Salsoliques Anonymes

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Vibrez pour une émotion. Frémissez pour une passion. Souriez pour une histoire d'amour. Résonnez au fil des anecdotes, des événements et des péripéties des protagonistes. Naviguez avec eux  [+]

Comment expliquer ce sentiment étrange qui s’empare de vous, qui vibre dans chacune de vos veines, dans chacune de vos terminaisons nerveuses, qui vous possède? Impossible, les mots ne sont pas suffisants. Cette sensation il faut la vivre, la ressentir pour comprendre, bien que vous ne puissiez savoir pourquoi elle est si intense, pourquoi elle s’empare de vous et vous laisse incompris des autres !

La Salsa, danse de la séduction, jeu, sensualité, attirance, recherche du contact, passion, atmosphère de détente mais en même temps de tension. Une danse venue d’un tout autre monde, d’une toute autre culture, qui vous fascine, vous envoûte, vous déstabilise.

Chaque cours est un moment de pur bonheur, un parfum exquis et savoureux qui ne se rencontre que trop rarement dans une vie. Dès la première note de musique, dès le premier souffle dans un instrument à cuivre, vous voilà transporté dans une autre dimension. Chaque parcelle de votre corps répond au tempo de la musique. Déjà votre pied bat le rythme, votre corps ne demande qu’à se déhancher, les battements de votre coeur s’emballent, se répandent en vous, martèlent vos tempes, votre poitrine. Votre regard fébrile, fixe les lèvres de votre professeur espérant accélérer le signal de départ.

Vous vous placez devant ce large miroir, complice de ce premier quart d’heure. Le prof se dirige vers le poste: vous l’observez, vous le détaillez, ses vêtements, son allure, sa façon de marcher. Et puis, ce moment inévitable où les yeux encrés au sol, la lèvre inférieure légèrement pincée entre ses dents, la main ou le pied battant le rythme, il choisit la première musique. Il la trouve et se place devant nous... Les trois pas mêles, tournés et combinés deviennent un délicieux mélange, vous donnant l’impression que vos jambes ne vous répondent plus, elles courent sur ce sol lisse.

Votre peau est déjà moite avant que vous vous mettiez en couple. Votre prof montre les passes que vous allez réaliser. A chaque démonstration, tout semble élémentaire. Mais la pratique est un peu plus compliquée. Vous essayez d’être disponible et à l’écoute des mains de votre partenaire. Lui, tente d’être assuré et de ne pas guider brutalement. Le cours est un plaisir, mais vous ressentez quand même cette retenue, cette contrainte de suivre les indications. Le cours ne laisse pas de place à l’imagination, à l’improvisation.
Mais vient le moment des “libres”, danses dénudées de consigne, où votre partenaire exécute les figures de son choix. Le petit plus qui pourrait vous comblez : danser avec le professeur, vous laissez entraîner par ce rythme et ces “mains expertes”.

Avec désespoir vous constatez que les aiguilles de votre montre n’ont pas daignées s'arrêter. Alors une sensation étrange et très désagréable suit ce bien-être. Vous rentrez chez vous encore imprégné de la musique, de l’ambiance, des passes, des pas, des personnes... Un Vide vous empoigne. Mille poignards vous transpercent le coeur. Votre gorge reste nouée. Cette sensation de bien-être s’échappe à chaque minute qui vous éloigne du cours. Danser... Cette impression formidable de se sentir vivant, de sentir son coeur battre, comme il ne bat pas même lorsque vous êtes amoureux. Cette musique...Ce tempo... Ce bien-être... Vous ne voulez pas que tout cela s’arrête! Pourquoi ce poids sur votre coeur? Vous venez de passer un moment merveilleux, et pourtant, vous souffrez. Moment trop court, bonheur furtif. Vous avez besoin d’y retourner.
La salsa devient votre seul et unique préoccupation, votre obsession.

