Samedi 8 Août 2020

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JOURNAL INTIME - 25 Mai 2020 " Je suis né sans le demander, Je vais mourir sans le vouloir, Alors laissez-moi vivre à ma guise..."  [+]

Samedi 8 Août 2020

Salut, Bonhomme,

Ici, la chaleur est limite supportable et, en attendant, un semblant de fraîcheur que la soirée ne saurait manquer d'apporter, je me laisse aller sur le canapé, gentiment rafraîchi par un ventilateur.
Septembre s'est discrètement invité par chez toi, sans avoir l'air d'y toucher, presque en catimini et ta petite vie d'employé au tri postal te satisfait dangereusement. Pourquoi refuses-tu de considérer les capacités qui sont les tiennes, bon sang?!!! Parfois, vois-tu , j'aimerais te secouer voire plus si affinités, pour t'apprendre à te comporter ainsi comme le gagne-petit que tu ne mérites pas d'être. Mais je me rends bien compte que ce serait pisser dans un violon ou quelque chose du même acabit.
Toi, tu as décidé une bonne fois pour toutes de n'en faire qu'à ta tête, hein?... Toujours sûr de ton fait. Et, pour l'heure, tu commences à en avoir plein le bas du dos de l'atmosphère électrique qui règne à la maison. Quand la façade du couple modèle se craquelle méchamment, loin des regards des amis et de la famille, si admiratifs devant Ducon, la pâte des hommes, toujours serviable et si prévenant avec son épouse, Machine, toujours aussi charmante et aussi souriante!...
De vrais tourtereaux que l'on donne volontiers en exemple... les cons, s'ils savaient!...
S'ils pouvaient seulement imaginer, qu'une fois portes et volets clos, commencent la valse des noms d'oiseaux, la violence verbale au service de rancœurs macérées et nauséabondes. En général, cela démarre au quart de tour quand tu t'y attends le moins, au moment précis où tu penses avoir le droit à un de ces rares repas que tu daignes partager avec eux et à une soirée tranquille. Et pour des riens, le plus souvent... Une réflexion de ton père au sujet de sa viande, pas assez cuite à son goût, ou à une remarque de ta mère concernant le siphon du lavabo de la salle de bains à l'étage qui fuit toujours... Des raisons vraiment sérieuses de se prendre la tête, n'est-il pas?...
Toutes leurs haines enfouies depuis tant d'années remontent alors à la surface de leurs océans déchainés d'égoïsmes écœurants de bassesse. Et puis, cette manie qu'ils ont, tous les deux de te prendre à témoin, pernicieuse façon de vouloir à tout prix sentir ton indéfectible soutien, d'immiscer dans ton esprit le venin du: "Alors, qui tu préfères?... Ton papa ou ta maman?..." inoculé avec ce ton d'une niaiserie sans limite que l'on emploie pour s'adresser, au choix, à un petit enfant, à un vieillard ou à un chaton...
Tu n'es plus un enfant, encore moins un vieillard et surtout pas un chaton... La passion des félins te viendra plus tard, beaucoup plus tard, et ton amour pour eux n'aura d'égal que la reconnaissance d'un ronronnement affectueux et d'une caresse soyeuse contre ta joue...
Et surtout, tu ne veux pas choisir!... Tu ne veux plus choisir!... Pas ton rôle...
S'ils en sont arrivés à un tel point de décrépitude sentimentale, tu n'as qu'un remède: qu'ils divorcent, bon sang! Et que s'arrête enfin leurs simagrées ridicules. Mais... Tu sais bien que l'on ne divorce pas chez des gens comme eux: on s'habitue doucement et surtout très connement, quand l'Amour a fini par déserter... Par manque évident de courage... Il en faut pour affronter ses échecs... Tu verras, Bonhomme, ton tour viendra à toi aussi... Et crois-moi, tu ne feras pas mieux. Et surtout si tu me parles de fatalité, de lourd atavisme, je te fous mon poing sur la gueule!!!
Tout jeune, trop pour tes frêles épaules, le fardeau te faisait te réfugier dans un mutisme pensif loin, très loin, si loin de la cuisine où résonnaient leurs hurlements à voix basses. Désormais, tu les laisses vider leur sac de mépris mutuel, sans même finir de manger, la plupart du temps et tu enfourches ta mobylette pour retrouver, cheveux au vent, un peu de sérénité... Loin, très loin, si loin...
C'est pour les fuir et fuir ce foyer qui n'en est plus un que tu te mets à hanter ces bistrots, fréquentant, sans distinction aucune, les petits noirs du matin effaçant le dernier souvenir de nuits trop courtes, les apéritifs conviviaux de la mi-journée. Mais, avoue, avec une certaine fascination pour les longues soirées et ses fantômes, abimés de la Vie, amochés d'Amours malheureuses, mythomanes flamboyants des occasions manquées, qu'il ne faut pas vraiment stimuler longtemps, pour qu'il refassent le monde à leur image et cherchent à tout prix à t' inculquer à grandes phrases définitives la si merveilleuse leçon de l'Existence...
Comme tu les aimes, ces loosers magnifiques, cabossés à jamais, ces épaves chancelantes, grands brûlés à la chandelle du quotidien, ces oiseaux de comptoir, aux ailes entravées!...
Comme tu les aimes! Et, pourtant, fuis-les, Bonhomme, fuis-les comme la peste! Sinon tu risques de te laisser emporter par les lames de fonds de leurs tristes remords et de te noyer dans l'alcool de leurs récits de défaites magistrales qui ne sont pas les tiennes, pas encore...
Fuis la douce illusion de tous tes possibles que te renvoient leurs pitoyables échecs...
Fuis, Bonhomme, et n'oublie jamais la seule leçon que devrait te donner ces trop longues soirées: l'alcool ne perd jamais...
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JACB · il y a
La vie est un long fleuve tranquille qui n'est ni à l'abri des crues et des sècheresses, parfois elle cherche un autre lit. Vos écrits sont toujours résonnants plus que raisonnants, on les lit avec le coeur, merci François.
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Cyrille Conte · il y a
Ce bonhomme à qui le narrateur s'adresse va en connaître des écueils dans sa traversée. L'ivresse, surtout en bateau, c'est bon pour les poètes, mais pour les autres, vous avez raison de lui conseiller une autre voie. Bravo c'est très bien écrit, et vous avez bien observé certains travers de nos contemporains.
Dans un autre style, je vous propose une évasion du côté de Grenoble : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-promesse-d-evasion
Au plaisir de vous lire.

