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Saveurs d'Orient

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Dilou Bayou

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Après une journée chaude et éreintante passée dans le train reliant New Delhi à Udaipur, petite bourgade du Rajasthan surnommée la Venise de l'Orient pour son charme et sa sérénité, Elle a rejoint rapidement la chambre d’hôte à « Udai Haveli Guest House », que lui avait chaudement recommandé la journaliste rencontrée à New Delhi.
« Tu verras, les chambres sont correctes, les sanitaires sont propres, le prix est dérisoire et les propriétaires sont charmants».
Son amie ne lui avait pas menti, Elle fut accueillie chaleureusement, avec toute la réserve de la culture indoue.

Dans la chambre classique et de taille honnête, trônait un lit spacieux recouvert de coussins moelleux et aux couleurs chatoyantes. Les rideaux étaient coordonnés avec la literie, sur une des tables de chevet un bougeoir orné d’une chandelle rouge neuve et sur l’autre une vasque dans laquelle flottaient des fleurs de lotus dans les mêmes tons chauds complétaient harmonieusement le tableau. Sur une étagère quelques livres attirèrent son attention, elle s’approcha et éclata de rire en découvrant d’une part une édition en sanskrit du Kamasoutra, haute en illustrations et aux pages écornées (de toute évidence certaines gravures avaient retenues toute l’attention) et d’autre part une vieille édition anglaise d’« Alice aux pays de merveilles » de Lewis Caroll.

Avec une intense émotion, Elle feuilleta délicatement les pages du livre fétiche de son enfance, à la recherche des illustrations du lapin blanc qui ne cessait de courir après le temps, du regard sournois et envoutant du Chat de Cheshire, d’Absolem la Chenille bleue fumant sa pipe à eau...

Elle fut tirée de cette immersion dans le monde merveilleux d’Alice par la sonnerie du téléphone :
« -hello Mrs, would you share our meal or would you prefer that I bring you a plate?
- thank you very much I'm tired and a plate will do the trick » répondit Elle, se rendant compte que la pénombre avait envahi la chambre. Elle alla allumer la lumière et mis en route le ventilateur ; une brise agréable lui effleura le visage.
Rapidement, Elle remit Alice sur l’étagère, ouvrit son sac de voyage et rangea ses vêtements dans la petite penderie jouxtant la salle d’eau. Elle venait juste de terminer quand un léger frappement à la porte de la chambre attira son attention. Elle ouvrit la porte à un bel et jeune inconnu, basané, la tête enrubannée d’un turban rouge, le regard profond, tenant dans ses mains un plateau chargé de petits plats sentant bon les épices indiennes. Elle y découvrit du riz accompagné des légumes en curry et de divers chutneys.
« My name is Kamdev, I’m at your service...
You can ask me anything you want, really all you desire» dit-il en posant, avec un sourire complice, le plateau sur la table de nuit. Il alla fermer les rideaux, ouvrit le lit et se saisit du Kamasoutra d’un geste naturel et complétement décomplexé, l’ouvrit et le posa sur la table de nuit. « This is my favorite position, you know? »
Génée devant ce qu’elle prenait pour une invitation à passer aux travaux pratiques, Elle bredouilla d’une voix gauche « Gracias... euh... no... thanks, I'm too tired tonight... I have to sleep... bye ».
Kamdev s’inclina devant Elle les mains jointes. A son pouce droit ainsi qu’à son médius gauche brillaient de splendides bagues ornées de pierres précieuses. Il lui souhaita d’une voix chaleureuse une douce nuit et juste avant que la porte ne se referme sur lui, il lui lança avec un regard protecteur « Kamdev watch over you ».

Afin de cacher le trouble qu’avait fait naitre ces paroles et ce regard profond, Elle décida de goûter les plats qui embaumaient la chambre de leurs parfums délicats. Elle termina son festin par un petit pot d’une crème onctueuse au parfum anisé, puis se rendit dans la salle d’eau et les pieds sur les galets qui ornaient le sol, elle se glissa sous une douche tiède et agréable. L’eau ruisselant sur son corps délaya les pensées libertines qui avaient germées au fond de son être et tout son organisme commença progressivement à se détendre, laissant émerger une sensation de réelle fatigue. Elle s’enveloppa dans le généreux peignoir de bain et après s’être sommairement essuyé les cheveux, Elle alla s’étendre sur le lit, sans autre motivation que celle de se laisser sombrer dans un sommeil réparateur.

Elle avança tout timidement dans un étrange brouillard. Elle reconnut le parc de la propriété de ses grands parents... la brume d’un seul coup se déchira et Elle se retrouva comme Alice dans la partie de croquet... Elle essaya de caresser le hérisson qui vint rouler tout doucement à ses pieds, mais lorsqu’Elle tendit la main, il se sauva apeuré... puis un garde-carte vint la saisir par le bras et l’amena à la Reine qui la menaça de son sceptre royal criant à la ronde: « je t’ai vu Petite Fille, je t’ai vu croquer le champignon magique, je t’ai vu et mon garde aussi... il témoignera devant le juge... Gardes, emmenez la au tribunal... »
Reconnaissant dans un des juges le jardinier de son grand-père, Elle voulut l’interpeler pour lui demander s’il avait pu graissé sa brouette, mais les gardes l’assirent de force sur la chaise faisant face à la Cour. La salle se remplit derrière Elle et tous scandaient : « la prison, la prison... ». Elle commença à grelotter de peur et l’apparition de son avocat, le turban noir sur la tête, le regard intense et profond la soulagea fortement. Il se pencha vers Elle et lui tendit subrepticement un morceau de champignon en lui conseillant de le sucer discrètement quand la Reine de Coeur prononcera sa sentence.
Après un long défilé de témoins : le lièvre de Mars, le valet de cœur, le roi de cœur, le griffon, la simili tortue... et après les longs plaidoyers, la Reine de Cœur se leva menaçante et ce mit à vociférer : « Extra petita, ultra petita j’en ai assez entendu pardi... Petite Fille je te condamne à avoir la tête coupée tout de suite ».
Elle suça le champignon et se rendit vite compte qu’Elle grandissait à vue d’œil, faisant exploser les murs et le toit du tribunal, qu’Elle grandissait encore et toujours.

Un frappement répétitif et de plus en plus fort la tira de son sommeil. Elle fut surprise de se retrouver étendue dans cette chambre, la porte s’ouvrit et une indoue drapée dans un magnifique sari jaune entra lui demandant si elle pouvait récupérer le plateau-repas qu’elle lui avait apporté quelques heures auparavant.
Étonnée et surprise, Elle lui demanda, tout en cherchant des yeux le livre du Kamasoutra qui avait disparu de la table de chevet :
« Kamdev, one who brought me my food is gone? » et la jeune fille lui répondit avec un sourire énigmatique :
« Kamdev ? there is nobody here calledKamdev.
I am the only one of this house to serve customers.
In our culture, Kamdev is the god of love»...
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Image de Miraje
Miraje · il y a
Un voyage exotique empreint d'une douce sensualité.
De mon côté, j'en ai un qui se déroule à l'ombre ...http://short-edition.com/oeuvre/poetik/dans-l-ombre-de-ma-main

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