Réalité alternative

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Franchir les limites de l'imaginable et atteindre le sommet de cette montagne de la connaissance. Considérer la brebis noire et le bâtard, l'enfant rejeté et l'oiseau terrestre, car c'est dans la  [+]

Il n’était pas particulièrement tard au moment où cette histoire a vu le jour. C’était entre le moment où tout le monde se remet de ses aventures matinales et se prépare déjà aux évènements du soir. Un entre-deux qui se faisait percevoir comme un non-temps que personne ne relevait véritablement. Si j’ai voulu raconter cette histoire, c’est parce que je suis moi-même coincée dans cette sorte de temps suspendu et inutile. On me l’a soufflée à l’oreille et elle m’a fait tellement de bien que je me suis sentie obligée de vous la partager. Après vous pourriez bien vous dire qu’elle ne vous apporterait aucune réelle connaissance en science mais on m’a toujours dit que peu importait le livre qu’on lisait, ils avaient tous leurs parts de richesses et d’utilité. Que ce soient les romans de gare, les essais philosophiques ou les intermédiaires, ils sont tous issu d’une idée et d’un condensé de concentration. Bon je vais quand même essayer de vous rassurer quant au contenu de cet ouvrage. Comme je vous l’ai dit, c’est une histoire qui me vient tout droit de mes oreilles et qui n’est donc pas passée par l’étape « rationalisation et tri » auxquelles on accorde beaucoup trop d’importance à mon goût. Vous savez, on a tous déjà eu ce sentiment entre l’ambition et la dépression, on pense qu’on est capable de tout faire mais pourtant on ne fait rien. Ce moment où le monde semble à nos pieds mais où le seul problème, eh bien... c’est nous. On se dit que cette vie serait parfaite si la personne qui la mène n’était pas nous. Eh bien ce livre c’est ça : le produit de l’ambition et de la détresse de l’ennui. L’espoir que tout peut basculer. Je peux vous dire que j’en attend autant de ce livre que vous, et pourtant, je suis quand même en être l’auteur et le connaître à la perfection ! Détrompez-vous car je suis bien loin de savoir la tournure que va prendre ce livre et vous savez quoi ? Je trouve ça palpitant parce que chaque livre raconte une vie particulière et l’écrire, c’est un peu comme être une divinité qui ne sait pas encore quoi faire de cette petite vie qu’il tient entre ses mains et qu’il peut manipuler à sa guise. Je peux lui rendre la vie si simple mais à la fois si compliquée ! C’est bien ça qui rendrait ce livre intéressant et c’est bien ça qui vous rend intéressant aussi. Divorce ? Harcèlement ? Chômage ? Tracas quotidiens ? Chérissez-les comme vous chérissez la chose la plus chère que vous avez, car ce sont souvent les moments les plus noirs de notre existence qui nous forgent et qui nous ouvrent la porte vers les bonheurs les plus exquis.


Vous l’avez certainement déjà vu flâner dans les rues de Paris ou encore de Bordeaux entre deux librairies ou à côté d’une fontaine. Il y avait dans ses actions une certaine volonté de se différencier subtilement. Conserver les habitudes les moins dégradantes et éradiquer les plus communes. Elle avait le contact facile, il suffisait de croiser son regard pour qu’elle vous adresse un sourire gêné mais sincère. Il suffisait que vous veniez vers elle pour qu’elle vous réponde avec un air détaché, presque involontaire. Ceux qui la connaissait la définissait comme peu joviale et assez dépressive mais ils ne savaient pas qu’au fond d’elle, elle était surement la personne la plus positive qui leur soit donné de connaître. En réalité, elle avait réussi à se partager les tâches entre les habitudes les plus pénibles et les plus improbables : pourquoi fallait-il mélanger la joie du monde intérieur avec la banalité du monde extérieur ? Elle se renfermait donc aux agressions du monde considéré comme le monde réel pour qu’il n’altère la vraie valeur de la joie, celle qu’elle gardait à l’intérieur d’elle-même. Elle revenait souvent sur ce terme de « monde réel ». L’était-il uniquement parce qu’elle le partageait avec les autres ou parce qu’il avait une valeur supérieure au monde qu’elle avait bâti dans son esprit ? A vrai dire, quelle serait la valeur de ce monde si tout ce qu’il avait pu être créé et inventé dans une tête quelle qu’elle soit, était aussitôt abandonné dans l’oubli ? C’est ainsi que l’idée d’un monde propre à chacun lui est venue. Quand on sait qu’il existe un monde où tout nous est permis, on est tentés d’y faire tout ce que le monde « réel » ne nous permettrait pas. On imagine souvent comme on ne pourrait pas faire, c’est-à-dire qu’on se crée un monde imaginaire dans le prolongement de notre monde quotidien. Elle avait compris à quel point cette pratique nuisait à la diversité des choses et a donc décidé de ne penser qu’à l’impensable, l’inédit et l’inconcevable car ce n’est qu’ainsi que l’existence de deux mondes était possible. Le monde imaginaire ne doit pas être le fruit d’une frustration à cause d’une action loupée ou jamais exécutée. Il doit seulement et uniquement être ce que le monde réel ne nous permet absolument pas de faire. Par exemple pour vous, quelle est la chose la plus impossible à réaliser ? Si vous me répondez la richesse ou la célébrité, je prendrai ça comme un rêve que comme une vraie pensée inconcevable. Ce serait donc plus une idée propre au monde réel qu’au monde imaginaire. Une idée du monde imaginaire digne de ce nom est par exemple que vous soyez invité un dîner par votre chère amie d’enfance Naïveté et que vous vous racontiez des ragots sur ces deux existences (et non pas des personnes, ne rendez pas cette idée trop terre-à-terre quand même), qui s’appelleraient Créativité et Paupérisation.
Je ne sais pas si vous la connaissez mieux désormais mais vous connaissez déjà sa pensée. Je ne pense pas que les détails de sa vie seraient fondamentalement importants pour la compréhension de cette histoire mais je peux tout de même vous les énoncer, si votre curiosité se révèle être incontrôlable, ou alors vous pouvez toujours éviter de lire ce chapitre pour ne pas empiéter sur sa vie privée et sur le côté mystérieux qui manque en chacun de nous.

