Realité @zerty

il y a
11 min
10
lectures
0
Je suis là, devant mon écran, ces couleurs bleues je les connais bien.
Il y a longtemps déjà, je me souviens...
Je vivais dans le sud de la France, adolescente, sociable et solitaire. Je rêvais, d’évasion, d’expériences, d’amour. Je découvrais cet univers virtuel insolite et pratique. Issue du métissage, Afrique-Europe, chrétien-musulman, dans la vie réelle j’avais des amis, mais peu comme moi. Mes connaissances étaient nombreuses mais les relations de confiances rares et les amitiés tissées restaient sans dévoilement de ma vraie personnalité. D’ailleurs qui étais-je, qui suis-je ?

Hommage à ma première dent *
* « Lorsque l'esprit entreprend l'exploration d'un symbole, il est amené à des idées qui se situent
au delà de ce que notre raison peut saisir. » C.G. Jung

Première publication :
Native de la génération Y, ayant connaissance de l’éducation civique, de la libération,de la diffusion massive des nouvelles technologies, de l’intégration progressive et invasive des ordinateurs et des téléphones portables. Je me souviens...de cette période, où, tout ceci n’existait pas. Tout ce sans quoi, je n’aurais pas pu acquérir d’expériences similaires, ni participer à l’enrichissement planétaire des fournisseurs d’accès et autres opérateurs.
Je créais mon premier profil facebook, sous un pseudonyme, et décidais de garder mon prénom, tout en conservant l’anonymat. Moi petite fille réservée, timide et bien élevée, préférais m’excuser d’exister plutôt que de m’affirmer. J’aimais à observer et à m’émerveiller face à la moindre beauté, la laideur m’attirais aussi, je continue d’y voir un bienfait ; aujourd’hui encore je m’interroge sur les réelles définitions de ces deux termes, objectivement subjectifs et proprement impropres. Certains disent que la méchanceté se lit sur le visage... aurais-je loupé cette matière à l’école primaire ?
Je ne cherchais pas à retrouver des relations d’écoles, ni à observer la vie des gens ou jalouser leurs derniers sacs à main. L’analyse, et la vision de ces autres mondes, ces mentalités, ces personnalités singulières m’intriguaient et m’attiraient. L’inconnu et la diversité des possibilités me faisaient bouillonner d’enthousiasme, mais je ne me doutais pas des dangers de cette effervescence.
Ma mère est tunisienne, mon père franco-espagnol, autant dire que je n’avais pas vocation à exister sans mai 68 et sans la mondialisation croissante. Je dois aussi avoir des origines mauritanienne et allemande, à 2 ou 3 générations antérieures, à croire que les colonisations et l’expansion des territoires, ont favorisées le développement de l’amour au-delà des barrières ethniques. J’aime la France, elle m’a vue naître, m’a éduquée, m’a recueillie, je n’étais alors qu’un fœtus, une bâtarde légitime. Mon grand-père était imam, je ne l’ai vu qu’une seule fois, il était bien malade. Alzheimer lui avait redonné l’innocence perdue dans l’avancement des années ; ne se souvenant même plus de ses nombreux pèlerinages et se plaignant de rester dans la petite chambre sans fenêtre, de ce village du nord de la Tunisie, à compter les cafards. Ce n’était, certes pas,
par manque de moyens qu’il préférait dormir sur le sol sans matelas, notable de sa région et issue de la plus grande école de Tunisie, il vivait dans l’humilité et la
restriction. Je me souviens de ma mère me racontant comment ma grand-mère, sa mère, confectionnait des poupées en tissu dans le dos de son père, mon grand-père, car il était inacceptable d’avoir des jouets, et encore moins des figurines païennes. Ma maman, cette gamine, que j’imaginais curieuse et joyeuse, ignorant tout du visage qu’elle avait petite fille. Laissant un vide dans son existence, une impossibilité à matérialiser son vécu par le biais de souvenirs accompagnés de supports picturaux. Ces derniers étant,aussi, proscrits dans la religion. Et ce souvenir, celui de sa mère pleurant et suppliant son mari de ne pas épouser cette autre femme, plus jeune, et ne pouvant aucunement
partir ou le quitter ; orpheline dépendante, vouée à vivre une vie dessinée pour elle il y a des millénaires. Ce sont les souvenirs gardés par ma mère, cette enfant, de la religion.
