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Rencontre culinaire

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Y.PC

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Rencontre culinaire, ou la passion des goûts portée à son paroxysme
A Madame la Bergère


Mardi midi. Qu’y a-t-il d’habitude un mardi midi ? Absolument...rien. Sérieusement, on s’embête de manière sérieuse, on attend au CDI parce que ce sont les Hunger Games à la cantine (et je ne suis pas la première à le dire. Sans blague, mais qu’est-ce que vous faites à l’éducation nationale ? Il est démontré scientifiquement et de notoriété publique, qu’un esprit bien nourri, c’est avant tout un ventre bien rempli.). Ou alors on rend une petite visite à Fritz l’éléphant, aux jardins des Beaux-Arts. Là-bas on dérange la tranquillité et la quiétude des lieux (et les touristes, et ceux qui y pique-niquent-D’ailleurs à chaque fois on se dit qu’on devrait faire la même chose et on se le dira probablement jusqu’en Terminale...) avec nos rires trop bruyants et notre bonne humeur trop légère pour le ciel grisonnant d’octobre. Là-bas, on vole le tourniquet aux petits et ce donner nous permet de nous adonner à d’étranges mœurs, d’étranges expériences proposées par le prof de SVT (lancer des cailloux-Si, si...-Choux, bijoux, cailloux, joujoux, hiboux, genoux... À chaque fois il m’en manque un.). Là-bas (ce n’est pas parce que cet écrit n’est pas sérieux, qu’on ne peut pas retrouver une anaphore (facile, je l’admets) et un petit rythme ternaire en prime !), rien n’est neuf et rien n’est sauvage, mais bien sûr que tout est possible à nos âges, c’est d’ailleurs pour ça qu’on y va... On fait du toboggan ou bien on l’escalade aussi à l’envers, comme de grands gamins (faut pas croire qu’en un seul été et un mois de cours, on grandisse énormément...).

Bref, mardi midi. Je sors rapidement du cours de latin. J’aime le latin. Mais j’aime encore plus manger. Pour une fois, j’allume mon téléphone portable et passe un appel. D’accord... Je suis censée les rejoindre au kebab. Je les entends rigoler ; ça me met l’eau à la bouche. Car oui, ce midi nous avons véritablement prévu d’aller grailler dehors (Est-ce que graillon découle du verbe grailler ou est-ce l’inverse ? Vive les champs sémantiques ! Et aussi, pourquoi pomme de terre grenaille ? Les bizarreries de notre langue... Le français a du sens... mais il faut le chercher loin. ). Sortir du lycée, contourner cette imposante cathédrale, passer à côté du square Sicard, prendre une rue... Qui n’est pas la bonne. Et merde. J’ai réussi à confondre la rue de la Scellerie avec la rue Colbert. Je me souvenais bien que cette dernière était plutôt piétonne. Que faire, comment faire, survivrons-nous un jour à ce calvaire... Nouveau coup de fil en détresse. Je suis à moitié perdue dans ma propre ville... Ça promet pour l’avenir. Heureusement, on vient généreusement en aide à l’exploratrice-pas-très-douée et mon interlocutrice se transforme subitement en équipe de secours parmi cette jungle de restaurant. De loin, ils me font signe. Enfin, j’aperçois le groupe d’amis que j’étais censée rejoindre en moins de deux. La théorie est généralement dépassée par la pratique.

Alors si le Zozan Kebab est le carrefour culturel de l’Europe, celui-ci est son alter ego pour les lycéens. Je suis déjà submergée par la variété ; sans blague, prenons le menu à six euros cinquante (Tout mon argent de poche va finir par passer dans de la nourriture. Dans du manger !). On m’indique où commander. Je balbutie un peu ; jamais formidablement à l’aise à l’oral. On m’apportera mon plat quand celui-ci sera prêt (tautologie ?). Ils ont déjà commencé à manger. C’est l’avantage de terminer plus tôt. Je commence à filmer mentalement (l’esprit est probablement la meilleure caméra embarquée, sportive, bref du moment qu’il soit clairvoyant). J’ai promis à Emilie d’écrire (un jour) une nouvelle à propos de la rencontre (non pas amoureuse ou tragique ; faut pas déconner quand même, on n’est pas dans Phèdre. Quoique... Il serait un jour intéressant de chercher toutes les analogies entre le monde racinien et le nôtre.) entre l’agneau cuisiné et elle, ayant un nom de famille faisait largement référence à ce plat, adolescente a priori normalement constituée, assise deux chaises en face de loi sur la droite. Sans blague (ah ah ! Je perçois un tic de langage. Est-ce que cela compte pour les pensées ?). C’est son véritable nom de famille (Au collège, paraît-il, on l'avait surnommé Kebab justement... Ah pauvre Emilie et pauvre bon goût en perdition...). N'est-ce pas madame la Bergère ? Elle déteste quand je l'appelle ainsi. Par conséquent, choses promises, choses dues ! Je l'écrirai cette nouvelle sur ces plats turcs (si la prof de français de 3e voyait dans quel projet je me perds...). J'ai horriblement faim. Les minutes s'étirent telles des heures ; presque pire que pendant un cours de... (Vous pouvez placer ici le cours qui vous semble le plus ennuyant au possible. Hé hé ! Cette... chose (peut-on véridiquement parler de nouvelle ?) est donc particulièrement personnalisable).

