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Renate

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Cassandra

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Il était une fois une vieille femme, très laide et très seule, qui n'avait jamais eu d'enfant et qui en souffrait beaucoup. Afin de combler sa solitude, elle décida de faire appel à la magie noire. Elle se procura un vieux grimoire empli de formules compliquées en langue ancienne. Elle y apprit que pour mettre au monde un enfant sans l'intervention d'un homme elle devrait manger cru le cœur d'un jeune bœuf, puis, quand le bébé naîtrait, il faudrait le nourrir avec du sang humain. Ainsi fit-elle et bientôt elle tomba enceinte, au grand étonnement de ses voisins.

Un beau jour, alors qu'elle était installée chez elle en train de tricoter de toutes petites chaussettes, quelqu'un sonna à la porte. Surprise, la vieille grommela, se souleva péniblement de son fauteuil, et alla ouvrir. Devant elle se trouvait un enfant, un charmant petit garçon, qui tenait un poney par la bride.
— Que veux-tu ? demanda la vieille.
— Bonjour, dit l'enfant poliment. Je me suis perdu. Pourriez-vous m'indiquez mon chemin ?
— Mais d'où viens-tu ?
— Du château. Je suis le fils du roi et de la reine.
La vieille réfléchit un instant, puis elle dit :
— Entre donc.
Le jeune prince entra. La vieille, qui n'avait aucun scrupules tant elle désirait son enfant, s'empara alors de lui et l'enferma dans sa cave. Elle le retint ainsi prisonnier chez elle jusqu'à l'accouchement. Quand l'heureux jour arriva, elle descendit dans la cave, coupa un doigt du prince captif et fit boire son sang au nouveau-né.
— Vous allez payer pour ça, vieille sorcière ! s'exclama le prince en pleurs.
La vieille le regarda : elle avait prévu de le tuer, mais elle tenait contre elle son bébé, si minuscule et fragile et elle ne voulut pas le lâcher. Elle ouvrit la porte et dit au prince :
— Pars, vite, et ne reviens jamais par ici.
Le prince enfourcha son poney et partit au galop en tenant sa main en sang contre lui. La vieille referma alors la porte tout doucement pour ne pas faire peur au bébé. C'était une magnifique petite fille, que la vieille décida d'appeler Renate.

Les années passèrent paisiblement, et Renate devint la plus belle jeune fille qui fut jamais sous le soleil. Malgré les circonstances inhabituelles de sa naissance, elle était d'une douceur extrême et n'éprouva plus jamais le besoin de consommer du sang humain. Au contraire, elle était joyeuse et pleine de vie, et aimait faire d'interminables promenades à dos de poney. La vieille en était folle : elle la couvrait de baisers et d'écharpe pour qu'elle n'attrape pas froid et lui remplissait les mains de cadeaux. Sa fille était son plus précieux trésor et sa raison de vivre.

Cependant, le prince n'avait pas oublié sa vengeance mais il tergiversa longtemps avant de la mettre en pratique. Devenu un jeune homme fier et orgueilleux, il frappa un jour à la porte de la vieille, accompagné de douze gardes du château. A sa grande stupéfaction, il se trouva alors face à la plus belle et la plus gracieuse créature qu'il eut jamais vu : Rénate avait la peau blanche comme de la porcelaine, des cheveux qui semblaient tissés de fils d'or et une bouche vermeille.
— Bonjour, dit-elle joyeusement. Qui êtes-vous ?
Le prince oublia instantanément ses projets de vengeance, et songea qu'il pourrait parfaitement vivre avec un doigt en moins s'il avait pareille femme à ses côtés.
— Madame, dit-il, je vous aime et je vous demande de m'épouser.
Renate ne fut pas surprise de cette proposition car elle en avait déjà reçue de semblables. Elle sourit avec gentillesse.
— Ah, c'est très gentil. Mais vous n'avez pas répondu à ma question.
— Quelle question ?
— Qui êtes-vous ?
— Je ne sais pas, répondit le prince, bouleversé. Je vous aime.
— D'accord, très bien, dit Renate poliment. Eh bien, je vais réfléchir.
Et elle referma doucement la porte, songeant que les hommes étaient bien étranges.