Toujours en train de lire ? C’est que vous êtes un grand curieux, mais loin de moi l’envie de vous juger. C’est vrai qu’il est dur de se défaire de cette envie de tout connaitre. On critique souvent les personnes qui enfreignent les droits à la vie privée mais on ne se refuse jamais ce petit débordement quand il ne s’agit pas de nous et encore moins quand cette pointe de curiosité n’a aucune conséquence. Enfin, si vous êtes là, ce n’est pas pour parler de vous mais bien pour assouvir votre besoin de connaissances. Vous pourriez vous sentir vexés par les termes que j’emploie mais il n’y a que le fautif qui a honte, l’innocent se contente de ne pas comprendre les offenses. Je vais garder le nom anonyme car vous le déclarer représenterait un point de non-retour et vous empêcherait toute... projection. Elle est donc née lors d’une saison de transition. Non pas que cette information soit importante mais quand on veut être en immersion dans la vie de quelqu’un autant le faire complètement. On ne savait pas trop où elle était née. A part ses parents qu’elle ne présentait à personne, comme elle aurait dissimulé un lourd secret, personne ne connaissait ses origines tant les versions étaient différentes. Certains la croyait française quand d’autres la voyait déjà passer ses vacances chez sa famille en Europe de l’Est en Lettonie, en Serbie ou en Hongrie. Non pas qu’elle voulait se rendre intéressante en racontant chacune de ses vacances dans un pays étranger pendant que les autres se contentaient de joies et petits plaisirs mondains, c’était plutôt pour essayer de rattacher sa vie à celle qu’elle avait toujours désiré. D’un côté, elle ne racontait pas non plus de choses autour d’elle étant donné qu’on lui donnait plutôt le rôle de journal intime vivant plutôt que celui de l’oratrice hors pair. Elle se concoctait donc un petit répertoire d’aventures et d’expériences à raconter si quelqu’un venait à vouloir en connaître un peu plus sur elle. Une petite soirée entre amis qu’ils ne connaissent pas au lieu de raconter qu’elle est en réalité restée plus de deux heures à regarder à quel point les abeilles se délectait du pollen des fleurs dans un parc près de chez elle. Non pas qu’elle en avait honte mais à quoi bon s’étendre sur une expérience qui non seulement n’intéresserait pas la personne en face d’elle mais qui en plus nuirait à sa réputation déjà endommagée ? Elle aimait bien mentir sur sa vie, voir son entourage se questionner quant à la réalité de ses escapades. Après tout, le mensonge n’est-il pas innocent quand il n’engage à rien ? Permettez-moi néanmoins revenir sur cette notion du mensonge qui est un bien mauvais mot pour ce qu’elle appelait un « embellissement » de sa réalité. Un mensonge qui n’engage qu’elle et qui finira plus tard dans l’oubli pour les autres lui apportera pourtant la joie d’avoir vécu, ne serait-ce qu’une minute, les rêves qu’elle met sur liste d’attente avant de pouvoir réellement les réaliser. Car oui, raconter faisait partie du processus d’achèvement de ses objectifs. De toute façon qu’elle le raconte avant ou après, qu’est-ce que ça pourrait bien changer ? De toute façon elle ne le raconterait jamais aux mêmes personnes donc qui pourrait bien se souvenir de l’histoire racontée hasardement pendant un moment de confidences avec une fille qui est loin d’être notre amie ?
Bon je m’égare toujours en revenant vers ce qu’elle pourrait bien penser mais il faut que je revienne aux grandes lignes, celles qui sont nécessaires pour dresser un portrait précis de ce personnage... Oh et puis à quoi bon, si ça se trouve ce n’est même pas une personne. Elle pourrait aussi bien être une fée qui habite dans une bobine de fil ou alors un moineau qui se prend pour un cygne. Je vous laisse l’honneur de l’imaginer telle que vous la voulez. Une lycéenne ? Oh allez ! Soyez plus original que ça ! Que dites-vous d’en faire une écharpe ? Une épingle ? Une couleuvre ou bien une marionnette ? On accorde tellement d’importance à l’apparence des choses. Je pourrais bien consacrer deux-trois pages à la réalisation de sa description tout aussi complète qu’inutile, je ne vois pas ce que ça apporterait à part vous mâcher le travail et empêcher à votre imagination tout aussi unique que débordante de s’exprimer. Vous savez quoi ? On va faire un jeu. Mon personnage sera tout sauf un humain. Ah ! Maintenant il sera inconcevable pour vous d’imaginer un humain dans ce livre. Peut-être même que vous allez être obligé de relire le début du livre... excusez-moi mais c’est tellement amusant de sortir des droits chemins ! C’est tellement simple de tout ramener à l’Homme quand on ignore ce qu’il peut y avoir d’autre. Bon pour décrire quelqu’un (ou quelque chose ? Quand pouvons-nous faire la différence entre les deux ?) il faut d’abord évoquer ses passions et centres d’intérêt. Elle aimait bien errer entre les personnes qu’elle croisait, les impressionner d’un clin d’œil discret mais efficace. Elle s’essayait au ventriloquisme de temps à autres en faisant dire ce qu’elle pense par les choses qu’elle croisait. Elle se renseignait souvent sur le comportement des autres en essayant de comprendre pourquoi eux et pas elle. Pourquoi ces différences de comportement à son égard ? Était-elle aussi intimidante que ce que les autres lui laissait entendre ? En voyant tant de différences entre elle et ses congénères et le mépris de ceux qui ne la connaissait même pas, elle aimait s’essayer aux centres d’intérêt de ceux qui la rejetaient tant. Elle savait pourtant que le moindre de ses gestes pourrait tout faire basculer et pourrait faire changer à jamais l’opinion que tout le monde avait d’elle mais les conséquences seraient bien trop lourdes. Parfois la vérité a bien plus de conséquences que le mensonge, et parfois mieux vaut la dissimuler.


