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Rendez-vous avec la folie !

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Kephala

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La vie nous réserve parfois de drôles de surprises. Il est des jours, où il vaudrait mieux ne pas se lever, afin d’éviter des catastrophes inéluctables et se retrouver embarqué aux confins de la folie.
Jamais je n’y avais pensé jusqu’à aujourd’hui, mais il est vrai qu’il y a six mois de cela, j’avais autre chose en tête. J’étais une personne très frivole, gâtée pourrie par mon époux millionnaire, agent immobilier très réputé. Je vivais dans le luxe le plus total : superbe villa, domestiques, voitures haut de gamme, vêtements griffés des plus grands couturiers... Je partageais mes journées entre mes amies richissimes, les salons de beauté, de coiffure et les boutiques. Une vie parfaite à mes yeux.

Et puis, un beau jour lors d’une virée shopping entre filles, j’entrai par curiosité dans l’échoppe d’une voyante qui se trouvait là pour la première fois. C’était une sorte de tente assez grande pour accueillir les clients. Une vieille femme, basanée, toute ridée était assise devant une petite table, dans une ambiance tamisée, propice aux révélations. Elle me fit asseoir, mélangea son jeu de tarots, et tout en me fixant dans les yeux, me présenta les cartes, me priant d’en choisir cinq et de les lui donner. Au fur et à mesure que le tirage se dévoilait à ses yeux, elle parut de plus en plus mal à l’aise, et fixait les cartes en silence.
— Pourquoi ne dites-vous rien ? lui dis-je. Allez-y, je n’ai pas peur de l’avenir.
— Mon enfant, me dit-elle alors, la mort rode, elle est sur vos pas, elle va venir vous chercher !
Je me mis à rigoler, pensant en moi-même : « Qu’est-ce qu’elles ne vont pas inventer pour se faire de l’argent ces vieilles radoteuses ! »
— Méfiez-vous, me dit-elle, d’un homme grand, aux longs cheveux noirs et aux yeux bleus, il veut votre perte.
Je me levai et sortis toute retournée, pour plusieurs raisons. La première, parce que je ne m’attendais pas à une mauvaise prédiction, mais plutôt à des banalités sur l’argent, l’amour... La seconde, car mon époux est un bel hidalgo aux cheveux noirs et aux yeux bleus. J’abandonnai mes amies, prétextant une migraine, pour rentrer réfléchir au calme à la villa, seule, car Juan Carlo était encore au bureau.
Je passai plus d’une heure à songer aux terribles paroles de la voyante ; c’est ainsi que je n’entendis pas mon époux rentrer du travail. Il me surprit, comme à son habitude, en me prenant par la taille et en me faisant virevolter dans ses bras. Généralement, j’adorais ses retours surprenants qui se terminaient souvent par de joyeuses galipettes dans notre chambre. Mais là, le cœur n’y était pas ; je me raidis, car se pourrait-il que cet homme qui me serre dans ses bras, en ce moment même veuille ma mort. Je prétextai un mal de dos pour le rassurer et ne pas lui mettre la puce à l’oreille.
— Oh, mon amour, me dit-il, repose-toi. Je t’aime, tu es le soleil de mes jours, la lune de mes nuits, je ne veux que ton bien.
Ses paroles me rassurèrent et je me dis que cette vieille folle m’avait raconté n’importe quoi, que mon mari m’aimait, qu’il n’y avait aucune raison qu’il veuille ma mort. Je décidai de ne plus penser à toute cette histoire.
Une semaine plus tard, un terrible événement modifia complètement ma façon de penser. Environ 30 minutes après mon déjeuner, je fis un malaise. Par bonheur, la bonne, Conchita, qui pour une fois, n’était pas en congé ce jour-là, appela les secours et me sauva la vie.
Je me réveillai à l’hôpital où l’on m’expliqua que j’avais eu beaucoup de chance ; en effet, j’avais malencontreusement avalé une plante toxique, le cerfeuil tubéreux qui se confondait très facilement avec son homologue le cerfeuil penché. Je l’avais sûrement ingéré avec la petite salade que j’ai l’habitude de prendre tous les jours.
— Cet incident domestique mortel arrive plus souvent qu’on ne le pense, me dit le médecin. Les gens ont tendance à confondre les deux sortes car elles se ressemblent très fort.
— Il ajouta : votre époux a téléphoné, il ne sera pas là avant demain car il n’y avait plus de vol disponible.
Mais je ne répondis pas car l’horreur de la situation m’effrayait : mon mari avait voulu me tuer ! Et comme il était à l’autre bout du pays, ça lui faisait un superbe alibi.