Vous y pensez le matin, le midi, le soir; pendant votre déjeuner, votre boulot, vos cours; pendant que votre amie vous parle de ses problèmes familiaux ou amoureux, au repas avec votre famille... Vos parents : mais comment les convaincre d’y retourner ? Alors ce pincement au coeur ressurgit, une douce nausée vous surprend : vous vous remémorez la chanson de ce dernier cours où vous avez dansé avec votre prof cubain, votre joie submergeant votre coeur et votre âme, chaque parcelle de votre corps se réveillant à chaque secondes écoulées. Et cette passe le “Enchuf’la” où votre partenaire vous attire à lui, pour ensuite vous repoussez; alors la Salsa prend pour vous une tournure tout à fait magique, la musique se répand sur vous comme une pluie d’été, elle coule sur vous, vous liquéfie et vous change en une véritable boule de plaisir, d’entrain et de vivacité ! Votre regard fiévreux attend celui votre partenaire, la musique, la trompette vous emportent, vous envahissent. Tourbillon de bonheur !
Vous n’y résistez pas, vous vous réfugiez dans votre chambre, vous allumez votre chaîne, montez le volume et déjà votre corps répond au tempo. Vous recherchez ce sentiment, cette tension qui vous surprend quand vous dansez avec quelqu’un. Mais vous ne retrouvez plus cette émotion. Certes vous jouissez de ce rythme endiablé, des différents pas... mais l'atmosphère, le milieu, la sensation ne sont pas les mêmes!

Déçu, désappointé, légèrement déboussolé, vous vous allongez à même le sol, sur votre moquette un peu rugueuse. Vous y pesez de tout votre poids, votre respiration saccadée est le seul signe de vie. Votre esprit, votre corps, votre regard sont ailleurs. Où ?...

Et puis, un bruit vous sort de cette torpeur. Où êtes-vous ? Qu’est ce que c’est ? Votre portable. Vous décrochez.... Un copain... Une soirée de salsa! Ce soir ! Les battements de votre coeur étant descendus à un rythme plus que lent durant votre égarement, se remettent à marteler votre poitrine. Soudain une joie immense vous submerge, votre coeur déborde de vivacité et votre corps tremble d’excitation : une soirée 100% Salsa, vous en rêviez, j’en rêvais...



***



Je me retrouve dans la voiture, le doux bruit du moteur tente d'apaiser cette effervescence qui me gagne. Mes mains, froides, tremblent. Ma tension est tellement forte que je ne saurais la décrire.
Je connais chaque rue de ce chemin qui m’a menée à mes stages de salsa cet été. Toujours la même excitation, toujours la même joie, toujours cette même passion. Elle m’envahit pour ne plus me lâcher, elle monte lentement en moi et pénètre dans chaque parcelle de mon corps. Je suis dans un état second, tout me parait si irréel et pourtant... Je distingue la silhouette du bâtiment. Je me dirige vers ce souffle de lumière. La chaleur de ce grand hall contraste avec la brise de l'extérieur.

Je salue quelques personnes et me réjouis d’être venue accompagnée. Je me rapproche de la salle, la musique est de plus en plus intense. Mon coeur bat maintenant au même rythme que les percussions du merengue. Diego me voit et se dirige dans ma direction. Je ne peux m’empêcher de le détailler. Son jean et sa chemise noire soulignent sa taille svelte, ses cheveux bruns retombent légèrement sur son front, sa peau halée est régulière, son pas, pondéré, marque le tempo. A sa vue, un frisson me parcourt... Son sourire... Ses yeux inexplicablement pénétrants... Et cette voix si chaude, si douce, si chantante, si marquée par son accent ! Cette main légère qui se pose sur ma taille, et ces lèvres qui se referment lentement sur ma peau... De la sensualité à l’état pur !

La salle est pratiquement vide. Les spots rougeâtres balayent la piste et apportent une certaine chaleur, essayant d'entraîner les quelques danseurs qui s’échauffent. Des tables les entourent, les abritent. Un couple attire mon attention. L’homme se déplace avec une telle aisance, le visage de la femme est si rayonnant que mes yeux ne peuvent plus se détacher de leur évolution. Je les observe ouvertement, les détaille, décompose leurs façons de se déplacer qui diffèrent légèrement de ce que l’on m’a enseigné. Leurs jeux de pieds sont pratiquement omniprésents. Ces shines caractérisent la salsa portoricaine. La salsa cubaine est plus dynamique, et les déplacements circulaires intensifient, à mes yeux, le jeu de séduction.

Les salseros arrivent par petits groupes. Vers 23H00, la salle se remplit brusquement. En une dizaine de minutes la piste est remplie de personnes assoiffées de danse. Toute cette foule remue au rythme de musiques endiablées, et ne devient plus qu’un seul corps, qu’une seule âme. Je me laisse emporter. Je ne peux plus m’arrêter, cette même soif me gagne, ce besoin de vivre, là, maintenant, tout de suite, d’exister, de ressentir, de vibrer, d’être. Un appétit de vivre et de partager se répand parmi nous comme une brume. C’est une véritable contagion !

