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Sens interdits

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Francky EA

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Toute histoire commence un jour, quelque part. La mienne a vu le jour une nuit, et en voici quelques parts. Jour après jour, depuis la nuit des temps, et sûrement jusqu’au jour où le temps mettra fin à ses jours, quand le jour finit de faire son temps, la nuit se révèle au grand jour. Le soleil se couche, et parfois la lune l’éclipse. La nuit tombe à la belle étoile, la terre a la tête dans les étoiles, et le ciel noir met en lumière la toile d’un spectacle cinq étoiles. Ce décor si leste, de corps célestes couchés à même le ciel, m’éblouissait comme toujours, me subjuguait comme jamais. Alchimie organique et artistique qui dans les chambres froides de mon cœur, statue de cire constante, a été à plus d’une circonstance, source chaude de ma thématique de figures de style car, l’art rythme mes tics poétiques.

C’était un premier décembre, l’horloge faisait montre de la vingtième tranche horaire. Le firmament était d’une luminescence continue, et contiguë à celle des prunelles de la prunelle de mes cieux. Dans les jungles urbaines, c’est le moment où jamais le silence ne prend la parole, où le calme se voit souvent privé de suivre sa voie, et où le bruit rend sa voix publique. C’est l’instant où s’orchestre une symphonie dissonante avec à la basse, le son tapageur que les moteurs automobiles véhiculent, et pour les aiguës, les notes stridentes dont certains klaxons, se délivrent le permis de conduire au sens que nos oreilles internent. Tout ceci sur le fond sonore exécrablement intempestif, de la bande passante de commentaires, d’une ruée de piétons passant en bandes, et qu’on ne sait souvent comment taire. C’est ainsi qu’à l’orée de la phase terminale d’une longue journée, passager du train-train de la Capitale, dont la vitesse était déjà bien loin de la première, j’ouïs ces mille et un sons qui se secondent. Après avoir donné sensiblement 1440 minutes de ma vie à donner la vie, à exercer mes desseins sans frontières de médecin sans fonds, tiers d’une société où le bien s’est fait la malle, il était temps que je rentre. Ainsi, du Centre Hospitalier Universitaire, par ailleurs doté d’une beauté récessive et asymptomatique, je sortis placidement pour prendre un taxi, dans la visée d’une arrivée aussi tôt que faisable, aux encablures de ce qui depuis des mois sert de toit à mon moi. Que nul ne s’y trompe, dans ce climat de fin de jour de travail et de faim de nuit de repos, je n’étais point le seul à conduire son espoir, sur les chemins de ces voitures de couleur jaune citron.

Comme chaque âme inlassablement alignée sur la file d’attente parquée au-devant de l’hôpital, je tendais languissamment mon index, quémandant à quel taxi voulait l’entendre, d’être conduit à mes quartiers. Il s’était écoulé une bonne heure de temps dans cette attente de malheur, lorsque soudain le temps me fit le témoin d’un bonheur. Il faut dire que c’était la bonne heure. Alors que mes démarches pour éviter des heures de marche à pieds courraient dans un sac fermé, du ciel je vis un signe terrestre extra, versé sur ma route et entrain de traverser la route. Sous la tente latente d’une attente hâtive, mes tentatives vaines de quitter les artères si vils de la ville et ses civiles, me mettaient sur les nerfs. Mais sous une pleine lune en plein air, sur un coup de veine, je sentais baisser la tension de mes artères, et monter l’attention que mon art terre. Je fis la rencontre d’un objet voilant mon nid d’entités féminines, jusqu’à lors connus de mes pupilles, car elle était plus belle que ce qu’il y’a de plus beau sur la beauté. Ma colère s’est désincarnée devant sa paire si leste de seins carnés. Ce divin dessin car né du Père Céleste, mais pouvant faire blasphémer sur des saints carnets, plein d’essaims de curés aux desseins carrés, logés dans des sains carniers.

