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Remonter le temps

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FlorianeG

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FINALISTE
Sélection Jury

Recommandé

Pourquoi on a aimé ?

Si vous pouviez remonter le temps pour modifier une décision ou empêcher un évènement de se produire... comment vous y prendriez-vous ? Dans un ...

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— Tu savais Maman que la maîtresse elle sait faire remonter le temps ?
— Ah ? Non, je ne savais pas... Comment elle fait ?
— Ben, je sais pas. Elle l'a pas fait avec moi. Que avec Esteban.
— Ah, mais comment elle a fait avec lui ?
— Mais je sais pas je te dis ! Je sais juste qu'elle fait remonter le temps.
— D'accord. Tu aimerais remonter le temps, toi ?
— Oui, j'aimerais bien essayer. D'ailleurs, si je remontais le temps, j'irais avec les Winx !
— Ça, Choupinette, ce serait voyager dans un monde imaginaire, puisque ce sont des héroïnes de dessin animé. Remonter le temps, c'est repartir en arrière. Dans un temps d'avant.
— À l'époque ?
— Oui, c'est ça... à l'époque.
— Ah, alors... non. Je reste là.
Je la sens bien déçue. Elle poursuit :
— Et toi, tu voudrais remonter le temps Maman ?
Je réfléchis rapidement avant d'énoncer :
— Non, même s'il y a des gens que j'adorerais revoir, comme tata Lise, je voudrais les revoir maintenant, vivre de nouvelles choses avec eux. Quoique, si on pouvait changer quelque chose, peut-être...
— Oui, comme de faire qu'elle a plus d'accident et qu'elle est plus morte. Alors moi, oui, je voudrais remonter le temps.
— C'est sûr, je comprends.
Sur ces belles paroles un brin surréalistes, nous partons pour l'école. Elle la sienne et moi la mienne. Un bisou devant le portail, et à ce soir.

Sur le trajet vers mon école, je souris de ce qu'elle vient de me raconter. Remonter dans le temps. Bien sûr. Passer ne serait-ce qu'une heure avec ma sœur.
Un éclair tout à coup. D'une intensité absolue. Une lumière aveuglante. J'en sursaute violemment. Il me faut quelques instants pour reprendre mes esprits. J'ouvre les yeux, je ne sais plus très bien où je suis. Il fait sombre, très sombre. Presque nuit. Je ne distingue pas bien ce qui m'entoure. Il me faut quelques instants pour reprendre mes esprits. Dans mon lit. Quel drôle de rêve... Il me laisse une sensation bizarre. Je saisis mon téléphone : 5h12. Il me reste un peu plus d'une heure avant que le réveil sonne. Je repose le téléphone et referme les yeux. Puis d'un bond, je le rallume. La date. Sous l'heure. La date ! Non, non, non. N'importe quoi ! Je regarde, je fixe. Je panique. Je tremble. Je secoue la tête. Non, je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Ça n'est pas possible ! Je rêve. Là, je rêve. Je vais me réveiller. Je vais me réveiller, c'est sûr. C'est pas possible autrement. J'ai envie de pleurer. Je ferme les yeux. Je secoue la tête, encore. Je m'assois. J'allume la lumière. Et je sursaute. La lampe de chevet est par terre. La table de chevet sur laquelle elle est posée depuis trois mois a disparu. Oh putain ! Là, je panique ! Je me lève. J'avance vers le salon. J'allume. L'horloge que j'ai achetée le même jour que la table de chevet, en juin, a disparu elle aussi. Je regarde les canapés. Les coussins cosy-doudou livrés la semaine dernière n'y sont pas. Revoilà ceux d'avant. Les cadres photos de cet hiver ainsi que le tableau au-dessus de la table ont disparu également. Mon appartement a repris son air d'avant. J'ouvre la porte de la chambre d'Inès. Elle dort. Sur son lit, pas de trace du coussin rose en fausse fourrure, ni de la plante sur sa commode. Dans la salle de bain ensuite, pas de cadres récupérés dans la maison de ma sœur, déménagée le mois dernier.
Mon cœur bat la chamade. J'ai des sueurs chaudes. La tête me tourne. Je m'assois sur la marche devant la douche. Je reprends le téléphone. Il dit donc vrai. La date. Samedi 29 juillet. C'est donc ça. J'ai remonté le temps. Pour de vrai. Ce n'était pas un rêve. Me voilà revenue à la date la plus charnière de ma vie. À ce jour du dernier traumatisme. Je regarde l'heure à nouveau : 5h16. Dans moins de cinq heures, ma sœur aura un accident.

