Que revendiquer...

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Moi Monsieur F.,

Avant de vous soumettre mes revendications et de les feuler haut et fort, je tiens à me présenter à vous. Pour des raisons évidentes de sécurité, je ne vous donnerai qu’un indice quant à mon véritable nom, à savoir, Monsieur F.. Je suis aujourd’hui âgé de presque 10 ans, mais je n’ai pas pris une seule ride ! Il se dit d’ailleurs, à mon sujet, que je n’ai jamais quitté l’adolescence. Est-ce la réalité ? Je n’en suis pas convaincu. Je partage ma vie avec mon frère, Monsieur G., et notre bipède de compagnie qui n’est pas toujours facile à vivre, et encore moins à comprendre.

Depuis quelque temps, mon "esclave" ne quitte plus mon petit cocon, et j’avoue que certains jours, ça m’énerve. Je dois partager mon canapé, mon lit, mon fauteuil en extérieur, enfin bref, tous les endroits confortables qui m’appartiennent, ça devient infernal, je ne suis plus le maître de maison.

Et comme si ce partage forcé ne suffisait pas, je dois subir au quotidien, ses câlins, ses « poutous », et le pire de tout, ses : ne fais pas ci, ne fais pas ça. Décidément, l’espèce humaine me fascine, mais pas dans le bon sens du terme, et je finis par croire que je suis maudit !

Vous imaginez bien que lorsque, couché sur ses épaules, j’ai vu sur son écran un panneau disant que cette semaine, le thème du concours de nouvelles était « que revendiquer », j’ai fait mine de rien, cherchant déjà un moyen subtil, voire subliminal, afin de prendre possession de son corps et de son âme, et ainsi pouvoir revendiquer mes droits, et surtout ses devoirs. Il est grand temps de remettre ma domestique sur les rails, et lui rappeler qui est votre majesté !

Comme elle n’était pas trop réveillée ce matin, je me suis dit que je devais sauter sur cette occasion, et j’ai mis en place un stratagème qui a l’air de très bien fonctionner pour le moment. Pourvu que ça dure et que je puisse aller au bout de mon plaidoyer.

Il va sans dire que je revendique, en premier lieu, de retrouver mon chez-moi ! Le partage de mes zones de repos n’est plus envisageable, et ce, même si on tentait de me soudoyer avec quelques gourmandises que ce soit. En parlant de ces petits délices qu’ils soient en bâtonnets ou liquide, j’exige la distribution de plusieurs doses quotidiennes de ces merveilles, soit minimum douze fois par jour, si c’est pour ça, j’accepte très volontiers les réveils.

Il ne sera plus envisageable de vous servir de mon estomac à des fins de frottements compulsifs de vos tibias et mollets que vous prenez pour de la flatterie. De plus, il sera désormais servi double ration d’alimentation humide, car les croquettes, ça va un moment, et la pâtée c’est moins fatigant à manger, qu’on se le dise !

Je ne tolérerai plus d’excuses de type : je suis désolée Monsieur F., il n’y avait plus la litière habituelle au magasin, tu sais c’est compliqué ces temps-ci de trouver de la silice. Non c’est terminé, vous ne m’abuserez plus avec votre sable de pacotille, même si, en effet, je préfère quand même des toilettes propres. Alors nettoyées, mais remplies de silice à l’avenir, c’est clair ?

Sinon, il sera obligatoire de me donner chaque matin ma dose quotidienne de calcium, sans que je n’aie à la réclamer et surtout, sans qu’on ne me dise : ce n’est pas bon pour toi, tu vas avoir la diarrhée ! Depuis quand un humain sait mieux que moi ce qui me convient ? Faut arrêter ce cirque immédiatement, et me sustenter.

Pour les câlins, ce sera à moi seul de décider : qui, quand, comment et surtout où ! Je dessinerai un plan de ma carcasse royale de beau gosse, en stipulant les zones : de j’aime trop, ne t’arrête surtout pas, jusqu’au : si tu tiens à la vie, n’y songe même pas. Je reste maître de mon corps et seul moi sais ce qui me fait du bien.

En ce qui concerne cette sale manie qu’ont les humains à faire des poutous, des bisous, sérieusement les gens, il va falloir vous détendre un peu, hein. Je n’aime pas ça, même si c’est pour avoir une gourmandise, ouais enfin pour ça je veux bien admettre que je les accepte, mais sinon, c’est terminé, je n’en veux plus. C’est dégoûtant, ça mouille mon noble pelage.
L’utilisation du balcon devra être optimisée. Il est grand temps de faire tomber ce filet de protection qui m’empêche d’aller gambader, à ma guise, dans l’herbe. C’est un comble de devoir revendiquer mon droit à la chasse ! L’essence même du chat est son instinct de trappeur de souris, oiseaux, chauve-souris, ce n’est pas de cueillir des baies ! Et j’avoue être gentiment lassé des insectes, ils ne sont pas très goûteux et sont trop vite avalés. Aussi, je déteste entendre cette voix qui me dit : Monsieur F. laisse cette bestiole tranquille, tu vas te faire piquer, elles sont méchantes les guêpes. Je vous jure ces bipèdes sont insupportables, si j’ai envie de me faire une petite piqure d’adrénaline, c’est encore moins choix, non mais !

Au même titre, lorsque la porte d'entrée s'ouvre, et que je décide de prendre soin de mes muscles fessiers en utilisant les escaliers qui sont mis gracieusement à ma disposition, j'estime qu'il est du devoir de mon humaine de compagnie de venir me rechercher au dernier étage, mais surtout, de me faire descendre en ascenseur ! Il ne faut pas exagérer non plus avec les efforts physiques.

Il faut aussi bannir, à tout jamais, les instruments de torture qui sont utilisés régulièrement à mon encontre. Cette chose appelée brosse, qui est servie pour : soi-disant, me débarrasser des poils morts que je serai susceptible d’avaler. Une fois de plus, si je préfère cracher des boules de poils, c’est mon affaire ! Quant à l’autre ustensile de malheur qui se nomme, je crois, coupe-griffes, je ne sais comment le dire pour être clair : ma technique de soin des pectoraux est un mélange de massages et d’acupuncture. Alors je vous en conjure, laissez-moi mes griffes bien pointues, c’est pour votre bien.

Je pense avoir rédigé une liste non exhaustive de mes revendications, car en y réfléchissant bien, je suis convaincu d’en trouver encore des tonnes. Je vais donc transmettre ce document à Monsieur G., mon ministre des affaires extrafélines afin qu’il ratifie ce traité pour signature.

Votre dévouée altesse, Monsieur F., (né SDF puis propulsé au Ritz depuis son adoption, mais ça, vous n’avez pas à le savoir).
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