Rien de nouveau sous le soleil

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On le savait bien, que les chats étaient suspects. Toujours à fixer le vide, à montrer leur derrière, dormir dans les machines à laver, bref, à

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Il est un village où vivent les histoires, où elles se racontent les unes aux autres et partent parfois en quête de nouvelles aventures....Je le cherche depuis toute petite et j'espère le trouve  [+]

Image de Hiver 2021
Si d’aventure, vous empruntez un jour la route M857, et que vous bifurquez sur la A713, vous traverserez la petite ville de Castlolrock. Ne vous arrêtez pas. Il n’y a rien à faire là-bas. Rien à voir de remarquable. Rien à en dire qui ne vaille le coup.

Lundi 22 août 1988. 15 h 33. Castlolrock. 4 impasse du Fond du Flip. Salon de Doug et Betsy Sullivan.

— Giiiiiiirls, juust wanna have fun, ohoh...

Assise dans le sofa, les pieds posés sur la table basse, Betsy Sullivan était absorbée par le vernissage de ses ongles de pieds en rouge à paillettes. Elle ne réagit pas quand la voix nasillarde de Cindy Lauper laissa place à des grésillements ininterrompus. Elle poursuivit la chanson pour elle-même, en inventant plus ou moins les paroles, et resta concentrée sur sa tâche.

Elle savourait ce répit dans sa journée de mère de deux adolescents et d’épouse d’un homme qui n’était pas loin d’en être resté un. Elle avait passé la matinée à ramasser les vêtements des uns et des autres, éparpillés dans la maison, dans des endroits parfois improbables (qu’un caleçon de son aîné ait atterri DERRIÈRE le magnétoscope était un mystère qu’elle essayerait de percer à un moment propice – la prochaine fois qu’il inviterait ses copains à la maison, par exemple). Elle avait ensuite passé un long moment à séparer le blanc des couleurs (la pile de draps de bain atteignant presque le plafond, événement assez habituel depuis que sa cadette avait décidé qu’il était hygiénique de prendre deux douches par jour, mais non-hygiénique de se sécher deux fois avec la même serviette). Enfin, elle avait fait tourner trois machines d’affilée puis s’était rompue les bras et les épaules à tout étendre dans le jardin (en maudissant son grand crétin de mari d’avoir tendu les fils à sa hauteur à LUI, sans penser à ses 1 min 55 s à ELLE). Bref, il lui restait une heure de libre avant le retour de toute la famille et elle comptait bien consacrer ce temps à elle-même.

Betsy Sullivan avait presque fini de se vernir les ongles des pieds (elle en était à passer un dernier coup de pinceau sur son avant-dernier orteil du pied gauche) quand le vaisseau spatial C7H2A8T00 apparut en vol stationnaire au-dessus de l’impasse du Fond du Flip.

Il éclipsa le soleil, recouvrant subitement d’ombre le pavillon de Betsy. Le déficit soudain de lumière lui fit tourner la tête vers l’extérieur.

— Putain de merde de fait chier de Bon Dieu ! C’est toujours quand j’étends mon linge qu’il va se mettre à pleuvoir ! Merde !

Betsy Sullivan se leva d’un bond du canapé, ouvrit brusquement la baie vitrée et se précipita pour ramasser son linge dans le jardin. Elle fulminait. D’abord, contre les cieux (sans toutefois se donner la peine de lever les yeux vers eux). Ensuite et surtout contre Doug
Sullivan, son abruti de mari, qui préférait jouer aux courses, boire et pisser le peu d’argent qu’ils pouvaient mettre de côté plutôt que d’acheter un sèche-linge ! Toutes les femmes de l’impasse avaient un sèche-linge ! Cette pétasse de Nancy Pearse avait un sèche-linge ! Cette bigote de Ruth Graham avait un sèche-linge ! Même la vieille MacGallaghy avait un sèche-linge ! Mais chez les Sullivan, ça non ! Rien ! Nada ! Tout le temps que cette bonne vieille Betsy aurait deux bras et une bouche pour prier les Dieux de la météo, elle étendrait son linge dehors ! La colère de Betsy s’intensifiait à mesure qu’elle arrachait rageusement du fil les
caleçons de son mari. Elle en était à lui promettre des années de pension complète à l’Hôtel du cul tourné, quand, un rayon du soleil vint l’éblouir. Elle s’immobilisa. La lumière de cette belle journée d’août était revenue telle qu’elle était quelques minutes auparavant. Le vaisseau spatial C7H2A8T00 avait disparu. Le soleil avait repris ses droits.

