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Nous étions peut-être des déchets...
Des déchets humains qui avaient grandi dans la boue, dans des maisons semblables à ceux des bidonvilles.
Nous mangions toujours le même plat goutteux et fade, portions les mêmes vêtements sales, puants mais pratique.

L'envie était dans nos yeux, un sentiment que ceux à la cuillère en or ne pouvaient pas comprendre car pieds-nus nous étions, chaussure ils avaient.

L'école n'était pas accessible pour tous... on avait du blé, tant mieux ! On en n'avait pas... tant pis, alors chacun se débrouillait à sa façon car nous étions tous à la recherche du fric qui nous donnait une certaine valeur aux yeux des gens. Un mot faisait comme écho dans nos têtes... pickpocket, braquage, racket, trafic de drogues et j'en passe.
C'était l'un des seuls moyens de s'en sortir, contrairement à l'école qui exigeait du temps, de longues étapes auxquelles nous refusions de se soumettre car nous préférions les risques et les gains à l'effort ; percer dans le sport ou autre, grâce à nos rêves, sacrifices après sacrifices pour arriver au sommet mais malgré cela, la réalité nous rattrapait en nous rappelant qui nous étions réellement.
Dans ces moments, la boue se transformait en richesse... et nos larmes de tristesse en larmes de joie.

Nous étions peut-être des jouets...
Victime d'une vie qui ne nous satisfaisait pas, malgré notre chute, on se relevait et on avançait.
Certains d'entre nous n'arrivaient pas à se relever, alors ils décidaient de ramper. Or, ceux qui avaient tout perdu préféraient... le saut dans le vice.

L'état parlait de nous, en nous surnommant les bêtes enragées, assoiffées de billet. La presse, elle aussi ! En utilisant les termes les plus sombres car à leur regard, nous n'étions que des déchets ! Des produits de la déchéance, qui se sentaient étouffer dans un monde de fou.
Dans une société complètement pourri dans laquelle on avait atterrit sans l'avoir demander, le ghetto était devenu un foyer chaleureux, un coin où la faucheuse était souvent de passage.

En cas de problème, personne ne venait à notre secours, alors on réglait tout nos problèmes à notre manière car on vivait avec une justice corrompue, et une population qui pouvait lyncher à mort un voleur pris en flagrant délit.

Souvent, les armes nous posaient une question, la même question qui était, qui de nous allait suivre la mort ? Voir l'un de nos frères mourir sous nos yeux sans ne rien pouvoir faire était le pire des scénarios que nous pouvions imaginer...
On savait que l'on n'était pas né sous une bonne étoile mais ça, les porcs ne comprendront jamais car ils avaient l'objet de nos rêves.
Sortir de ce trou était aussi un rêve... inutile puisqu'on savait où se situait notre vraie place.

À cette époque, j'ai vue, vécu et entendu énormément de choses.

Je me souviens, je n'avais qu'à peine sept ans et j'étais bêtement amoureux d'une fille du nom de Vanessa. Jamais je n'aurais cru qu'elle se prostituait pour payer ses études.

Un gars du nom de Joe a tué son pote pour une histoire de vagin avec une fille qu'il ne fallait absolument pas fréquenter.

Face à nous, un jouet se pointa sur nos têtes. Attraper la balle ou éviter la balle ? Question bête puisque la mort avait toujours le dernier mot.

Avions-nous une préférence entre tuer ou être tuer ? Personnellement, je n'avais aucune idée, mais voir des mères pleurées leur fils me faisait pencher sur la première solution.

Je me souviens de mon ami le dealer. Mon ami n'avait que dix ans et vendait comme nous, il savait utiliser une arme, un cadeau de son grand frère et moi, j'étais le plus grand des voleurs malgré ma petite taille.

J'avais vécu... trop d'aventures pour un enfant tel que moi qui me rappelaient... un mot. Courir ! Aussi vite et aussi loin que je le pouvais sans me retourner car derrière, plus rien n'avait d'importance.

Fuir ou se battre pour une meilleure vie ? Une meilleure vie !? Comment pouvions-nous dire que nous éprouvions de la satisfaction ou du dégoût pour une vie que nous n'avions pas choisi ? Nous n'avions fait aucun choix, que ce soit dans nos vie, nous, la fin de notre histoire... rien...
Nous n'étions que des marionnettes... des jouets aux yeux de Monsieur Le Destin.

AN©T.IK

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