Qu'a-t-il fait pour mériter cela ? (Deuxième partie)

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J'ai 70 ans, mais ne le dites à personne. En fait je suis de l'école d'Henri-Pierre Roché, d'abord m'adonner à fond à ma vie professionnelle (j'étais prof d'anglais pendant 40 ans, et ça m'a  [+]

* * * * *

Comme il a bien fait de s'arrêter tout à l'heure ! Et quelle belle illustration de l'adage Apaiser une âme angoissée c'est le plein de soleil pour la journée. En plus, quel bon moment chez cette charmante nourrice ! Pas seulement parce celle-ci, qui l'a vu à la télé, l'a reconnu et célébré avec enthousiasme (une ou deux caresses dans le sens du poil, ça ne peut pas faire de mal !) mais surtout parce qu'il a régné chez elle une atmosphère chaleureuse et conviviale. A preuve, cela fait maintenant vingt minutes qu'Olivier a repris le volant et il l'a encore sur la langue la piqûre parfumée de la petite prune qu'elle leur a servie ; et ils sont toujours dans ses oreilles les petits mots doux et les rires joyeux égrainés à sa petiote par sa maman soulagée ; et elles ne veulent pas se décoller de sa rétine les risettes que lui a faites la fillette – sa dernière conquête..

Une chose est sûre, il est content de l'avoir aidée, cette jeune femme en détresse (encore que vieille et laide, il ne l'aurait pas davantage laissée sur le bas-côté, mais que voulez-vous...) Il faut dire qu'avec elle il est particulièrement bien tombé : simple, nature, vraie, drôle, pleine de vie... Oui, vraiment providentielle, cette panne ! Elle qui les a rapprochés, comme soudés, au cœur d'une parenthèse temporelle aussi imprévisible que magique. Une rognure de temps qui n'a pas excédé la demi-heure mais qui dans sa dilatation a frisé l'éternité, et qui semble découpée à même un univers parallèle où elle et lui auraient vécu côte à côte depuis toujours, où elle et lui continueraient à vivre ensemble pour toujours. La poitrine gonflée, l'esprit plus léger qu'un vol de papillons, il en exulte encore intérieurement. C'est que cette jeune personne pas comme les autres a su faire naître en lui la plus belle des musiques. Non, rien de rien, non je ne regrette rien, chantonne-t-il. Enfin, à la réflexion si, une chose quand même : ne pas avoir pu lui exprimer tout ce qu'il ressent - de vive voix, d'âme vive...

- Eh, oh ! Tout doux mon gaillard, tu roucoules, tu roucoules et tu ne connais même pas son nom, à ta dulcinée ! Enfin, son nom..., son prénom je veux dire– parce que du Madame Zerbib, elle lui en servi jusqu'à plus soif, la nounou. Et tu sais quoi, avoir des pensées pareilles pour une fille dont tu ignores le petit nom et qu'en plus il est précédé de « Madame », c'est pratiquement du viol. Et mets-toi bien dans le ciboulot qu'il y a un Monsieur Zerbib dans l'affaire. Et aussi une petite Lily, qui a besoin de son papa, un papa qui doit être bien fier d'elle (sûr que moi je le le serais si c'était ma fille...) C'est quoi cette histoire, tu ne vas quand même nous faire un remake frenchie de « Sur la route de Madison »! Et puis Anya, t'en fais quoi d'Anya ?

Hélas, ouaille rétive à son propre prêche, Olivier échoue à chasser de son esprit cette Madame-Zerbib-qui-n'a-pas-de-prénom, sa peau de pêche, son sourire de fruit défendu...
Il grince des dents. Bon sang, comment s'en désenvoûter ? Comment transformer ce fantasme tentateur en un simple souvenir, agréable, nostalgique peut-être, mais nettoyé de toute connotation sentimentale ou sexuelle ? Il fronce les sourcils. Peut-être conviendrait-il de substituer à cette fraîche image de Belle des Champs celle - classique, sereine, irréfutable - de la beauté d'Anya, son Ava Gardner à lui...

