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Salomé

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Nicolas

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La première chose que j’ai ressentie, c’est un léger picotement au bout des doigts, puis j’ai peu à peu repris conscience. Puis d’un seul coup, la porte de mon sarcophage s’est ouverte, me projetant au sol, j’ai attendus, attendus que quelqu’un m’aide à me relever mais personne n’est venu.
Mes poumons s’emplissent d’un air chaud, lourd.
Petit à petit, j’arrive à me retourner sur le dos et je remarque que le sarcophage n’est plus allongé comme lorsque j’ai été congelée mais adossé au mur du fond de la pièce. La pièce, elle est sombre a part une ouverture béante dans le mur en face du sarcophage par laquelle s’engouffre un flot de lumière aveuglante. En regardant au sol, je me rends compte que la pièce est partiellement recouverte d’un sable doré. Je réussis à me trainer jusque a l’ouverture. Ce que je vois dehors n’a plus rien à voir avec le monde que j’ai quitté le mode est devenu un désert immense parsemé ça et la de ruines d’immeubles. Ces vestiges d’un monde mort se tiennent dans le désert comme des carcasses de bateaux échoués. Et cette chaleur accablante qui brule chaque cellule de mon corps après le long hiver de mon sommeil. Je me hisse vers les escaliers et je les descends, je ne sais pas vraiment ce que je vais faire. Je sors de l’immeuble et le soleil m’éblouit, je erre dans ce qui devaient être les rues d’une ville depuis longtemps oubliée. Puis, un bruit déchire le silence alors que je passe devant un immeuble éventré, ce n’est qu’un faible murmure mais cela suffit, je l’entends, ce murmure recommence :
-Salomé...
Qui donc connait mon nom ? Qui donc se souvient de moi ?
Je me précipite vers l’immeuble d’où provient la voix, elle est très faible, comme celle d’un vieillard. Je pénètre a l’intérieur et la je découvre une scène écœurante : Un vieil homme est affalé sur un tas de sacs de toile, il respire difficilement, son torse, je réprime un cri, son torse est ouvert, sanguinolent, une plaie béante rend chacun de ses souffles douloureux. Sa peau parcheminée est tannée par le soleil. Et puis, il y a le cafard, j’ai toujours détesté ces bestioles mais celui qui git la, a quelques centimètres du vieil homme est tout simplement horrible : il fait a taille d’un être humain et il n’a que quatre pattes mais ses antennes, sa carapace, ses ailes déployées en un dernier sursaut ainsi que ses yeux rougeoyants ne laissent aucun doute quand a son appartenance a la famille des blattariés. La créature a au centre de la tête un trou d’où suinte un liquide translucide.
Le vieillard dit à nouveau :
-Salomé...
-Qui êtes vous ? Comment connaissez-vous mon nom ?
-Tu ne me reconnais pas Salomé ?
-Je devrais ?
-Salomé, je suis ton frère...
Je comprends enfin les implications de ma congélation : tout ceux que j’avais connus sont morts seuls les plus jeunes ont eu une chance de survivre.
-Laisse moi t’expliquer tout ce qui c’est passé depuis ta cryogénisation...il entame alors un récit de sa voix sifflotant ponctué de spasme et de quintes de toux. Quand les grandes catastrophes sont arrivées, l’humanité était déjà plongée dans le chaos, la violence avait fortement augmentée à cause des sécheresses, inondations et autres famines... Peu à peu, toutes les ressources sont devenus rares, des guerres de l’eau éclataient, des peuples entiers ont étés détruits. Les survivants des catastrophes et des guerres se sont réorganisés en tribus primitives et ils ont connus une paix précaire. Moi je suis resté pour garder ton immeuble au cas où tu te réveillerais mais il y a quelque heure, cette saleté est arrivée. Nouveau spasme. On les appellent les Karafareurs, ils ont fait leurs première apparition il y a quelques années, a l’époque, ce n’étaient que de pauvres bêtes craintives mais elles étaient chaque jour plus téméraires, jusque a ce que la situation se retourne et qu’ils passent de chassés a chasseurs. Voila ce qui arrive après deux guerres nucléaires, ça a pété partout a l’époque, je crois même que la coalition sino-québécoise avait fait exploser le Kilimandjaro pour effrayer l’Afrique-unie.
Sa voix a faibli sur la fin.
-Mais le cafard, que t’a-t-il fait ?
-Il m’a mis n bon coup entre les cotes mai j’y ai quand même explosé la caboche !
-Avec quoi ?
-Avec mon pistolet a énergie protonique, grand destructeur, le crache soleil, les nomades lui ont donnés bien des noms en passant par ici, tous le respecte et le craignent...
-Quoi ?