Je sens mon corps vibrer, je suis transportée dans un tout autre monde, dans le même monde que tous ces danseurs, je suis ivre ! Mes partenaires montrent une extrême patience. Pas un ne s'énerve, pas un ne manque de me conseiller. Ils me parlent avec leur voix et leur corps. Je les écoute, attentive, j’apprends, je découvre. Au bout d’une heure, je me sens un peu plus à l’aise. Je me laisse aller. Dès que je reviens à ma table, je contemple l’évolution des couples, je les considère, je m'imprègne de leur image. Je les admire !

Je passe d’un couple à l’autre, et m'arrête sur Diego. Il danse avec deux femmes en même temps. Avec une aisance déconcertante, il les fait se déhancher, tournoyer, pivoter, se courber, s’éviter. Leurs mouvements sont libres, souples, gracieux... Naturels. Tous trois se comprennent. Ils sont beaux. Leur passion est si forte qu’elles se sentent sécurisées. Aucune imperfection ne trouble leur progression. Les deux danseuses l’observent, l’estiment, apprécient, elles sont heureuses. Lui se fond dans la musique. Les traits de son visage ont changé. Quelque chose de magique illumine ses yeux. Une lueur que l’on aurait du mal à décrire. Son regard est profond, il pétille, il n’est plus que flamme. Son corps traduit sa joie de vivre, une douce euphorie l’envahit. La musique le possède. Son sourire est à la fois flottant et présent. Il est léger et se dépose comme une caresse sur son visage. Les lignes de son corps sont élégantes, découplées. Ses pieds, ses jambes, son bassin, ses bras, ses mains semblent désarticulés et pourtant ils s’harmonisent avec le tempo. Ils dégagent une telle sensualité, une telle volupté que la plupart des personnes assises les regardent.

Je ne peux faire disparaître le sourire figé sur mes lèvres. Pour moi, tous les autres salseros ont disparu, il ne reste plus qu’eux trois. Ils dégagent des sentiments, des émotions, et tout devient surnaturel, envoûtant. Cette sensation m’empoigne, ils me captivent, me fascinent. Mes yeux sont comme des aimants sur leurs corps. Malgré cet émoi, une souffrance intérieure me serre le coeur. Leur danse est tellement représentative, qu’elle rappelle une relation à trois, et le voir entre ces deux femmes, me fait mal.

La chanson se termine. Bomba ! De King Africa, la chanson de l’été. Alors que les danseurs commencent à remuer au son de cette musique familière, Diego prend un micro et se place devant eux. Il improvise une chorégraphie. Je me mêle à la foule, aux premiers rangs. Je me retourne légèrement : la piste est remplie, une centaine de personnes reproduisent les déhanchements et les déplacements des danseurs qui se trouvent devant eux. Les mouvements parfois épineux laissent échapper une rumeur, quelques éclats de rire.

Les musiques s'enchaînent, je continue mon apprentissage. J’invite le salsero portoricain du début de soirée. Il m'entraîne sur la piste, je croule sous ses conseils. Il ne fait aucun shine pour ne pas me perturber, je lui en suis reconnaissante. Le son des cuivres m’envahit, me submerge et je vibre avec eux. La tension habituellement présente ne me surprend pas. C’est une autre sensation, je suis pleine de vivacité et de gaîté. Je prends énormément de plaisir à danser avec lui, il n’est pas comme les autres danseurs au visage fermé, concentré sur leurs passes, ni comme ceux qui jouent avec la séduction. Ce n’est pas seulement ses mains qui me guident, mais ses bras, son bassin, ses jambes. Tous ces mouvements sont souples et précis. Il me suit du regard et je ne peux m’empêcher de rire. Je lui communique mon enthousiasme et nous dansons tous deux, sourire aux lèvres. Les émotions qui se communiquent entre nos deux corps sont étranges, j’ai l’impression qu’ils se connaissent depuis toujours, que l’un est habitué à décrypter et à reproduire les demandes de l’autre, et que celui-ci sait exactement comment faire passer ses messages. Il m’entraîne dans un merengue. Son bras plaqué le long de mon corps guide le mouvement de mon bassin.


Un zouk love... Je cherche des yeux Diego, je le trouve et me hâte vers lui, avant que quelqu’un d’autre ne l’invite. Il me considère un instant, me sourie et m'entraîne sur la piste. Nos jambes s'emmêlent, toutes les deux mesures son bassin se presse contre mon corps. Son visage me frôle plusieurs fois avant de se coller contre le mien. Je sens sa chaleur, son parfum frais et légèrement boisé qui m’enivre. De balancier, le mouvement de son bassin devient circulaire. Je le suis. Aucune lumière ne passe entre nos deux corps, nous ne faisons qu’un. Ses doigts passent sous mon tee-shirt. Je frissonne, il resserre son étreinte. Timidement, je caresse sa peau. Le temps d’une mesure, il emprisonne ma jambe entre les siennes. Je me laisse envahir par la sensualité de l’instant. Il me souffle à l’oreille :
“Tu ne sais pas où on pourrait s’embrasser” .
Je lui réponds doucement :
“Trouve et je te suis”
Il me susurre :
“Je sors, tu me rejoints?
- Après la chanson..."