Comme mon père, enfant de cœur, assidu du catéchisme, par obligation, dans l’arrière pays français en terre de Gascogne. Toujours à faire les quatre cents coups jusqu’à se faire attacher à la chaise de l’école pour ne pas s’en échapper, ou sentir son oreille se décoller par la nervosité incontrôlée du voisin qui l’avait encore surpris en train de faire pipi sur la clôture du jardin. Ce jour de messe, dans la sacristie, mon père était calme, pour une fois, les rires et les chuchotis de ses camarades parvinrent aux oreilles du curé, qui, interrompit la séance, et, dans un élan incontrôlable donna une grosse gifle, entendue par toute la salle, à mon père. Ce dernier s’enfuit et conclu de cette injustice, un manque de clairvoyance et de communication entre ce représentant du seigneur et la Vérité.
Issus tout deux de familles nombreuses et connaissant leurs milieux, mes parents n’ont pas eu le besoin de se rattacher à un groupe, une communauté, afin de former leurs identités; et moi, fille unique tiraillée dans mes viscères par un partage économico-ethnico-socio-politico-culturel multiple, je ère, ne trouvant ma place, ni dans le fond, ni dans la forme. Le regard étant vecteur de l’existence.

Deuxième publication :
Dans une recherche de quintessence orgasmique, d’union productrice, je trouvai
l’illusion de la mixité. La beauté de l’être au sein d’une réalité en perpétuel changement et en révélation de ses facultés sensorielles. Avec facebook, je côtoyai la France entière, des hommes, des femmes, rassemblés autour de thèmes variés, ce qui m’attira le plus fut le RAP. Cette façon artistique, de jouer avec les mots, de parcours en contours, sembla me permettre d’approcher mes racines africaines dont je n’eus pas science, et en même temps, je changeai d’angle de vue quant à ma façon d’aborder la France, je me rapprochai ainsi de ce qui aurait pu être ressenti par ma mère, ses sœurs, ou encore mon frère. Je me surpris alors à dévoiler l’intérieur de mon être, à aller au-delà de mon image
et m’immerger dans le monde. Dans une évolution au détour de poèmes griffonnés et publiés sur un mur, de punchlines, de troll-isme : ces messages provocateurs destinés à nuire à une publication, en révélant la rhétorique du message quelle contient. Je fis des rencontres, féminines parfois, c’étaient des femmes comme moi, contestataires et sensibles ; masculines souvent, reflétant mon envie de plaire et de m’assurer un fil conducteur ésotérique dans ce besoin d’aventures. Je partis donc sur la côté d’azur, la région lyonnaise, l’Ardèche, Barbès, Enghien les bains, Argenteuil, sympathisant avec des rappeurs, des faiseurs de son, des dealers, des prisonniers, des gars biens, des photographes, des agents artistiques, et même une star du ballon rond. Je regardai ces pages, ces environnements impalpables et pourtant si réels. Cette création paradoxale, animée par les visages, les figures, les photos, les images, les mots, les proverbes, les dictons, les palabres, les poèmes, les vidéos, les animations, les blagues, les débats, les questions, les personnalités, les anonymes, les pudiques, les exhibitionnistes, les pervers, les tristes, les pauvres, les riches, les heureux, les dépressifs, les courageux, les fainéants, les opportunistes, les diffamateurs, les starlettes, les accomplis, les indépendants, les anarchistes, les anticonformistes, les précurseurs, les acteurs et les spectateurs, les faiseurs et les diseurs, les colporteurs, les terroristes, les gouvernements, les industriels, les libéraux, les philosophes, les humanistes, les francs- maçons, et que sais-je encore... Toutes ces parties, ces représentations, protagonistes de la vie du réseau. Je saisi alors, la puissance de cette interface. Une base de données gigantesque pour quiconque aurait eu un accès global à cette phénoménale toile d’araignée interminable. Avec consistance et effroi, je constatai la prééminence de l’intelligence artificielle et des algorithmes directeurs de nos façons de vivre. Particules d’un tout, nos
énergies gravitent et interférent. Sentiments et sensations, paroles et discours,
nourrissent sans cesse la dynamique créative. Facebook est, le tableau noir sur lequel je grave au clavier, mes peines et mes humeurs, mes joies et mes rancœurs, hypophyse, reflet du monde physique. Carburant financier pour les uns, moteur intellectuel pour d’autres, miroir de l’âme pour certains, ou encore expression métaphorique. Tout le monde a une place dans, au cœur de cette sphère, mais, comme dans la vie, la négativité est née de cette lumineuse invention. Destinée au départ au milieu militaire, la nature humaine a su faire jaillir mille et un usages de cet univers aux vils mirages. Entourloupe internationale, amour sincère multi causal.
