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Révélations explosives

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Diwiha

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Lucie : -«Puis-je vous demander votre attention, s’il vous plait ?

Je vais vous raconter une histoire personnelle, véridique qui est en relation directe avec le sujet qui nous réunit ce jour. »

Tous sont interloqués, perplexes.

Comment se fait-il qu’une personne de cet acabit, en vienne si facilement et si aisément, à vouloir parler si directement de ses souvenirs, qui en toute logique ne les regardent pas ?

Sa fonction directrice d’école et le lieu en théorie ne se prêtent pas à de telles confidences.

Même Sin n’en croit pas ses oreilles.
Certes, les histoires d’adultes ne le concernent pas.
Mais son intuition toute féminine l’avertie intérieurement que l’entretien à venir va être extrêmement capital pour lui, plus tard.

Madame Couchot : -« Mme la directrice.

Avec tout le respect que je vous dois, ne pensez-vous pas que votre intervention soit inappropriée ?
Si ma vie privée m’appartient, il en est de même pour vous, ne croyez-vous pas ?
Qu’est ce qu’il, pourrait avoir un lien avec nous et l’affaire qui nous concerne dans votre passé ?

Je me le demande. »

Lucie : -« Tu me crois ou pas, je te le répète haut et fort : je suis la clé de ton mal-être ! »

Madame Couchot rouge de colère : -«Madame !
Je ne vous permets pas !
Vous outrepassez vos droits !
Pas plus tard que demain, j’en réfèrerais à notre hiérarchie.»

De mieux en mieux, voilà que maintenant, la directrice la tutoyait.
Contradictoire aussi : elle leurs demande à tous d’avoir de la retenue, de tenir leur rang, et voilà que dans la même minute c’est elle qui pète un câble.

Mais que lui arrive-t-il ?

Les parents de leur côté se regardèrent, éberlués, ne sachant que penser.

Mais que se passait-il dans la tête de la directrice ?

C’était comme si elle avait changé de rôle.
Sa voix était moins posée tout en restant très claire.
D’un coup elle paraissait plus humaine, plus accessible, même plus vulnérable.

Pour Sin, les évènements prenaient une tournure qui m’a foi, ne le laissait pas indifférent et qui au fond commençaient à l’intéresser, à lui plaire et l’amuser.

Madame Couchot écarlate : -« Mme je... »

Lucie autoritaire : -« Chut !
Ecoute-moi.
Après tu auras tout le temps de parole que tu voudras. »

Désarçonnée, qu’elle était Mme Couchot.
Heureusement qu’elle était assise.

De plus en plus dans le vague étaient les parents.

Il n’y avait que Sin qui se distrayait de voir l’embarras non caché des adultes devant des circonstances qui semblaient échapper à leur contrôle.
Et le plus étonnant pour lui, c’est que c’était la directrice elle-même qui jetait le trouble dans le petit groupe.

Incroyable mais vrai !


Lucie : -« Sin, mon garçon : quand j’avais ton âge, j’ai côtoyé dans ma classe, un lady-boy comme toi.
Nous sommes devenus les meilleurs amis du monde.
J’étais le seul à lui parler.
Tous les autres de la classe, notre maitre et ses parents, le rejetait.
A l’époque un enfant comme cela était considéré comme le porteur d’une maladie contagieuse et pire, d’innombrables enfants se retrouvaient internés à l’asile, puisque certains prenaient ces penchants comme pervers relevant de la psychiatrie.
Il ne fallait surtout pas en parler, à quiconque, et surtout pas en famille.
Si cela ce savait, cette dernière était considéré comme moins que rien, comme pestiféré.
Ces gens là se retrouvaient mis au banc de la société.
Tout leur entourage leur tournait le dos.
Et c’est pour ça que le sujet était tabou. »

Madame Couchot : -«Madame je ne vois pas où vous voulez en venir. »

Lucie : -« Patience.

Peux-tu me laisser, s’il te plait, le temps de développer mon argument très précisément, pour une meilleure compréhension de tous ?

Merci. »

Mais qui était-elle pour se permettre de lui parler sur ce ton ?

