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Quatorze

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Pulproman

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C'est une histoire d'amour comme les autres. Avec ce piment, ce doute, cette attraction qu'ont les histoires un peu spéciales. C'est une histoire de tendresse, de mains qui s'enlacent et de corps qui s’enflamment. C'est l'histoire de deux âmes qui résistent. Pas par principe, par envie. Ne pas tout donner trop vite, laisser revenir. Espérer une seconde fois, un second rendez-vous, une seconde chance. C'est une histoire douce.

C'est une histoire que je suis incapable d'expliquer. Une de celle qui arrive par ennui, pas par intérêt. Le fait est là : Je m'ennuyais. Dans ma vie, dans ma tête, dans mes histoires. J'ai voulu pimenter n'importe comment, avec n'importe qui. Et je suis tombée sur 14. Pas totalement par hasard, pas totalement par envie. On a utilisé pour se draguer les moyens de communication moderne. C'était pathétique et ça ne présageait rien de bon. Et puis il a fini chez moi le soir de la saint-valentin. Parce qu'il a insisté, pas parce que j'en avais envie. Je n'attendais rien de bien. Rien de plus qu'un film regardé ensemble et une nuit à baiser deux ou trois fois. Et puis j'ai été surprise. Par son approche, par son odeur, par sa douceur. J'ai été surprise que son regard me trouve belle et que ses mains me trouvent douce. J'ai été surprise de le trouver doux moi-même. Il avait exactement ce dont j'avais besoin à ce moment précis de ma vie : La douceur et la folie.

Dès l'instant où il a passé ma porte, j'ai su que l'histoire allait avoir de l'importance. J'ai su qu'il allait laissé des traces et beaucoup d'exigence vis à vis des prochains. J'ai su aussi que ce serait éphémère, ce qui donnait un côté dramatique à chaque nouveau moment. Ce n'était pas pour me déplaire, j'ai toujours aimé les drames. Il était là, chez moi, on se retrouvait face à face pour la première fois de notre vie et rien ne semblait naturel. Alors on a regardé un film. Pour occuper nos yeux et nos oreilles ailleurs que l'un sur l'autre. J'ai compris à cet instant pourquoi les nouveaux amoureux passent beaucoup de temps au cinéma. C'est parce qu'ils n'ont rien à se dire et ne savent pas comment s'apprendre. J'ai découvert 14 devant le film Drive, un soir de saint-valentin, alors que je pensais à un autre. Et c'était terriblement agréable. Là où je m'attendais à un homme sûr de lui, autocentré et pressé, j'ai découvert un homme tendre, adroit et incroyablement doux. Il m'a fait ressentir des choses que je pensais enfouies à jamais et que j'ai pris un plaisir incroyable à redécouvrir.

Et le film s'est terminé. Sur un musique douce et excitante qui collait parfaitement à la situation. Il a attendu ce moment pour m'embrasser. Il me dira plus tard qu'il m'associera à cette chanson pour les années à venir. J'ai voulu faire la maline en lui disant que moi certainement pas, mais j'ai menti. Mon cœur a un raté et mon cerveau m'impose la scène dès les premières notes.

Après ça, il ne voulait pas partir. Plus surprenant encore, je ne voulais pas qu'il parte. Bien que ma tête m'imposait de calmer tout ça, mon corps tout entier répondait à l'appel sensuel de 14. Qu'importe la raison. La passion a pris le dessus et je l'ai laissé rester. Pour être en accord avec les deux parties de moi-même, on a dormi ensemble mais pas couché ensemble. Le coucher était doux et maladroit. Il y avait cette peur, tellement intense, d'aller trop loin si nos deux corps -presque nus- s'approchaient de trop près. C'était rempli de passion, d'envie, de peur. Sensations qui ne m'ont pas permis de dormir une seule seconde cette nuit-là. Alors que lui dormait profondément, j'ai décidé de m'approcher, de créer un contact, de poser délicatement ma poitrine nue contre son dos et ma main gauche sur son épaule. Dans son sommeil, alors qu'il ne contrôlait rien et que j'étais certaine de la sincérité de sa réponse, puisque totalement inconsciente, il a fuit mon étreinte. Il a préféré le mur froid de ma chambre plutôt que la chaleur de mon corps. J'ai réalisé qu'il n'était pas là pour moi. Et je ne pouvais pas lui en vouloir puisqu'il ne devait être qu'un passe temps. J'ai réalisé aussi, et surtout, que j'avais très envie qu'il revienne pour moi. Ça m'apparaissait soudain comme une évidence. Je n'avais aucune idée de ce que j'attendais de cet homme, mais je voulais que lui attente quelque chose de moi. Je voulais sa passion et sa tendresse rien que pour moi.