Anya, Anya, la plus belle femme du monde ! Tu le lui répètes à longueur de temps, au prix à chaque fois d'un petit rire moqueur. Ce n'est pas pour la flatter c'est juste l'expression obligée de l'évidence même. Les lignes pures de sa silhouette, son visage d'Aphrodite, les deux lacs émeraude de ses yeux félins, l'arc voluptueux de ses lèvres à la fois sages et provocantes, le timbre légèrement cassé de sa voix veloutée, sa distinction naturelle, tu en as d'abord rêvé comme tout le monde avant de t'en abreuver au quotidien et de ne plus pouvoir t'en passer. Dix ans qu'Anya Pedersen a déferlé, d'abord dans l'univers de la mode puis dans celui du cinéma. Dix ans que tous les mecs – dont toi - sont la langue pendante, captifs de ses charmes. A une différence près – et de taille -, c'est dans tes bras à toi qu'elle est tombée et dans ceux d'aucun autre. Tu te rends compte, vieil idiot, tes bras à toi ! Elle qui a reçu deux Césars, Elle qui vient d'être nommée à l'Oscar du meilleur rôle féminin. Elle qui a été élue l'actrice la plus sexy de l'année par les lecteurs d’Écran Large. Une comédienne que se disputent les plus grands, et qui sait aussi faire rire et pleurer le grand public, dont on parle pour le prochain « James Bond ». Et qui refuse, pour ne pas t'incommoder, de tourner avec ces obsédés de Kechiche et de Lars von Trier... Belle intérieurement par-dessus le marché, fiable, modeste et généreuse. Et c'est cette femme merveilleuse, qui veut bien de toi dans son lit et dans son cœur, que tu voudrais t'aliéner ! Cette icône vivante soumise à toutes les tentations mais qui a, pour tes beaux yeux (mmouais, bof !) la vertu d'y résister (elle le dit, je le sais, je le sens...) Non mais tu t'es vu, Olivier Guérin ? Gaffe à la gaffe, mec ! Céder à une pulsion passagère (gros soupir...) pourrait te coûter très, très cher. Et du même coup à ta Belle des Champs...

* * * * *
Défilé à l'accéléré d'immeubles blafards ; à gauche, à droite, grouillement de voitures fébriles, de camionnettes piaffantes ; entre les deux, convoi sauvage de motards cuirés, lunettés et casqués qui zigzaguent en cascadeurs : il est sur le périphérique ! Et sur la troisième voie encore ! C'est un choc : perdu dans ses pensées, il s'est joint à ce manège désenchanté sans même s'en rendre compte ! Attention mon petit Olivier ! Une menace d'accident mortel par jour, c'est plus qu'il n'en faut.

Fin du pilotage automatique, enclenchement de la conduite responsable. Ah ! Le Périph' aux heures de pointe, il ne s'y fera jamais ! Sauf que ne pas le prendre rallongerait le trajet de près de vingt minutes. Et même en cas de bouchon ou de ralentissement, il gagne du temps. Un coup d’œil au compteur : 85 km/h ; la vitesse est limitée à 70 mais que faire d'autre, il suit le flot. Presque aussitôt ça ralentit : quand on parle de bouchon on en voit la queue ! « Porte des Lilas : 9 minutes », assure un panneau lumineux. Ça va, juste un petit engorgement.
Complètement à l'arrêt, Olivier, qui s'est mis à tapoter son volant, bat le rappel de la zénitude : il fait craquer ses doigts puis, tout en prenant une longue inspiration, étire ses bras par-dessus sa tête. Gymnastique qu'il fait suivre d'un exercice d'observation : pour commencer, déchiffrer le slogan publicitaire sur les portes arrières de la fourgonnette de devant : « Chez Pedro's. Authentic French Tapas. Mmmouais ! Un regard dans le rétroviseur maintenant. Seul dans son habitacle, le chauffeur du SUV qui lui collait l'arrière-train est très affairé : il se cure la narine droite et, écouteurs dans les oreilles, postillonne en même temps des propos véhéments quoique muets.
Bien joli tout ça mais les minutes s'écoulent et la situation reste bloquée. La gamberge en profite pour effectuer son retour : des images fugaces d'un bonheur qui aurait pu être lui zèbrent à nouveau la ciboulot. Entre autres, celles d'une bouille rondelette mangée de fossettes qui lui fait risette

Un bébé...