Près de moi elle s’est tenue debout, par sa tenue de style et le textile de sa tenue, de mes sens je n’arrivais plus à joindre les deux bouts. Aussi irréelle qu’une histoire à dormir debout ou qu’une église réveillée, elle faisait les beaux jours de mon cœur froid tel un hiver sur Vancouver, et souvent couvert de boue. Car si ma personne aime tant à biser des cous sous une pluie de chœurs, trop souvent elle se fait briser le cœur sous une pluie de coups. Elle était à tomber par terre et à faire tomber mille et un parterres de dragueurs, qui finiraient par taire leurs charismes de tombeurs. Nous étions indéniablement là pour les même raisons, mais la mienne s’était mystérieusement perdue sans raisons. A la lisière de cette muse sympathique, mon système sympathique a fait descendre sur moi une montée d’adrénaline, et bien que nerveux j’étais tout excité à l’idée de franchir l’acétique colline, inhibitrice de notre synapse. Comme si même les cieux ne voulaient point qu’elle garde les pieds sur terre, comme si la lune jalouse ne voulait plus l’avoir sous ses cieux, comme si la terre ne voulait pas qu’elle fasse de l’ombre à sa lune, le premier taxi à ouïr sa demande fut aussi le dernier. Mon oreille a été -touchée par la mise en bouche, que me conférait ses mielleuses et moelleuses empreintes vocales, qui m’ont caressé jusqu’à la moelle de la colonne sacrée de mon esprit. Cette rencontre n’avait donc pas pris le sens unique de la vue.

Alors que la sirène de peau lisse, en apparence, faisait son entrée triomphale dans cet engin ambré, telles des sirènes de police, mon être sonnait l’alarme et sonnait la larme de ces traumatismes cardiaques d’antan. Je ne voulais pas rester sur ces premiers et derniers mots. Captivées par cette bellissime assassine, qui de prétendants mettrait le bellicisme à sa cime, sous une pluie battante de battement, les ailes de mon cœur frappaient dans tous les sens aux battants de ma cage thoracique. Par les flèches de Cupidon, nos chemins avaient la même destination. Car il était d’un impératif absolument vital que j’aille où elle va, il fallait que mon corps incandescent là suive jusqu’à ce qu’amour s’en suive. Il était 21 heures et 15 minutes, et l’on était assis dans ce taxi. Même sans manomètre, sur l’expression de mon visage, s’imprimait l’impression d’une montée de pression. La distance entre nous ne se comptait plus en termes de millimètres, mais était de l’ordre du nanomètre. Médecin de mon Etat, je me dois de promouvoir la santé, mais j’ai été allègrement béat de l’entrée presque concomitante à l’arrière de la voiture, d’un homme de corpulence notoire, à première vue sous le poids de l’obésité. Celui-ci, servit à rendre plus charnue la charnière entre nos charpentes charnelles. Poète de mon état, j’aurais tant aimé là passer au scanner par les résonances magnétiques de mon écho, mais j’étais sans voix, tandis que le chauffeur dégageait la voie de sa radio.

Ainsi, peu-à-peu, nous nous sommes trouvés côte-à-côte, et bien que n’étant face-à-face, pour moi c’était mieux qu’un tête-à-tête. La soirée allait prendre un tout autre sens, celui de sa senteur. Pour elle j’aurais voulu qu’on roule durant plus de cent heures, car ce ne sont pas tous les chemins qui mènent à l’arôme des Déesses. Elle avait la fragrance des Lys, un effluve qui me plongeait dans un fleuve d’effarants délices, mon cœur était pris en flagrant délire de cris passionnels. J’aurais aimé là faire plonger sous ma rime avec un discours fleuve, mais de vers d’ode j’étais complètement à sec. Son ossature safran exprimait un parfum de goût, si enivrant qu’il me faisait toucher à ce qu’on entend réellement par faim de loup, par soif d’envies. A plus de cent à l’heure, les parois de mon cœur allèrent de plus belle de leurs mouvements alaires. Pendant ce temps la voiture roulait à vive allure, et les sens ralentis, je n’avais pas fière allure. Juxtaposée à sa senteur, sa chaleur faisait le show. Tandis que je la touchais par vêtements interposés, d’un air posé elle ne résistait à l’enchevêtrement, et y a même apporté la touche de son toucher. Elle avait appuyé sur la touche qui fait mouche, mettant ma raison à la touche, et me donnant la sensation d’avoir une touche. Nous venions d’atteindre les conditions normales de température et de passion, et les frottements étaient non négligeables. Mes désirs étaient désordres. L’éclat transfigurant de sa figure de style m'avait défiguré la raison, me faisant figurer dans le cas de figure, d’un figurant en transe devant une actrice de première, au sens figuré. Oui c’était une actrice de première, qui m’avait mis sens dessus-dessous, alors que je ne l’avais même pas encore vu sans dessous dessus. Mon sens du goût m’avait fait perdre mon sixième sens, et il était trop tard quand j’ai fait face au profil caché de cette femme, et ce dans tous les sens du terne.