Les jours sont passés, sans qu'on se voit. Je voyais ici, avec certitude, la preuve que nous n'allions jamais nous revoir. Il y avait dans cette distance quelque chose de terriblement frustrant. Je voulais finir ce qu'on avait commencé et il semblait vouloir m'en empêcher. J'ai fait ma première crise, qui m'a permis de voir que 14 était quelqu'un de très compréhensif. Mes propos n'étaient pas rationnels, allant presque jusqu'à la crise de jalousie infondée, et pourtant il était patient et tentait de me comprendre. Il a trouvé les mots pour me rassurer, j'ai attendu quelques jours puis ai trouvé des mots pour le rallumer. Et nous nous sommes revus.

Ces instants sont maintenant classés parmi les plus romantiques de ma vie. Je me les rappelle l’œil étincelant et le ventre noué, preuve -s'il en fallait- que j'ai vécu cette histoire de la plus intense des manières. Nous sommes un mardi soir et la soirée promet d'être à la hauteur. Nous sommes dans une voiture, sur un parking, face à la mer. Les premiers instants sont doux, les suivants sont torrides. Je dois me rendre à l'évidence. A cet instant déjà, je suis sienne. Les choses se passent comme je les ai imaginées quelques heures auparavant. Sa bouche, ses doigts explorent mon corps de manière à ce que je ne puisse pas y résister. Je suis brûlante, liquide, totalement dévouée. J'essaie de lui rendre ses caresses avec la même intensité. J'ai du désir, chaque pore de ma peau réclame son contact. Je le veux en moi et je crois ne pas me tromper en disant que ce désir est partagé. Mais, pour des raisons indépendantes de nos volontés, les choses tournent mal. Je suis assaillie par mes vieux démons et, avec une tendresse qui me surprend encore, il l'accepte et donne un autre ton à la soirée. Nous passons des heures à parler et écouter la pluie tomber sur ma carrosserie. Il dessine un cœur sur la buée de ma vitre. Tout mon corps se tend et je suis saisie par deux sentiments opposés. J'aime ce geste pour sa sincérité. Il me touche et allume, au plus profond de moi, une flamme romantique qui avait disparu depuis bien longtemps. Je fonds devant cette attention. Mais dans le même temps, je m'en méfie. Ce dessin, tout comme notre relation, a ce caractère éphémère qui m'effraie maintenant que nous en sommes là. J'ai peur de ce qui m'a plu lors de notre première rencontre : Qu'il ne soit pas là pour moi.

Trois jours plus tard, je suis devant chez lui. Me disant que c'est trop tôt, qu'il va voir, par ce geste, que je me suis attachée et que, déjà, je ne veux plus partir. Je suis passée échanger quelques secondes, quelques mots, quelques baisers. Et c'est exactement ce qu'il me donne. On se raconte nos derniers jours, il me tient les mains car il sait que les miens ont été particulièrement difficiles. Il est attentionné et pose sur moi un regard bienveillant qui me rassure. D'un coup, je suis sereine. Je n'ai plus peur du prochain rendez-vous, plus peur qu'il ne soit pas là pour moi. Ses gestes et son sourire parlent pour lui. Il m'embrasse avec assurance, avec certitude. Mais surtout, avec sincérité. Pour la première fois, j'ai la sensation que nous savons tous les deux ce que nous voulons : Une belle histoire, remplie de passion. Je pars en lui disant à bientôt.

Nous ne nous reverrons jamais.

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