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Pupuce

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Brum

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Pupuce, il faut que tu fasses quelque chose ! Tu peux pas les laisser comme ça, tu vois bien qu’ils dépérissent tous... ou presque. Remue-toi le cervelas, creuse-toi les ménages, agite tes nœuds drôles, connecte tes six nappes... comme disait Virgile. Ah, Virgile ! Comme il me manque.

Mais l’heure n’est ni aux souvenirs ni aux regrets. Il faut agir et agir vite. Maintenant je connais presque tous les pensionnaires du parc et je les aime bien parce qu’ils tolèrent mes prélèvements sanguins. Il faut dire que je suis discrète et que je change souvent de crème de riz. Mais je ne peux pas, non, je ne peux plus, passer de l’un à l’autre dans l’indifférence. « Quand je vois ce que je vois et quand j’entends ce que j’entends, je me dis que j’ai bien raison de penser ce que je pense ! » comme disait Virgile. Secoue-toi, Pupuce, secoue-leur les poux ! Regarde Natacha, la louve, regarde Chami, le chamois : ils se résignent, ils n’ont plus de goût à rien –comme disait un hérisson en descendant d’une brosse à habits... Oui, c’est Virgile qui disait ça aussi. Je me souviens de tout ce que disait Virgile, même si je ne comprenais pas toujours son humour au ras des parquets. Pupuce, regarde ce bel oiseau qui marche à côté de ses plumes ; et Cyna le guépard : il a deux grosses larmes noires qui sillonnent ses joues. Tu as une mission Pupuce. C’est grâce à Virgile que tu es devenue une puce savante alors, sers-toi de ton savoir pour aider ces pauvres créatures si énormes et pourtant si fragiles !

Que serais-je aujourd’hui si je n’avais pas eu cette chance de rencontrer Virgile, si je n’avais, un jour, atterri sous son pompon ? Rien. Je ne serais rien. Qu’une puce ordinaire... qui sauterait et piquerait en prétendant que ça l’excite, que ça l’amuse, qu’elle adore ça ! Mais ces passe-temps, si distrayants soient-ils, ne suffisent plus à remplir ma vie. Virgile m’a transformée. Transfigurée. Ressuscitée. Il a été mon Pygmée-Lion.

Je suis née quelque part en Afrique, sur un grand gorille au dos argenté et à l’air trompeusement débonnaire. J’aurais, normalement, dû y passer ma vie, jusqu’à ce qu’un membre de sa bande, au cours de leurs épouillages pluri quotidiens, me trouve et m’avale toute crue. Mais il fut, peu après ma naissance –et fort heureusement pour moi– capturé par des grands types qui sentaient très fort des pieds. Ils nous entassèrent, avec d’autres miséreux arrachés comme nous à leur jungle natale, dans un engin qui nous brinquebala sur une piste poussiéreuse puis sur une route dont l’odeur de goudron à moitié fondu le disputait à celle des fauves qui faisaient partie du même voyage.

Nous avons ensuite pris le bateau. J’étais bien sur mon Godzilla. Plus de crainte d’épouillage, il était le seul de son espèce à faire le voyage. On nous a enfermés, tous les deux dans une cage bien trop petite ! Pour lui ! Moi, je n’ai guère de problème d’espace vital, je suis à l’aise partout. Mais lui, le pauvre, il ne pouvait même pas s’étirer ni se tenir debout. Lorsque, en plus, quelques jours après le départ, on l’a aspergé d’une espèce de cocktail, genre citronnelle, qui m’a donné la nausée, j’ai bondi sur le dos d’un marin et me suis retrouvée bien à l’aise, sous son pompon...