On me dit que je peux aller me servir en boisson, comme je le souhaite. Incredible (Incredible Mary !). Je prends mon courage à demain. J'ai vaguement l'impression de passer pour une voleuse. Je pousse mon sac. La chaise racle contre le sol. Entrer à nouveau à l'intérieur du petit magasin sur place ou à emporter. Avancer d'un pas qui se veut ferme et assuré. Garder l'air comme si de rien était. Ne pas traduire son trouble intérieur. Saisir la poignée du réfrigérateur, la tirer vers soi (j'imagine ici un magnifique ralenti).Et là, être plongée en plein doute. Quelle boisson choisir ? Sprite ou coca ? Oh destin cruel ! Oh perpétuelle fatalité ! Oh terrible dilemme ! Am stram gram... Coca ! La canette entre les mains, je ressors victorieuse de ma croisade envers l'indécision. Il est excellent de boire; On ne s'en rend souvent compte que lorsque nous avons soif. Etonnante valorisation des choses les plus simples qu'effectue la nature humaine. "Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c'est qu'il cache un puits quelque part..." Quelle philosophie mordiou (Mordiou, on n'y voyait pas plus loin... que le bout de son nez !). Je commence à véritablement m'impatienter. Et pas même la verve de Cyrano ou de Christian ne pourra refreiner mes fureurs. Du calme, tu vas manger !

Enfin. Enfin on me délivre d'une horrible attente. Enfin on me délivre mon humble repas. J'observe avec la plus grande attention, certainement mêlée d'une quelconque convoitise, le plateau. Les yeux qui pétillent tel une enfant. L’avantage avec une adolescente affamée, c’est que chaque plat, même la plus banale (une assiette de pâtes mettons) sera perçu comme le plus grand des festins si elle vient de s’enfiler quatre heures de cours intenses. Des frites. Du ketchup. Une sorte de sandwich avec de la salade, des oignons, une espèce de viande grillée. Alors c'est ça le kebab. Je vais m'apprêter à avaler de l'agneau. Ces bêtes toutes mignonnes et sans défense. Monstre immorale. De l'agneau. Tant pis (la puissance de mes convictions tout de même). Ce léger remord passé, je saisis les yeux emplis de cette nouvelle avidité, l'objet de tous mes désirs, le porte à ma bouche (là, Ainsi parlait Zarathoustra est notre ami. Le pauvre, si son œuvre n'est connue que parce qu'elle sert à exprimer le bonheur d'accéder au Saint Graal, mais matérialisé par une forme moins immuable...)-Les dents jouent le jeu-Mastication-Déglutition-Verdict ? Cela n’a rien de transcendant, cependant ce n’est pas mauvais. Ça remplit l’estomac et on n’en demande certainement pas plus.

On n’est pas bien là ? On rigole, on parle un peu fort (on se fait du pied ?-Hum pour éviter toutes confusions, on se donne des coups de pied sous la table parce qu’effectivement, nous avons deux ans.). Badinage simple. Les cours, les profs, l’Allemand, les anecdotes diverses et variées, les fous rires incontrôlables, que le monde extérieur ne pourrait comprendre parce que c’est le monde extérieur. En clair, tout ce qui fait la chaleur d’un repas. Et justement sans ces moments de pause, de détente et de franche rigolade (quoique parfois un peu graveleuse, nous devons l’admettre), le lycée ne serait pas du tout pareil. Ou tellement moins drôle, beaucoup plus ennuyeux. Alors pour conclure à la Trierweiler, la larme à l’œil, merci pour ces moments !
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