— Pfft... C’est vraiment un temps à la con. À rien y comprendre ! pesta-t-elle en replaçant sur le fil le linge qu’elle venait d’enlever.

Cependant, elle était soulagée. Le linge aurait le temps de sécher d’ici la nuit. Sa fureur envers son mari retomba comme un soufflet. Elle se dirigea vers la maison, claqua la porte de la baie vitrée et n’aperçut pas le vaisseau spatial qui passait de nouveau au-dessus de l’impasse du Fond du Flip.

Lundi 22 août 1988. 15 h 33. Castlolrock. Impasse du Fond du Flip. Tambour du sèche-linge de Nancy Pearse.

Une vibration désagréable parcourut les moustaches de Murphy, le chat des Sullivan. Il ouvrit un œil. Puis l’autre. La vibration s’intensifia. Il remua la queue, se passa la patte derrière l’oreille, puis se lécha le coussinet. Il referma les yeux et se rendormit.

Lundi 22 août 1988. 15 h 44. Castlolrock. Public School. Cours de physique de Mr Thornson.

Kevin Sullivan se sentait lourd et ballonné. Il craignait de lâcher un pet retentissant en plein milieu du cours. La purée saucisse de la cantine ne passait pas. Ce n’était pas le ton pompeux de Mr Thornson qui allait faire office de suc digestif. Assis au fond, près de la fenêtre, Kevin était plié en deux sur sa chaise, le coude posé sur le bureau, soutenant sa tête avec la main. Il essayait tant bien que mal de se concentrer sur la leçon de physique.

— Donc, si nous résumons, en quelques mots évidemment extrêmement synthétiques (il s’agit ici de vulgarisation), le chat, dans l’expérience de pensée de Schrodinger, peut-être considéré de l’extérieur, comme à la fois mort ET vivant, illustrant par la même le concept de superposition quantique, que je résumerais...

Un chat mort ET vivant ? Kevin haussa un sourcil. C’était l’état ordinaire de son chat Murphy, obèse et pathétique. Pas de quoi en faire des caisses. Il laissa tomber définitivement ses efforts pour rester attentif. Ses pensées divaguèrent du chat de Schrodinger à Murphy, puis de Murphy jusqu’à Nancy Pearse, leur voisine sexy...

Il se remémora avec délectation ce samedi matin où sa voisine avait sonné à la porte. Elle ramenait Murphy qu’elle avait trouvé endormi dans le tambour de son sèche-linge. Il était seul à la maison (ses parents étaient partis assister à un match de foot de sa sœur). Quand il avait ouvert la porte, elle était là, en peignoir, serrant le chat contre sa poitrine pulpeuse. Elle lui avait tendu Murphy, qui avait résisté, s’accrochant à son décolleté. « Tu m’étonnes, vieux ! », avait pensé Kevin. Le sein gauche de Nancy Pearse avait été en partie découvert. Kevin en avait entrevu le téton. Murphy venait, à ses yeux, de justifier son existence sur cette planète. Nancy Pearse partie, Kevin avait fermé les rideaux, avait arraché ses vêtements au milieu du salon et s’était enfermé dans la salle de bain.

Perdu dans le souvenir de ce jour béni, Kevin griffonnait sur son cahier de physique. Il avait un bon coup de crayon. En quelques traits, il fit apparaître sur la feuille une Nancy Pearse elfique, juchée sur un dragon, tendant une arbalète, les seins comprimés dans un corset, ses cuisses musclées fermement serrées contre le ventre de son destrier. Il imaginait le dragon surgir dans la classe de Mr Thornson, exploser les vitres et tout fracasser avec sa queue pleine d’épines. La Nancy Pearse elfique tiendrait en joue Mr Thornson avec son arbalète, puis l’arracherait, lui, Kevin Sullivan, de sa chaise pour l’emmener avec elle. Elle le serrerait
contre ses seins tout comme elle avait serré son chat Murphy. Yeah. Le pied. Kevin releva la tête et jeta un œil par la fenêtre, espérant voir le dragon de Nancy Pearse transpercer les nuages pour venir jusqu’à lui. Il plissa les yeux. Puis, les écarquilla. Ce qu’il vit lui coupa le souffle. Un vaisseau spatial en suspension au-dessus du château d’eau de Castlolrock.

— Putain de merde de fait chier de Bon Dieu ! éructa-t-il.