Mme Couchot sentait la moutarde de lui monter au nez.
Elle était outrée.
De toute sa carrière, une directrice ne lui avait jamais fait un tel affront devant des parents d’élèves, et leur enfant.
Soit elle admettait d’avoir commis une erreur.
C’était exceptionnel, mais jamais convocation ne s’était déroulé de la sorte.

Qu’elle mouche avait piqué la directrice ?
Mais où voulait-elle en venir ?

Quand aux parents, ils étaient bouche-bée, mais ravis d’entendre un tel discours.
Eux aussi avaient un peu de mal à comprendre pourquoi cette directrice prenait si à cœur la défense de leur fils, tout en s’impliquant aussi personnellement.
Son discours semblait sincère et honnête.
Le son de sa voix trahissait une forte charge émotionnelle s’amplifiant au fur et à mesure du déroulement extrêmement poignant de sa narration.

Lucie : -«Mon jeune ami, après réflexion, par respect pour ses parents, pour qu’ils ne soient pas ennuyés, a décidé de refouler pour eux ses tendances féminines, et d’être à la hauteur de leur espérance.
Il a passé haut la main tous ces examens universitaires.
Il a rencontré à l’université de lettres de Paris, l’Amour de sa vie et s’est marié avec elle.
Quand ses parents sont décédés tragiquement dans un accident, il s’est senti libéré de sa décision prise au cours de sa jeunesse et à rendu enfin sa liberté à la femme qui était en lui.
Il a, sans rien lui cacher, avoué toute la Vérité à sa jeune femme.
Il lui dit qu’il divorcerait à ses torts, lui laissant tout.
Ce qu’il fit.
Avant de se quitter, par pudeur, elle lui fit promettre que s’ils se retrouvaient de ne jamais l’appeler devant les étrangers par son vrai prénom.
Tout ce que je sais c’est qu’il a tenu sa promesse.
Très récemment ils se sont revus à l’occasion de leurs travails respectifs.
Ils n’étaient pas seuls et il a tenu parole.»

Phil : -« Madame.
Dans votre récit que vous nous avez exposé, vous soulevez un point très important, celui du poids de la société dans laquelle vous viviez avec votre ami et la difficulté du choix qu’il a du ressentir au moment de prendre sa décision, pour éviter la pire des humiliations à ses parents.
Puis plus tard, le déchirement intérieur qu’il a du éprouver vis-à-vis de sa femme.
Pour Sin, il se pourrait bien que ce soit le poids de notre culture et nos traditions, de nos us et coutumes, dans sa petite enfance, qui l’a quelque peu influencé.
Nous venons d’une région où règne la loi matriarcale.
Où les petits garçons sont vêtus de longues robes, vous savez comme le peuple Mongols et beaucoup d’autres ethnies asiatiques, encore isolées de l’emprise dévastatrice de la modernité.
Chez nous la femme est considérée comme la détentrice du patrimoine.
Il y a peu de divorce, mais quand il y en a un, l’homme perd tout sauf son nom de famille qu’il reprend.
Elle tient une place prédominante dans notre société, que ce soit dans la vie sociale, ou dans la vie privée.
Tout passe par elle.»

Madame Wong : -« Madame la directrice.
Au nom de ma famille, je vous remercie car je reconnais que c’est une belle leçon de vie que nous avons entendu.
J’en ai été bouleversée.
Votre Ami a été sage dans ses choix.
Mais quelque chose m’interpelle.
Quel choc terrible, l’ex femme de votre ami à du avoir pendant que son mari lui avouait, très sincèrement, son lourd secret.
La pauvre, apprendre que l’homme qui a partagé sa vie, la laisse pour se réaliser en tant que femme.
C’était de l’incompréhensible et de l’inimaginable.

Comment selon vous a-t-elle pu gérer cette trahison au plus profond de son être ?

