Samedi 27 juin 2020

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JOURNAL INTIME - 25 Mai 2020  [+]

Samedi 2 juin 2020
( Grazie mile Sergio, Ernesto, Gianni e Tonino )
Mes Chers Vous Deux que je n'ai pas vu grandir, ou plutôt que je n'ai sans doute pas voulu voir grandir afin que ces années qui Vous faisaient devenir jeunes homme et femme ne me fassent inexorablement décliner, Mes Chers Adorés donc,
l'oeil fébrilement rivé à Vos écrans bavards de niaiseries, aurez-Vous deux minutes d'attention pour la petite fable que je désire vous narrer?... Pas vraiment sûr, mais je me lance tout de même...
Un hiver particulièrement rigoureux nait dans un nid posé en équilibre sur la branche décharnée d'un arbre un tout petit oiseau. Tout frissonnant, il claque du bec et, pensant qu'un peu d'exercice lui permettra de se réchauffer, il tente vainement de voleter et choit lamentablement au pied de l'arbre.
La neige commence à tomber et finit par le recouvrir. Réussissant à extirper sa tête déplumée de l'amas blanc et malgré le froid qui le transit, il se met à piailler de toutes ses forces.
Une vache qui passe par là et qui se laisse attendrir par son lamento déchirant vient se positionner au-dessus de lui et l'enfouit sous une bouse magnifique dont la chaleur finit par réchauffer le malheureux. Mais sitôt à ses aises, l'oiselet est incommodé par l'odeur nauséabonde de son manteau. Aussitôt, il extrait sa tête déplumée de l'amas odorant et se met à piailler de toutes ses forces.
Un renard qui passe par là et qui se laisse tenter par son lamento déchirant s'approche de lui, le saisit et l'époussette sommairement avant de le croquer sans un mot...
Cette fable à trois morales que je Vous mets au défi de me donner, si vous parvenez seulement à intéresser votre cerveau à autre chose qu'au défilé obnubilant des images et des mots sans contenu, Vous passionnant pour les sujets du moment en essayant de devenir sur la toile tout en redoutant une mort virtuelle sous les clics d'un hater anonyme...
Savez-Vous seulement que mourir n'est certainement pas la pire des choses qui puisse arriver à un Homme?... Voyez-Vous je suis virtuellement mort puisque non inscrit sur les réseaux faiseurs de rois mais j'ai sans doute cette paix qui Vous fait si souvent défaut...
J'ai toujours su que la Vie ne tenait qu'à un fil et j'aimerais tant que vous vous rendiez compte qu'il en est de même pour Vous et que nombreux sont ceux qui voudront le trancher, ce fil.
Vous me direz qu'il faut aimer le risque qu'est la Vie et que c'est la seule façon de se sentir vivre. C'est, sans doute ce qui nous a toujours distanciés.
Lorsqu'il voyait fondre sur lui une sale affaire et son cortège de nuages assombrissant Votre horizon, Votre père a toujours essayé de l'éviter, courbant l'échine. Sans doute eut-il été plus noble de faire de son corps un rempart pour Vous empêcher d'en souffrir. C'est certain. Bien sûr n'essayez pas de lui ressembler, tout comme il s'était juré de ne jamais ressembler à son propre géniteur, c'est de bonne guerre et ça ne coute que le prix de la rancune ou de la rancœur ou des deux, c'est selon ...
Si vous n'avez pas de ces combats qu'il n'a pas su mener, bien à l'abri derrière Vos écrans inventez-Vous en un, mais, il Vous en supplie, après l'avoir brillamment conduit, laissez un autre en cueillir les lauriers, ainsi Vous pourrez continuer à être Vous-mêmes, c'est-à-dire personne. Croyez-le ce sera des plus astucieux, car Vos réussites virtuelles aiguiseront des appétits et nombreux seront ceux qui sauront que Vous êtes quelqu'un...
Vous finirez donc par Vous faire un nom et là, Vous aurez de moins en moins de temps pour jouer. Ce sera de plus en plus dur et un jour Vous rencontrerez ceux ou celles qui se seront mis en tête de Vous faire entrer dans la grande Histoire 2.0...
A ce stade, pour redevenir personne, il n'y aura qu'un seul moyen, et nous y revenons... Mourir...
Dorénavant, auréolés d'une réputation plus ou moins usurpée, Vous devrez Vous méfier des flatteurs, des envieux et des menteurs qui mythomanisent en surfant sur la vague de Vos notoriétés et ce ne sera pas toujours drôle. Mais essayez toutefois de temps à autre de descendre de Votre cloud pour retrouver un peu des rêves qui nous habitaient , nous autres, de la génération du siècle d'avant.
Même si Vous Vous en moquez avec votre fantaisie habituelle, nous Vous en serons reconnaissant. Au fond, nous étions des sentimentaux...
En ce temps-là, le monde virtuel était, sinon inexistant, tout au moins désert, sans doute bienveillant et sans les frontières du qu'en dira-t-on des like et des pouces levés. On croyait tout résoudre en face-à-face de quelques mots échangés autour d'un verre. On ne rencontrait jamais deux fois le même importun.
Et puis, Vous êtes arrivés et tout est devenu bavard, bruyant, encombré de gens qui ne peuvent plus s'éviter, entre chats en réseaux sociaux...
Si Vous pouvez encore respirer un semblant d'air de Liberté, c'est qu'il y eut des Hommes comme Votre père, qui ne finiront jamais dans les livre d'Histoire et qui pourtant ont souvent fait la grande, pour inspirer ceux qui ont toujours besoin de croire en quelque chose comme Vous le dites si bien...
Dépêchez-Vous de vous amuser parce que cela ne dure qu'un si bref instant que déjà la vie Vous entraîne...