-une arme fantastique, je suis surement le dernier à en posséder une, elle a été inventée lors de la guerre en Australie, ils ont réussis à condenser l’énergie de la fission nucléaire en un rayon meurtrier. Elle s’est rendue très utile dans le temps...
Il se tait un instant, perdu dans ses pensées puis il reprit :
-Tiens, prend la... et achève moi !
Il me tend l’arme, une espèce de vieux pistolet rouillé au canon long d’au moins dix centimètres.
-Non, je ne peux pas...
-Allez, dit pas de bêtises, abrège ! Je préfère encore ça à continuer de me noyer dans mon propre sang !
J’attrape l’arme d’une main tremblante, la sueur perle sur mon front, je tends l’arme, un instant, le temps est comme suspendu, mais je suis très vite ramenée à la réalité par le bruit tonitruant de l’énergie protonique qui décharge sa puissance en un éclair rougeâtre. Ma main a glissée et j’ai appuyée sur la gâchette, je l’ai eu dans le cœur, il n’a pas souffert...
Soudain, je suis prise de vertiges, je tombe à genoux dans le sang de mon frère. Je décide alors de me remettre en route dans l’espoir de rencontrer des humains que je n’aurais pas à exécuter. Le pistolet à protons est dans ma poche, il pèse lourd mais c’est tout ce à quoi je peux me rattacher. J’avance silencieusement parmi les immeubles en ruines et les restes de mon ancienne vie, des bribes de souvenirs me reviennent, ici habitait une amie, la il y avait un boulanger...
Pendant des heures et des heures, je marche a travers un désert sans fin, ma gorge est sèche de n’avoir pas assez bu et mes yeux brulent d’avoir trop pleurés. Je traine les pieds dans le sable, j’ai chaud...
Le glorieux astre du jour continue sa course intangible dans le ciel azur, la nuit tombe, j’ai faim, j’ai soif et je suis fatiguée. Soudain, un bruissement e fait entendre dans l’obscurité, j’ai peur, par réflexe je pose la main sur la poche qui contient le pistolet de mon frère. Puis après quelques secondes de calme, deux yeux rouges apparaissent a quelques mètres de moi, tout se passe très vite : un claquement de mandibules, je pousse un cri, l’ignoble cafard se rapproche puis une jeune fille a peine plus grande que moi surgit derrière le monstre, elle lui brise une patte arrière a l’aide d’un objet métallique et lui assène un coup de cette matraque sur la tète. Pendant ce temps, j’ai dégainé le pistolet à protons et je le pointe en direction de cette étrange fille. Elle me regarde, elle regarde l’arme puis elle dit : « viens ».
Je la suis, trop choquée pour protester, elle reprend sa matraque, elle attrape le cafard par une patte et le traine jusque a un campement improvisé a l’abri d’un rocher.
-Qui est tu ?me demande-t-elle.
-Salomé...
-Que fais tu dans le désert ?a quelle tribu appartient ?
-je ne sais pas...
- Aide-moi à préparer le repas.
Un repas ! Que quelqu’un m’en propose un à quelque chose de miraculeux. Elle prépare un feu, je ne sais pas trop quoi faire pour me rendre utile. A la lumière du foyer, je peux mieux distinguer ses traits, elle a le visage d’une enfant mais le visage dur de quelqu'un qui a enduré trop de souffrance. Sa chevelure d’un roux flamboyant qui fait paraitre mes cheveux buns biens ternes. Elle se dirige vers le cafard mort, sort un couteau de son étui et commence à dépecer le monstre, elle enlève la carapace de ses pattes arrières, les découpes et jette les morceaux dans deux écuelles de fer sorties de son paquetage, après les avoir faits cuire avec du sel, elle me tend un plat et une gourde.
Je lui demande :
-Comment-t-appelle tu ?
-Je suis Ada, la plus grande chasseuse de Karafareurs de ma tribu et toi ?
-Je suis Salomé, récemment décongelée et totalement déboussolée.
-Quelle est cette chose dans ta poche ?
Je sors le pistolet à protons et je lui montre.
Elle murmure « le crache soleil » puis elle attrape la barre métallique dont elle s’est servie pour tuer le Karafareur et elle explique :
-c’est mon « écrase-vermines »
L’arme redoutable reflète la lumière du feu. Il s’agit en fait d’une lourde barre de fer sur laquelle sont fixés des pointes de métal, la poignée de l’arme est constitué d’une simple bande de tissu enroulée autour du manche. L’arme semble avoir beaucoup servi au vu des entailles et bosses qui parsèment sa surface.
-Cette arme m’a sauvée la vie a plusieurs reprises. Continua-t-elle.
Je trempe ma cuiller dans l’étrange ragout puis la porte a mes lèvres, le gout est étrange mais pas désagréable.
-Dors maintenant. Chuchote-t-elle. Je vais monter la garde.
Je m’allonge sur une couverture et bientôt, mes yeux se ferment et je dors.
