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QUAND VIENDRA DEMAIN.......

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Petit soleil

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J'avais écrit un texte, plus court, que certaines et certains de vous ont déjà lu. Je l'ai remodelé et j'espère vos commentaires. MERCI D'AVANCE


L’ambulance s’immobilise. Beaucoup de lumière bleue qui attire les passants. Elle est là. Sur les marches. Un des hommes s’approche, il lui touche le bras délicatement.. Son visage est marqué, l’arcade sourcilière entaillée. Il l’observe, lui parle doucement. Elle est hagarde, comme dans un brouillard difficile à dissiper. Elle est anéantie et pourtant soulagée. Elle a eu tellement peur lorsque son mari l’a saisie par les cheveux en lui tapant la tête contre les carrelages. Elle ne pouvait s’empêcher de hurler. Ce sont ses cris qui ont stoppé le geste de trop.

Il s’est arrêté à temps. Quelques secondes en plus et les flics l’embarquaient. Heureusement qu’il a pu sortir par le jardin. Il rentrera tout à l’heure, lorsque tout redeviendra calme. En attendant, il va se payer une bière dans sa taverne préférée.

Il sait qu’elle n’osera pas porter plainte. Il sait qu’il la tient. Elle n’a rien.
La dernière fois, elle est revenue à la maison sans broncher. Bon, il y avait été un peu fort, il le reconnaît, mais elle n’avait qu’à obéir, cela n’arriverait pas. Elle fait tout de travers et rien n’y fait, cela recommence à chaque fois. Il faut bien qu’elle puisse comprendre que c’est lui le maître et rien que lui.
Ce sont les voisins qui ont appelé la police. Bande de cons. De quoi se mêlent-ils ?

«-Venez, madame, on va vous soigner » l’ambulancier la soutient.

Tout le monde est dehors. En découvrant son visage tuméfié, ils sont sûrs d’avoir pris la bonne décision. Il y avait tant de cris.
Ils en ont tellement entendu durant ces derniers mois. Cela ne pouvait plus continuer. Le nombre de fois qu’ils ont vu leur voisine sortir, le regard si triste, le visage marqué. Cela n’allait jamais plus loin qu’un bonjour ou un bonsoir parce qu’elle n’avait pas le droit de parler à qui que ce soit, mais cela, les voisins ne le savaient pas. Ils avaient tenté à plusieurs reprises de nouer un contact. Elle s’éclipsait aussi vite.

Ils ne savaient pas ce qu’elle endurait. La privation de liberté, parfois la privation de nourriture. Les coups. Les viols. Il l’enfermait durant des semaines entières. Il faisait sa liste et elle devait obéir et le servir. Peu de repos. Un harcèlement moral et physique qu’il répétait inlassablement.
Il fallait qu’elle recommence, encore et encore les mêmes gestes. Tout devait être impeccable que ce soit pour son repas ou pour la maison. N’importe quel prétexte était bon pour la terrifier. Elle savait alors qu’elle y aurait droit.

En fait, il y avait très peu de personnes au courant. Uniquement les voisins, et elle s'en rendait compte maintenant qu’elle avait eu beaucoup de chance aujourd’hui. Ceux qui ont appelé les secours sont nouveaux. Il n’y a que quelques mois qu’ils sont là. Les autres n’ont jamais bougé.

Elle avait bien des parents.

Il avait coupé les ponts avec tout le monde et de manière si subtile que personne n’avait voulu reprendre contact avec elle. Si, ils avaient su ! L’isolement était total. Il s’y était pris par petites touches, insidieusement, lui faisant porter le chapeau de ses nombreuses critiques, jusqu’à rompre les liens. Depuis lors, elle se retrouvait coupée du monde. Pas de téléphone, aucun contact. Lorsqu’elle sortait pour faire des courses, tout était minuté, tout était organisé. Il était hors de question d’avoir cinq minutes de retard. Au moindre faux pas, les coups tombaient.