Impossible de me recoucher, évidemment. Je reste assise un moment. Je regarde l'heure très régulièrement. Je ne peux rien faire. Il est trop tôt. Mais d'ailleurs, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ? Qu'est-ce qu'on fait quand on revient, par un moyen aussi incroyable qu'incompréhensible, le jour de l'accident de voiture qui a coûté la vie à sa sœur ? Quand, par la grâce de Dieu peut-être, vos vœux les plus chers sont exaucés. Ceux que vous avez gémis ou hurlés, étouffés dans un oreiller, suppliant le Ciel ou l'Univers de la ramener. Que fait-on quand on a la possibilité de revoir celle qui vous manque si atrocement depuis plus d'un an ? Je ne sais pas ! Évidemment que je ne sais pas. Je ne peux pas réfléchir. Je ne peux pas prendre le temps d'y penser. Je n'ai pas le temps ! Moins de cinq heures ! Il me reste moins de cinq heures pour empêcher l'accident. Pour faire en sorte que ma sœur vive.
Je reprends mon téléphone. Je regarde le dernier message reçu. Le sien justement, « hier soir ». Elle me demande si elle peut venir se garer sur mon parking. Je le connais par cœur ce texto. Je l'ai relu des dizaines de fois. Ainsi que ma réponse. Voilà qui a scellé son destin. Enfin non. Pas entièrement. Il y a celui du matin même. Celui où je lui dis : « OK, je vous rejoins en Ardèche dimanche ». C'est ce message qui a déterminé la suite. C'est pour ça qu'elle voulait se garer sur mon parking. Ainsi, Julia vient la chercher. Elles partent ensemble. Et elle rentrera mardi soir avec moi, Julia devant revenir plus tôt. Sauf qu'elle ne reviendra jamais chercher sa voiture qui restera sur mon parking jusqu'en janvier. Et elle n'arrivera jamais en Ardèche. La voiture conduite par Julia sera percutée par une conductrice en état d'ébriété, qui rentrera de sa très longue soirée aux alentours de dix heures du matin, en roulant à 120 km/h sur une départementale. Julia passera des mois hospitalisée puis en rééducation. Ma sœur décédera après huit semaines et deux jours en réanimation, dans un coma végétatif duquel elle ne serait jamais sortie, après plusieurs opérations qui n'auront que prolongé un peu sa vie, sans espoir de la sauver.
Hier. Il aurait fallu que je revienne hier. Pour pouvoir changer le texto qui lui confirmait que j'allais la rejoindre en Ardèche. Oui, voilà. Ainsi, elle n'aurait pas fait voiture commune avec Julia. Qu'à cela ne tienne. J'envoie un texto. Je n'ai qu'à lui dire que j'ai changé d'avis finalement, que je ne viens pas. Elle va me trouver chiante, elle va râler, mais franchement, qu'importe ! En même temps, si je fais ça, elle ne vient pas sur mon parking et je ne la croise pas ce matin au moment de partir voir le spectacle du Chat Botté en Avignon. Ah non, je veux la voir. Ça fait plus d'un an que j'en rêve. Je vais chez elle. M'en fous de ce qu'elle va penser. J'attends qu’Inès se réveille et on va faire une surprise à tata Lise. Oui, voilà. J'envoie quand même un texto : « Hello, finalement je vais pas venir en Ardèche... Faut que je te voie avant que tu partes. On vient avec les croissants Inès et moi. À tout à l'heure. »
Je réveille Inès à 7h15 après avoir fait un saut express à la boulangerie située à deux minutes à pied. Je ne tiens plus en place. Elle ne comprend pas bien ce qui se passe. Je lui explique qu'on va faire une surprise à tata Lise. Elle écarquille ses yeux ensommeillés. Elle n'est pas étonnée d'aller voir tata Lise, mais plutôt qu'on aille lui faire une surprise. Visiblement, le retour dans le temps ne fait effet que sur moi... Elle me demande simplement si on va quand même voir Le Chat Botté. Je lui réponds que je ne sais pas. On verra. Elle râle. Tant pis. Je la presse pour s'habiller. Ma choupinette, si tu savais !
Je suis fébrile. J'essaie de me concentrer sur la route. D'ailleurs, j'ai retrouvé ma petite Twingo sur le parking, à la place de mon nouveau Sportage. Je prends la mesure de toutes les nouveautés survenues en une année. Je reçois un texto de ma sœur : « ??? OK. À toute. Je décolle à 9h30. » Si tu savais comme je suis contente de recevoir un message de ta part. Ne décolle pas trop s'il te plaît. Reste là cette fois.
Nous arrivons chez elle. Sa voiture est garée à côté de la maison. Quelle joie ! Il est huit heures. Inès frappe à la porte. Ma sœur ouvre instantanément et lance son « Hello ! » habituel, avec le sourire. Je souris comme je peux de mes lèvres tremblantes. Mes yeux s'embuent derrière mes lunettes de soleil. Elle est là. Elle est belle ! Le teint bronzé, les cheveux relevés, avec ses boucles d'oreilles discrètes. Elle porte le short bleu et le T-shirt blanc à motifs que je lui ai vus le 29 juillet l'an dernier. Enfin, ce 29 juillet de l'autre fois. Je ne peux retenir mes larmes. J'éclate en sanglots. C'est énorme ce que je vis. Inès et elle me regardent, interdites. Ma sœur s'écarte pour nous laisser entrer. Inès se serre contre moi pour me consoler. Ma sœur ne sait que dire. J'enlève mes lunettes. J'essuie mes yeux d'un revers de la main. Me ressaisir, il faut que j'arrive à me ressaisir. Je prends un mouchoir dans mon sac. Me mouche. Prends une profonde inspiration, puis expire lentement. Je souris pleinement et lui tends le sachet avec les croissants ainsi que la baguette aux céréales que j'ai achetés tout à l'heure. Elle les saisit et demande :