Le prince quant à lui ne pouvait en rester là. Il revint le lendemain renouveler sa déclaration. Il apporta avec lui toute une caravane des présents les plus somptueux. Renate était intimidée.
— C'est très gentil, dit-elle, je vais réfléchir.
Le prince revint encore, et encore, chaque jour. Renate en eut assez.
— Mère, dit-elle, je n'en peux plus de ce prince qui refuse de me laisser en paix.
— Tu n'as qu'à lui dire non tout net, dit la vieille.
— J'ai peur qu'il ne le prenne mal.
— Ma fille, on ne peut pas faire plaisir à tout le monde dans la vie. Mais pourquoi ne pas lui dire oui ? Il est riche, il est beau, c'est un prince, c'est le meilleur parti possible.
Au fond d'elle-même, la vieille voyait dans ce mariage un moyen de se racheter pour avoir coupé le doigt du prince. Mais Renate ne voulait pas se marier. Quand le prince revint et lui offrit un diamant de la taille d'une maison que cinquante hommes et cinquante cheveux peinaient à porter, elle lui dit :
— Prince ! Vous êtes une personne charmante, sans aucun doute pleine de patience et de persistance, mais malgré toute vos qualités, je ne peux vous épouser. Je vous demande de me laisser tranquille.
Le prince fut profondément offensé et profondément malheureux. Il se mit à déprimer et s'enferma dans sa chambre en refusant d'en sortir. Ses parents, le roi et la reine, en étaient désespérés – surtout son père, qui était vieux, et qui souhaitait ardemment que son fils se marie pour avoir une descendance. Il envoya donc des gardes enlever la jeune fille afin qu'elle épouse le prince. Renate se débattit, mais cela ne servit à rien, et elle fut mariée de force au prince. Le soir, dans la chambre nuptiale, celui-ci lui déclara :
— Mon amour, je suis enchanté que vous ayez finalement accepté de m'épouser.
— Mais je n'ai rien accepté de tel. Votre père a envoyé des gardes m'enlever de force, sans quoi je ne serais pas là. Vous devez me laisser partir.
— Vous laissez partir ? Mais vous êtes si belle. Je ne peux pas vivre sans vous.
— C'est embêtant, car moi je ne peux pas vivre avec vous.
— Puis-je toucher vos cheveux ? Il sont si beaux.
— Non.
— Merci beaucoup. Ils sont doux comme de la soie.
— Êtes-vous stupide ou sourd ? Pourquoi entendez-vous oui chaque fois que je dis non ?
— C'est que je suis hypnotisé par votre beauté.
— Ah bon, dit Renate. Eh bien, je crois connaître la solution à ce problème.
Et, s'empara du tisonnier dans la cheminée, elle le lui enfonça dans les yeux. Le prince hurla si fort que tout le château entendit son cri horrible. On se précipita dans la chambre des époux et on trouva le prince qui tenait à deux mains son visage ensanglanté. Renate lui avait crevé les yeux.

Renate tenta de profiter de la cohue qui s'ensuivit pour s'échapper mais elle fut rattrapée par les gardes. Son acte causa une grande terreur dans le pays, et le peuple réclama sa mort à grands cris. Le vieux roi ne savait que faire, car il ne pouvait tout de même pas faire exécuter sa bru. Finalement, il trouva la solution suivante : il fit enfermer Renate au sommet d'une haute tour qui se dressait, sans escalier ni porte, au milieu d'une forêt. Cela ne causa aucun embarras au prince : désormais aveugle, la beauté de Renate lui était de toute façon inaccessible.