Les aiguilles de l’horloge externe affichaient 21 heures et 18 minutes, et celles de mon horloge interne une peur bleue. Car reprenant mes esprits et faisant passer violemment mon œillade au travers de la vitre, par ailleurs finement fissurée, je ne reconnaissais point le décor qui était censé être celui de mon quotidien. Nous allions presque en sens inverse. Le rêve perdait tout son sens. Observant de plus près la tierce personne qui était à l’arrière avec nous, je vis un jardin d’ébènes cicatrices parsemées sur sa peau, et desquelles l’on pouvait distinguer avec ostentation, celui d’un crâne de mort. Mon feu d’amour prenait l’eau, tous mes désirs prenaient l’air, et je voyais déjà mon monde à six pieds sous terre. Je voulus ordonner paisiblement au taxi de s’arrêter, en feignant d’être arrivé à destination, mais je me fis agresser la parole. Le baraqué d’une voix baroque prête à casser la baraque, après m’avoir coupé la parole, de son coude gauche sur ma poitrine m’interdisait tout mouvement en me disant : « Ne bouge pas ». L’atmosphère devenait tordue, il voulait que je m’aligne droit sur une certaine ligne de conduite, au risque d’avoir le cou tordu, ou tout au moins de prendre une gauche. La fantasmagorique sirène terrestre qui longeait ma ligne gauche, à brûlure-pourpoint avait subi une transformation maligne. Elle aussi voulait que je m’aligne, au risque de perdre la tête en ayant le cou tôt coupé par la lame du couteau aiguisé, qu’elle avait su déguisé d’une beauté qui m’avait fait perdre la tête. L’ambiance était étrange, et dans ce taxi j’étais l’étranger. Si je ne collaborais dans une docilité tranchante, il se serait tranchés à me trancher. J’avais le souffle presque coupé, la souffrance à mon être couplé, surtout que de mes poches j’avais organisé la vidange en journée.

En effet j’étais fauché. Tellement fauché que même la faucheuse n’aurait pas mis ma tête à prix. De l’infortune je venais de gagner la palme d’or, à l’heure type ou le soûlard typique, boit son vin de palme et dort de façon intermittente et saccadée dans un bar. Dans ma tête je fis rapidement l’inventaire de mes biens, et tout d’un coup j’étais mal. Je savais qu’il ne prendrait pas bien le fait que je n’ai rien en malle. Cela tombait très mal, je les voyais très bien me mettre dans leur malle. Ensuite vint l’instant fatidique de la phrase tant attendue, une phrase si prononcée par ceux qui officient dans la malfaisance, qu’on dirait qu’il y’avait une école où on se doit de l’enseigner. J’étais dans la peur bleue, de sentir sur mon cou lisse une lente et violente saignée, alors qu’en cette nuit blanche ayant viré au noir, coulissait l’arme blanche de cette pleine brune. Alors que j’avais le cœur battant encore plus vite et plus fort aux battants de mon thorax, j’entendis : « Donne nous tout ce que tu as ! ». Je n’avais que mes cieux pour pleurer et prier. Je n’avais que mes yeux pour les prier. Je me voyais déjà plongé dans la terre et noyé dans l’amer de l’au-delà, moi dont la langue naguère n’a guère eu vent du gout du vin d’ici. Il m’avait rendu faible à l’extérieur et dans mon fort intérieur une voix me disait : « Bon sang mes poches sont vides ! Ils vont me vider de mon sang ». Si souvent j’ai vu l’art taire mon manque de veine, même mes ballades dans les artères des mots auraient été vaines, et j’avais de quoi me faire du mauvais sang. Hélas, la nuit n’avait pas dit ses derniers maux. Lorsque vers 21 heures et 21 minutes, je fus le témoin d’un arrêt taxi, ma tranquillité battait de l’air, ma quiétude prenait l’eau, et en moi l’effroi avait pris feu.