C'est vrai, tiens, un bébé... et pourquoi pas ? C'est bien la première fois qu'il y pense... Un peu surpris par lui-même, Olivier ! Mais quoi de plus naturel après tout ? Il a 35 ans, Anya 32, ce serait pile le moment.
Il esquisse un sourire qu'efface aussitôt le coup de gomme d'une moue dubitative : Olivier papa..., ouais. mais Anya maman..., mmmouais... ! Parce qu'Anya, sa vie, c'est à son art qu'elle la voue. Et la condition sine qua non pour l'exercer comme elle le conçoit - elle a toujours été très claire là-dessus -, c'est pas de fil à la patte, donc pas d'engeance sous leur toit. Non qu'elle n'aime pas les enfants mais le problème, c'est qu'elle déteste faire les choses à moitié. Et à supposer qu'elle devienne mère, la connaissant, elle le serait à cent pour cent. Or la notion de deux cents pour cent n'existant pas (elle fait déjà du cent vingt-cinq pour cent avec son amour pour lui !), sa vie est et restera exclusivement consacrée à sa carrière, donc libre de toute obligation autre que professionnelle : surtout ne passer à côté d'aucune offre intéressante, ne rater aucune occasion de se glisser dans la peau – et dans le cœur - de ces personnages en trois dimensions qu'elle affectionne tant. En prime, sachant qu'ensuite ils ont tendance à se raréfier, elle entend accumuler les beaux rôles avant la quarantaine. Dans ces conditions, leur amour, aussi fort et sincère soit-il, ne peut exister que dans ce cadre précis. Sinon, lui a-t-elle dit aux jours de grandes confidences, elle en aurait le cœur brisé mais elle le quitterait.
Ah ! Il la connaît à l'avance, sa réponse. Elle qui fut à l'écran la mère douloureuse de « Fleur de viol » ne sera jamais celle du « Fruit de l'amour » dans la vie réelle !

Bien embêtant tout cela...

Dans la prison de son habitacle, Olivier est doublement bloqué. Par un amas de véhicules à l'extérieur, par un afflux de principes, d'émotions et de désirs antagonistes à l'intérieur.
Il s'est remis à pianoter sur son volant quand soudaine, inattendue, une lueur d'espoir se rallume. Son combustible ? Un bon vieil aphorisme, « Seuls les ânes ne changent pas d'avis », qui vient de lui traverser l'esprit. Ses doigts se détendent : Anya Pedersen n'a rien de ces quadrupèdes ongulés, pour autant qu'il sache ! En vertu de quoi ne pourrait-elle pas revenir sur sa décision ? D'autres l'ont fait avant elle – et pas des moindres ; Huppert, Balasko, Birkin, pour ne citer qu'elles, n'ont-elles pas eu des enfants sans que leur carrière en souffre ? Isabelle Carré n'a-t-elle pas eu un bébé à 37 ans sans qu'elle disparaisse des écrans ni aligne les navets ? Sans parler d'Angelina Jolie et ses six rejetons..., mais bon, là ce serait peut-être pousser le bouchon un peu loin. Parce qu'en plus, il ne doit pas se mentir, une ribambelle de mouflets, cela ne ferait pas bon ménage avec son travail... à lui ! En revanche, pour un enfant unique, une petite fille par exemple, il serait partant. Avec pour mère une femme merveilleuse, douée - il est bien placé pour le savoir - d'une énorme faculté de tendresse doublée d'un grand sens des responsabilités (le même, d'ailleurs qui lui commande de ne pas procréer). Et pour père, le dénommé Olivier La Horgne, casanier par force et sugar daddy au foyer potentiel par choix, permettant de ce fait à l'incomparable Anya Pedersen enchaîner les tournages. Ultime cerise sur le gâteau (tiens, il n'y pense que maintenant,) la joie et sa fierté de madame sa mère...
Bon ! Voilà des arguments frappés au coin du bon sens. Il n'y a plus qu'à convaincre l'intéressée. Plus qu'à ? Bon courage, mon petit Olive ! Eh oui, comment faire ? Il ne va quand même pas lui passer en boucle Lucien Baroux et son « Mais faites-le ma parole sans penser qu'il aura la coqueluche ou la rougeole » ! Bah ! On verra bien. Petite crispation des lèvres. Puis, la minute d'après, nouveau relâchement de l'orbiculaire : sur le fond de son pare-brise vient de s'animer une image pastel fondant, Anya et lui tenant par la main la petite, la petite...? La petite...Valentine . Oui, c'est cela, comme le personnage inoubliable qu'incarnait admirablement Anya dans « Le Spleen des oiseaux », le film qui l'a fait connaître.