Des semaines et des mois passèrent et Renate s'aperçut qu'elle était enceinte. Elle mit bientôt au monde des jumeaux, mais refusa de les élever et les remit au prince pour qu'ils grandissent au château.
— Vous pourriez au moins leur donner des noms, dit le prince aveugle.
— Ce sont les vôtres, rétorqua Renate, appelez-les comme vous voulez.
Des mois et des années passèrent encore et Renate était en apparence aussi oisive que peut l'être une princesse enfermée dans une tour : elle brodait, chantait, regardait rêveusement par la minuscule fenêtre qui était la seule ouverture de la tour, et tressait ses longs cheveux dorés. C'était une tâche fastidieuse, car ils étaient devenu extrêmement long, et cela lui prit énormément de temps. Un jour, enfin, elle prit sa coiffure dans sa main pour la ramener sur son épaule, et trancha net les nattes au ras du cuir chevelu. Elle attacha le haut de ses cheveux à un crochet de la fenêtre et les laissa se dérouler jusqu'en bas. Enfin, elle bondit par dessus la fenêtre et descendit en rappel, sans aucune crainte du vide sous ses pieds.
Elle se rendit chez sa vieille mère et frappa à la porte. La personne qui lui ouvrit était une voisine que Renate avait autrefois connue.
— Bonjour, dit Renate. Je viens voir la femme qui habite là.
— La vieille ? Elle est morte de désespoir il y a bien longtemps, quand sa fille adorée a été enlevée par le prince.
Renate fut bouleversée.
— Morte ! Mère ! C'est impossible !
— Vous êtes qui de toute façon ? demanda la femme, qui n'était pas très aimable.
Renate fut stupéfaite de n'être pas reconnue.
— Mais je suis Renate. C'est moi, sa fille.
— Ah, ça, ça m'étonnerait. Renate avait de longs cheveux blonds comme l'or et vos cheveux à vous sont ras et gris comme la pelouse d'hiver.
Et elle claqua la porte.
Renate était abasourdie. Mais elle n'eut pas le temps de se lamenter sur son sort, car un homme la vit et s'écria :
— C'est elle ! C'est la sorcière qui a crevé les yeux du prince ! J'ai entendu dire qu'elle s'était enfuie aujourd'hui !
A ces mots, des dizaines de personnes sortirent de chez eux armés de fourches. Renate prit la fuite.

Une existence misérable et pleine de détresse commença alors pour elle, car elle était poursuivie partout où elle allait et n'avait pas d'argent. Tout ce qu'elle possédait, dans un grand sac de cuir attaché à son épaule, c'était sa chevelure dorée.
— Dire que tout ce que je voulais, pensait-elle alors qu'elle cheminait, solitaire, dans la forêt, c'était vivre tranquillement dans une petite maison à la lisière de la forêt !
Comme elle se faisait ces réflexions, plongée dans la mélancolie, elle ne vit pas l'embuscade dans laquelle elle marchait. Deux bandit menaçants armés de sabres se dressaient devant elle.
— Halte, voyageur, dirent-ils. Donne-nous tout ce que tu as sur toi !
— Je n'ai rien, répondit Renate avec lassitude.
— Si tu n'obéis pas, nous te tuerons.
— Je vous dis que je n'ai rien.
— Je te reconnais, dit un des deux hommes.
C'est fini, pensa Renate, ils vont me ramener au château et je serais pendue pour sorcellerie.
— Tu es le serviteur du vieux comte, celui qui s'est enfui avec l'argenterie hier !
Renate fut très étonnée d'être prise pour un homme, mais cela lui donna une idée.
— Donne-nous cette argenterie, dit le brigand. Elle est dans ton sac.
Renate fit passer le sac remplie de ses nattes devant elle.
— Viens donc le prendre, dit-elle.
Comme l'homme s'approchait, Renate plongea vivement la main dans son sac. Une mèche dorée fouetta l'air avant de s'enrouler comme un serpent autour du cou du brigand. L'homme écarquilla les yeux, suffoqua, et périt, étranglé. Renate étrangla aussi le deuxième homme qui tentait de s'enfuir. Elle prit l'or, les bijoux et les étoffes qu'ils portaient sur eux et les mit dans son sac.
En sortant de la forêt, elle se rendit au village le plus proche en se faisant passer pour un homme. Elle ne craignait plus désormais d'être reconnue. Avec l'argent et les bijoux des deux brigands, elle acheta un cheval.
— Soyez prudent sur les routes, dit le marchand, il y a cette horrible sorcière qui étrangle les hommes avec ses cheveux. On a retrouvé deux cadavres dans la forêt.
— Je serais prudent, répondit Renate.
Et elle enfourcha son cheval et partit. Elle savait exactement où aller.
Après quelques jours de chevauchée, elle frappa à la porte du château.
— Qui êtes-vous ? lui demanda un garde.
Renate le connaissait, car c'était un de ceux qui l'avaient enlevé de force pour la marier au prince. Mais lui ne la reconnaissait pas.
— Je porte un message très important pour le prince, dit-elle. J'ai trouvé et tué la femme qu'il recherchait, la princesse Renate. Il faut que vous me laissiez le voir.
— Le prince ? Vous voulez dire le roi, car ses deux parents sont morts l'année dernière.
— Je ne savais pas. Le roi, alors.
— Je vais me renseigner.
Quelques instants plus tard, Renate fut invité à entrer dans le salon du roi. Assis dans un fauteuil, les yeux clos, il semblait vieux et fatigué.
— Bonjour, votre Majesté.
— Oui, dit le roi d'une voix mélancolique, que voulez-vous ?
— Votre Majesté, je vous amène la tête de la princesse Renate, que vous avez fait rechercher pendant de nombreuse années.
Et elle posa sur ses genoux une pierre à laquelle elle avait accroché sa longue et épaisse chevelure.
— Renate ! Elle est donc morte ?
— Elle est tout à fait morte, dit Renate.
— Ah, dit le roi après être resté un instant silencieux. Quel soulagement...
Et il replongea à nouveau dans le silence, ses mains caressant les cheveux soyeux sur ses genoux.
— Sire, reprit Renate, puis-je vous demander une récompense ?
— Bien sûr, dit le roi, que désirez-vous ?
— Je voudrais une petite maison, en lisière de la forêt, où je pourrais élever des poules et des lapins.
— Bien sûr, dit le roi, tout ce que vous voulez. Puis-je à mon tour vous demander quelque chose ?
— Sire ?
— C'est que vous habitiez ici le temps que votre maison soit construite. J'aimerais beaucoup que nous devenions amis.
Renate doutait que cela fut possible, mais elle accepta tout de même car elle n'avait nulle part où loger.

