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Sainte Sarah

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La première fois qu’on l’entend, c’est beau. La seconde fois c’est la confirmation qu’on ne rêve pas. De gosse, ta voix immédiate ; de chienne, ton grain de voix ; de petite salope, oui. Sublime, voix à rendre l’âme, voix à rendre dingue le dernier des sourds. Si pleine d’autorité, voix grave au timbre mouillé, aux inflexions de soprane enfant... Une fille, si pleine, dont le corps entier toujours fluide, en mouvement, annonce un délice. À la masse informe et gluante des gens qui prenaient place autour de toi, ton corps avait pour centre de gravité le cul. Tous à vouloir le séduire : le boucher, la crémière, les directeurs, la pâtissière, l’agent du ringard. Humaine ou trou noir, qu’es-tu?

Qui avait cette chance de prendre, si délicate, si fine, ta bouche taillée par un orfèvre juif la déformer sous les contours de sa turgescence, s’ouvrir en grand pour accueillir son membre jusqu’au tréfond de la fragile gorge d’oiseau, si prête à s’abîmer ? Qui était donc le maudit, le saltimbanque ? Qui était donc le sauvage mécano, le béat dont tu t’emplis le gosier avec l’élégance ou la sauvagerie d’une jeune putain déjà spécialisée ? Lui, le bienheureux, qui, tout comme moi, n’a d’abord pensé qu’à une seule chose en te voyant : se le faire. Qu’y peut-il ? Toute ta façon de mouvoir ton bassin semble imposer la sodomie, toute ta croupe exiger l’enculade, comme s’il en allait de son honneur.

Et te voici déchaînée. Venez, vous, les cinq, les dix qui me faites la cour, cessez donc de me tourner autour, et lutins, qu’attendez-vous donc pour me plaquer face contre ce mur et me les fourrer au plus profond ? Mettez-les moi. Il est fait pour ça. Puisque vous ne voyez que lui, je vous le donne ! Surtout à toi, tu n’auras rien d’autre que lui, tu ne me piperas pas, tu n’auras rien sauf mon cul ! Tu pourras, toi, me le lécher comme je voudrais, saliver le trou de mon derrière, et le défoncer comme je voudrai, aussi souvent que tu voudras ! Oui, toi ! Lèche-le moi ! Vas-y ! Maintenant ! Toi qui encules si bien !...

En lieu de cela, tu ramasses ta cigarette échappée, tu me fais la bise sur la joue, me fais un clin d’œil que je ne saisis pas, et t’éloigne encore une fois, sainte Sarah. 

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Abuelo · il y a
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