— Ça va ? Qu'est-ce qui se passe ? Ça a à voir avec le fait que tu ne viennes pas en Ardèche finalement ?
— Oui... c'est ça... Je t'expliquerai peut-être une autre fois. Je suis vraiment contente de te voir !
Je vois bien qu'elle ne comprend pas. Bien sûr. On s'est vues trois jours plus tôt pour elle. On s'installe pour prendre le petit-déjeuner. Elle a déjà fait chauffer l'eau pour le thé et sorti un jus de fruits du frigo pour Inès. Je grignote tant bien que mal un croissant. Je n'ai pas faim. Je ne cesse de la regarder. Je lui demande comment elles font, Julia et elle, du coup. Elle me répond qu'elles partent à deux voitures. Elles se rejoignent à l'autoroute d'Orange nord. Je ne peux m'empêcher de penser que l'accident peut quand même arriver. J'ai eu plus d'un an pour y penser et y repenser. Elle peut croiser le chemin de cette nana un peu plus haut ou un peu plus bas sur la route. Je voudrais qu'elle ne parte pas.
— T'es sûre de vouloir partir ce matin ? Je sais pas moi, c'est pas loin l'Ardèche. Vous pouvez prendre le temps.
— Pourquoi tu voudrais qu'on décale ? Je comprends pas. Tu viens plus, OK, et t'as tes raisons, mais pour autant, moi, c'est les seuls jours de vacances que je peux prendre cet été, donc j'y vais.
— Je ne te parle pas d'annuler. Juste de décaler un peu le départ. T'es pas à trente minutes près non ?!
— Non, mais j'ai convenu ça avec Ju du coup. Je vais pas re-changer pour une raison indéterminée. Qu'est-ce que t'as ? Je sens qu'il y a un truc.
Que dire ? Je suis bien impuissante vis-à-vis de ce que je sais et de ce que je voudrais pouvoir changer. Je ne peux tout de même pas lui dire qu'elle est morte l'année dernière et que me voilà de retour pour la revoir et essayer de changer tout ça. Quand bien même ma sœur et moi nous comprenons très bien, là je ne suis pas sûre qu'elle me suivrait... J'essaie de répondre le plus sincèrement, sans trop en dire :
— Je sais pas. C'est juste un truc comme ça.
— Quoi, t'as peur que j'aie un accident ?
Alors là ?! Je suis scotchée. Que répondre ? Je sais que les inconscients communiquent, mais là, ça va loin. En même temps, avec ce que je suis en train de vivre, je ne suis plus à un truc de dingue près. Je réponds sans détour :
— Oui.
— Flo, sérieux... ! C'est quoi le délire ?
Je n'ose pas lui dire la vérité. Inès est plongée dans un dessin animé sur la tablette depuis qu'elle a fini de manger. Absorbée par ses héroïnes préférées, je sais qu'elle n'entend pas ce que l'on dit.
— J'ai fait un rêve. Qui n'était pas un rêve, j'en suis sûre. Tu sais, un songe ou un rêve prémonitoire. Je sais pas comment le gérer. Tout avait l'air très réel. Je t'assure. Ne pars pas à 9h30, s'il te plaît.
Je la vois bien perplexe. J'ai pris le ton le plus sérieux qui soit. Parce que je le suis. Plutôt grave même. Je veux sauver ma sœur. Je ne me vois pas l'attacher ou la contraindre à rester – quoique – mais je ne me vois pas non plus lui dire la vérité. Ce que je viens de raconter est ce qui se rapproche le plus de ce que je peux lui avouer. Elle se lève pour débarrasser la table. Elle fait quelques allers et retours. Je reste là, sans bouger. Quand elle s'approche avec l'éponge, elle me dit :
— OK, je décale d'une demi-heure mon départ. Je vais renvoyer un message à Ju pour lui dire que je suis pas prête. Je sais pas quoi penser de ce que tu viens de me dire. Franchement, ça m'interpelle. Et je te sens très sérieuse. Mais Flo, si je dois avoir un accident, j'aurai un accident.
Wouahou ! Là, ça fait mal. Je le sais ça en plus. Je le sais. Mais j'ai beau le savoir, je tente le tout pour le tout.
— T'en sais rien. Imagine que tu aies un accident juste parce que je t'ai dit que je te rejoignais demain en Ardèche après qu'Inès soit retournée chez son père. Il suffit d'un changement et hop, plus d'accident.
— Dis donc, c'est vachement précis ton truc. Mais t'oublies une chose essentielle : la Destinée. Flo, on n'a pas choisi la psychanalyse pour rien. On n'a pas fait des études analytiques pour faire encore aujourd'hui comme si la destinée n'existait pas. Si c'est ma destinée d'avoir un accident de voiture, j'aurai un accident de voiture. Comme c'était ma destinée de me faire retirer mon permis pendant des mois après avoir conduit en état d'ébriété, comme c'était ta destinée d'être séparée de l'homme que tu aimes. On n'échappe pas à sa destinée, tu le sais. Ce qui compte, c'est ce qu'on en fait. J'ai fait quelque chose de ce retrait de permis : j'ai arrêté les conneries, les sorties, les fêtes très arrosées. J'ai mis mon énergie dans le boulot, la formation. J'ai eu ma passe. J'ai obtenu mon diplôme de psychanalyste. Tu as fait quelque chose de ton histoire : tu as écrit un bouquin. Donc, quoi qu'il arrive, c’est juste. On ne peut pas changer les choses. On ne peut qu'en faire quelque chose, après. Je dis pas que j'ai envie d'avoir un accident, évidemment. Mais si ça doit arriver, ni toi ni moi ne pourrons l'empêcher.

