Samain

il y a
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Passionné de littérature depuis toujours, je me lance dans cette aventure sous les formes les plus diverses (nouvelles, roman, microfiction, ...). J'avoue avoir une préférence pour la  [+]

Aldous malaxe ses parties à travers le tissu de son épaisse salopette. Abigail tourne le tison dans le foyer. Corey ne comprend pas la moitié de ce qui est en train de se passer. Abigail continue de parler.
Je l’a trouvée dans les bois y a 15 jours. Morte mais pas complètement. Allongée sur le cadavre d’une biche. Du sang plein la bouche. A lui avait bu son sang par la carotide à la biche. A gémissait. A se débattait pas. Pas de pouls, froide comme c’te putain de mois d’Octobre. Mais pas morte. J’l’a portée jusqu’ici. J’l’a cachée dans la grange sous le foin. C’te vieux canasson d’Silver Bullet y peut pas la sentir, façon d’parler. Nerveux comme un étalon c’te bourrique. A s’réveille la nuit et a réclame mais a cause pas comme nous aut’. A mange r’en, a boit r’en. A dort comme un macchab’ le jour et a peut pas supporter la lumière du soleil. Que ça la brûle comme si qu’c’était du foin. C’est le bon Dieu qui nous l’a envoyée pour sûr.
Aldous: Pourquoi qu’i f’rait une chose pareille ?
Abigail: Passqu’on est d’bons christiens.
Corey essaie de regarder le bout du tison qui rougit au coeur des flammes, mais la fille est toute nue. Abigail lui a lié les poings au crochet mural. Ses bras sont aussi blancs que le ventre d’un poisson mort. Ses cheveux noirs coulent sur ses épaules et se séparent autour de ses seins, comme la Nantucket au gué des Usher. Ses côtes saillent sous sa peau comme des cicatrices bleu nuit. Son sang pulse à ses tempes et dans sa gorge à la vue de sa toison noire et drue au milieu de ses cuisses écartées dans cette impossible position, ses pieds effleurant le sol. Tout son poids repose sur ses bras, mais elle semble endormie. Ou fraîchement morte. Elle se balance mollement. Et tandis qu’Aldous continue à étreindre son intimité en continuant à deviser avec sa soeur, elle se met à respirer, au moment même où le dernier rayon du soleil s’éclipse derrière la courbure de la colline. Corey s’étrangle dans un cri silencieux. Elle frémit. Tressaille. Redresse la tête. Le regarde. Sourit. Se passe la langue sur les lèvres.
Abi. Abi.
Quoi ? Oh a s’est réveillée. Pile à l’heure.
Attends Abi. Aldous se passe la main sur la bouche. On peut p’têt’ s’amuser un peu avant que tu l’abîmes de trop.
C’est pour ça que j’voulais vous la montrer. Z’êtes mieux équipés qu’moi pour ça. J’peux pu lever l’bras plus haut qu’l’épaule elle dit en ricanant comme une teigne. La fille se met à siffler comme une vipère, se tortille et se balance au bout de sa corde, en appelant du bassin. Le tintement métallique des boutons de la salopette d’Aldous sur le sol fait sursauter Corey. Viens là toi aboie Abi. Tire sur la corde. Moi j’peux pu. Il avance docilement et se place derrière la poutre en évitant soigneusement la fille qui ne le quitte pas des yeux. Dans les ténèbres de ses cheveux et sous la crasse et le sang, deux rubis étincellent. Il se signe timidement et tire sur la corde. La poulie grince. La fille ne pèse rien. Aldous lui soulève les cuisses et les arrime à sa taille. Il la pénètre comme s’il fendait une bûche. La fille gémit. Supplie. Rit aussi. Corey regarde ses fesses se creuser sous l’effort qu’elle fait pour maintenir Aldous en elle, l’attirer plus près, l’engloutir. Aldous souffle putain putain putain. Abigail regarde avec gourmandise, une main tournant le tison, l’autre sous sa blouse sale, affairée entre ses cuisses. Corey bande en sachant que c’est MAL. Abi dit tout le temps qu’il bande parce que c’est MAL. Que le MAL fait bander et que c’est pour ça qu’il est si difficile de ne pas se laisser tenter. Pour ce que Corey en sait, ce qu’ils font maintenant ne ressemble pas beaucoup à une tentative de résistance. Tout comme quand Abi appelle ses frères à la rejoindre dans son lit au milieu de la nuit.
Les mains d’Aldous partout sur la fille. De la bave sur ses lèvres. De la morve à ses narines. Il sue. C’est un taureau qui saille. Plus haut il éructe. Il colle sa bouche ruisselante sur le ventre. Elle se tord pour le guider. Il remonte en grognant comme un porc. Il engloutit un sein, puis l’autre. Elle rit et l’appelle. Il remonte le long du cou. Pose son groin sur sa bouche. Un loup lance sa plainte solitaire, loin sous la lune. Un hurlement étouffé. Abi hurle. Aldous convulse. Des flots de sang qui giclent jusqu’au plafond de la grange et qui crépitent dans l’âtre. Le tison qui tombe au sol. Abi se lève et le pousse violemment. Le cri de triomphe de la fille qui remplit tout l’espace et explose dans sa tête. Aldous, tout le bas du visage mâché jusqu’à l’os qui se tord de douleur dans un cri inarticulé. Sa langue dans la bouche de la fille. Abi qui se jette sur lui pour essayer de garotter sa gorge béante. L’odeur de fumée. Le foin embrasé par le tison.
FEUUU hurle Corey qui patauge dans le sang de son frêre aîné et n’arrive pas à se relever. La fille rit à gorge déployée. Elle crie. Elle se débat comme une furie, nue et couverte de sang.
ABIII hurle Corey qui n’arrive pas à se relever alors que les flammes lèchent la blouse et le manteau de sa soeur. Elle s’embrasse comme un fétu, de la pointe de sa blouse jusqu’au sommet du crâne, se relève d’un bond et tourne sur elle-même, cherchant son frère du regard en criant COREYYY ? FAIS SORTIIIR LES BÊÊÊTES !
La chaleur est insoutenable. Il se lève . La fille glapit, hilare. Il fait mine de s’approcher, peut-être pour la détacher, lorsqu’elle s’embrase comme une torche. Les rubis rugissent au milieu des flammes, et les crocs de la fille sont IMMEEENSES.
Il se précipite hors de la grange et le froid le frappe comme un coup de poing. Il referme péniblement les lourdes portes. Des seaux. De l’eau. La pompe merdique. Il se dit que peut-être la glaise détrempée de la cour protègera la maison. Les pluies automnales ont noyé le domaine, tout est gonflé d’humidité. Il recule en chancelant et s’étale dans la boue. La grange est une immense boule de feu. Il entend Abi hurler de douleur. Il entend le rire de la fille qui couvre le rugissement de l’incendie. Il se redresse et court jusqu’à la maison. Il ferme la porte, se poignarde les reins en y faisant glisser l’armoire massive, la table de la cuisine, les chaises, les meubles.
Il grimpe jusqu’à sa chambre et regarde à la fenêtre. Les premiers bardeaux s’effondrent, et le feu nourri par l’air redouble d’intensité. Il voit dans sa chambre comme en plein jour. Il fait tomber le tiroir de sa table de nuit en y prenant la bible et se réfugie sous sa couette. Maman maman maman pardonne-moi mes offenses notre père qui êtes aux cieux. Corey n’est pas très malin. Corey n’a aucune notion du temps. Peut-être même que Corey s’endort.
Mais lorsqu’il scrute à nouveau par la fenêtre, la grange n’existe plus. Il n’y a à sa place qu’un gros tas de braises et des flammes qui agonisent. Il grelotte dans ses vêtements trempés. Il pleurniche. Il se change en reniflant. Demain il faudra descendre à la ferme des King. Leur dire pour le feu. Pas pour la fille. Demander de l’aide pour les bêtes. Il se recouche dans son lit mouillé, remonte la couverture sous son nez. C’est très GRAVE. Qui va préparer le porridge demain ?
Toc toc toc. Il se raidit sous sa couverture. Toc toc toc contre la vitre. Sa tête se tourne LENNNTEMENT. Elle est là. A la fenêtre. Elle flotte. Elle sourit. Elle est belle. Ses yeux en supplique muette. Son corps retire les draps. Se lève. Traverse la chambre à petits pas. Elle porte la blouse d’Abi, sauf qu’elle est propre et pas brûlée. Sa main ouvre la fenêtre, mais Corey ne veut pas, il crie non dans sa tête. Il est incapable de détacher son regard des deux pupilles violettes qui le supplient d’ouvrir. Il actionne le pêne et recule. Elle flotte à travers l’encadrement et le regarde comme maman parfois, quand ils revenaient de l’église, ou que l’institutrice Mrs. Delvault la recevait dans son bureau. Elle se glisse dans le lit. Son corps la rejoint et se colle à elle. Il bande. Elle est glacée comme la mort. Mais dans sa bouche c’est l’ENNNFER.
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Mohamed Laïd Athmani · il y a
J'ai aimé votre page et je me suis abonné.
Texte très intéressant et captivant!
Cela donne à réfléchir.
Bonne continuation.
Je vous invite à lire mon texte en compétition:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/digoinaises-corps-et-ame

