.
- Non pas tout de suite...
- Tant pis, cria Micha en courant vers l'eau transparente.
Johanna sortit un tube de crème solaire de son sac de plage et le tendit à son époux.
- Tu veux bien m'en passer dans le dos ? demanda-t-elle avec un petit sourire.
Le moindre contact physique, c'était toujours ça de pris pour Sebastian.


Jour 4

Il était impossible pour Sebastian et Johanna de s'endormir ce soir là. Les bruits venant de la chambre voisine étaient bien trop forts.
- Comment peuvent-ils faire autant de bruit ! dit Johanna.
- Je pense qu'ils ne sont pas dans le lit... répondit Sebastian en riant.
Elle se mit à rire elle aussi. Oui, Johanna paraissait plus détendue et encline à l'amusement depuis le matin.
- Puisque nous ne pouvons pas dormir, peut-être pourrions-nous, nous aussi prendre du bon temps... suggéra Sebastian en se rapprochant de sa femme.
Cette dernière répondit par un sourire timide.
Alors que son ami prenait sauvagement sa compagne debout contre le mur dans la pièce d'à côté, Sebastian eut également la chance de faire l'amour à sa femme. Elle sous lui. Doucement. Gentiment. Les mains de la femme posées sur le dos de l'homme. Deux, peut-être trois baisers sages. Des soupirs contenus. Et même si Johanna refusa les propositions de Sebastian concernant un changement de position, ce dernier retenait avant tout qu'il n'avait pour une fois, pas eu à essuyer un refus. À coté, Emma et Micha venaient de casser quelque chose. Probablement une lampe de chevet. Les soupirs et les gémissements se turent bientôt. Le dernier râle de contentement de Sebastian se mêla au son des corps de ses deux amis se laissant lourdement tomber sur le lit.


Jour 5

Le doux songe était déjà terminé. Le lendemain matin, ils reçurent un coup de téléphone leurs annonçant qu'Aloïs était malade. À la seconde où elle entendit l'information le visage de Johanna se referma. Le sourire qui y était timidement apparu les jours précédents s'envola en un claquement de doigts.
Bien évidement que Sebastian prit aussi le téléphone pour parler à son fils. Mamie et Papy vont bien s'occuper de toi. Tu es un garçon courageux. Je t'aime aussi Aloïs... Sebastian était sincèrement peiné pour son fils qu'il aimait comme seul un père peut aimer. Et au même instant, il lui en voulait de venir lui dérober son couple. Oui, il était jaloux de son fils. Comment ce gamin pouvait lui prendre la femme qu'il aimait, comment pouvait-il le priver de sa vie d'homme ! Sebastian était révolté.
À ce moment là, Emma passa devant lui sur la terrasse, ses petites fesses merveilleusement moulées dans un petit, oh oui, trop petit short en jean.