Et oui ! C’est comme ça que j’ai connu Virgile, mon marin-savant ! Dès qu’il n’était plus occupé à laver le pont, tisser la grand-voile ou tout autre tâche de moussaillon, il passait son temps à étudier, dans des livres passionnants où, du haut de son pompon, je plongeais du regard avec ravissement. J’adorais ça ! Encore plus que de sauter sur tout ce qui bouge ! C’est grâce à lui que je suis devenue une puce savante. Mais on ne m’exhibe pas sur une feuille blanche et sur commande, dans un cirque lilliputien ! Que non ! Je ne suis pas une bête de scène, et surtout, je n’ai aucune envie qu’on me coupe les pattes pour voir si je deviens sourde ! Oh, comme j’aurais aimé passer ma vie sous son pompon, ne prélevant sur mon Virgile que le strict minimum pour me nourrir sans développer chez lui une aversion meurtrière à mon égard. Mais la vie est parfois cruelle : il est tombé du mât de misaire et s’est rompu le cou. Je n’ai eu que le temps de re sauter sur Godzilla et c’est avec lui que je suis arrivée ici, dans ce parc où, je le pressens, une mission m’attend.

Hier par exemple, j’ai longuement crapahuté sur l’éléphante Big-Mama, la matriarche... Certes, je suis incapable de percer son cuir et ce n’est pas pour me nourrir que je lui rends visite. Mais ma curiosité naturelle me pousse toujours plus loin, plus haut, plus fort... comme un athlète en quête de palmarès. Et sauter du dos de Cyna, le guépard moucheté, sur celui de Big-Mama, ce n’est pas un mince exploit ! Je l’ai fait et j’en suis fort fière. En revanche, je ne m’étais pas attardée sur Cyna aux yeux tristes, tout occupé qu’il était à se régaler d’une charogne aux relents de vieux fromage pourri... Oui, je sais, j’ai dit un jour que seul l’homme classait les odeurs en « ça sent bon » ou « ça sent mauvais ». Moi je dis « ça sent ci » ou « ça sent ça ». Et si je n’aime pas l’odeur de la charogne, c’est parce que, tel Dracula, je n’aime que le sang frais ! Mais je ne juge pas ; chacun fait ce qu’il veut, enfin presque : « ta liberté s’arrête là où commence la mienne » disait Virgile au matelot qui empiétait sur sa paillasse ; « je l’ai lu dans La Construction des Doigts de l’Homme »... enfin je crois que c’est ce qu’il a dit !

Bref, si je suis restée si longtemps sur Big-Mama, c’est qu’elle se délectait d’une espèce de bonbon à la fraise, acidulé et doucereux, qui me titillait la narine. Le bonbon à la fraise, je connais bien, Virgile en raffolait ! Eh bien, même Big-Mama mâchouillait son bonbon sans enthousiasme. Je me demande même si elle n’aurait pas un peu maigri ces derniers temps ? Je l’ai entendue pousser des soupirs à vendre l’âne. J’ai vainement essayé de lui parler dans le creux de l’oreille, pour la réconforter. Peine perdue ! J’aurais pissé dans un vieux lion, ça ne lui aurait pas fait moins d’effet.

Ce matin, Cannelle, l’ourse brune en a attrapé un aussi, jeté par un bambin. C’est fou ce que les mômes qui visitent ce parc peuvent balancer par-dessus les grillages ! Des bonbons, jetés à une éléphante, un gorille, voire une ourse, passe encore, même si le règlement l’interdit formellement, mais les mêmes bonbons balancés dans l’enclos du guépard ou du chamois... quel manque de tact ! Cannelle à l’air bien contente en mastiquant sa friandise ; elle se frotte le dos contre un tronc d’arbre en roulant des prunelles, imitée par Arthur, le jeune ourson arrivé depuis peu je ne sais d’où mais qui ne la quitte plus. Pour une fois qu’elle ne râle pas après lui... les bonbons ont du bon... donc les gamins ont raison de désobéir !