« J’aime », je cliquai sur la page. Je délaissai le football à l’époque des cahiers Panini, que j’achetai pour avoir la côte auprès des garçons dans la cours de récré. Les Carotti et Basile Boli qui me conférèrent la place de copine cool qui eue le droit d’intégrer une équipe même si ses nénés commençaient à pointer le bout de leurs nez. Mais lui, depuis que je l’avais vu, je n’avais de cesse d’y songer.
« Allez Paris ! » le message est écrit, posté, publié.
Je ferme la fenêtre, éteins l’ordinateur, et vais dormir sans plus y penser.

Troisième publication :
Ce fut aux informations que je le vis la première fois, il traversait l’écran, le torse nu, il était si beau. Je venais seulement d’arriver à Paris pour les vacances.
- Waow !! C’est qui ce mec !!
- Un joueur du PSG, me répondit l’amie qui était là
Je le trouvais tellement craquant que j’en étais étourdi, je me suis assise.
- J’aimerai bien le rencontrer
- Tu sais le monde est petit à Paris, tu en auras peut-être l’occasion
- Oh arrête, et puis même si c’était le cas, il doit avoir les plus belles femmes à ses pieds, pourquoi s’intéresserait-il à moi ?
- Je suis sûre que tu lui plairas, tu le croiseras, tu verras...
« Tu me rends fou » dit-il en me plaquant dans une douce violence contre le mur du salon de ce magnifique appartement parisien. Il s’approchait, tout en relevant mes bras d’une main et en enlaçant ma taille de l’autre. Il n’était plus qu’à quelques centimètres, je ressentais, le désir et l’envie s’échapper de sa respiration, son corps musclé s’écraser un petit peu plus contre moi. Son torse s’appuyait contre mes seins, et cette chaleur émanant d’une raideur passionnée faisait pression contre mon ventre. J’essayais de résister, tiraillée entre la gêne et l’excitation, il m’embrassa.
Etais-je en train de rêver ? Jusqu’où devais-je me laisser aller ? Etait-il marié, avait-il des enfants, allait-il m’épouser ? Toutes ces questions foisonnaient dans mon esprit. Je ne fus ni à l’aise, ni mal à l’aise, perturbée par ma présence dans cet environnement froid et masculin. Assise sur le canapé, il me demanda de me détendre. J’ôtais mes chaussures. « Tu veux regarder la télé ? Qu’est ce que tu aimes ? » Je lui répondis que je ne savais pas, que j’aimais bien les films... Puis, je me rapprochai de lui, sans en dire plus, j’attrapai son bras et posai ma tête contre son épaule, il sembla que ce soit lui qui manqua d’assurance tout à coup ; je posai mon pied nu contre le sien, il parut minuscule, ensemble nous sourîmes. Le temps passa et nous partîmes en voyage, il devait faire la promotion d’une marque de champagne Halal à Dubaï. Il me proposa de l’accompagner, la suite du palace qu’il devait occuper était trop grande pour lui tout seul, et les évènements mondains privilégiaient une présence féminine. J’acceptai donc son offre, folle de joie à l’idée de partir avec lui, je me sentais pousser ailes. Je me voyais déjà, à son bras, dans les plus belles robes, à l’image de Monica Bellucci, ornée des plus beaux bijoux. Vu son statut je serais certainement démarchée par les plus grandes marques afin de promouvoir leurs
produits. Mes rêves d’enfants étaient en train de se concrétiser. Mon avenir semblait se dessiner, ma priorisation du sentiment amoureux, qui m’avait perdu toutes ces années, allait désormais m’offrir la vie que je méritais. Grâce à facebook et cette publication postée, je frôlais de l’ongle, mon désir intense d’aider les plus démunis, de créer un orphelinat et, comme Shakira, ou Angelina Jolie, de placer ma personne au cœur de l’accompagnement d’une partie de l’humanité ; il avait l’argent, j’avais les moyens. Il s’agissait d’édifier un empire et de nous ériger au rang de l’exemplarité et de la dévotion à ce public, qui l’adorait.
