Renaitre mais a quel prix ?

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Que m'est-il arrivé ? J'essaye d'ouvrir les yeux, de bouger un orteil, un doigt, un muscle, rien. J'ai l'impression de dormir, pourtant je suis réveillé vu que mon cerveau cogite a toute vitesse, quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ? Je ne sais pas. Je n'entend que très faiblement les bruits autour de moi. Un cliquetis métallique à gauche, et un faible bip à droite. Etrange. Je dois rêver, oui c'est ça ! Je suis entrain de rêver ! Mais, une seconde, est-ce que l'on peut se rendre compte que l'on rêve, lorsque justement on rêve ? Il faut que j'arrête de me poser de telles questions, cela me fatigue, il serait préférable que je ferme, enfin, pour reprendre l'expression car mes yeux sont techniquement déjà clos, les yeux..
Qu'est-ce ?! Je ressens un long fourmillement le long de mes membres, mais je ne sais toujours rien bouger, mes paupières n'exerçent qu'une légère révolte inutile. Combien de temps vais-je encore rester dans cet état ? Nouveau moment de conscience, quelqu'un pleure mais je ne la reconnais pas. Puis soudain ! Miracle ! Mes yeux ! D'un coup ils se sont ouverts, comme si tout ce temps dans l'inconnu, n'avait été qu'une nuit ordinaire. Je suis aveuglé par les néons, ma vision est floue, j'ai des fourmis dans tout les membres. Une femme accoure me voyant les yeux grands ouverts, elle semble apeurée, me regarde, ne dit pas un mot et repart aussi vite. Quelques minutes ou heures plus tard, je ne sais pas, j'entend une voix masculine m'appeler, j'ouvre lentement les yeux, et aperçois un inconnu, il m'explique qu'il est médecin et qu'il est heureux de mon retour. De mon retour ? Il semblerait que je sois tomber dans le coma suite à un accident mystérieux, je n'en ai aucun souvenir. Il me dit aussi qu'ils ont du pratiquer pas moins de 13 opérations afin que je sois comme avant, le seul problème, je n'ai plus aucun souvenir, mis à part mon nom. Je sens que l'on fait rouler mon lit, mais je suis trop faible pour ouvrir les yeux.. sensation de froid, je dois être hors de l'hôpital mais pourquoi ? On me fais une piqure et je m'endors.. Il me semble que je reviens à moi, j'ouvre doucement les yeux, agite mes doigts, tourne ma tête, replie mes jambes, il me semble que tout est rentré dans l'ordre. Une lampe est allumé à côté de mon lit, je suis.. je suis.. Il me semble que je suis chez moi, le toucher de ma table de nuit, de l'encadrement de mon lit ravive ma mémoire... MAIS ! Je suis chez moi ! Dans mon appartement ! Comment est-ce possible ?! J'essaye de sortir du lit, aucun problème, je marche presque normallement, je suis juste raide d'être resté couché aussi longtemps. Tout est dans son état initial, parfait. Une seule chose nouvelle, un livre, posé sur ma table basse. Je n'ai pas envie de faire de nouvelle découverte pour l'instant j'y reviendrai plus tard, je me dirige plutôt vers la cuisine histoire de boire un verre d'eau, et je me rend compte à ce moment là à quel point je suis assoiffé et affamé. Je vais vite me faire quelque chose à manger et puis je retournerai me coucher. Je commençais à couper du pain quand soudain, mes mains raidies ont fait dérapper la lame, qui m'a ouvert le pouce. Je m'attend à voir couler du sang, mais rien. Etrange. La blessure doit être superficielle, bien qu'elle m'ait semblée profonde. Je vais plutôt aller me recoucher.
J'ouvre les yeux en sentant la caresse du soleil sur mon visage. Me relève un peu dans mon lit et contemple ma chambre, quand mon regard dévie sur une tâche bleue qui a taché les draps. Qu'est-ce que ça peut bien être ? Et là, je vois, l'entaille de ma main, également bleue, pris de panique je cours dans la salle de bain et la nettoie. Affolé, je cours au salon. Prend le téléphone qui tombe à plusieures reprises, enfin, je compose le numéro de l'hôpital, mes mots sont saccadés, tremblants, incertains. Le médecin finit par me dire de lire le manuel qu'il a déposé sur la table basse. Je raccroche.