Jour 6

Sebastian n'arrivait pas à dormir. Il avait pourtant la tête alourdie par les effets de l'alcool, mais impossible de trouver le sommeil. Johanna lui avait tourné le dos et s'était immédiatement endormie. Au bout d'une heure à se retourner dans la chaleur moite de la chambre, il s'était levé. C'était une nuit sans lune, et la maison était dans un obscurité presque totale. À tâtons, il s'était dirigé dans la cuisine, avait débouché une bouteille de vin - rouge d'après le goût - et trouvé un verre propre. Il avait ouvert la porte fenêtre pour laisser entrer un légère brise estivale dans la pièce. Décidément, le séjour ne lui avait pas apporté le miracle tant attendu. Il se retrouvait simple spectateur de son existence et le constat était plutôt misérable : non seulement il n'était pas parvenu à guérir la froideur de sa femme, mais de surcroît il avait commencé à se laisser aller à des fantasmes concernant la compagne de son meilleur ami. Le vin ne faisait que l'engluer d'avantage dans cette amertume, dans un frustrant vague à l'âme. La nuit était laide, le vin infecte et sa vie sans issue.
L'obscurité lui laissa alors entendre des pas feutrés sur le carrelage. Un corps glissa derrière le fauteuil et se pencha sur lui. Un souffle léger rampa doucement sur sa nuque. Sebastian fût totalement envahit par une odeur, d'embrun, de sel. Il resta figé, ahuri. Une main douce parcouru lentement son épaule. Quel délice, Johanna allait finalement lui offrir son miracle ! Oui, cette odeur, ce souffle, cette caresse avaient définitivement une saveur exquise de lubricité. Sebastian voulait hurler son bonheur, et pourtant il n'osa prononcer un mot. Il sentait l'instant fragile et il avait peur qu'une parole ne brise tout. Johanna ne dit rien. Elle se contenta de poser des lèvres humides et chaudes sur la nuque de son époux, de parcourir son corps musclé du bout des doigts. Sous le souffle langoureux, sous les caresses vigoureuses, Sebastian était déjà ivre. Mais cela n'avait rien à voir avec le vin. Non, le désir pour sa femme emportait tout, à cet instant il était encore plus amoureux, plus fou et tellement excité. La silhouette fit le tour du fauteuil et elle donna bientôt à l'homme le baiser le plus frénétique de toute sa vie. La caresse de la langue de Johanna contre la sienne exprimait tout à la fois, l'amour et le désir et, en quelques secondes, effaçait toute la frustration de ces dernières années. Alors, quand la jeune femme laissa glisser ses lèvres charnues dans son cou, sur son torse, son ventre et au creux du nombril, il crut mourir. La douleur dans son sexe était telle qu'il ne pu retenir un gémissement. Bientôt la langue voluptueuse dansait sur son membre. Il posa une main sur la nuque de sa femme, et quelle ne fut pas son émotion lorsqu'il sentit juste à la naissance des cheveux un grain de beauté dont il ne se souvenait pas l'existence. Comment pouvait-il aussi peu connaître ce corps qu'il côtoyait pourtant chaque jour ? Oui, il était temps qu'ils se reconquirent enfin ! Sebastian n'en pouvait déjà plus. Néanmoins, il voulait lui aussi offrir à sa bien aimée une nuit de retrouvailles inoubliable. Il allongea Johanna sur le tapis. Avant qu'il ne puisse s'allonger entre ses jambes, elle se retourna, lui offrant ses fesses qu'il ne put voir mais qu'il put allègrement effleurer, caresser. Le comportement de sa femme ne cessait de l'abasourdir. Jamais, même au cours des premiers mois de leur relation, Johanna ne s'était montrée aussi entreprenante, aussi libérée. Mieux que la joie de retrouver sa maîtresse, Sebastian goûtait le bonheur d'une excitante découverte. Cambrée, les fesses tendues vers son homme, le sexe ouvert, elle l'accueillit dans un soupir délicieux. Il lui fit l'amour. Et rien n'enthousiasmait plus Sebastian que les réactions sensuelles du corps de sa partenaire sous ses coups de reins, toujours un peu plus profonds, un peu plus rapides. Il se laissa aller à des souffles rauques, bestiaux. Il voulait que Micha et Emma puissent l'entendre. Oui, il souhaitait hurler son plaisir au monde entier. Alors qu'il croyait que l'abandon de sa partenaire atteignait son paroxysme, elle lui fit stopper ses vas et viens. D'une main tremblante de désir, elle guida le phallus vers l'entrée de son anus. Sebastian crut d'abord avoir une hallucination. Était-ce vraiment sa Johanna à qui il faisait l'amour ? Il était ému qu'elle puisse autant le surprendre après toutes ces années et toute cette frustration. Doucement il pénétra cette endroit inconnu, et le passage, si étroit, le fit presque crier. Et ces ultimes moments de plaisir pur, Sebastian aurait aimé que ce soient les derniers de son existence. Tous ces sens en éveil vivaient un absolu sans nom qui s'acheva dans une clameur, leurs deux êtres jouissant à l'unisson.


Jour 7

Lorsque Sebastian se réveilla Johanna était déjà retournée dans la chambre. Il la rejoignit et se blotti tout contre elle. Dans un demi-sommeil elle lui dit :
- Merci pour cette nuit...
Il embrassa tout doucement son épaule avant de se rendormir, bercé par un sentiment de satisfaction profonde.

Quelques heures plus tard les deux couples couraient dans le terminal 2 de l'aéroport de Cagliari-Elmas, le son de leurs pas et des roulettes de leurs valises raisonnant dans le grand hall. Sebastian et Johanna main dans la main, plus amoureux que jamais. Et sur leurs talons Micha et Emma, toujours aussi complices. Bientôt ils s'installèrent dans l'avion, Micha se répandant en excuses auprès des passagers assis près d'eux. Sebastian prit la main de Johanna et l'embrassa tendrement dans le cou. Elle répondit par un petit rire et il put lire un « je t'aime » sur ses lèvres. Cette semaine de vacances avait finalement tenu toutes ses promesses. Sebastian était ravi, heureux, comblé.
Emma, qui était assise juste devant, fit un geste pour relever ses cheveux en un chignon. Sebastian posa un œil distrait sur la nuque de la jeune femme. Il fut tout à fait pétrifié par ce qu'il y vit. Il était là, arrogant, insolant, sensuel, lubrique... Oui, il se trouvait là, juste à la naissance des cheveux, le petit grain de beauté qu'il avait voluptueusement caressé la veille. Il vit alors le visage de Micha apparaître entre les deux sièges et lui faire un clin d'oeil.

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