Sa sensualité redouble, nous ne pouvons pas être plus près l’un de l’autre, et pourtant, j’ai l’impression que nous nous rapprochons d’avantage. Il me mordille la joue, je ferme les yeux. La musique s’achève, nos corps se séparent à regret. Diego s’éloigne et sort de la salle. Après quelques instants, impatiente de déguster à nouveau l’odeur de sa peau, je le rejoins, avec cette nuit épaisse pour complice. A l’intérieur, le célèbre merengue d’Elvis Crespo “Suavemente”, accompagne notre étreinte:

“Suavemente besame
Yo quiero sentir tus labios
Besando mi otra vez,
Suave
Besame, besame”

Notre élan est effréné, comme lorsqu’on étouffe trop longtemps une pression. Nos langues se mêlent, se cherchent, se trouvent, jouissent l’une de l’autre. Ses mains descendent le long de mon dos, et ébauchent chaque partie de mon corps.

“Besa, beso, besito
sin prisa con calma,
da m’un beso bien profundo que me llega al alma”

Sa peau me laisse un petit goût salé sur les lèvres. Il descend la fermeture de son jean et y amène ma main, mes doigts d’abord malhabiles essayent de créer un aller-retour. Il dégrafe mon soutien gorge, et réfugie sa main dessous. Ma respiration s’accélère et s’accorde avec la sienne. Son sexe s’épanouit sous ma main.

“Un beso suave es lo que anhelo
Un beso tuyo es lo que quiero”

Il me susurre “ J’ai envie de toi, ça fait longtemps...” Une délicieuse chaleur s’empare de moi, une faiblesse entre les jambes me fait légèrement vaciller. Je ne sens pas la fraîcheur de ce soir, elle ne m’atteint pas. Je savoure les formes de son corps. Diego déboutonne lentement sa chemise. Je lasse vagabonder mes lèvres et ma langue sur son torse halé, il gémit. Ses paumes glissent sur le tissu de mon pantalon. Un long tressaillement m’avertit de son orgasme. Il emprisonne la peau de mon cou entre ses dents.

Il me murmure : “ J’ai envie de te manger.
-Vas-y.”
Il me mordille le menton et la lèvre en même temps. Je dessine le contour de ses lèvres avec ma langue. D’une voix voilée il me dit : “C’est de la folie!” Je lui réponds légèrement désinvolte : “ De quoi ? Tu fais ça avec tout le monde ! “. Il me corrige et me ment: “ Non pas avec tout le monde.”

Il passe sa main sur mon visage, le caresse. Il me demande si je veux rentrer, je lui dis que non. Notre étreinte devient plus douce, tendre. Nos gestes moins pressants. J’ai toujours envie de lui.
Nous n’échangeons presque pas de paroles, nos corps s’expriment à eux seuls. Que se disent-ils ? Je ne sais pas, c’est comme dans la salsa, c’est un langage qu’on ne peut pas interpréter, qu’on ne pourra jamais décrire avec des mots réels... Une parfaite entente entre deux corps qui sont pourtant différents, mais qui s’accordent sur une même envie, un même désir, une même concupiscence.
Après quelques secondes dans les bras l’un de l’autre jouissant de notre chaleur et de quelques effleurements, nous décidons de rentrer.

A l'intérieur, la fête continue. Tous les danseurs remuent au son d’une salsa endiablée. Diego m'entraîne sur la piste et lance “Rueda”.
Dans la seconde suivante, une dizaine de couples nous entourent et forment un cercle. Tous les hommes ont le visage tourné vers lui pour parvenir à entendre les noms des passes proférées en espagnol. Alors les “Enchuf’la con parmadas” (branche-la et tape deux fois dans les mains) suivent les “Pelota y uno”, les “adios con prima (au revoir avec la cousine) o con abuela” (avec la grand-mère), ou les “dile que no” (dis-lui que non). Les femmes ne cessent de changer de partenaire aux “Taxi” ou “Enchuf’la y dame dos” (branche-la et donne m’en deux)...
A chaque nouveau danseur, le contact, les regards, la distance, les sourires se modifient. Un lien s’établit en quelques secondes... C’est un véritable échange, un dialogue entre les corps, une sorte de rencontre accélérée. Un charme opère, je me retrouve dans une autre dimension, les lumières rouges, ces visages souriant dans une semi obscurité, ces passes qui n’en finissent plus... J’ai l’impression que toutes ces images m’arrivent en flashs, je perds toutes notions de l’espace, je nage dans un tourbillon de lumières, tout me parait irréel.