Long moment de silence pesant autour de moi, j'ai l'impression que le temps s'est arrêté, les oiseaux se taisent, les taxis ne klaxonnent plus, les moteurs sont coupés. Je n'entend que mon souffle.
Je tente une main tremblante vers ce fameux manuel. Elle tremble. Le livre tombe. Plusieures fois. Enfin je le saisis, ouvre péniblement la couverture, une lettre tombe au sol, je la lirai plus tard.
"Chapitre 1: La découverte.
Cher 00123593200145, vous avez du découvrir votre nouvelle particularité, voici quelques explications qui pourront vous être utiles dans le futur qui devrait être assez long. Je suis le docteur Verley, c'est moi qui ait pratiqué les opérations sur votre organisme. Vous avez été sélectionné, après un accident grave, pour tester la médecine du futur dont je suis le créateur. Pour ne pas vous embrouiller avec mon jargon médical, je vais faire simple et sans circonlocutions, votre coeur, votre sang, vos organes, votre métabolisme, votre organisme, bref.. Tout ce qui tient en vie un individu normal a été remplacé par un gel bleu qui remplit toute les fonctions vitales. Il doit être remplacé tout les 25ans, et vous protège des maladies et de tout les fléaux que connait notre humanité à l'heure actuelle. Vous êtes en quelque sorte, presque immortel. Cela est dur à assimiler c'est pourquoi ce guide va vous aider tout les jours."
J'en reste bouche bée. Muet. Immobile. Figé. Embrouillé. En colère. Rabaissé. Soumis. Triste. Heureux. Perdu. Je suis traversé par une foulée de sentiments contradictoires.
À ce moment précis, il y a 6 470 818 671 personnes dans le monde.Certains prennent peur. Certains rentrent chez eux. Certains racontent des mensonges pour s'en sortir. D'autres font simplement face à la vérité. Certains sont des êtres maléfiques en guerre avec le bien, et certains sont bons et luttent contre le mal. Six milliards de personnes dans le monde, six milliards d'âmes. La mienne est partie. Je joue en enfer. Seul. Ou pas. Vu mon numéro de matricule, je ne dois pas être le seul à servir de cobaye. Je feuillette le "manuel", chaque chapitre est censé m'aider a comprendre comme doit aller ma vie, que manger, boire, comment dormir, courir, respirer, me comporter, chanter, danser, pleurer, rêver, tomber. Chaque geste est pensé, préparé, rien n'est spontané, sauf mes pensées et encore je n'en suis pas sur. Je ne dors plus depuis quelques jours.. J'essaye de comprendre ce qu'il va m'arriver, et de décider comment choisir mon destin. Je reste allongé pendant des heures à m'inventer des scènes de ma vie future je l'espère mais aussi de ce qui pourrait m'arriver si je m'abandonne completement à mon nouveau “statut”, je ne trouve pas d'autre mot pour décrire ce que je suis devenu.
Je ne ressent plus rien, ni faim, ni soif, ni émotion quelconque. Je suis un corps immortel sans âme (du moins c'est mon avis) conditionné a n'éprouver aucune contrainte de la vie humaine. C'est à la fois désavantageux et à la fois agréable, je n'avais jamais ressenti autant de joie à courir sous la pluie, pouvoir sentir sa fraîcheur, sans risquer de tomber malade et surtout je n'avais pas froid, mon corps l'étant déjà.
J'avais aussi les orages en sainte horreur, (quelle ironie d'utiliser le mot “sainte” alors que mon âme appartient au diable), maintenant je resterai des heures assis sur le trottoir a regarder les éclairs déchirer le ciel noir. Comment ai-je pu dénigrer autant de beauté au paravant ? Je ne sais pas, mais mon immortalité si je peux l'appeler ainsi m'aura au moins apporté quelque chose de bon. C'est déjà cela.