Je pense que vous avez du longuement parler tous deux du tragique de la situation qu’elle subissait, bien malgré elle.
Elle a du le haïr de toute son âme. »

Lucie : -« J’y arrive.
Tellement heureux d’être libre, sans aucunes entraves, et de pouvoir enfin vivre son rêve, sur le coup il n’a pas réalisé qu’il brisait non seulement une vie, et par effet de boule de neige qu’il pouvait en anéantir une multitude.
C’est quand dernièrement il a revu son ex femme, qu’il l’a observée à son insu, qu’il a ouvert les yeux, sur son erreur, monumentale.
Non pas d’avoir changé de sexe, mais de s’y être pris comme le dernier des ânes bâtés.
Etre bardé de diplômes, ne lui avait pas évité de se conduire en mufle ignoble.
Il n’avait pas pris toutes les précautions nécessaires pour protéger l’unique Amour de sa vie.
Il s’était conduit comme un enfant tout accaparé, hypnotisé, par le cadeau tant désiré que le Père Noël lui a offert après tant et tant de Noëls à attendre son présent.
Il réalisait que le projet de toute une vie lui était enfin possible, à porté de main.
Et que son avenir allait être divin.
Son égoïsme surdimensionné fut la perte de sa femme. »

Plongeant son regard franc dans les yeux de Mme Couchot, s’adressant directement à elle, elle lui dit :

Lucie : -« Pas vrai, Swani ? Plus précisément : Mme Swani-Lee Couchot »

Madame Wong, soudain d’une pâleur extrême : -« Swani -Lee !?»

Phil en écho : -« Swani ?! Lee !?  »

Une tête nucléaire explosant dans le bureau ou l’entrée surprise d’E.T., aurait eu le même effet invraisemblable, sur les convoqués.
Mme Couchot sur le point de défaillir cherche désespérément à se raccrocher à quelque chose de tangible, car depuis un petit moment elle sent que la terre se dérobe inexorablement sous elle, bien qu’elle soit assise bien calé dans son siège.

Lee dans un souffle presque inaudible : « Luc ?
C’est toi ?
C’est bien toi ? »

Lucie souriante et libérée : -« Présent..........te !

Et dans le regard de Lucie, elle reconnait la même petite étincelle d’Amour, qui jadis lui avait fait chavirer son âme.
Ce fut pour Swani-Lee un électrochoc.
Puis se ressaisissant :

Lee : -« Tu m’avais promis ! »

Lucie : -« Il fallait bien que je te donne une preuve irréfutable de ma bonne foi.
Un signe infaillible pour que tu me reconnaisses, sans l’ombre d’un doute.
La meilleure solution que j’ai trouvée, pour la bonne cause et pour l’avancée la conjoncture présente, a été, de rompre ma promesse.»

Un cri strident les arrête court dans leur tête à tête.

Sin : -« Maman ! »

Dans les bras de Phil, Mme Wong git évanouie.
Sin est blotti sur sa maman, et pleure à chaudes larmes.
Phil tapote la joue de son ex-¬épouse pour qu’elle revienne à elle.

Phil : -«Swani, Lee Sin Swani, réveilles toi !!! »

Plus rapidement, qu’il ne me le faut pour l’écrire, Lucie pris dans son bureau des lingettes rafraichissantes et les tendit à Phil pour qu’ils les passent sur le visage de Mme Wong.,

Lucie : -« Tenez, Monsieur.

Dites, ai-je bien entendu ?
Vous l’avez bien appelé, Lee Sin Swani ? »

Phil : -« Bien sur puisque c’est son vrai prénom dans notre ethnie.
Quoique Elodie aussi.
Mais pour vivre ici en France, elle a choisi son prénom
Européen pour mieux s’intégrer et être mieux acceptée.»

Entre temps, Elodie reprit qui tout doucement des couleurs et émergea de son évanouissement.
Elle prit tendrement son fils dans ses bras et le cajola.

Swani : - « Ne t’inquiète pas mon Cœur, ce n’est qu’un petit malaise passager qui n’aura aucunes conséquences graves.
Un trop plein d’émotion, de très belles émotions. »

Il m’est impossible de vous expliquer, avec mes mots, tout se qui se passa dans le cerveau de Lee dans ces instants très riches émotionnellement.
Tout ce que je sais, c’est que dans un éclair, une fraction de seconde, le voile se déchira et qu’elle s’effondra en sanglotant.
Elle resta recroquevillée sur elle-même, comme prostrée dans la position du fœtus.
Pendant les quelques minutes qui suivirent et qui parurent une éternité aux autres interlocuteurs, elle se retrouva projetée bien des années auparavant et toute sa vie se déroula devant ses yeux.
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