Sam et Dada ou quand l’amour subit la loi des divergences (version complète)

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Nous sommes au Sénégal, le pays de la Téranga, dans un village appelé Saly. Une station balnéaire qui représentait un grand site touristique dans le pays. Avec une vie un peu rythmée par l’influence (toubab) occidentale, la localité ne dérogeait pourtant pas aux us et coutumes de la société sénégalaise. A Saly, comme presque partout ailleurs au Sénégal, la religion, les castes et parfois les histoires de confréries sont des questions sensibles qui ne subissaient pas la loi du temps.
C’est dans cette localité où vivait Sam, un jeune de 16 ans. Il était un garçon de confession catholique. Bien qu’issu d’une famille où le christianisme et l’Islam se côtoyaient presque parfaitement, le garçon voyait pourtant la religion comme un obstacle dans sa vie. Le jeune Sam qui avait depuis toujours fait face à cette problématique, même à l’école, devait aussi y faire face dans sa vie amoureuse. Comme par hasard, la plupart de ces idylles faisait face à ce souci : la religion. Il avait souvent eu des petites amies musulmanes, qui l’aimaient vraiment mais cela n’aboutissait à rien. Parce qu’une fille musulmane ne peut pas épouser un garçon catholique. Bien que l’homme musulman puisse épouser une femme catholique. Certainement pour mieux préserver la religion musulmane dans la société. L’homme étant le chef de famille, il était dangereux pour la religion qu’une femme musulmane rejoigne un homme catholique pour être sous son autorité. Un sujet complexe qui est toujours d’actualité dans la vie quotidienne sénégalaise mais dont on parle peu.
Alors qu’il faisait son entrée au lycée, le destin mit sur son chemin une jeune fille très ravissante du nom de Dada. L’une des rencontres les plus importantes de sa vie jusqu’à cette date. Dada était musulmane et une fervente disciple mouride. Une confrérie qui en était plus qu’une. Elle était de teint clair et très séduisante, Dada était la version féminine de Sam. Ravissante et très intéressante. Et ce détail qui était loin d’en être un d’ailleurs va bouleverser la vie du jeune garçon. Une histoire qui promettait les plus grands obstacles pour une relation. Une histoire comme parmi tant d’autres dans la société sénégalaise. Une idylle des plus compliquées et des plus complexes. Parce que le sort qui était réservé à ces deux jeunes adolescents que la vie avait choisi d’unir, était prévisible dans la société où ils vivaient.
Sam était un jeune garçon très beau et toujours bien fait. A l’image de la plupart des jeunes hommes catholiques qui étaient réputés polis et raffinés. Sam se dressait toujours charmant du haut de son mètre 85. Souvent souriant et attentionné, il se faisait facilement des connaissances. Des amis, il en avait beaucoup, surtout chez la gente féminine. Les garçons se faisaient joie d’être potes avec Sam, car il savait offrir la disponibilité et la solidarité à ses paires. Il avait vraiment tout pour s’offrir la cordialité des gens. Un mec au port vestimentaire soigné, toujours clean et élégant, il était tout à la fois. Sam était l’ami idéal, le petit-ami idéal ou même le gendre idéal. Parce que l’éducation de ce garçon ne passait pas inaperçue chez les grandes personnes. Ceci faisait même dire qu’une grande personne germait en cet individu. La courtoisie et le savoir-vivre du jeune adolescent passaient au-dessus de toutes les considérations et les différences de sa société.