Toutes les têtes se tournèrent vers lui. Bruits des crayons roulants sur les bureaux, froissements de papier, rires étouffés. Et les claquements des talons de Mr Thornson s’avançant vers lui. Kevin tourna la tête de la fenêtre à Mr Thornson et de Mr Thornson à la
fenêtre, et balbutia :

— Non, mais regardez, il y a...

Rien. Plus rien. Absolument rien. Ni au-dessus du château d’eau. Ni ailleurs. Rien.

— Il y a, jeune homme, que vous venez d’obtenir deux avertissements. Le premier, pour votre grossièreté. Le deuxième, pour vous rappeler que vous êtes en cours de physique, et non en étude de l’anatomie féminine. Vous viendrez me voir à la fin du
cours.

Sur ces mots, Mr Thornson tapa son index plein de craie sur les seins de la Nancy Pearse elfique. Kevin baissa la tête, honteux. L’image de sa mère se substitua cruellement à celle de sa voisine. Juchée sur un dragon, tendant une arbalète, dissimulée sous une longue cape noire, Betsy Sullivan le tenait en joue. Et tirait.

Ce soir, Kevin Sullivan pourrait être considéré de l’extérieur comme mort ET vivant à la fois.

Il déglutit, puis lâcha un pet retentissant en plein milieu du cours.

Lundi 22 août 1988. 15 h 55. Périphérie de Castlolrock. Hippodrome Frederic Brown.

Doug Sullivan fit claquer les deux billets de 50 livres sur le guichet.
— Tout sur le 7 !
Gary, le guichetier, siffla.
— Tout sur Jabberwock ? Sacrée cote. T’as un tuyau, Doug ?
— Non, juste le Dieu du turf avec moi...
Gary ricana.
— Et Betsy sait que tu lâches 100 boules, à c’t’heure ?
— Elle le saura quand je serai riche...
— Ouais. À voir. Si le Dieu du turf t’abandonne, une chose est sûre, c’est qu’avec Betsy, c’est le Diable que t’auras aux trousses.

Doug haussa les épaules, ramassa son récépissé, et quitta le hall des paris pour rejoindre la tribune. Certes, il avait caché à Betsy qu’il avait reçu une prime exceptionnelle de 100 livres le mois dernier, pour ses bons et loyaux services en tant que coordinateur logistique au centre de tri postal de Castlolrock. Il avait également omis de lui dire qu’il avait posé son après-midi de boulot. Par la force des choses, il lui avait dissimulé qu’il irait jouer aux courses la prime qu’il n’avait pas officiellement reçue lors de cet après-midi qu’il n’avait pas officiellement posé. Doug Sullivan n’avait aucun regret. La surprise n’en serait que plus belle quand il agiterait sous le nez de Betsy une belle petite liasse de fraîche. Largement de quoi investir dans ce foutu sèche-linge avec lequel elle lui bassinait les oreilles ! Il pourrait offrir à Kevin les cours de dessin dont il rêvait. À Maggie, cette paire de crampons nouvelle génération dont le prospectus avait atterri par « le plus grand des hasards » sous son mug, le matin même. Pour lui-même ? L’humble satisfaction d’être un pater familias généreux, intègre et soucieux des siens. Peut-être aussi cette bouteille de single malt hors de prix qu’il avait vu dans la devanture du caviste de Castlolrock.

Doug piaffait d’impatience. Il prit une grande inspiration. Il porta son regard sur les trois collines de Castlorock qui bordaient l’hippodrome. Elles dissimulaient derrière elles les carrières d’ardoise, fermées maintenant depuis deux décennies. C’était là qu’avaient bossé son père et, avant lui, son grand-père.
Tous deux lui avaient instillé dans les veines sa passion du turf. Il leur dédia sa victoire prochaine.

— Hé, Doug, par ici !
Clash le hélait, agitant sa casquette, depuis la mezzanine suspendue au-dessus des tribunes.
Doug prit l’escalier, traversa les groupes de parieurs disséminés ici et là, et rejoignit son ami.
— Attention, mon gars, tu vas attirer l’attention ! T’as un bon gros symbole dollar à la place des pupilles !
Doug répondit à Clash par une pichenette sur l’épaule et un sourire entendu. Il ne l’avait évidemment pas dit à Gary, mais il avait bel et bien un tuyau, et ceci grâce à ce bon vieux Clash. Jabberwock était un bon canasson, mais pas de quoi faire briller les yeux d’un turfiste ou faire de l’ombre au favori, Cheshire. Le tuyau portait sur le jockey, un certain Luke Devereaux, inconnu au bataillon jusqu’ici. Sauf de Clash. Ce dernier avait su, par une source sûre qu’il voulait garder secrète (à savoir l’amant de la femme d’un bookmaker qui elle-même l’avait su par la femme de l’écuyer du propriétaire de Cheshire), que Desvereaux était le rejeton d’un riche industriel du comté voisin. Fiston se lançait dans la course hippique. Papounet soutenait Fiston. Papounet avait graissé la patte des autres concurrents pour que Fiston cavale en tête et soulève sa première coupe. Fin de l’histoire. Jackpot pour les deux compères.