La Rueda se termine sur un “Tango”, position finale, où toutes les femmes se laissent tomber dans les bras de leurs partenaires. Notre danse synchronisée, rapide et néanmoins fluide nous vaut les applaudissements des personnes restées assises ou des danseurs qui s’étaient arrêtés pour observer.

Salsas, cha-cha-cha, pops latines s’enchaînent. La piste ne désemplit pas ! Il est pourtant plus de trois heures du matin.

Diego m’entraîne dans un merengue rapide. Le tempo saccadé de la batterie résonne en moi, et me donne l’impression que mon coeur bat au même rythme. Etonnée, je remarque que le dialogue, les émotions ne sont plus les mêmes; la retenue, les “tabous” habituellement présents ont disparus. Ma confiance en lui me permet de prendre de l’assurance. Notre danse est fluide, nous glissons. Il plonge ses yeux dans les miens, pénètre dans mon corps. Une espèce de connivence s’est établie. Son regard m’ensorcelle. J’ai l’impression d’être libre, les pas me viennent naturellement, et les passes me semblent familières. Il me dévore des yeux et exacerbe mon envie de me jeter sur lui. Ma bouche entrouverte attend ses lèvres. Ses cheveux mouillés retombant sur son front le rendent terriblement attirant. Son corps se rapproche, ses hanches se plaquent et glissent contre les miennes. Il éloigne légèrement son visage en frôlant ma peau et me fait un clin d’oeil ravageur. Je lui revois un sourire. D’un mouvement leste, il me colle contre lui. Sa main maintient une pression dans mon dos. Il accentue le mouvement de son bassin.

Cette soirée me fait perdre toutes notions du monde extérieur. Tous mes problèmes quotidiens se sont évanouis. Tout me ravit ! Chaque sourire, chaque regard remplit mon coeur de joie. Il en déborde ! Je veux découvrir toutes les danses, je veux apprendre la culture qui ressort de cette fête, je veux partager la passion de ces danseurs. Je les observe, prends note de n’importe quel détail qui me montrerait les différences entre le monde français avec ses tabous, ses valeurs et celui qui vient “d’ailleurs”, et qui nous montre une autre façon de voir la vie. Même si cette soirée n’est qu’une reproduction de ce qui peut se passer à Cuba ou dans d’autre pays d’Amérique Latine, l’esprit de fête et ces danses sans “limite” nous apporte un certain dépaysement.

Le D.J. annonce que la fête touche à sa fin. Vers cinq heures du matin, la musique diminue doucement. Je m’arrête de danser, un peu étourdie, fatiguée, mais repue. Les fins de soirée se terminent un peu toujours de la même façon. Les derniers danseurs rangent la salle dans un fond sonore, pendant qu’ils donnent leurs impressions sur l’ambiance, commentant telle ou telle danse, louant tel ou tel danseur. Des rires, les bruits de tables et de chaises accompagnent ce “silence”. Chacun se rhabille tout continuant une conversation en cours sur une grande soirée se déroulant dans quelques semaines à la Pachanga ou au Latina Café, et en se dirigeant vers la sortie. Les lumières s’éteignent derrière notre passage. Les quelques vingt salseros se disent au revoir dans le noir, insistant sur la fraîcheur de ce petit matin et se quittant en se promettant de se revoir bientôt. Le copain avec qui j’étais venue me demande si l’on peut y aller. Je cherche des yeux Diego parmi les dernières personnes qui nous entourent. Je ne le vois pas, il était pourtant à coté de moi il y a à peine une minute. Il m’avait dit qu’il allait s’en aller, mais, partie à discuter, je n’en avais pas prit note. Je scrute l’obscurité pour voir si sa voiture est encore là. Je l’aperçois, éclairé par la douce lumière du rétroviseur. Je me dirige vers lui, accompagnée de mon ami qui lui reproche de ne pas avoir dit au revoir.

Diego lui serre la main, puis se penche vers la fenêtre du passager, et susurre : “Viens je vais te faire un bisou”. Ses lèvres se referment sur les miennes. C’était un baisé doux et tendre qui me promettait une suite à notre aventure si courte soit-elle.

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