Lorsque les deux jeunes devaient entrer à l’université, qui était un cadre différent, un peu plus mature et hostile à l’âge de 20 ans 21 ans. Une période qui voyait naître des sentiments et des ressentis, des considérations et des principes anodins... Bref un adolescent qui devait affronter le seuil de la vraie vie. Il devait faire le passage de la vie innocente à la vie mature. Déjà en couple avec une jeune fille du nom de Mimi, Sam s’était pourtant juré de ne pas lui être infidèle. Il était sûr d’aimer Mimi, mais à quel point à ce moment précis de sa vie. L’histoire de ce jeune couple avait débuté avant même le lycée ; et l’idylle était née de la vie paroissiale de Sam. Ils s’étaient connus à l’église et avaient par-là noué des liens forts jusqu’à concrétiser leur relation amoureuse. Très frivole, Mimi était cette fille qui était connue de partout et surtout très énergique, on pouvait dire une vraie adolescente. Elle était devenue folle amoureuse de Sam et ne pensait pas à le laisser à une autre fille. Dada quant à elle, était cette fille intelligente, très studieuse mais aussi très séduisante. Mais le seul détail qui éloignait le plus les deux adolescents, était leur différence de religion. Dada était issue d’une famille réputée être d’obédience mouride, pas seulement musulmane. Et ce fait se remarquait d’ailleurs lorsqu’elle prenait le loisir de jurer. Très loin d’apprécier cette habitude chez la jeune fille, Sam ne laissait pas cet air passer au-dessus de l’admiration qu’il avait pour la jeune fille.
Le sort avait fait que Sam et Dada allaient poursuivre leurs études à l’Institut Supérieur de Management (ISM) de Mbour. Le jeune garçon était excité à l’idée de ne pas se séparer avec son acolyte et de pouvoir passer plus de temps avec Dada. Pour lui, l’avenir les promettait quelque chose de beau. Mais c’était sans savoir que Dada était déjà conquise. Que le cœur de la jeune fille était déjà pris. Eh oui ! Malgré son ouverture, la charmante jeune fille fréquentait un gars plus âgé du nom d’Amdy. Un gars plus mature que Sam. Ce fait était ignoré par Sam, enthousiaste puisqu’il ne laissait pas indifférente Dada. Il était clair et remarqué de tous que Sam plaisait bien à Dada; mais la jeune fille était coincée dans sa relation où elle avait gardé de forts sentiments. Et puis, comment rester indifférente à un charme aussi rare du jeune Sam ? Sa tendresse, son attention et sa galanterie faisait que même les copines de Dada vouaient une estime débordante pour le jeune homme. Loin d’être aidée, la jeune fille devait supporter les compliments indiscrets de ses copines à l’égard de Sam. Des comportements qui faisaient grandir en lui une affection pour son ami. Coincée, Dada décida finalement de n’offrir que son amitié au jeune garçon. Il fallait comprendre que son couple avec Amdy avait un vécu qui ne méritait pas le divorce immédiat. Et Dada s’était aussi dite qu’un simple coup de foudre ne devait pas remettre en cause tout le temps qu’elle a passé avec son amant. Qu’elle ne connaissait pas très bien Sam au point de vouloir sacrifier ces années de relation avec son mec.
Sam et Dada avaient finalement réussi à devenir de grands amis. Des amis seulement, mais intimes en fait. Car on pouvait toujours voir comment brillaient les yeux de Sam quand il regardait Dada. Ou comment Dada faisait attention à ce qu’Amdy ne vienne pas à l’ISM, au risque de blesser Sam. Elle prenait soin de son amitié avec le gentilhomme et se chargeait du cercle de filles qui devait nouer des liens d’amitié avec son pote. Un comportement loin d’être anodin. Effectivement, une dose de jalousie se ressentait dans son comportement. Ce qui était évident. Parce que si Sam et Dada n’étaient pas ensemble jusque-là, ce n’était pas parce qu’ils ne s’aimaient pas, mais c’était plutôt parce que Dada était dans quelque chose. Mais quelque chose de sérieux aussi. Ils étaient devenus inséparables et les journées paraissaient courtes pour tout ce qu’ils avaient l’intention de se partager. Une amitié si forte qu’elle faisait des jaloux autour d’eux. Personne d’autre n’avait accès à cette paire. Et justement, de quoi susciter le doute chez Mimi et Amdy. Chacun des deux conjoints se voyait un peu relégué au second rang et la confiance se dégradait petit à petit. Chose évidente vu la complicité et l’attachement que Sam et Dada avaient fini de se forger.