J'ai juste envie de pleurer. Je le sais. Je le sais tout ça. Tellement. Je l'ai compris cette année. C'est le résultat de tout le travail que j'ai mené depuis. Pour essayer de survivre au départ incompréhensible de ma sœur. Et me voilà face à elle qui me le dit.
Elle envoie le texto à Julia et continue de se préparer. Je reste dans la cuisine, à me demander si j'ai eu raison d'aller aussi loin. Mais encore une fois, je n'ai pas le temps de réfléchir. Elle redescend quelques minutes plus tard avec sa valise. Inès s'impatiente. Elle voudrait aller voir le spectacle du Chat Botté que je lui avais promis. Nous nous apprêtons à partir. J'ai beaucoup de mal à l'idée de laisser ma sœur ici, sans savoir si je la reverrai. Quelle horreur ! On s'embrasse. Elle nous souhaite un bon spectacle et un bon voyage en Corse à Inès qui part avec son père dans quelques jours. Comme la dernière fois. Elle me lance, là encore « On s'appelle ? », avant d'ajouter :
— Je t'envoie un message quand j'arrive ?
— Oui, s'il te plaît. Et sois attentive sur la route.
Elle me promet de l'être, tout en m'encourageant à ne pas me faire de souci. Je la serre maladroitement dans mes bras. Chose qui n'arrive jamais. Ma sœur n'aime pas qu'on la touche. Il n'y a jamais de gestes entre nous. Inès et moi partons. Direction Avignon et son festival. Je sais que je vais me ronger les sangs tout le jour. Je ne pense qu'à elle sur le trajet. Je ne suis pas assez concentrée sur la route. Il faut que je me ressaisisse. Dans une courbe aux abords de Villeneuve, je suis clairement trop à gauche. La voiture qui arrive en face en finissant de doubler un autre véhicule me fait des appels de phare. Surpuissants. J'ai tout juste le temps de faire le lien avec l'éclair de l'autre fois que me voilà de nouveau dans mon lit. Cette fois, je vais beaucoup plus vite pour retrouver mes esprits. Je saisis le téléphone. Vendredi 14 septembre. Je me lève. Tout est revenu à sa place. Tout. Et voilà qu'un détail sur le frigo m'interpelle. Une carte postale. Celle que ma sœur nous a envoyée d'Ardèche, avec un paysage splendide. Au dos, je relis ce qu'elle y a écrit : « Coucou, Me voilà devant un paysage aussi beau que sur la photo : un endroit paradisiaque d'où on n'a pas envie de revenir. Je me sens très bien ici. À très bientôt. Je vous embrasse. (tata) Lise. »