Elle monte dans l’ambulance. Tout son corps lui fait mal. Elle a l’habitude.
La dernière fois, elle était enceinte de deux mois. Il l’avait frappée dans le ventre, encore et encore. Il l’avait regardée avec ce sourire sadique qui le caractérisait.
« -T’avais qu’à obéir. Et puis ce môme, je n’en veux pas. »

Elle se rappelle encore les premiers mois après leur rencontre. Il était doux, attentionné. C’était l’amour, celui qu’elle espérait. Elle avait alors rêvé de ce couple merveilleux et de leurs enfants. Prendre ce petit bout d’eux dans les bras et vivre le bonheur. Tout avait chaviré après leur mariage. Tout absolument tout. Il s’était transformé. Docteur jeckyll et mister hyde. Il n’y avait plus que hyde maintenant.

Elle avait perdu le bébé. Elle n’avait pas osé porter plainte et donc deux jours plus tard, elle était rentrée à la maison. Et tout avait recommencé.

Elle en était là de ses réflexions. Qu’allait-elle faire ? Elle n’oserait pas, elle le savait. Toutes ses menaces sans arrêt. De la retrouver, de la persécuter, de la tuer.
Il lui avait tellement répété ces mots qui résonnaient dans sa tête : je te tuerai. La peur la figeait. Ce point qui se nouait dans l’estomac. Le manque d’air qui suivait. Les tremblements. Comment faire, où aller. Elle se sentait à bout de forces. Au bout de tout. Une énorme lassitude et cette terrible envie de tout laisser tomber. Il ne l’avait pas tuée cette fois. Peut-être la prochaine, mais pas cette fois. Il arrivait souvent qu’elle le souhaite. Deux sentiments qu’elle ressentait lorsqu’il la frappait : l’envie de s’enfuir et de l’autre côté, l’envie d’en finir. Que tout s’arrête une bonne fois pour toutes.

L’hôpital était en vue. On allait la soigner, on allait peut-être l’aider. Mais elle connaissait la chanson. Ce n’était pas la première fois. Constater les sévices, porter plainte, tout cela était très bien, mais après, parce qu’il y avait un après. Qu’allait-elle faire après ? Se cacher, se terrer comme une bête ? Elle avait essayé une fois et il l’avait retrouvée. Le retour de flamme avait été terrible. Elle n’avait rien, pas d’argent, pas de moyens.

Il y avait bien cette association qui prenait les femmes battues en charge, mais la liste était longue et il faudrait du temps. La seule solution, et elle le savait, serait de changer d’identité. Il n’y en avait pas d’autres. Avec un conjoint qui travaillait au service des impôts et qui était bien vu de sa hiérarchie, il n’y avait pas d’autre option. Tout tournait dans sa tête. Changer d’identité voulait dire aussi qu’elle ne pourrait pas reprendre contact avec ses proches. Ils lui manquaient tant. Elle se demandait comment ils allaient. Elle revoyait souvent l’image de sa maman. Sa mère montrait difficilement ses sentiments, mais les larmes avaient coulé lors de cette dernière dispute. Peut-être avec le temps pourrait-elle les revoir. En prenant des précautions, tout était possible.

Le médecin l’a prise en charge. Radio du thorax et du visage. Nez cassé pour la deuxième fois ainsi que deux côtes. Ils la garderont au moins jusqu’au lendemain. Une commotion étant toujours à craindre.

Le lendemain matin, Élyse arrive.

Élyse c’est la bénévole qui fait le nécessaire pour sortir les femmes battues de leur calvaire. Elles s’étaient déjà entretenues à plusieurs reprises. À chaque fois, le même discours. Il ne faut plus vous laisser faire. Il faut partir.

Si tout cela pouvait se faire d’un coup de baguette magique. Ouvrir la porte et s’en aller. Sans peur. Sans crainte. Mais on ne part pas comme ça quand on n’a rien devant soi. Mais on ne part pas comme cela quand le conjoint est un sadique tortionnaire qui cache bien son jeu.