Une sirène retentit. Les commissaires de course appelèrent les 9 concurrents au départ. Les chevaux et leurs jockeys s’avancèrent dans l’ordre vers les stalles, tandis que le speaker rappelait la lice des participants, propriétaires, numéro et casaques. Doug porta machinalement un coup d’œil à sa montre. Il s’aperçut que l’aiguille des minutes et celles des heures poursuivaient la trotteuse dans une course folle. Surprenant. « Elle déraille à plein », pensa-t-il. Il détacha la montre de son poignet et la fourgua dans la poche arrière de son jean.
Encore un truc à rajouter à sa liste d’achat.

— Voilà notre champion qui...

Clash ne finit pas sa phrase. La voix du speaker s’était brutalement interrompue. Elle avait laissé place à un puissant larsen. Le son strident leur vrillait les tympans. Doug avait l’impression qu’on lui touillait la cervelle avec une aiguille à tricoter. Par-dessus le marché, toutes les sirènes de l’hippodrome s’étaient mises à hurler à plein régime.

— Putain de merde de fait chier de Bon Dieu ! C’est quoi ce bordel ! jura Doug, les mains sur les oreilles.

Sur la piste, c’était le chaos. Les chevaux se dispersaient dans tous les sens. Le n°8 était parti au galop et traînait dans la poussière son pauvre cavalier, le pied empêtré dans l’étrier. Le n°4 ruait comme un furieux dans sa stalle. Il envoya valdinguer son jockey contre le jockey de la stalle d’à côté, qui lui-même ricocha contre le jockey suivant. Le cheval n°5 fit voler en éclat les barrières de sécurité et s’apprêtait désormais à monter dans les gradins. Le n°2 était cabré au milieu de la piste, hennissant comme un perdu, comme s’il faisait un numéro de cirque démoniaque. Seuls, Cheshire et Jabberwock, tous les deux partis au triple galop, suivaient résolument la piste de course. Jabberwock passa la ligne de départ en premier (sans avoir besoin de graisser le sabot de Cheshire).

Dépités, Clash et Doug firent 1 h 30 de queue pour récupérer leur mise.
— J’pensais pas qu’un putain de larsen pouvait rendre des chevaux aussi dingos, souffla Doug.
— Moi, non plus. Quel merdier ! Tu sais, Doug, maintenant que j’y pense, si tu veux capitaliser sur ta prime de 100 livres, j’ai un cousin qu’est dans le business des lavomatiques... Il cherche des associés pour investir dans des sèche-linges...
— Ta gueule, Clash.

Aucun des participants, ce jour-là, ne se douta qu’un vaisseau spatial avait atterri quelques instants à l’emplacement des anciennes carrières d’ardoise. À part les chevaux, cela va sans dire.

Lundi 22 août 1988. 16 h 10. Castlolrock. Stade Keith Winton.

Ça avait été un jeu d’enfant d’échapper du cours d’anglais de Mr Pence. Faire quelques grimaces douloureuses, avancer vers le bureau une main sur le ventre, se baisser vers lui d’un air contrit. Puis, chuchoter à l’oreille du jeune professeur, encore acnéique, le mot terrible de « Règles » et, coup de grâce, prendre le plaisir de le dédoubler du mot « Menstruation » en le susurrant sensuellement. Mr Pence avait considéré Maggie Sullivan comme une sangsue gorgée de sang prête à lui exploser au visage et l’avait expressément autorisée à quitter le cours.