C’est pendant ses longues heures de balade lente et méditative qu’elle a enfin rencontré ce qui allait la fasciner pendant les prochaines heures. Une nouvelle attraction. Elle l’avait croisé sur un port à côté de la Seine. Elle s’était dit que peut-être que cette fois-ci, elle devrait agir différemment. Elle détournait souvent le regard quand elle croisait une petite âme en peine qui était laissée sur la chaussée, écrasée par une automobile ou victime du désintérêt du monde et de l’insignifiance de son existence. Non. Cette fois-ci elle devait marquer le coup et montrer sa vraie valeur aux autres.

Montrer à tout prix qu’elle n’avait pas le visage de monstre sans âme que tout le monde se plaisait à lui donner. C’était facile de mettre sa culpabilité sur quelqu’un d’autre pour se sentir débarrasser de ce fardeau. Non cette fois, elle ne pourrait plus endosser ce rôle et le coupable ne serait plus elle mais une autre personne qui se serait montré distante aux problèmes de cette vie qu’elle s’apprêtait à sauver. On se considère toujours comme le coupable et l’innocent sans jamais souhaiter se rattacher à un des camps mais que se passe-t-il quand le coupable rejoint les innocents ? Y-a-t-il quelque chose qui peut effacer à tout jamais les crimes du coupable pour les mettre sur le dos d’un plus innocent ? De toute façon toutes ces considérations sont tellement abstraites vu que le héros de l’un fait le démon d’un autre, le bien chez les uns, fait le mal chez les autres. Comment différencier ainsi les oppositions qui scindent notre monde ? Le bien est également le mal, l’innocence est aussi la culbabilité. Il n’y a pas de contraires, il n’y a que des langues différentes, des yeux différentes et des âmes sans cesse tourmentées par la peur d’être comme son prochain mais se différencier d’un autre. La différence n’est pas une erreur de notre monde, mais une erreur que l’on créé au fond de nous.
Ainsi la Mort peut tout aussi bien redonner ce que la Vie reprend. Les inverses s’assemblent, c’est juste que nous sommes trop préoccupés à nous trouver un but ultime. Nous battre au nom du bien, contre la mort et pour le progrès. Quand on y pense, le combat au nom du Mal, contre la vie et pour la régression ne mènerait-il pas au même résultat ?
La Mort, que vous avez appris à connaître au fil de ces lignes, vous a peut-être parue plus familière. Quand nous comprenons la vie de quelque chose ou quelqu’un, il est beaucoup plus aisé de l’aimer. Nos erreurs reposent juste sur le manque de temps, le manque d’écoute de l’autre.
Apprenez à écouter l’autre et vous verrez en lui votre propre personne, plus touchante, plus intéressante et plus poignante. Non pas que sa vie vale plus que la vôtre, mais tout simplement parce que vous avez permis à son parcours et à son essence de se matérialiser dans un monde où tout n’est finalement qu’illusion et mauvaise interprétation.
A bon entendeur, je te salue et je t’écoute.
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