Le prince fit brûler les cheveux de Renate et proclama officiellement sa mort. Il avait l'air heureux.
— Vous savez, dit-il à Renate, j'aimais beaucoup cette femme.
— Hum, dit Renate. Vous avez des enfants je crois ?
— Oui, des jumeaux. Un garçon et une fille. Et vous ?
— Non, dit Renate, je n'ai pas d'enfants.
— J'aimerais beaucoup que vous les rencontriez.
— Sauf votre respect, votre Majesté, je ne préférerais pas. Je suis très laid et je ne voudrais pas leur faire peur.
-A quel point êtes-vous laid ?
— Je suis extrêmement laid. Je suis bossu, je louche horriblement, je n'ai pas de cheveux sur la tête. Et je suis couvert de verrues.
— Je ne m'en doutais pas ! s'exclama le prince.
— Pourtant, c'est ainsi.
— Moi, j'étais très beau, dit le roi. Maintenant, je suis aveugle, je ne sais pas à quoi je ressemble.
— Vous êtes assez beau, dit Renate, mais vos cheveux sont blancs et vous avez des rides autour de la bouche.
— Merci de me le dire, dit le roi un peu sèchement.
— Je vous ai vexé.
— Pas du tout.
Renate se mit à rire.
— Qu'y a-t-il de drôle ?
— Rien, dit Renate. Toutes mes condoléances pour la mort de votre femme.

Pendant que sa maison était construite, Renate vécut en assez bonne entente avec le roi. Lui éprouvait une grande amitié pour l'homme qui avait tué sa femme et il aimait discuter avec lui des affaires de son pays ou de ses enfants, qu'il aimait tendrement. Renate quant à elle l'écoutait poliment et dès qu'elle le pouvait elle se rendait sur les lieux des travaux pour assister à l'avancée de sa maison. Enfin, elle fut prête et elle quitta le château pour s'y installer.