15 minutes plus tard, à l’arrêt « Stade Keith Winton », Maggie descendait du bus, un ballon de football sous le bras.
Le premier championnat national des minimes féminines de football allait débuter ce samedi, à Castlolrock. Ceci grâce à Maggie. Enfin surtout, grâce à sa mère, Betsy. Dès que cette
dernière avait remarqué l’appétence de sa fille pour le ballon rond, elle avait tenté de l’inscrire dans le club local, alors exclusivement masculin. Elle avait essuyé un refus catégorique de la part de l’entraîneur. Qu’à cela ne tienne, Betsy Sullivan était parti en campagne. Elle avait réuni une trentaine de mères de famille autour du slogan : « Pas besoin de boules pour tâter la balle ! ». Elle avait recruté une vingtaine de gamines plus ou moins athlétiques, en jouant aussi bien sur la persuasion que sur la terreur naturelle qu’elle inspirait à tous. Elle avait trouvé un sponsor auprès d’une usine de fabrication de sèche-linge, suffisamment généreuse pour financer le matériel et les maillots de l’équipe. Elle avait tanné le conseil municipal pour recevoir une subvention et avait obtenu, tout récemment, que la pelouse du stade soit changée (ce à quoi l’entraineur masculin échouait depuis des années).
Betsy Sullivan avait créé de toutes pièces le Castlolrock Female Football Club, pour sa fille, Maggie. Cette dernière se disait qu’on pouvait penser ce qu’on voulait de sa mère. Elle était autoritaire, lunatique, colérique. Elle menait sa famille d’une main de fer sans se soucier d’enfiler un gant de velours. Elle était comme ça avec tout le monde. Mais, elle avait été capable de déplacer des montagnes pour que sa fille ne soit pas réduite à faire des shoots contre les murs du pavillon familial. Maggie, la renarde des surfaces de l’équipe, comptait bien lui montrer toute sa gratitude, en torpillant leurs adversaires au match de samedi.

Maggie avait commencé l’entraînement par un rapide échauffement. Elle avait fait quelques tours de stade, à petites foulées, en fractionné, puis en sprint. Elle avait poursuivi par des
traversées de terrain, dribblant avec succès 10 joueuses imaginaires, toutes plus retorses les unes que les autres, pour finir par fusiller la gardienne invisible. Elle concluait désormais par une série de tirs cadrés, alternant entre des boulets de canon à faire pleurer les filets et de vicieuses panenkas tout en délicatesse.

Maggie fit une grimace. Loupé. Le ballon avait tapé la barre transversale et s’était envolé.

C’est en suivant du regard sa trajectoire qu’elle s’étonna de la disparition du ciel au-dessus sa tête. Une masse sombre et brillante avait remplacé la voûte céleste. Elle cligna des yeux. Le bleu du ciel réapparut. La fatigue lui jouait des tours.
— Ouais, il est peut-être temps de m’arrêter là, marmonna-t-elle pour elle-même, en se dirigeant vers le ballon.
Elle se baissa pour le ramasser. Un voile noir vint soudain recouvrir la pelouse. La jeune fille, accroupie, se figea. Puis, tout doucement, releva le visage. La masse sombre et brillante était là. Elle semblait s’être rapprochée. L’image en était plus précise. Maggie perçut comme des espèces de filaments, des éclats métalliques et un... nuage ? Un nuage. La masse sombre et brillante s’était volatilisée. Plus rien. Seulement le ciel et ses bons vieux cumulus bedonnant, avec leur barbe blanche. Maggie se redressa, son ballon sous le bras. Les yeux rivés au ciel, elle fronçait les sourcils. Elle attendit. Pas longtemps. Ça se matérialisa au-dessus d’elle. Ça se rapprocha encore un peu plus. Ça, c’était un putain de vaisseau spatial ! Qui semblait vouloir atterrir en plein milieu du stade !

— Putain de merde de fait chier de Bon Dieu ! Cassez-vous bande de connards de l’espace ! Rentrez dans le trou du cul de votre mère ou de n’importe où d’où vous venez ! Si vous croyez pouvoir bousiller la pelouse toute neuve, vous savez pas à qui vous avez à faire ! MARTIENS, GO HOME ! hurla-t-elle, rouge de fureur.

Sur ce, Maggie shoota rageusement dans le ballon qui fusa comme un missile vers le vaisseau spatial. Mais, le ballon ne rencontra pas de cible, car il n’y avait déjà plus de traces de quoique ce soit dans les airs. Maggie bouillonnait, la mâchoire contractée, les poings serrés, prête au combat.
Une mouette traversa le ciel.
Ce fut tout.
Le vaisseau ne réapparut plus cette fois-ci. Coup de sifflet final. Fin du match. Foule en liesse.

— Plus ça va, plus je ressemble à Maman, soupira Maggie. Allez, à la douche !