Ma sœur est arrivée en Ardèche. Elle m'a envoyé un texto m'assurant que le trajet s'était bien passé. Elle a cependant dû faire un détour pour rejoindre l'autoroute. La route menant à Orange était bloquée. J'ai acheté le journal le lendemain. Comme je l'avais fait l'année dernière. L'accident a eu lieu. La conductrice a perdu le contrôle de sa voiture à l'endroit exact où elle aurait dû percuter la voiture de Julia. Cette fois, il n'y avait personne en face. Sa voiture s'est encastrée dans le terre plein et les arbres au bord de la route. Elle a été évacuée sur l’hôpital de Nîmes. Dans un état grave.
Je n'ai rien dit à ma sœur. J'ai attendu impatiemment son retour d'Ardèche. Qui n'est jamais arrivé. Elle a eu un accident deux jours plus tard. Dans des circonstances similaires.
Les souvenirs sont revenus dès mon retour au présent. L'histoire s'est réécrite au fur et à mesure. Comment ce que j'ai vécu est-il arrivé ? Aucune idée. Je ne doute pas d'avoir revu ma sœur. Mais dans quelle dimension ? Tout cela reste parfaitement inexplicable et je ne cherche pas à comprendre car, pour reprendre la formule d'un auteur que j'aime particulièrement, « ce qui peut être expliqué ne mérite pas d'être compris ».
Je garde précieusement la carte postale. Le message y est clair.