Le grand déclic entre les deux ados survint lorsque son amant, Amdy décida de marier une cousine à lui, et par là trahir Dada. Un grand tournant dans la vie des jeunes adolescents. Tant la trahison d’Amdy sous l’influence de sa famille était énorme et amère, tant un boulevard semblait s’ouvrir pour une éventuelle idylle entre Sam et Dada. C’était clair, Amdy n’allait pas se marier avec Dada, parce que celle-ci appartenait à une famille de « jaam » (esclave) et Amdy d’une classe sociale « geer » (noble). L’éternel problème des castes au Sénégal. Oui, comme si on était dans la société occidentale du 17ème siècle, le mariage ne concernait pas seulement les deux conjoints qui avaient ce projet en commun. Non ! Jusqu’à ce jour, au Sénégal par exemple, « On ne se marie pas encore. Nous nous marions toujours ». Pour dire que jusqu’à présent, l’union entre deux personnes met en relation des familles, des traditions et des cultures.
Une histoire vieille pourtant de plusieurs années devait s’effondrer pour laisser place à une autre. Dada vivait les pires moments de son jeune âge et voyait le monde se bouleverser sous ses pieds. Ce n’était pas son amour pour Amdy qui le chagrinait, mais les sacrifices et les clichés des moments de leur relation animaient encore sa mémoire. Parce que de l’amour, elle ne pouvait pas en manquer. Au-delà de son aventure avec Amdy, Sam le chérissait et lui témoigner d’une affection qui dépassait une simple amitié. Elle était certes confuse mais persuadée à l’idée que Sam était en mesure de la combler. Elle était encore convaincue de l’amour du jeune garçon catholique.
Évidement Dada avait juste besoin de temps pour changer le statut de Sam dans sa vie, dans son cœur. Elle avait besoin de temps pour digérer sa déception. La confiance devait être retrouvée pour cette jeune fille brillante et aimable qui croyait être si proche de l’union. Et pour ceci, Sam, si attentionné et solidaire, jouait le rôle du consolateur. Ils s’appelaient chaque jour et à tout moment de la journée. Les premières semaines n’étaient pas faciles, que des pleurs et des questions dont le jeune garçon, partenaire idéal ne trouvait pas de réponses. Parfois, son épaule n’était juste plus en mesure de supporter les peines de Dada. Mais son amour pour elle et sa patience faisaient qu’il tenait le coup. Parce qu’il se disait dans un coin de sa tête que le temps qu’il avait passé sur la touche était plus long que celui qu’il devait passer à attendre encore.
La tendresse de Sam et sa disponibilité avaient fini de remettre de l’ordre petit à petit dans la tête de Dada. Qui avait perdu entre temps son énergie positive, l’assurance qui la caractérisait. Parce que c’était lourd de faire subir une telle déception à sa famille pour des raisons connues. Les habitudes changeaient chez elle sans qu’elle ne s’en rendît compte vraiment. Elle ne pouvait plus passer une journée sans entendre Sam. La voix de celui-ci rétablissait son aise et lui redonnait goût à la vie. Elle devenait de plus en plus exigeante envers le jeune garçon mais sans vraiment forcer. Et comme à chaque matin, Dada appelait Sam pour prendre de ses nouvelles. Mais ce matin-là, c’était sans succès, il était injoignable. Dada remarqua alors que leur conversation de la nuit précédente avait pris fin sur un rythme hâtif. Oui ! En effet, Sam avait fait l’erreur de sacrifier sa relation avec Mimi pour le bonheur ou le bien-être de Dada. Et par évidence, la petite-amie avait piqué une jalousie. Plus loin, Mimi ne pouvait plus supporter d’être reléguée au second rang et avait décidé de mettre un terme à sa relation avec Sam. Chose qui ne plaisait pas du tout au jeune homme parce que son intégrité ne lui donnait pas assez de toupet pour mentir à sa copine. Sam savait qu’il avait tort, Il était confus et avait décidé de couper son téléphone pour se résoudre à ce dilemme. De remettre de l’ordre dans sa tête, dans sa vie. Sam devait revoir ses priorités et agir comme un homme. C’est à dire prendre ses responsabilités. Puisqu’il était clair dans sa tête que celle qu’il aimait plus c’était Dada. Sam voulait écouter son cœur mais que faire des sentiments de Dada qui n’étaient pas clairs du tout dans sa tête ? Le jeune garçon n’avait pas remarqué l’attachement de son amie qui devenait de plus en plus intime. Il était du genre à redouter les désillusions. Il décida néanmoins d’appeler Dada pour lui faire part de la raison pour laquelle, elle n’avait pas eu de ses nouvelles. Les deux adolescents prirent rendez-vous et avaient décidé de discuter entre amis. Mais chacun de son côté se demandait dans sa tête s’il ne devrait pas faire part de ses ressenti à l’autre, surtout Dada qui n’avait encore jamais fait part de ses sentiments envers Sam.