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Jenny Guillaume · il y a
Très bien écrit, tu assures, j'aime :) et je suis ravie de te lire à nouveau !
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Medulla Oblongata · il y a
Merci beaucoup ! Les fonds de tiroirs ! :)
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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
Argh, c''est vraiment hot l'enfer ! un récit bien mené qui mériterait un téléfilm ! Brrrr...
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Medulla Oblongata · il y a
Merci beaucoup ! :) Hot incontestablement et sans issue pour ceux qui n'ont pas payé le prix d'une certaine immortalité en effet !
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Patrick Gibon · il y a
je ne peux mieux dire que El-bathoul qui m'a conseillé de te lire - j'en avais lu un de toi en compét mais oublié- bref du gore maîtrisé, et une interprétation de la fête celtique des plus libre. bravo!
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Medulla Oblongata · il y a
Merci beaucoup ! Oui je comptais proposer ce texte pour le concours d'Halloween, je l'ai écrit pour l'occasion mais le thème imposé ne collait pas vraiment.
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El bathoul · il y a
Oh merveille !!! Je te retrouve dans ta particularité d'écriture, ce talent que tu as, captivée par la crasse humaine quon se délecte à lire, un voyeurisme de l'immonde avec un soupçon de " ah quand même il y va fort...mais c'est délicieux à lire, magistralement écrit !" Donc on va au bout du texte, au point de fin, que l'on voudrait virgule pour une suite...
Tu es pour moi, avec Patrick Gibon et Mohamed Rezkallah, un des rares à exceller dans l'exercice, ici.
Merci d'être toi.

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Medulla Oblongata · il y a
Rassures-toi ce n'est en effet qu'une virgule, je compte faire de ce texte une nouvelle !
Merci pour ces très beaux compliments qui me motivent à redoubler d'efforts sur mes pages blanches ! Je note et vais lire de ce pas tes recommandations :)

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El bathoul · il y a
Nouvelle, exquise nouvelle...hâte,mais ne te hâte pas . Voila après deux insipides phrase, la mesure de l'attente, à tantôt ici ou la bas :)

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