— Non, ce n’est pas possible, me dis-je ! Il m’aime, il n’a aucune raison de m’évincer !
Puis, je repensai à l’inquiétude et au malaise de la voyante devant m’annoncer mon destin fatal. Mon mari veut ma mort, il veut m’éliminer. Il a une autre femme. Il va fonder une nouvelle famille. Il sera veuf. Il pourra se remarier religieusement avec honneur.
— Ah, mais je ne vais pas me laisser faire ! Demain, je sors d’ici et je me mets en quête de preuves !
C’est ainsi que le lendemain, je rentrai à la maison avant mon mari. Je filai aussitôt dans le jardin, vers le potager. Et là, près des salades, il y avait, en effet, le fameux cerfeuil tubéreux !
Notre jardinier s’approcha et me demanda :
— Vous cherchez quelque chose, Madame ?
— Pablo, est-ce vous qui avez mis cette chose à côté des salades, lui répondis-je.
— Oui, madame, c’est du cerfeuil. Monsieur me l’a ramené d’un de ses voyages et il m’a dit qu’il serait bien de le planter à côté des laitues.
J’allai ensuite trouver Conchita, la bonne. Elle était en larmes. Non, elle ne savait pas. Elle pensait cueillir du cerfeuil pour aromatiser la salade de Madame. Elle ne se doutait pas que c’était une variété toxique. C’était dans le potager, donc c’était comestible ! Elle jura ses grands dieux qu’elle était désolée, que ça ne se reproduirait pas... Je la rassurai, lui disant que ce n’était pas sa faute, ni celle de personne, que Pablo allait brûler cette maudite plante de malheur immédiatement... Je l’envoyai préparer mes valises, prétextant un petit voyage de repos chez mes parents.
Je me rendis ensuite au potager où je cueilli quelques feuilles de cette plante en cachette. J’appelai, ensuite, mon jardinier afin qu’il brûle aussitôt cette horreur. Je rentrai rapidement dans la cuisine et je mélangeai ma cueillette à la laitue du réfrigérateur. Puis je pris le téléphone et de ma plus douce et amoureuse voix, j’appelai mon époux pour lui expliquer que j’allais me reposer quelques jours dans ma famille, que j’en avais grandement besoin après ce je venais de subir. Nous nous reverrions à mon retour et nous fêterions cela par un splendide dîner aux chandelles. Ensuite, je pris mes valises et je partis. Tout se déroula sans problème ; personne ne se douta de rien, on comprenait que j’avais besoin de repos après cette épreuve.
Deux jours plus tard, alors que je flemmardais au soleil, mon portable sonna. C’était la bonne, Conchita, toute catastrophée, qui m’annonçait qu’elle avait retrouvé Juan Carlo allongé sans vie dans le salon. Elle avait aussitôt appelé les secours, mais ils n’avaient rien pu faire, c’était trop tard. Mon époux avait fait un malaise cardiaque que l’on attribua à une vie fort trépidante. On ne pensa pas au Cerfeuil Tubéreux, qui, de toute façon, avait été brûlé.
J’étais sauvée, j’avais gagné la partie. Je jouai mon rôle de veuve éplorée à merveille. Tout le monde était au petit soin avec moi. Je pouvais enfin respirer.
Et le temps s’écoula tranquillement, sans aucune suspicion. Et puis, environ six mois plus tard, sur l’insistance de mes amies à me remonter le moral, je me décidai enfin à sortir faire une virée shopping. Nous nous retrouvâmes à notre endroit préféré, celui-là même où cette voyante m’avait sauvé la vie.
Arrivée la première, je m’attablai à ma taverne habituelle où je commandai un Cappuccino. Tout à coup, j’entendis une voix, venant de la table voisine, qui ne m’était pas inconnue. Je me retournai et vis ma sauveuse attablée avec quelques amies. J’aurais aimé la remercier, mais elle était en pleine conversation et je n’osai pas l’interrompre. Sans le vouloir, j’entendis l’histoire qu’elle racontait à ses amies sur une blonde chic et prétentieuse qu’elle avait roulée et sûrement bien perturbée.
— Vous ne devinerez jamais ce que je lui ai fait croire à cette précieuse idiote en Gucci et Gabbana... Je lui ai baratiné que la mort était sur ses pas, qu’un homme aux longs cheveux noirs et aux yeux bleus lui voulait du mal... En fait, je savais pertinemment qu’elle était l’épouse d’un bellâtre hidalgo ; ils s’étaient bien moqués de moi lorsque j’étais venue quémander quelque argent, plusieurs mois auparavant, allant jusqu’à me traiter de sale pauvresse...
Ha, mais je l’ai bien eue cette idiote et son bouffon de mari ; elle va passer le restant de ses jours à se méfier !
— Elle ne se doutait pas qu’en venant me voir pour une prédiction, elle prenait rendez-vous avec la folie !

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