A la sortie de leur tête à tête, les deux jeunes avaient eu des échanges fructueux et avaient officialisé leur relation. Sam avait voulu y aller droit au but et sans le savoir, il avait conforté le désir ardent de Dada. C’était l’accomplissement d’une longue amitié, mais la concrétisation de sentiments intenses réciproques. C’était le couple parfait au fait. Deux alter-egos qui avaient décidé de se mettre ensemble pour le bonheur de tout un chacun. Le duo attirait toutes les attentions tellement qu’il était beau et bien taillé. Leurs sourires laissaient croire à un avenir radieux et leur complicité une histoire infinie. Sam et Dada étaient complémentaires de par leurs personnalités et leurs caractères. Sam était le mec qui faisait oublier à Dada ses soucis d’antan. Il avait réussi en enterrer le chagrin de sa jeune compagne. La liesse regagnait petit à petit le cœur de Dada et elle reprit saveur de l’existence. Ils avaient développé une complicité très forte entre eux.
Justement, l’enthousiasme des deux amoureux avait très tôt installé les débats sur ce couple. Les questions figeaient sitôt de partout. Il est de quelle ethnie ? Quelle est sa caste ? Est-ce un mouride ? Des interrogations qui coupaient toute suite court cette relation. Parce que les deux jeunes amoureux avaient oublié qu’ils étaient dans une société complexe où l’amour seulement ne suffisait pas à deux personnes pour s’unir. En plus, pour Dada qui croyait en finir avec les histoires d’amour impossibles, c’était sans penser à la religion. Oui Sam était un chrétien catholique et Dada, une musulmane et une fervente mouride. Dada sous la pression de sa maman devait très vite l’oublier. Il n’était pas question que cette relation continuât un jour de plus pour la mère de la jeune fille. Avec le cœur meurtri, Dada n’avait plus aucune solution que de faire l’annonce à Sam. Ayant passé la journée entière à pleurer, elle ne put retrouver de la force pour parler à Sam que tard dans la nuit. Quand la voix enthousiaste de son petit ami résonna à l’autre bout du fil, Dada perdit force et courage de lui dire qu’ils devaient cesser de se voir. Elle décida alors de lui envoyer un texto. Et lorsque Sam reçut la nouvelle de sa petite-amie, le chaos semblait l’emporter. Ses oreilles bourdonnaient et il ne savait plus où il en était. C’était l’effondrement pour le jeune épris. Cinq minutes plus tard, le téléphone de Dada sonna. C’était un appel de Sam. Larmes aux yeux, elle décrocha, mais ce n’était pas vraiment Sam. Les cris de Dada avaient réveillé sa famille. Il était 23 heures et Sam venait d’être renversé par une camionnette. Il serait gravement touché et serait évacué aux urgences.
Sam et Dada ne devaient juste pas se rencontrer au regard de l’alchimie que ces deux personnes avaient développé. Le destin semble les unir mais la religion ou encore la société les éloigne. C’était une histoire, très belle, mais qui avait mis au défi deux vies différentes et incompatibles. L’idylle de deux jeunes adolescents qui avaient beaucoup d’amour à se donner mais qui doivent d’abord réussir à surmonter leur plus grand obstacle: la religion...
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Mia Gomis · il y a
Une belle histoire sur la discorde de la religion sur le mariage, j'attends la suite avec impatience
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Jean Joseph GUEYE · il y a
Ce sera pour bientôt s'il plait à Dieu

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