Route des vacances....

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Écrire, c'est comme courir. C'est bon pour le coeu  [+]

Nathalie a terminé son travail hier. Cela lui a permis de remplir et de fermer les valises, en s’aidant de la liste qu’elle a faite tout au long de la semaine écoulée. C’est une agréable sensation d’être déjà un peu en vacances... Elle a même eu le temps de cuire un cake aux abricots avec un reste de fruits. Bien sûr que la préparation d’un pique-nique a suivi dans la foulée. Elle a même vu un épisode d’une de ses séries préférées, ‘’ La loi selon Barbara’’. Sa matinée a été plutôt productive. Non, elle ne voit vraiment pas ce qu’elle aurait pu oublier.
Son mari Stéphane lui a promis de finir un peu plus tôt, rentrer vers onze heures, afin de passer Lyon avant l’heure de pointe. Surtout qu’on est vendredi. Il est ferblantier de métier et bosse sur les toits. Il s’organise un peu comme il veut. Du coup il est parti à sept heures ce matin pour pouvoir tenir son engagement.
Une dernière petite mise au point avec Florian, leur fils, est aussi à l’ordre du jour. Il a la lourde tâche de garder la maison pour les trois prochaines semaines. Les dernières recommandations lui sont données. De toute manière, il fera comme bon lui semblera. À chacun sa liberté, sa façon de faire...
Mais comme c’est un chouette gars, aucune mauvaise surprise n’est à craindre. Les parents n’ont vraiment pas besoin de connaître son programme.
L’astuce étant de ne pas rentrer avant la date prévue. L’appartement ne serait assurément pas rangé. Cela amènerait des conflits et autant les parents, que le fiston auraient vite oublié les bienfaits que procurent des vacances. L’expérience ayant déjà été tentée...
De plus, il a défendu son mémoire à l’UNIL mercredi. Sans trop de surprises, la réussite s’est faite haut la main. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Notre couple de quinquagénaires a vraiment besoin de ces vacances.
Monsieur pense à une reconversion dans son métier. Il voudrait tellement devenir thérapeute. Pour pouvoir se faire une patientèle, il donne des cours le week-end, en plus de son métier plutôt physique en semaine. Il faut y rajouter ses courses bi-hebdommadaires et qu’il s’occupe encore de la conciergerie de la PPE (une dizaine d’arbres fruitiers, le gazon à tondre et les voisins à gérer).
Madame vivant avec une maladie chronique, qui lui amène une grande fatigue, se bat contre une série de maladies depuis le début d’année; toux, fièvre, asthme, et six semaines d’urticaire l’ont littéralement lessivée. Sa supérieure a même réussi à lui reprocher qu’elle avait trop d’occupations annexes à son labeur (remplir les feuilles d’impôts, beaucoup lire et écrire, aller courir, s’occuper de ses parents, cuisiner) et qu’elle devait peut-être penser à changer ses priorités, quand Nathalie lui a demandé d’alléger son surplus de travail.

Le GPS est branché, le plein est fait et les bagages sont chargés.
Le départ peut se faire. Stéphane cale son tempomat sur les 130 kilomètres autorisés, branche sa musique en bruit de fond et écoute Juliette (le GPS) lui indiquer la route. La circulation est fluide. Les deux tourtereaux discutent pendant que le paysage défile: de la réaction inadéquate de la cheffe pour les heures supplémentaires, de leur fils et de sa chérie, de ses projets de bricolage et de cours à lui, des vacances de leur fille, de la voiture qui les a dépassés beaucoup trop vite, de ses livres à elle, du plaisir à déguster une glace magnum à l’ombre d’un arbre, de l’écriture, des radars.