Après une perquisition minutieusement opérée dans le sac d’ado qu’avec fierté j’ai coutume de me mettre à dos, la reine qui avait fait la traction de mes attractions vers son arène, me fit le sale cadeau de deux baffes. J’avais la joue en cloque, et le déclic des claques étaient que dans le clic-clac qui me servait de clique et de claque, il ne subsistait même pas une clope. Ils n’y trouvèrent que des objets sans valeurs de leur point de vue, et moi je tremblais bigrement de peur à l’idée que leur poing dévie sur ma vue. Ils ont eu beau saccagé mon pauvre sac âgé, leurs trouvailles n’en valait pas la pleine lutte, et tout ceci n’avalait pas la peine qu’ils s’étaient donné. En effet, près des trois cahiers qui me servaient de réchauffement intellectuel, quand la mémoire vive de mes connaissances venait à cailler, siégeait ma vétuste blouse verte rougie. Rougie car maculée d’un sang issu des derniers cris d’une gesticulante étrange, ayant laissé lieu aux premier cris d’un être ange. J’étais déboussolé au milieu de ces lieux, à mille lieux de mes cieux, et où il ne subsistait que des bouts isolés de lueur d’espoir. Par-dessus tout, j’avais la crainte ultime d’être violemment caressé jusqu’à l’os, par le sale colosse qui jouait le rôle de troisième larron. Souvent j’ai des poussées d’art qui m’aident à noyer mes douleurs, mais là je me sentais couler par le doux leurre de cette océanide, qui m’avait mené en bateau au point de me faire chavirer. Néanmoins au lieu d’avoir les poings de ce type sur les points de ma figure, j’avais presque pour préférence que cette fille électrique qui m’avait frappé d’un coup de foudre, me donne une foudre de coups frappés allant droit à l’endroit où ça fait « mâle ».

Ça faisait près de 15 minutes que mon cauchemar avait débuté. Ils étaient butés devant l’absence du butin dont ils étaient butés, et j’avais peur qu’ils finissent par me buter. Vers une butée non loin ils m’ont donné un coup de pousse. Malgré le vide considérable qui battait son plein en mon sac à dos de con sidéral, ils l’ont pris pour lot de consolation. La luni-solaire consola son duo de complices, comptant sur la longévité de la nuit pour avoir des proies plus appétissantes. Ainsi, aux minutes périphériques de 21 heures et 40 minutes, je vis leur voiture voguer vers des quartiers dont seuls ils avaient le secret, me laissant dans un délaissement rassurant et apeurant, alternativement. Je n’avais plus de sous, mais ma température était allée de quelques degrés au-dessous. Vers la mansarde où chaque nuit je m’ensable je pris donc le sens unique, après avoir vécu ce film de science « friction » où mes sens pudiques, se sont perdus dans l’essence inique de ses sens interdits.

PRIX

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Samia.mbodong · il y a
Belle histoire bien concue avec de l'humour
Bravo

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M. Iraje · il y a
De la malice, de l'humour, un bon moment ... !
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Keith Simmonds · il y a
Un beau texte plein d'humour ! C’est le dernier jour pour accepter cette invitation à découvrir “Le Vortex” qui est en FINALE pour la Matinale en Cavale 2019! Merci d’avance et bonne soirée! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1
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Odile Duchamp Labbé · il y a
Bien rythmé, bien " natté". J'aime ces mots où les mots s'entrecroissent. Dommage que vous m'ayez signaler votre texte un peu trop tard pour le prix.
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Keith Simmonds · il y a
Un beau texte plein d'humour ! Une invitation à découvrir “Le Vortex” qui est en compétition pour la Matinale en Cavale. Merci d’avance et bonne soirée! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1
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Alex Kamga Fogno · il y a
Très beau texte Teddy !
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Arth Otseng · il y a
Bon courage Docteur
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Lammari Hafida · il y a
Un beau texte , mes 5 votes !
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Irkomtheseb · il y a
Mes voix
Qu'est-ce-que ça donne sur des textes plus courts du style slam ? De belles rimes rythmées :)

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Dimaria Gbénou · il y a
Bien
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