Les bulles légères et vaporeuses dévalaient le goulot d’une bouteille de Moët-Halal © venant se loger au creux d’une sublime flûte en cristal délicatement déposée sur la tablette de teck brun du magnifique Jet Privé dans lequel je me trouvais. Le personnel était aux petits soins. J’étais vêtue d’un pantalon droit blanc, et d’une blouse en soie légère et vaporeuse. Ma poitrine était ravie de la forme, que ce haut de grande qualité, lui conférait. Mes cheveux, lissés, tout en mouvement, dévoilaient ainsi un air mutin et sensuel. Des vibrations émanaient de l’antre de mon corps lorsque j’aperçus l’amas d’îles artificielles, l’enthousiasme se fit plus fort au moment où, par le hublot, je vis une superbe Aston Martin DB8 nous attendre. Nous fûmes accompagnés dans le plus bel
hôtel de la capitale, Doha. Je dus rejoindre la suite seule, car il avait à faire. J’en profitai alors pour me connecter au réseau. Je retrouvai mes amies, restées à Paris et qui me disaient à quel point j’avais de la chance. Je publiai les photos prises, par moi ou par le photographe qui nous accompagnait, jamais personne ne m’avait jamais autant admirée.Je recevais 50 notifications par minutes, que d’amis je me découvris... Avais-je changé ? Etais-je devenue une personne autre ? Je me levai brusquement, et me précipitai devant le miroir, là, je vis, ces mêmes défauts, ces grands yeux en amende d’un marron brillant et profond, cette humilité oculaire simulacre d’un manque de confiance en moi, ces marques sur mon visage, ce n’était que moi. Je haussai la tête et il était là, au dessus de moi, cet homme sans qui mon reflet, serait resté dénué d’intérêt pour le monde. Ce talentueux qui créa les opportunités de sa réussite et ne se découragea pas, même lorsque le vent tournait. À cet instant, je l’admirai et je voulais qu’il me fasse l’amour, ici et maintenant. Je voulais ressentir dans ma chair, cet être qui
me procurait un tel bonheur par sa réussite et son existence. Je tenais à lui exprimer ma reconnaissance et je ne voyais aucun autre moyen plus sincère et réciproque que celui-ci. Ce jour là encore, il caressa mon corps avec délicatesse, je me laissais aller sous ses baisers, et il savait écouter mes réactions provoquant des frémissements incontrôlés, j’écartais les jambes, sans le prévoir. Je relevais les yeux et, ne pouvais soutenir son regard, déroutée par l’intensité de son ardeur et par les battements de mon cœur. Je regardai la pièce, le lit était immense, la lumière du soleil envahissait la chambre par la
grande baie vitrée qui offrait une vue incomparable sur l’une des plus belles villes du monde. Il était là, à coté de moi, son torse nu fraichement tondu, un visage d’homme enfant. Moqueuse et coquine, je lui demandai s’il n’était pas conseillé aux joueurs professionnels de ne pas faire de folies les veilles de match, il sourit et répondit que si mais qu’avec moi la chance lui souriait et que mon corps était la source de son inspiration. Heureuse et comblée je me suis assoupie.

Quatrième publication :
J’ouvris un œil, une gêne dans mon nez se fit sentir, une texture à la fois acide et
granuleuse sortit de ma bouche, à demi-consciente, je ressentis des spasmes dans mon œsophage, et petit à petit, je commençai à entrevoir, dans une pièce claire entourée d’un halo lumineux, de l’animation. Je devinai des sons, qui devinrent des mots ; des silhouettes se dessinèrent et devinrent des personnes. Je me surpris en train de vomir, un tuyau dans le nez, une aiguille dans le cou. Très vite je reconnus mes parents, leurs yeux étaient humides, mais me regardaient fixement. Mon père tenait ma mère par l’épaule, je perdis connaissance.