Pour leurs différentes escapades en France, ils ont pris l’option d’un appareil automatique afin de passer sans encombre les péages.
Un peu marre de devoir choisir le bon guichet; d’attendre une éternité dans une file dont ils ne voyaient pas le bout; de devoir chercher la monnaie dans une bourse sur laquelle ils n’arrivaient pas à mettre la main; de stresser à cause
de l’automobiliste qui se dandinait et gesticulait sur son siège, juste derrière eux; de paniquer en essayant d’attraper les petits sous rendus, que le conducteur avait toutes les peines du monde à récupérer dans l’automate, pendant que la barrière se levait pour leur permettre de se réinsérer dans le trafic et si possible, sur la bonne voie.
Bien sûr que la radio-autoroute avait fait de la propagande pour cette petite merveille. On arrive devant la barrière au ralenti, l’appareil se connecte instantanément, on entend le bip et on repart.
Une des publicités raconte l’histoire de Vincent (sur Vinci-autoroute) se moquant du conducteur qui cherche sa monnaie et qui perd un temps fou au péage. Il reste très calme, le Vincent, vu qu’il a collé son télépéage derrière le rétroviseur et qu’il n’a à s’occuper de rien. Très bonne pub par ailleurs. Rigolote.


À hauteur de Lyon, un petit bouchon se forme à cause d’une voiture en panne dans le tunnel. Mais leur véhicule y arrive à la toute fin de l’intervention. Et ça repart...
Ils ont prévu une étape à Perrigueux qui se déroule à merveille. Une soirée en amoureux dans un restaurant asiatique, son magnifique buffet recouvert de belle et de bonne nourriture (sushis, makis, brochettes de poulet, salades d’algues, de crabes, de desserts goûteux) et une petite nuit de sommeil suffisent pour attaquer les trois heures de route du lendemain. Comme son mari est un tout bon conducteur, Nathalie se permet même une petite sieste. La rocade de Bordeaux amène son lot de voitures. Mais le trafic perd très vite de son intensité, beaucoup de véhicules prennent la direction du Bassin d’Arcachon. Le lieu tant convoité n’est plus très loin.

Le village de vacances est en vue. Mais d’où vient ce brouillard? Le ciel aux alentours est bleu azur, avec juste ce dôme brumeux pile au-dessus du camping. Y’a pas à dire.. La météo dans les Landes est parfois déconcertante.
En approchant de la réception, Nathalie ressent une bizarre impression.
- Bonjour B...
Coupée dans son élan, elle ne reconnaît pas la réceptionniste habituelle qui est derrière son bureau, mais voit... un phasme! Une brindille toute droite qui sautille sur son siège pour se maintenir à hauteur de la table. En y regardant de plus près, elle devine le visage de Béatrice. Tout flou.
- Oooooh non... fallait pas venir. C’est pas une bonne idée. Pourquoi vous êtes revenus? Personne ne vous a donc prévenus?
- C’est bien toi, Béa ? Mais qu’est-ce qui t’est arrivé? T’as une sale mine.
- Merci, c’est tout ce que tu trouves à me dire de gentil, après une année qu’on ne s’est pas vu?
Mais y’a pas que moi, si tu savais... Alain, le chef des animations, est un scarabée rhinocéros. Il se promène avec sa carapace noire luisante. Et une corne au sommet de la tête. Il ne sait plus raconter de blague, comme il le faisait si bien, ni même sourire.
- Mais pourquoi?
- Notre camping a remporté le prix mondial de l’endroit le plus épatant de la Terre. Ça a rendu envieux le Tsar-du-Très-Mal, qui s’est empressé de nous envahir et par la même occasion de nous jeter un sort. Il nous a rendus tristes à vie. Toujours dans le brumasse et un océan couleur ébène. Même qu’il a fait disparaître le soleil!
Les dames si sympathiques qui s’occupaient de rendre les maisons agréables ne sont plus que des fourmis. Elles lustrent et frottent toute la journée. Elles n’en peuvent juste plus.
L’équipe d’animation a été transformée en grillons. Ils sont gérés par un geai des chênes et s’ils ne filent pas droit, il les croque.
- Mais c’est qui ce maître-du-mal? Il vient d’où?
- Le Tsar-du-Très-Mal! Du souterrain de la Galaxie du Noir et des Ténèbres. Il a une sale tête. Et tout ce qui lui sert de corps aussi. Si par malheur tu le croisais, même de très loin, tu ne dormirais plus pendant sept mois, deux semaines, quatre jours et demi et trente-deux secondes, tellement ça traumatise.
C’est Mimi qui me l’a raconté; tu sais bien, Michel, celui qui donnait les cours de musculation... Maintenant il doit creuser nuit et jour pour déraciner tous nos beaux pins qui dépassent les vingt mètres de haut. Dire que c’était notre fierté...
Et le pompon dans toute cette histoire, c’est qu’il déambule dans la peau du blaireau le plus gros et le plus trapu que tu n’aies jamais vu. Lui qui aimait tant faire du gringe aux petites minettes...
- Mais toi, pourquoi t’es devenue une petite branche?
- Mais non! Je suis un phasme. Je donnais des cours de Qi gong, ce qui veut dire énergie en mouvement, j’ai toujours été la plus souple du village; ça a rendu jaloux le Tsar-du-Très-Mal. Et voilà!
Les jolis bungalows sont devenus des champignons; des chanterelles pour les couples (tellement minuscules, qu’il n’y a pas de place) et des amanites phalloïdes pour les familles, et....
Tout à coup, Béatrice fixe un point derrière Stéphane et Nathalie. Tétanisée...