Le monde change sans Vous qui pensez le tenir du bout de Votre clavier. Je ne le reconnais plus et m'y sens déjà étranger. Le pire est que même la violence a changé, elle s'est organisée, un coup de gueule n'y suffit plus s'il n'est relayé par des hordes de followers sans âme.
Mais Vous le savez déjà, car c'est Votre siècle...
C'est la morale des temps nouveaux...
En parlant de morale, n'étant même pas sûr que Vous ayez seulement fait l'effort d'y réfléchir, je vais tout de même Vous livrer celles de la petite fable qu'il m'a plu de Vous conter plus haut...
La première morale, c'est que ceux qui Vous mettent dans la merde ne le font pas toujours pour Votre malheur. La deuxième, c'est que ceux qui Vous sortent de la merde ne le font pas forcément pour Votre bonheur. Mais surtout ceci, quand Vous êtes dans la merde, taisez-Vous!!!
C'est pour cela que des types comme Votre père doivent céder la place. Et quelle fin plus élégante qu'une mort virtuelle?... D'ailleurs, je suis fatigué. Car il n'est pas vrai de dire que les années produisent des sages... Elles ne produisent que des vieillards plus ou moins aigris, plus ou moins blasés, plus ou moins usés... Il est vrai que l'on peut être aussi comme Vous jeunes en nombre d'années mais vieux en nombre d'heures...
Oui, je sais, j'écris des phrases pompeuses, mais c'est de Votre faute. Comment parler autrement quand dans Vos regards luisants de certitudes nous sommes presque monuments historiques?...
Je Vous souhaite toutefois de rencontrer un de ces êtres de chair et d'humanité que l'on ne rencontre jamais ou presque avec qui vous pourrez faire un bout de chemin. Pour moi, c'est difficile que le miracle se reproduise.
La distance rend l'Amitié plus chère et l'absence la rend plus douce...
Il y a trop longtemps que j'ai perdu les amis de mon monde réel...
Un jour, Vous comprendrez. Peut-être...
Bon, à présent, je vais Vous quitter, et, bien que Vous soyez la reine des emmerdeuses et le roi des fumistes, merci pour tout... Vous serez toujours quelqu'un pour qui Vous chérit, mais surtout, demeurez personne pour le reste de l'humanité...
Papa...
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Marie Quinio · il y a
Je Like ce texte ;) franchement très touchant !! J’aime beaucoup Monsieur Personne, je le ferai lire à mes enfants. Les générations passent et se ressemblent, même si les supports de communication évoluent (si horriblement vite). Les rêves sont toujours là, au-dessus des têtes, accrochés au ciel (ou au Cloud ;)
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Joan · il y a
Une nouvelle touchante. Malgré quelques petites maladresses, rendant un peu la lecture difficile, on saisit le message sur la société d'aujourd'hui devenue plus virtuelle qu'humaine.
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François Personne · il y a
Merci infiniment pour votre passage sur ma page...
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Joan · il y a
Un mot s etait mal inscrit dans mon commentaire : il fallait lire " qu'humaine " et non " surhumaine ".
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JACB · il y a
Tant de vérités (dites avec le coeur et le vécu des années passées) sur le vivre ensemble d'aujourd'hui. le sentiment d'être quand même RICHE dans la déshumanisation ambiante et le superficiel du virtuel, un désarroi que je partage , mais que je n'aurai pu confier à mon clavier car oui comme vous l'exprimez , on finit par être fatigué ! il reste à trouver des ressources au plus profond de soi pour apprivoiser le temps qui nous reste seul et parmi les autres. Je trouve votre écrit courageux et bouleversant, s'il ne résonne pas chez leurs destinataires il me parle infiniment . Bonne journée François.
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François Personne · il y a
Votre venue sur ma page est une nouvelle fois un bonheur simple comme j'en souhaiterais à mes contemporains. Merci infiniment de tant de gentillesse et de bienveillance à mon égard... Mais une question reste en suspend: tant de louanges sont-elles méritées?... Un grand merci, toutefois et une bonne journée à vous aussi et qui sait? Au plaisir...
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Haruko San · il y a
Comme c'est beau...comme c'est émouvant, les mots me manquent en effet dans ce virtuel où tout se perd ou presque, où tout est froid et indigeste. Que dire sinon que Vos mots sont justes et vrais, bien que Vous pensiez que la vieillesse ne rende sage, il n'empêche qu'elle rende je le pense plus...raisonnable et donc pas ou plus sage en prenant de l'âge! Un brin de folie que l'on qualifierait de "pas sage" mais plus raisonnable-:) Encore merci pour ce plaisir de lecture et je suis sincère.
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François Personne · il y a
Vous me voyez à la fois ravi d'avoir su ou pu toucher avec ces quelques mots qui n'ont de prétention que de décrire un état d'âme à un instant "T", ce qui est, je le pense, la fonction première d'un journal et presque honteux et rougissant de tant d'éloges que je ne pense pas spécialement mériter. Toujours est-il que Votre témoignage me va droit au cœur. Merci à Vous pour ce plaisir de savoir une lectrice de l'autre côté de l'écran...

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