- Ah ! Enfin ! Ça redémarre.

* * * * *

20 h 30 à l'horloge du tableau de bord, bientôt la fermeture, juste à temps malgré tout pour ses emplettes au bureau de tabac et à la boulangerie de la rue de Belleville. Cinq minutes plus tard, la Volvo est garée (en double file, mais bon...) devant Le Balto. Dans la boutique, il achète rien moins que six quotidiens. Le patron, qui vend de moins en moins de presse écrite, affiche une mine de ravissement étonné, presque de gratitude. Heureux par ricochet du petit plaisir qu'il vient de lui faire, Olivier lui adresse un « Bonne soirée » loin d'être vide de sens, sort du magasin pour pénétrer aussitôt dans celui d'à côté, sa boulangerie d'élection. Miracle, il y encore du pain à l'ancienne, son préféré, et tout chaud pour ne rien gâter (mais combien font-ils de fournées par jour, ces bienfaiteurs de l'humanité ?) Côté pains au raisin, c'est moins positif, il n'y en a plus... mais ces petits choux feront l'affaire pour le petit déjeuner. « Et avec ça ? », lui ramage la boulangère aux joues agréablement rebondies. « Ce sera tout », lui roucoule-t-il, suave.
Son butin déposé à la place du mort, il redémarre et prend tout de suite à droite dans la Rue Piat, une artère plus étroite et plus calme que la rue de Belleville, à deux pas du plus jeune des grands parcs de Paris. C'est là que, lorsqu'il ne squatte pas chez Anya, il vit sa solitude active de célibataire intermittent. Non mais j'y crois pas, elle est libre, cette place de parking ? ! A deux pas de la baraque ? Deux pas dont son esprit encore bouillonnant tire profit pour lui renvoyer tout un kaléidoscope d'images : le rôti de bœuf à l'ail qu'il s'apprête à découper ; le jeune Suédois de Chez Titi ; la Belle des Champs et sa Shirley Temple ; le fantasme d'Anya en mère idéale. Sur quoi vient se superposer, clignotant comme une enseigne lumineuse dans la nuit, l'effroyable vision de cet infime fragment de temps où tout a failli basculer... Failli, car en définitive car l'accident fantôme n'aura exacerbé chez lui que son bonheur d'être au monde.

Il n'a pas encore tapé la moitié de son digicode que la porte s'ouvre sur Madame Lefort, la voisine du dessous, accompagnée de son inséparable Mimile. Grand bonsoir, échange de banalités sympathiques et souhait de bonne balade. Comme tous les soirs de beau temps en effet, cette aimable dame est en route pour le parc où, plutôt que de comater devant TF1, elle aime à se dégourdir les jambes. Quant à Mimile, qui lui sert de consort, ce n'est autre qu'un... chat, l'un des rarissimes représentants de son espèce qui se laissent driver au bout d'une laisse.

Dans la boîte aux lettres une facture, un avis de passage du facteur et, génial ! Une carte postale de Malte. Waow ! Et une ancienne en plus ! Et en noir et blanc ! Olivier la regarde de plus près : portant la mention « Entrance to Grand Harbour », le recto affiche une vue du port historique de La Valette. Ah ! Elle le connaît bien Anya, lui le cartophile-philatéliste invétéré. Il retourne le carton. Ma parole ! Le timbre ! Mais on dirait bien que c'est 1e, oui, c'est bien le 1 shilling noir de 1927 ! Il l'a en neuf mais pas en oblitéré. Pas possible ! Comment a-t-elle deviné ?
Eh ! Oh ! Au fait, qu'est-ce qu'il y a d'écrit ? Piqué par la honte, il passe d'un coup du superficiel à l'essentiel : volutés au stylo Mont Blanc avec l'élégance que sa bien-aimée met en toute chose, ses mots dansent devant ses yeux : « James Gray adorable mais partenaire énervant. Je t'expliquerai. Tu me manques. Mais... plus pour très longtemps ! Ton Anya ».

Deux minutes plus tard, le cœur pareil à la plume d'un martin-pêcheur, il déverrouille la porte de son appartement, dépose sur la table de la cuisine les clés, le courrier, le sac avec le pain, les petits choux et les journaux. Il ne pense plus du tout à la belle des Champs !