- Coucou... Réveille-toi, mon pinson des îles. Nous sommes arrivés!
- Je viens de faire un de ces cauchemars. J’te raconte pas...
Mais c’est quoi ce brouillard?!!!
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Demens · il y a
Un rêve prémonitoire comme le laisse supposer la fin ? Ah les vacances ! Quel périple. Alors qu'on est tellement bien chez soi avec un bon bouquin... Quant au texte refusé, j'en ai une multitude... C'est ce qui nous permet d'essayer de faire mieux sur le prochain. Alors, Bonne plume!!! Au plaisir.
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Plume · il y a
Ah non! Les vacances c’est magique.... et rien n’empêche de prendre un livre avec. ;0)
Merci pour les encouragements. Je m’y exerce.

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Marie No · il y a
Très original ! On ne s'attend pas du tout à voir un phasme à la réception du camping, ni à ce que ce camping ait été ensorcelé par le Tsar-du-Très-Mal ! J'ai rarement été aussi intriguée en cours de lecture, le basculement de votre texte dans le fantastique, très surprenant, est aussi très réussi ! Je n'avais même pas pensé qu'il pouvait s'agir d'un cauchemar, vous m'avez eue ! (quoique avec ce brouillard, on ne sait pas ce qui pourrait finalement se passer au camping... ;-) )
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Plume · il y a
Merci. Quand on m'a dit que le texte n'était pas assez bon pour être publié, je n'ai pas imaginé que mon texte pouvait quand même plaire ou surprendre. Ça me fait un bien fou.
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Marie No · il y a
Oui, ne doutez pas, votre texte a beaucoup d'atouts ! C'est vrai que lorsqu'un de nos textes est refusé, ça peut faire mal et peut nous amener à croire qu'il ne vaut rien mais dans votre cas c'est faux ! Et surtout, continuez à écrire :-)
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Plume · il y a
C'était juste le premier que j'envoyais. Mais je n'ai pas arrêté...
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Plume · il y a
Ça me touche. Merci. Le texte n'était pas suffisamment bon pour passer en mode vote. Un premier essai. Il me reste plus qu'à me bonifier...
Pour mon pseudo, j'ai toujours eu l'impression que la plume me correspondait plutôt bien.
Je ne connais pas Plume de Michaux. Je vais aller guigner et m'instruire...
Encore merci pour le vote!

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Subtropiko · il y a
Je vous découvre grâce à votre passage sur ma page et à votre pseudonyme (fait-il référence au "Plume" de Michaux ?)... Mais pourquoi aucun vote ici ?! Elle est très bien, votre histoire qui commence dans le quotidien, s'enfonce dans le fantastique et ouvre sur l'incertain ! Quelques petites coquilles, mais plutôt moins qu'ailleurs... mon vote et mes encouragements.