Elle ramassa le ballon, son sac à dos, et rejoignit l’arrêt de bus en chantonnant :
— Giiiiiiirls, juust wanna have fun, ohoh...

7e cycle ¼ de l’anneau felinerien. 16e bâillement avant l’extension de la patte. Vaisseau spatial C7H2A8T00.

Une vibration désagréable parcourut les moustaches du commandant Marphy. Il ouvrit un œil. Puis l’autre. La vibration s’intensifia. Le colonel cherchait à entrer en communication avec lui. Il remua la queue, se passa la patte derrière l’oreille pour diriger le signal, puis se lécha le coussinet. La communication était établie.
Ceci est une retranscription fidèle de leur conversation en langage verbal humain :
— Commandant Marphy, vaisseau spatial C7H2A8T00, mes salutations, colonel Morphy !
— Salutation, commandant Marphy. Comment se déroule la mission ?
— Plutôt bien. J’ai effectué plusieurs tentatives de matérialisation selon la masse, l’énergie et le champ gravitationnel du sujet T.E.R.R.E, et certaines ont abouti. Le projet avance bien.
— Je suis heureux de l’entendre. Des perturbations sur le sujet ?
— Quelques perturbations du champ magnétique. Et puis... J’ai ressenti des ondes extrêmement négatives après une triple tentative de matérialisation. Ça m’a vraiment hérissé le poil. J’ai préféré renoncer.
— Vous avez bien fait, commandant, mieux vaut rester prudent, à ce stade. Des nouvelles des agents colonisateurs en faction ?
— Oui, j’ai pu rentrer en communication avec un certain agent Murphy. R.A.S. de leur côté. Leur couverture fonctionne bien. Les autres ne se doutent de rien.
— Parfait. Avez-vous repéré un quelconque potentiel dans la région cible de la mission ?
— Très franchement, colonel, pas de quoi fouetter un chat. Il n’y a rien à y faire. Rien à voir de remarquable. Rien à en dire qui vaille le coup.
— Dommage...
— Cependant, si je puis me permettre, je sais que vous avez étudié le sujet T.E.R.R.E pendant plusieurs cycles. Pourriez-vous m’expliquer cette histoire du chat mort et vivant à la fois ?
— Ah, oui ! Le machin de Schrodingtruc ? Non, laissez tomber Marphy, c’est des conneries, il n’y a rien à comprendre, ils sont totalement à la ramasse sur ce coup-là. Rien d’autre ?
— Non, colonel Morphy. Rien de nouveau sous le soleil !
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Arsene Eloga · il y a
Bravo
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Æthel Alouette · il y a
J ai adorée cette nouvelle distrayante et très agréable à lire..... Encore, encore....
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Viviane Fournier · il y a
je découvre et c'est avec plaisir que je vous ai suivie, avec bonheur même .. un super récit un voyage une belle écriture .. j'ai aimé vraiment ! Bravo à vous et bonne chance !
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Flavie Pain · il y a
Merci !
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Eva Dayer · il y a
Mes voix .
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Flavie Pain · il y a
Merci Eva !
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Georges Saquet · il y a
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Flavie Pain · il y a
Merci !
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loup blanc · il y a
Cette soucoupe volante fait penser aux chars lunaires nindiens ou russes ou américains qui sont sur la planète Mars ,ces jours i en 2021!! Trés bon sujet !! et puis aussi le fait que cette soucoupe trés équipée en armement destructeurs survole un petit village d ela Grande Bretagne , çà doit faire plaisir à beaucoup d'habitants du contnent !!;C'est les Anglais qui trinquent ! fini le foot , les courses à Epson et le linge dans les petits jardins " so british " !!
vive les visiteurs d'une autre planète !! qu'ils n'oublient pas détruire Londres ,Cardiff et l'Ulster
juste un " stop" sauver l'Ecosse pour le whisky que l'on dire et les tranches de harengs fumés à Nel

merci à aux et à votre récit ,court mais costaud !! merci ;je vous donne des votes favorables !! it's Clear !! of course !!

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Marie MOS · il y a
Bonne chance pour la suite!
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Flavie Pain · il y a
De l'inspiration surtout ! Merci Marie
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Patrick Peronne · il y a
Une place en finale méritée. Tout mon soutien. Bonne chance !
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Flavie Pain · il y a
Merci Patrick !
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Marieve Carlota · il y a
Comme un scénario de film où l'on voit en simultané les scènes de différents acteurs . Bonne idée. Merci à vous
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Flavie Pain · il y a
Avec plaisir ! Merci

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