Au petit matin, Ada me réveille, elle est en train de disperser les restes du feu d’hier, elle me demande de l’aider à désensabler une étrange structure métallique montée sur roues, je comprends enfin son usage lorsque Ada relève un mat pliable et tend une large voile blanche sur ce dernier. Un radeau sur roues !
-Le seul moyen de traverser le désert ! Proclame-t-elle en souriant.
Elle jette ses affaires dessus et me crie :
-Allez, monte !
Je grimpe sur l’étrange vaisseau des sables, elle le pousse, la voile se gonfle et nous partons !
Je lui demande :
-Comment fais tu pour récolter l’eau ?
-Très bonne question ! Je tends la voile la nuit pour repérer l’humidité de l’air et le tour est joué !
Nous voyageons longtemps, jour et nuit, sans trop savoir ou aller, nous discutons beaucoup, je m’entraine au tir, je deviens vite très douée.
Un jour, je demande à Ada :
- Pourquoi pourchasses-tu les Karafareurs ?
Des larmes coulent sur ses joues.
-Ils ont décimés tout mon village, ils ont détruits ma tribu, je veux tous les tuer, je connais leur repaire, ils mourront...
-J’aimerais t’aider mais je ne sais comment.
-viens avec moi, aide-moi à les détruire comme ils ont détruits mon peuple.
-Je le ferais.
Elle pousse un terrible cri de guerre que je reprends et nous faisons voile vers l’est, vers le désert et une mort presque certaine.
Pendant le voyage, Ada m’expose son plan :
-Les Karafareurs ont élus domicile dans une tour de pierre gigantesque, on la reconnaitra grâce a leur nid, il s’agit d’un énorme tas gluant collé a la paroi...
-Et quand nous serons devant, que ferons-nous ?
-On entrera et on se fraiera un chemin jusque a ce qu’ils ont de plus précieux : leur reine ! Et on la détruira !
Quelques jours plus tard, nous arrivons en vue de l’énorme building sur lequel est attachée une ignoble masse faite de sable coagulé.
-C’est ici. Lâche Ada
Nous marchons vers cet édifice de mort en abandonnant le vaisseau des sables, chacune nous avons nos armes en main, tout semble trop calme, trop tendu.
Puis, alors que nous entrons, un léger bruissement devenu trop familier se fait entendre. Je tire au jugé, la charge protonique fait un instant la lumière sur des dizaines de Karafareurs puis le noir revient et un cri strident répond au rugissement de mon arme. Une centaine d’yeux apparaissent en même temps, nous nous élançons, déterminées, des dizaines de cafards meurent sous nos coups conjugués, nous sommes comme une tempête instoppable. Puis, lorsque le dernier est mort, j’allume une torche en haletante, une douleur cuisante immobilise mon bras gauche, je sais que je saigne. Je vois Ada, le visage blême, une main plaquée contre la gorge, le sang suinte entre ses doigts, je me précipite vers elle.
-Ada !
-va, va mon amie, venge moi... murmure-t-elle faiblement.
Des larmes chaudes coulent sur mes joues maculées du sang translucide des Karafareurs.
-Non, non...
Ada, la plus grande chasseuse de Karafareurs meurt dans mes bras aujourd’hui.
Je l’enterre sous le sable, je range le pistolet dans ma poche, attrape l’écrase-vermines dans ma main valide et me dirige vers l’escalier. Marche après marche, ma colère enfle encor, les Karafareurs m’ont enlevée tout ceux qui m’étaient chers, c’est a moi de leur rendre la pareille. Arrivée en haut, je me retrouve face a une vision d’horreur, c’est une énorme larve dont les ailes et les pattes antérieures sont atrophiées, des antennes frémissantes dépassent d’une minuscule tête enfoncée dans un corps gras et lisse.
Mon bras raide me fait souffrir, je lève l’écrase-vermines sans trop savoir à quoi ce dernier me servira contre la gigantesque créature.
Soudain, un Karafareur surgit a ma droite, je lui écrase le crane mais le gourdin reste coincé dans l’épaisse carapace, je sors le pistolet de mon frère de ma poche, alors que je m’approche de l’ignoble et sifflante majesté, ma mai trouve instinctivement le minuscule bouton caché sous le canon de l’arme. Je presse le bouton, jette l’arme en direction de la créature et je cours, je cours vers la fenêtre à demi obstruée puis soudain, un bruit formidable me vrille les tympans, je ressens la chaleur de l’explosion dans mon dos tandis que son souffle me projette au loin et je perds connaissance...
Lorsque je reprends mes esprits, je me retrouve sur le sable du désert, je constate avec horreur que je n’entends plus rien et que je ne peux plu bouger mon bras gauche. Derrière moi, les ruines du nid des Karafareurs et devant moi, se profilent les ombres d’un campement...
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