J'ai pris une grande décision ce matin, je n'en peux plus d'étouffer dans cet appartement, a ruminer mes pensées sans cesse. J'ai décidé de commencer mes recherches, je m'explique, j'ai l'intention de trouver les autres cobayes, les autres moi en quelque sorte, histoire d'en savoir plus et pourquoi pas de sauver mon âme, nos âmes. La seule question que je me pose est: est-ce que j'aurais l'occasion d'échapper à l'emprise de mes "géniteurs" en quelque sorte ? Je ne trouve pas de réponse. Je vais donc tenter le tout pour le tout, adviendra ce qu'il adviendra, je dois savoir.
De quoi pourrais-je avoir besoin, je ne mange plus, ne bois plus, ne ressent plus le froid, je suppose que je n'ai donc pas grand-chose à emporter. Par où commencer.. L'hôpital, c'est le seul endroit où je pourrais trouver des informations sur mes semblables. Maintenant reste à ne pas me faire remarquer, mais cela va être facile, j'ai découvert qu'une force et une vitesse incroyable pouvaient m'animer en cas de besoin ou d'envie, je devrais donc pouvoir me déplacer en vitesse sans me faire remarquer. J'agirais de nuit.. Il ne me reste plus qu'à attendre.. Quatres heures du matin, je vais commencer à me préparer. Je tremble, étonnant n'est-ce pas, je vais jouer la prudence et tout de même me déguiser afin de prévoir toutes surprises. Je ne me suis jamais senti aussi bien ! C'est exaltant ! L'ivresse de la vitesse, cela prend tout son sens maintenant. Le vent siffle à mes oreilles, me fouette le visage, m'enivre comme l'alcool, et me saoûle de bruit. Arrivé devant l'hôpital, je doute, je recule. Mais je dois aller jusqu'au bout, ma vie en dépend, du moins ma vie mentale. Je m'avance, pousse la porte, entre, il fait calme, l'infirmière de service dors dans la salle qui lui est reservée, je peux voir sa tête pendre dans le vide par l'entrebaîllement de la porte, elle a la bouche ouverte et une bouteille à la main, elle doit sûrement boire pour oublier les horreurs que l'on pratique ici, je continue d'avancer jusqu'au bureau et m'arrête. Il y a un imprévu. Il y a un coffre avec "Dossiers Confidentiels" écrit dessus, les informations que je cherche doivent certainement se trouver dans ses dossiers mais comme ouvrir le coffre ? Je me laisse glisser lentement sur le sol et me prend la tête dans les mains, foutu, c'est foutu ! Dans un accès de rage je donne un coup de pied dans le coffre. L'empreinte de ma chaussure y reste imprimée, surpris je retente l'expérience avec mon poing, ce qui a pour effet de déformer encore un peu plus la paroi du coffre qui commence à devenir bancale. J'attrape un coin et prenant appui contre le bureau, je tire, la porte commence à franchement se laisser aller, encore un petit effort. Dans un grand bruit de feraille, la porte cède et me donne le champs libre, l'accès aux dossiers. Ma mission pouvait reprendre son cours. Coup d'oeil à gauche – rien. Coup d'oeil à droite – rien. C'est le moment, il est devenu impossible de reculer maintenant. J'ouvre le tiroir dans un grincement, qui me semble assourdissant, pourtant personne ne vient voir. Il n'y a eu ni alarme, ni problème, c'était presque facile, ou alors justement trop facile. Je n'ai jamais vu un tiroir si long, si plein, il va me falloir quelque chose pour transporter les dossiers. Un chariot d'infirmière devrait faire l'affaire pour un moment du moins. Je commence à prendre les papiers tant espérés, quand j'entend un mouvement, comme un bruissement d'air et d'étoffe. Je m'immobilise. Retient mon souffle. Rien ne se passe, je dois être en train de devenir paranoïaque.
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