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Road trip au Pays Imaginaire

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Perrine

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1.
Le bip bip incessant du réveil m’exaspère. Je dois me lever, pas besoin de me le rappeler tous les cinq minutes ! Quand j’y pense, je trouve que ce n’est pas cool d’être un humain. C’est peut-être débile, mais je suis sûr que les animaux peuvent dormir en paix, eux. Nous, tout au long de notre vie, nous avons des obligations : aller à l’école, aller au travail, s’occuper des gosses,... Alors qu’Hobbit, mon chat, dort toute la journée sans que ma mère s’en soucie. A ce moment présent, j’aimerais bien être Hobbit. En même temps, sa pâtée « Wiskas » n’est pas ce qui m’enchante le plus.
Je jette un coup d’œil à mon réveil. Si je ne me lève pas directement, je vais être en retard et Mr Blanchard va encore me faire un sermon sur l’importance d’être à l’heure. Je file à la douche, frissonnante. La douche du matin est comme la première injection de la journée pour un drogué. Je sais que la comparaison n’est pas brillante mais elle explique bien ce que je ressents à ce moment-là : la renaissance. Je me lave rapidement les cheveux avec le shampoing hors de prix que j’ai reçu à Noel. Lorsque je sors de la douche, je suis carrément à la bourre ! Je n’aurais pas dû me laver deux fois les cheveux mais le parfum de ce shampooing était tellement exquis.
J’enfile un slim et un sweet-shirt ; ce n’est pas encore aujourd’hui que j’éblouirais la galerie grâce à mon sens de la mode, attrape mon sac et sors en claquant la porte. Tout en me maudissant, je commence une course effrénée contre la montre. Demain, il faut vraiment que je me lève plus tôt. En plus, je crève de faim. Mon arrêt n’est plus qu’à 300 m quand, tout à coup, j’aperçois au loin ce maudit bus. Je me sens comme UsainBolt lors de la finale olympique, à part que je crache mes poumons et que mon cœur va exploser d’une minute à l’autre. Malheureusement, le chauffeur n’est pas de bonne composition. Il doit se souvenir que j’ai renversé ma bouteille de Coca light sur le siège la dernière fois. Me lançant un dernier regard noir, il démarre en trombe tel Alonso au volant de sa Formule 1. C’est super ; maintenant, j’ai faim, je suis habillé comme une godiche, j’ai les cheveux qui puent la myrtille et je vais devoir me taper quarante minutes de marche.

2.

J’avais bien prédit que Mr Blanchard allait me sermonner pendant une demi-heure sur l’importance d’être à l’heure. Eh bien, j’ai droit à pire que ça, ce qui n’est pas une mince affaire. Ce matin, Mr Blanchard a cru bon de m’emmener chez la directrice pour qu’ils puissent partager ce merveilleux moment de torture à deux. Je ne sais pas pourquoi, mais pendant tout le temps qu’à duré ce supplice, je ne pouvais m’empêcher de les imaginer en couple. C’est bizarre que personne n’y ait pensé auparavant parce que c’est une évidence pour moi ! Premièrement, ils sont tous les deux cucul la praline, du genre à aimer les films à l’eau de rose. Deuxièmement, ils aiment tous les deux persécuter les élèves. Troisièmement, au bal costumé, ils étaient déguisés en la « Belle et la Bête ». Si ça, ce n’est pas un signe !
Lorsque je sors de cette entrevue diabolique, c’est déjà l’intercours. Au moins, j’ai manqué une heure de math ce qui est plutôt réjouissant. Je rejoins Nina, ma meilleure amie. Bien que je l’adore plus que tout, je ne peux pas supporter son regard exaspéré. Elle considère mon cas comme désespéré et cela depuis toujours, je pense. On se connaît depuis la maternelle. Un jour, il paraitrait que je me sois fait attaquer par les plus grands et que dans sa bravoure, elle m’aurait sauvée. Je ne m’en souviens absolument pas mais ça ne m’étonne pas ; elle a toujours été forte et moi faible. Je ne m’apitoie pas sur mon sort, je suis simplement lucide. Il y a des gens à qui tout réussit et Nina en fait partie. Puis il y a des gens comme moi qui galèrent.
La journée passe rapidement, comme d’habitude. Elle est semblable à toutes les autres : rater son bus, alleren cours, manger un sandwich dégueulasse, aller en cours, fumer des clopes, rentrer chez soi. Et c’est comme ça cinq jours sur sept. Puis arrive le weekend et les ados se sentent en vacances ; ils sortent dans un lieu branché, boivent plus que d’habitude et finissent par vomir dans leur poubelle. Puis la semaine recommence et les mois défilent. Un jour on se réveille on se regarde dans le miroir de la salle de bain et on se rend compte qu’on est devenu un adulte. Bon peut-être que suis un peu trop pessimiste mais je suis sûre que c’est comme ça la plupart du temps. Le plus triste c’est que les gens ne se rendent pas compte à quel point leur vie est monotone.