Au menu, tian de légumes grillés arrosé d'un petit verre de Baux de Provence rosé bien frais, le tout sublimé par du bon pain tout juste sorti du four. Voilà qui devrait conclure en beauté cette journée pas comme les autres.
Laissant le micro-ondes s'activer, Olivier dispose les couverts et décide de mettre en bonne place le souvenir d'Anya. Ce sera face à lui, adossé au bol à fruits. Il hésite un instant : au recto ? Au verso ? Allez, au recto ! Le décor en est de pierre mais rien ne l'empêche d'y superposer en pensée une image de chair.. A sa droite, il dépose les six journaux ; il les lira en mangeant (Espérons qu'ils ont aimé...).
Ding ! Le plat de Monsieur est annoncé. Une minute plus tard, le parfum des légumes gratinés lui titille les papilles. Un peu chaud le tian peut-être... mais il a une bouche et des lèvres pour souffler et du rosé pour éteindre le feu du palais. Encore un regard à la carte postale : au pied d'une épaisse muraille en noir et blanc, une Anya en couleurs, l'air mi-grave mi-amusé auquel il n'a jamais su (ni voulu) résister , lui cligne de l’œil...

* * * * *

- Bon, voyons ce que ça dit. Il ouvre d'abord Le Monde, le feuillette d'un doigt impatient, s'arrête sur le supplément littéraire... Ah ! Voilà :

On avait baptisé Olivier La Horgne Olivier La Hargne. Avec « Le Pays où l'on arrive toujours »,
son dernier roman (?), ce serait plutôt Olivier la Mélasse, tant le Goncourt de l'an passé à troqué le fiel pour le miel. De manière aussi soudaine qu'incompréhensible, le « Houellebecq au carré » s'est mué en un pâle confectionneur digne de la série Harlequin et l'auteur engagé en conteur de salon sans cause. La nouvelle ambition de la Horgne serait-elle de ratisser large ? Il semblerait que oui. Malheureusement pour lui, si tel est le cas, l'auteur prisé de « A cru » et de « Knout Party  » court à la déconvenue. Le bouche à oreille ne saurait être que destructeur car qui pourrait bien conseiller, sauf à son pire ennemi, un recueil de mots creux où tout sonne faux du début à la fin ? Le projet d'Olivier La Horgne, pour reprendre ses propres mots, était de produire une autofiction passée au crible du fantastique quotidien, Il n'aura accouché que d'une suite inepte de bons sentiments et de clichés sur la jeunesse. Le ridicule ne tue pas, tant mieux pour l'auteur, mais tant pis pour ceux qui auront mordu à l'hameçon de sa notoriété. Pour sa part, votre serviteur aura fait son devoir de lanceur d'alerte littéraire, ce livre, ni fait ni à faire, est à fuir de toute urgence. Aimé Mortier (Le Monde)

Merde alors, il n'a pas aimé, Mortier. Et, en plus, il ne mâche pas ses mots, le salaud ! Olivier ne comprend pas. Il avait pourtant loué sans réserves ses deux premiers romans.

Soudain, une angoisse : Pourvu qu'ils ne se soient pas donné le mot ! Fébrile, il ouvre tour à tour – et à toute allure - Le Figaro, Le Parisien, Libération, L'Humanité La Croix : Catastrophe ! Si, ils se sont bien donné le mot ! Nul besoin d'aller longtemps à la pêche aux formules vachardes : elles s'accrochent de suite à l'hameçon de ses yeux :

* Existe-t-il encore un comité de lecture chez Gallimard ? On peut en douter car comment peut-on éditer une telle purge, sauf à tabler sur le fait que cet écrivaillon (reconnaissons-le, il a été un écrivain) qui s'est vu décerner le Goncourt, vendra sur son simple nom. C'est franchement nul, Marc Lévy à côté c'est Dostoïevsky. Charles-Henri Varseau (Le Figaro)

* La référence, ce n'est plus Houellebecq ni Édouard Louis, mais André Dhôtel et son « Pays où l'on arrive jamais », cette féerie illisible au-dessus de douze ans. Le nouveau roman de la Horgne n'est donc plus un « Extension du domaine de la lutte » en plus engagé ni un « Eddie Bellegueule » en plus rageur (si tant est que ce soit possible), mais bel et bien un sous-« Grand Meaulnes », ce qu'était déjà l'ouvrage un tantinet gaga de Dhôtel, et peut-être même pire encore, un sous-« Pays où l'on arrive jamais ». Erica Althoff (Le Parisien)