Lorsque Inès me demande, ce matin-là, si j'aimerais remonter le temps, ma réponse est la suivante :
— Non, je préfère regarder devant. Même si il y a des gens que j'aimerais revoir, comme tata Lise, je me dis que je les retrouverai plus tard, autrement.
Dans la voiture, cette fois, j'allume la radio. J'éclate de rire en entendant les paroles d'une chanson qu'Inès et moi aimons beaucoup : « Serions-nous que de chair, simples mortels, de passage sur Terre sans voir plus loin que devant soi, mon ange ? Il y a au-delà, il y a au-delà haut... ».

PRIX

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FlorianeG  Commentaire de l'auteur · il y a
Génial! Remonter le temps, après avoir été finaliste sélection jury, récolte une pastille "Recommandé par shortedition".

Pour info:
La citation "ce qui peut être expliqué ne mérite pas d'être compris" est de Christian Bobin.
Les paroles de la chanson entendue à la fin sont extraites de Au-delà, de Slimane.

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Parfumsdemots · il y a
Bonjour,
Un texte magnifique que je découvre à l’instant ,bravo !
Je vous invite à lire mon poème Ismaël sur la tolérance entre les différentes religions,merci

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Brigitte Castin · il y a
Très tres émouvant de te lire. Continue Flo ! Je t'embrasse.
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FlorianeG · il y a
Merci Brigitte! Ravie de ton passage par ici.
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Adjibaba · il y a
Une sélection amplement méritée. On sent de la fluidité, de la simplicité et de l'originalité dans l'écriture et ça c'est juste waouh quoi.
A lire absolument !
Je vous invite donc à lire " Entre justice et vengeance " et n'oubliez pas de me soutenir si l'histoire vous plaît : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

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Utilisateur désactivé · il y a
Sincèrement Short à bien fait j'adore je vous félicite.
Puis-je vous inviter à me lire dans la catégorie des nouvelles, "jeunes écritures" (Ma petite histoire écrite en vers rimés et si cela vous plait, de voter) ?
https://short-edition.com/fr/auteur/assmoussa

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FlorianeG · il y a
Merci beaucoup. Je vais vous lire. Et je vous invite à retrouver l'escarpin, pour le grand prix hiver 2019.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lescarpin

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Aurélien Azam · il y a
Un très très bon texte, franchement. Je suis assez admiratif de la fluidité de narration de ton récit. Cette histoire d'accident et de retour dans le temps sonne très réaliste grâce aux multiples détails et allusions incorporés avec minutie dans la trame narrative. J'ai vraiment été happé par ta nouvelle, et j'ai craint successivement pour le devenir de chacun de tes personnages. Un des textes que j'ai préféré cette saison. Bravo !
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FlorianeG · il y a
C'est un réel plaisir de lire ce commentaire positif et argumenté. Merci beaucoup Aurélien. Et voilà qu'en plus Remonter le temps atteint un joli compte rond de 200 voix en finale. Chouette!
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Dominique Vernier · il y a
Ce n'est pas à remonter le temps que je vous invite, mais à remonter dans le classement. J'ai beaucoup aimé. +3
Peut-être que vous aurez le temps de découvrir Coupabe : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/coupable-4

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FlorianeG · il y a
Et merci Dominique! Je vais essayer de prendre le temps d'aller vous lire. À défaut de pouvoir le remonter...
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Christian Pluche · il y a
Belle interprétation des paradoxes spatio-temporels !
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FlorianeG · il y a
Merci Christian! Heureuse de votre soutien.
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Fred Panassac · il y a
Ce retour vers le futur est bien construit et très émouvant. Belle découverte en finale et toutes mes voix !
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FlorianeG · il y a
Merci Fred. Ravie de votre passage.
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Fred Panassac · il y a
Félicitations Floriane pour la recommandation de Short Édition dans ce concours !
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FlorianeG · il y a
Merci Fred. C'est une belle surprise en effet!
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