Elyse est là. Elle la rassure. Elle a envie d’y croire cette fois même si cela tient du miracle. Elle se sent mieux. Il faudra encore un peu de temps, mais l’espoir est là. La seule chose qui l’inquiète c’est qu’elle va devoir retourner chez elle. Pour quelques jours. Élyse lui a promis. Elle lui a donné un téléphone portable qu’elle va devoir cacher. Ce sera le lien, le seul et l’unique, pour connaître le moment où elle pourra enfin s’échapper de son enfer. Elles communiqueront par textos et toujours à des heures où cela ne mettra pas sa sécurité en danger.

Elle se voit déjà, libre, seule. Il lui faudra apprivoiser cette liberté. Ne plus avoir peur, ne plus trembler. Réapprendre à regarder les autres sans baisser les yeux. Elle se projette. Pouvoir parler à quelqu’un, échanger.

Un léger sourire. Un pétillement dans les yeux. Elle est jolie, mais ne le sait pas, ne le sait plus.

Elle va donc rentrer chez elle. Le cœur un peu plus léger. Juste un petit peu parce que la peur restera là, entière. Quelques jours à tenir. Elle va tout faire pour ne pas déclencher sa colère. Être attentive, gentille et serviable.

La plainte est déposée. Les policiers ont promis d’attendre qu’elle soit prise en charge avant d’entamer d’autres démarches.

Deux jours plus tard, elle passe le pas de la porte. Elle tremble. Tout tourne dans sa tête. Ce retour dans l’enfer est terrible. Personne ne peut imaginer. Elle a beaucoup réfléchi à l’endroit où elle le cachera. Il ne faut pas qu’il trouve le téléphone. Elle va le coincer avec du scotch derrière l’armoire du cellier. Elle a vu Elyse juste avant son retour. Elle y croit dur comme fer, cette fois, elle réussira....


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Nadine Gazonneau · il y a
Un récit d'une réalité qui malheureusement existe et revient inexorablement . Un récit plein d'émotions profondes .les associations font un travail remarquable et donne l 'espoir qui est présent à la fin de votre histoire Petit Soleil.
Je préfère cette version à la première que j 'avais aussi lue et commentée .

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Chantal Noel · il y a
Une réalité hélas. Fuir et ne jamais accepter. Bravo pour votre texte.
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F. Gouelan · il y a
La fin est différente de ma première lecture. L'espoir est au rendez-vous et cela fait du bien.
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Benadel · il y a
Une histoire qui prend les tripes
Et ma pleine adhésion s'y extirpe

Merci de votre passage chez moi

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Brigitte Héquette · il y a
Beau texte soit ..... mais dure réalité ..... que ce récit puisse aider certaines femmes et leur donne néanmoins de l'ESPOIR en L'AVENIR ... on peut avoir de belles surprises dans cette vie .... Merci Chantal de tous ces jolis textes et du regard que tu portes sur ces différents sujets de notre société.
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Geny Montel · il y a
C'est terrible ! Et cette femme ne peut même pas prendre le risque de divorcer car elle sait que la vengeance de l'homme la conduirait certainement à une mort certaine...
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Michele Barrachin · il y a
Triste réalité!
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Michel Allowin · il y a
Parvenir, peut-être à sortir du piège conjugal
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Utilisateur désactivé · il y a
Beau texte qui correspond bien, malheureusement, à une réalité très répandue. L'espoir à la fin est bienvenu: il y a en effet des dénouements positifs.
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Francine Lambert · il y a
Plus étoffé, votre récit gagne en crédibilité et le lecteur se sent davantage impliqué Petit soleil, je préfère cette version. Quant à la fin, elle ne me dérange pas car elle ouvre sur un espoir et atténue un peu l'horreur de la situation.
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