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Isa. C · il y a
J'aime beaucoup vos mots..
Si vous croisez"bonhomme " Dites lui que sa vie lui appartient et qu'il ne laisse personne lui donner des leçons et dites lui aussi qu'il ne tient qu'a lui de la rendre belle et que tout est possible... Même le bonheur!

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François Personne · il y a
Je n'y manquerais pas... Toutefois il est d'humeur très joueuse et n'écoute guère. C'est de son âge, je pense, cet âge où l'on n'en fait encore qu'à sa tête sans ces petits soucis qui font le piquant de toute vie... Il a encore le temps, pense-t-il...
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Claudine Rêve · il y a
« grands brûlés à la chandelle du quotidien, ces oiseaux de comptoir, aux ailes entravées », j’aime bien cette image.
Encore un texte bien écrit.

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François Personne · il y a
Merci infiniment de votre passage par chez moi...
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Haruko San · il y a
Oh là Ami.... quelle vie ! Combien certains certaines vivent ces moments, le fameux «  qui tu préfères » bordel combien ces mots me rendent colère... comme d’habitude Vos mots font mouche à chaque fois et moi je Vous lis , Vous apprécie impatiente du samedi ... mais Vous savez-:) Beau texte et encore bravo Cher François -:))))))
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François Personne · il y a
Merci Amie fidèle. Si vous saviez le bonheur pour moi d'adresser ces quelques mots hebdomadaires comme une bouteille à la mer...
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Haruko San · il y a
Cher François si vous saviez combien en vous lisant (et je parle pour moi seulement) vos mots sont un véritable miroir , je ressens tout à fait le bien que ces écrits vous procurent tout en remuant en vous une douleur que malgré tout vous réussissez enfin à maîtriser, adoucir plutôt ! Je vous ai dit combien j’adorai vous lire , j’ai saisi dès vos premiers écrits quelque chose de différent, ce n’est pas de la composition, de la recherche pour plaire ( nous nous comprenons) mais c’est bien plus fort et ça vous fait du bien ! Bravo mon Cher François continue-:)
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François Personne · il y a
Il va faire de son mieux... Ce qui, finalement, n'est pas si mal...
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Haruko San · il y a
Tu vois quand tu veux!!!! Écoute cette petite voix .... Suis pas loin -:))))
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François Personne · il y a
;-)))
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Haruko San · il y a
-:))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))) !!!!

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