* Olivier La Horgne se penche sur son passé mais il penche tellement que tout l'édifice s'effondre dès la page 50. Arnaud Maurice (Libération)

* Où est passé l'engagement de La Horgne ? N'y a-t-il plus rien à dénoncer dans notre société ? La distribution des richesses serait-elle devenue équitable sans qu'on s'en aperçoive ? En tout cas, l'auteur semble renoncer à la prise de risques et préfère s'adonner à un voyage (inintéressant) dans ses jeunes années. On a lu cela vingt fois. Et le faire dans un style poético-quotidien suranné ne fait qu'irriter le lecteur qui s'attendait à plus d'audace de la part de celui qui, dans « Knout Party » défia l'ultra-libéralisme. Une démonstration de plus de l'inanité des prix littéraires. A peine un auteur se voit-il couronné, devenu le chouchou des médias qu'il se croit autorisé à débiter des fadaises nombrilistes. Que ceux qui avaient évité La Horgne jusque-là, les concierges, les boy-scouts et les amateurs de cucuteries se ruent sur ce dernier avatar de chez Gallimard : il est à leur portée. Tristan Gueldres (L'Humanité)

* Style exagérément précieux, analyse psychologique besogneuse, affligeante banalité du propos, pseudo réenchantement du quotidien, bons sentiments à la louche, c'est le Titanic de l'actualité littéraire ! A fuir comme la peste. Et si vous avez du goût pour la « Peste », alors lisez, préférez celle de Camus. C'est autre chose ! Emmanuelle Saint-Agnan (La Croix)

Le tian, qu'il a tourné et retourné dans sa bouche sans l'avaler, a pris un goût de savon. Il est dégueulasse en fait ce pâté de légumes !
La nausée le saisit. Il a juste le temps d'atteindre la poubelle et vomit. En sueur, il se passe la tête sous l'eau, et sans se sécher revient à la table, de laquelle il envoie valdinguer journaux, assiettes et couverts avant de s'affaler sur le plateau, la tête sur les bras croisés.

Mais qu'est-ce que j'ai a fait au bon Dieu pour mériter ça ?


Anya, sa mère, la serveuse, Sven, l'auto-stoppeuse et sa fillette, la nounou, son buraliste, sa boulangère, sa voisine, personne ne se permettrait de le traiter comme ça. Il y a bien eu l’irresponsable sur la route qui lui a fait un doigt d'honneur, mais c'est le seul. Une exception qui confirme la règle. Alors que là, ils sont tous d'accord . Ce n'est pas l'exception mais la règle que de l'insulter, l'humilier, le traîner plus bas que terre ! Quel crime abominable a-t-il donc bien pu commettre ?

* * * * *

Ton crime, Olivier ? Tu ne vois donc pas ? C'est pourtant clair, non ? Tu as écrit un livre ! Et tu as ce faisant, comme tout créateur ou artiste, accordé un blanc-seing aux critiques, professionnels ou pas, et à ceux qui hurlent avec les loups (il y en a pléthore, tu vas t'en rendre compte !) et notamment le droit de te traiter comme une merde. Ce qu'ils ne font pas avec leur boulangère, leur buraliste ou leur nounou !

Ton autre crime, Olivier ? Tu as écrit précédemment un livre à succès. On t'avait tressé des lauriers pour « A cru » et ses 3000 lecteurs. On te pardonne pas les 800.000 de « Knout Party ». En plus, tu es lauréat d'un grand prix littéraire. Ya-t-il meilleure preuve d'indépendance d'esprit que de déboulonner une statue qu'on a soi-même contribué à dresser ?

Savoir si ton livre est bon ou pas est une autre histoire. Tu as voulu changer de style plutôt que de continuer dans une veine qui t'a apporté le succès (note que si tu ne t'étais pas renouvelé, on te l'aurait reproché avec la même véhémence) : peut-être as-tu échoué, peut-être pas (songe à Anya qui l'a adoré, à ton éditeur enthousiaste) mais...

Allons va te coucher, Olivier. Et demain, rouvre ton ordinateur, tape sur le clavier ce que tu ressens avec la même sincérité que pour tes trois livres précédents et tous tes poèmes (inédits). Vis ta vie. Avec Anya. Peut-être avec Valentine et... laisse cracher les cracheurs !
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