Quelques mois passèrent et le roi s'ennuyait de son ami. Il décida de lui rendre visite, accompagné de ses enfants qui le guidaient. Il frappa à la porte.
— Ah, roi, dit Renate en le voyant. Voilà trois fois que vous frappez à ma porte, et chaque fois un grand malheur s'est abattu sur vous.
— Mais c'est la première fois que je vous rend visite, dit le roi.
— Oui, dit Renate, c'est aussi ce que vous avez cru la seconde fois que vous m'avez vu.
— Je ne comprend pas.
— Peu importe, entrez.
Les deux enfants regardaient Renate avec timidité. Ils avaient dix ans à présent, de grands yeux bleus et des cheveux dorés. Renate sentit son cœur se fermer en les voyant.
Elle les envoya jouer dehors et fit s'installer le roi dans un fauteuil.
— pourquoi les avoir amenés ? demanda Renate.
— Je voulais qu'ils vous rencontrent. Je les ai prévenu que vous étiez très laid et qu'ils ne fallait pas avoir peur de vous.
— Ah, très bien, dit Renate d'une voix faible.
Elle allait être découverte : les enfants allaient dire à leur père qu'elle n'était pas un homme très laid, mais une femme chauve, et il devinerait tout.
— Mais père, dit la petite fille. Ce n'est pas un homme très laid. Je crois même que c'est une femme.
— Moi, je pense que c'est notre mère, dit le petit garçon. Touchez ce cheveu que j'ai trouvé au fond d'un vieux sac en cuir.
— Ne dites pas de bêtises, dit le roi. Ce cheveu s'explique car c'est mon ami qui m'a ramené la tête de Renate il y a des années. N'est-ce pas ?
— Il faut vous en allez, dit Renate. Je suis désolé, mais je me sens un peu fatigué.
— Bien sûr, dit le roi en se levant immédiatement. Je ne voulais pas vous déranger.
Il voulut saluer son hôte mais fit un geste maladroit et renversa le plateau qui se trouvait sur la table. Les verres éclatèrent en morceaux et l'eau se répandit sur le sol. Renate s'agenouilla pour éponger mais elle s'entailla profondément la main sur le verre brisé. Deux gouttes de sang giclèrent alors dans les yeux du roi et il recouvra complètement la vue. C'est alors qu'il vit Renate et qu'il la reconnut pour la première fois. Elle n'était plus aussi belle qu'autrefois, car elle avait vieillie et son visage était devenu dur et gris sombre comme le chaume qui couvrait son crâne. En la voyant ainsi, il tomba immédiatement amoureux d'elle du même amour insensé qui l'avait animé dans sa jeunesse. Mais il réalisa qu'il ne pouvait le lui dire, il n'en avait pas le droit, car il l'avait déjà trop fait souffrir. Il comprit que plus jamais il ne pourrait la voir ou lui parler sans douleur. Les enfants se tenaient silencieux, ils comprenaient la gravité de ce moment.
— Madame, articula finalement le roi, je vais m'en aller à présent.
Il souffrit de voir le soulagement sur le visage de Renate, au point qu'il souhaita presque redevenir aveugle. Elle le raccompagna à la porte sans mot dire.
— Adieu. Puis-je... garder le cheveu ?
Il tenait dans sa main dans le cheveu d'or que lui avait donné son fils.
— Si vous voulez, concéda Renate.
Le roi, la princesse et le prince partirent alors. Le roi monta son son cheval sans avoir besoin d'être aidé par ses enfants, qui eux enfourchèrent chacun leur poney. Renate les regarda s'éloigner. A aucun instant le roi ne se retourna, contrairement aux enfants qui lui jetèrent de fréquent coups d’œil en s'éloignant. Puis elle rentra chez elle. Elle se sentait extrêmement lasse.

Quelques minutes plus tard, les deux enfants frappèrent de nouveau à sa porte, paniqués.
— Que se passe-t-il ? demanda Renate.
— C'est notre père, il est tombé de cheval.
— Il est mort !
Renate se précipita sur les lieux de l'accident et trouva en effet le roi étendu par terre, les yeux ouvert. Elle se pencha pour guetter le battement de son cœur, mais il était bel et bien mort, mort d'amour pour elle. Son cœur s'était brisé quand il avait compris que jamais plus il ne la reverrait. Les deux enfants pleuraient. Renate les ramena chez elle et les consola comme elle put, puis elle les raccompagna au château.

Après cet événement, Renate laissa repousser ses cheveux. Mais jamais ils ne redevinrent aussi long et lumineux qu'ils l'étaient autrefois. Elle ne porta pas le deuil du roi et ne remit jamais les pieds au château, malgré les invitations répétées de ses deux enfants. Ceux-ci l'aimaient beaucoup. Chaque année, le jour de l'anniversaire de la mort de leur père, ils venaient frapper chez elle et ils se rendaient tous les trois sur la tombe du roi. Les deux enfants priaient et Renate écoutait le vent qui sifflait doucement à travers sa chevelure argentée.

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