Séniorita (Extrait n°2)

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Je viens d'éditer ma nouvelle "Alone, autopsie d'une solitude" à découvrir sur le lien : https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/843202/s/ Ancienne chanteuse et cracheuse de feu, je me  [+]

Je m'enfuis de cette vie de tabous, d'interdits, de gens trop bien pensants qui corrigent les bêtises de l'enfance à coup de martinet ou plus simplement de ceinturon.
Daniel, c'est son prénom, me demande si j'aime la vitesse.
Je ne sais pas. Je mens... Oui bien sûr j’aime les sensations fortes !
- "Tu veux voir ?" Et son sourire m'invite à aller plus loin avec lui, plus vite.
J'acquiesce.
Il roule jusqu'à la nationale. Et il trace. Le moteur gronde.
Je regarde ses mains, l'une sur le volant, l'autre sur le levier de vitesse : de belles mains longues, dorées par le soleil, une bague avec un aigle sur l'annulaire droit... Des mains de pianiste.
L'accélération me colle au dossier. La voiture engloutit le bitume, impitoyablement.
Nous longeons la mer. Elle est bleu électrique, comme les yeux de mon conducteur. Il est concentré sur la route mais ses traits, son visage sont détendus.
Vitesse hors limite.
Le vent nous gifle, mes cheveux s'affolent.
J'aime ça.
- "Alors ?" me demande-t-il, "tu as peur ?" Et je lui crie "Continue, encore plus vite !". Nous rions ensemble comme des gamins. La vitesse nous rends ivres...de liberté.
Nous doublons des voitures et je vois les gens, derrière les vitres, nous faire des signes affolés ; nous sommes des fous ! D'autres, vitres ouvertes, nous insultent.
Mais plus rien n'existe que nous.
Et là, il se met à entonner "Satisfaction" des Stones. C'est cool. Je chante avec lui. Ses mains frappent en rythme le volant de cuir rouge. J’aimerais que ma vie soit Rock pour toujours.
Nous arrivons rapidement à Narbonne. Il dévie sur une petite route de campagne.
- Je t'emmène voir des copains.
Je me crispe et mon estomac se noue. Et si c'était un traquenard ? J'ai lu des histoires de ce genre dans les journaux sur des filles qui se font kidnapper.
Mon visage se ferme. Plus une parole.
Nous roulons à travers vignes. Pas âme qui vive.
Un mas sur la droite ; il s'engouffre dans le sentier et stoppe devant.
Je pourrais m'enfuir, partir en courant ?
Mais qu'est-ce que je fous ici ?
Il sort de la voiture et, voyant mon embarras, me lance "Et alors la miss, tu descends ? Je viens voir une table de mixage qui est à vendre. Allez, bouge, ce sont des amis musiciens."
Je souffle ! Après tout, s'il avait voulu me faire du mal, ce serait déjà fait.
Je le suis. On rentre sans frapper.
Il appelle "Jean, Manu" et une voix lui répond : "En haut, monte".
Sur place, je découvre pour la première fois un vrai studio d'enregistrement. Piano, synthétiseurs, guitares électriques et folks, batteries... Des micros sur pieds, des casques, des fils qui s'entrelacent, une grande table de mixage et de la musique rock qui hurle et m'agresse un peu.
Daniel donne l'accolade à un jeune homme, bouille ronde, souriant, puis il se tourne vers moi :
- "Jean, je te présente..." Il stoppe net. Je ne lui ai pas dit mon nom.
- "Christelle", dis-je en tendant la main. Mais l'autre m'embrasse comme une amie de longue date.
Je suis plus détendue. Jean arrête la musique et nous propose des bières pour nous désaltérer ; il n'a que ça. Heureusement, la Kronenbourg est bien fraîche. Je n'aime pas trop mais avec la chaleur, elle passe bien.
Ils se mettent à parler technique, musique, un langage qui ne m'est pas familier. Mes yeux curieux détaillent tout : C'est un foutoir organisé !
Jean va chercher des micros de la marque "Shure". Il les branche sur la table de mixage. Daniel me fait signe de venir voir. Il se met au micro et teste sa voix, la module en parlant. Je l'observe manipuler la table de mixage, régler le son. La balance résonne dans les grosses baffles disposées dans la pièce.
Puis, il se met à chanter, a cappella, "emporte-moi" de Christophe. C'est presque la même tessiture que le chanteur. Le son envahit le studio. Jean met de l'écho, de la reverbe, applique un delay.
Même sans musique, le résultat est déroutant.
J'écoute, enveloppée par cette voix musicale et plaintive, si particulière, singulière.
Je suis sur une chaloupe, je vais tomber à l'eau et me noyer, c'est sûr... Je suis envoûtée.
Quand il arrête de chanter, je suis encore bouche bée et le regard perdu...ailleurs.
Mon cœur prend l'eau.

Lulla Bell ©
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