- Elle se réveille, cette fois pour de bon, regarde dans quel état elle est... son
oreille est déchiquetée,
- Votre fille a eu beaucoup de chance d’être en vie, ses blessures sont superficielles, le traumatisme crânien a causé un coma de quelques jours. Son visage n’est pas touché, seulement, elle ne marchera plus, je suis désolé.
Le regard vide, je compris ma situation, je réappris à voir, à manger, à gouter, et je retrouvai certaines sensations corporelles. D’abord douloureuses, mon épaule avait été salement endommagée et, telle une pastèque qui explose en tombant au sol, ma hanche dévoilait une plaie ouverte de plus d’une dizaine de point, le médecin expliqua qu’ils avaient fait le maximum pour me recoudre au mieux malgré l’irrégularité de la déchirure des chairs. Mon œil se remplit de larmes, et sans aucune émotion sur le visage, elles tombèrent, grosses et lourdes. Je ne pouvais ni les retenir, ni les contrôler, inerte dans ce lit d’hôpital, baignant dans ma pisse mal essuyée par l’infirmière qui déposa, ce matin là, sous mes fesses, son énième bassin. Je compris alors que ce que je venais de vivre était un rêve. Une réalité imaginée par mon état de demi-mort. Il n’y avait, ni footballeur, ni bijoux, ni jet privé. La réalité, ma réalité n’était que peine, bataille, et fatalité. Je devais accepter ma nouvelle vie, cet état qui ne me permettra plus jamais de courir dans les prés, de me photographier debout, de faire du shopping en périodes de grosses affluences. Je ne serai plus en mesure de déambuler librement, et prendre le métro deviendra une escalade de l’Everest. Mais il fallait que je tire leçon de cette situation, moi aussi je voulais avoir les qualités de ce sportif de haut niveau. Ce n’était pas un hasard si, lorsque je suis tombée du scooter, j’ai glissé sous cette voiture, et que par chance mon casque s’est enlevé, sans quoi mes cervicales auraient été
sectionnées. J’allais gagner du terrain face à l’absolue difficulté de ne plus faire usage de mes jambes, je remercierais le ciel d’avoir ma famille autour de moi et de retrouver mes sens.

Cinquième publication :
Je pouvais, moi aussi, être ce visage aperçut dans le miroir, et qui m’avait tant donné envie de jouir à la vie, de ressentir le plaisir, et d’inonder mon cerveau d’endorphines. Je décidai de me connecter à facebook. Ce fût comme si je découvrais à nouveau ma personne. Je regardai mes anciennes publications, mes photos, celles des instants immortalisés devant ce café parisien que j’aime tant, ou sur un velib à Porte de la Villette, et ces plats délicieux que j’ai partagé avec mes amis. Je souris à la lecture de petits messages de soutiens adressés par des proches, et je fus heureuse de constater que même si je n’eus pas la popularité d’une héroïne, des gens tinrent à moi. Je postais des selfis, de mon visage encore ternis par l’accident. Je racontais aux uns et aux autres
comment j’avais survécu en n’attachant pas mon casque. Je rejoignais des groupes de personnes ayant eus des expériences de mort imminente et échangeais sur ce que j’ai traversé. Je créais une page pour les personnes comme moi, handicapées qui ne retrouveraient jamais l’aisance quotidienne pour se mouvoir, et se suffire à elles-mêmes.
De nouveau, je faisais le parallèle avec l’homme de mon imaginaire, qui part sa richesse provoquait ma dépendance, et qui me donnait l’illusion, que, sans lui je ne pourrais pas avancer. Certains jours, je pleurais par la dureté de l’épreuve, et je me surprenais à l’appeler, lui, ce bonhomme téméraire, qui a su me faire continuer d’espérer. Et un jour au détour d’une navigation, je suis tombée sur une page. Il s’agissait d’un concours, un concours de nouvelles. J’ai pris mon PC, j’ai ouvert, une page, et j’ai décidé d’exister.

L’encre sortie de la seiche, utile à l’être revêche,
Retranscrit l’esprit de l’Homme, comme les pépins d’une pomme.
L’œil cligna et se ré-ouvrit, devant l’espoir qu’offre la vie.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,