3.

Lorsque je rentre chez moi, ma mère m’attend. Ce qui est assez bizarre depuis le divorce. Mon père était génial, je le prenais pour un super-héros. Ça peut paraître cliché mais le dimanche, il m’emmenait au zoo puis on allait manger des glaces. On pouvait passer des heures à parler de liberté. Il m’avait promis que lorsque j’aurais 18 ans, on ferait un grand voyage rien que lui et moi. Ma mère n’a jamais été très présente, elle travaillait à la Bourse. A mon avis, mon père aime aussi les clichés car y a cinq ans, il a rencontré une jeunette et comme elle est française, il est parti vivre à Paris. Typique d’un vieux beau de 40 ans. Il me file de l’argent de poche et me téléphone tous les trois mois. Il s’est marié avec la jeunette et va avoir un enfant. Tu parles de liberté !
En tout cas, ma mère a très mal vécu la séparation. Elle a aussi dû apprendre à s’occuper de moi. Je pense que, juste après la séparation, c’était la première fois qu’elle voyait une boîte de céréales depuis son enfance. Elle a carrément flippé et, je vous passe les détails sordides, a commencé à déconner. Premièrement, elle a perdu son job. Puis, notre maison. Enfin, elle a commencé à prendre des médocs. Maintenant, elle reste toute la journée dans sa chambre et ne sors plus que pour bouffer des crasses.
C’est donc très étrange qu’elle soit là, dans le salon. Elle s’est même habillée. On voit dans ses yeux qu’elle est effrayée. A un moment, j’ai même pitié d’elle mais c’est avant qu’elle commence à me parler. Apparemment, la directrice a appelé et a décidé de me renvoyer. C’est vrai que j’ai raté quelques fois l’école mais ils n’ont pas le droit de me mettre dehorspour ça. Puis, c’était toujours pour de bonnes raisons. Maintenant, ma mère veut m’envoyer à Paris, vivre avec mon père. Je vois bien qu’elle jubile, sous son air attristé. Elle a réussi à se débarrasser de moi. Mais il est hors de question que je parte vivre avec cet homme qui n’est plus mon père et cette femme qui a quasiment mon âge. Je préfère encore me casser.

4.

J’ai commencé à créer Wendy lors du départ de mon père. Je pense que ça m’a aidé de sentir que je n’étais toute seule. Même si, au fond, on est toujours tout seul. Au départ, je l’imaginais avec moi le soir, quand j’avais peur. Je l’écoutais pendant des heures parler de ses voyages extraordinaires. Elle me racontait qu’elle avait nagé avec les requins, mangé du lama au Pérou, escaladé les pyramides, fait du traineau au Groenland. J’ai toujours eu besoin de liberté et Wendy me l’apporte.
Quand j’ai grandi, j’ai décidé d’écrire un livre : « Le journal de Wendy l’aventurière ». Ca racontait tous ses voyages, toutes ses aventures. Je sais bien que tout ça est inventé mais croire en Wendy, c’est comme croire en une bonne partie de moi. La partie qui n’a pas peur, qui ne se cache pas. Un jour, j’ai rangé ce livre dans mon bureau, fermé à clé. Wendy a disparu depuis longtemps maintenant. Je ne crois plus en rien maintenant, même pas en Spiderman alors qu’il est vraiment trop cool.
Cette nuit, alors que je cherche le sommeil, Wendy est pourtant venue me rejoindre. On a parlé longuement, tout doucement, pour que personne ne puisse nous entendre. Ca a fait du bien de la revoir, elle n’a pas changé. Sa chevelure est toujours d’un roux flamboyant et ses yeux verts sont encore plus beaux que dans mon souvenir. Je n’ai pas pu m’empêcher de découvrir une ressemblance entre elle et moi.
Ca y est, j’ai compris : il faut que je parte, que je voyage. Il est temps que je réalise mes rêves par moi-même et non par procuration. Rien ne m’oblige à rester ici : je suis entourée d’hypocrites. Fébrilement, je m’empare de mon sac et me dirige vers les escaliers. Lorsque j’arrive dehors, je respire l’air frais et me sens heureuse pour la première fois depuis longtemps. Une voiture passe, je fais du stop. « Comment t’appelles-tu ? », me demande le conducteur après une demi-heure de route.
« Je m’appelle Wendy ».
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Image de Adlyne Bonhomme