Tiens, je vais leur rendre une petite visite, au jeune surtout ; sa peau est moins coriace que celle de sa mère. Sois finaude Pupuce, évite de te faire broyer contre l’écorce et essaye de passer inaperçue : l’agacement que tu provoques toujours en prélevant ta pitance, sera escamoté par le grattage appliqué et systématique qu’il opère... Heureusement, aujourd’hui Cannelle n’a pas, comme hier, choisi l’arbre à miel pour sa leçon de grattage ! Moi, le miel, je déteste ! Son odeur me fait fuir aussi sûrement qu’un insecticide, ou n’importe quel salami-gondis gluant dans lequel je m’enlise sans espoir d’en réchapper. Ce n’est pas l’odeur que je fuis, c’est le danger qu’elle représente pour moi.

Je ne pense jamais « ça sent bon » ou « ça sent mauvais », je dis, «ça craint»  ou  «ça craint pas». Mais mon classement est très personnel : rien d’universel. Pas comme « le tableau de la classification périodique des aliments » de... Il lisait de ces trucs des fois mon Virgile ! Franchement, en fait d’aliment, y avait pas grand-chose de comestible dans sa liste de courses ! Bref, tout ça pour dire que, par exemple, l’odeur d’un grand fauve, voire d’un homme, réel danger pour beaucoup, est pour moi synonyme d’hôtel/restaurant ; mais le miel : piège mortel ! Et nombres de fumets qui me sont parfaitement indifférents attirent ou révulsent d’autres espèces. La chair en décomposition, par exemple, moi je m’en moque ! Je n’aime pas particulièrement mais je m’en moque. Mais si les grands prédateurs se roulent dans toute charogne rencontrée sur la route de la chasse, c’est pas par coquetterie, que nenni, c’est parce que cette odeur très forte, mais inoffensive, leur permet de s’approcher de leur proie sans être repérés. Astucieux non ?

Où j’ai appris tout ça ? Mais sous le pompon ! O mon Virgile pourquoi, pourquoi es-tu tombé de si haut ? C’est bon pour des puces de faire des chutes pareilles, pas pour des hommes ! Moi, ça m’a à peine chahutée, j’ai glissé de ton pompon à ta vareuse, c’est tout. Mais toi, mon pauvre : dis-lo-qué ! Tu es tombé sur un coffre qui traînait sur le pont, un coffre en bois des îles... et tout à coup, cette odeur oubliée me chatouille agréablement les narines... Est-ce que je me serais humanisée sous ton pompon ? Je commence à trouver que ça sent « bon » ou « mauvais ». Oui, le bois des îles, j’aime bien ! Mais je renifle autre chose... une odeur moins raffinée, moins « Virgilienne »... Oh là ! Qui vient ? Ces odeurs, elles ne flottent pas dans ma tête, elles sont bien là, ici et maintenant...

C’est tout moi, ça ! Bien au chaud sur mon nounours, je rêvasse et je ne vois pas le danger qui approche : Tony, c’est lui le bois des îles ! Je le connais bien. Il vient tous les jours pour essayer d’apprendre à Arthur, le fiston de Cannelle à faire des « trucs » ! Il perd son temps, moi je vous le dis ! Bête à bouffer des joints qu’il est ce gamin ! (Comme disait Virgile). Mais qu’est-ce qu’ils ont, tous ces humains, à vouloir qu’on les imite... à nous apprendre à être comme eux... ou à faire des trucs qui servent à rien ? Ils se prennent pour des vieux descendus de l’Olympe ou est-ce qu’ils se croient sortis tout droit de la cuisse de l’Univers ?

Enfin, il fait ce qu’il veut, Tony, c’est pas lui le danger, c’est Maurice, autrement dit « Momo », le soigneur qui l’accompagne. En plus de son odeur personnelle –indéfinissable– le Momo il trimballe toujours un sac de poudre, genre citron synthétique dont il asperge tout ce qui porte des poils. Et moi, cette poudre, elle me fait pleurer, tousser, suffoquer... elle me sphyxie quoi ! Il cumule le Momo : non seulement je n’aime pas son odeur, mais il voudrait faire fuir toutes les puces de la récréation qu’il ne s’y prendrait pas autrement ! Alors Pupuce, sauve qui peut ! Un bond à gauche... Oups !! J’ai failli me prendre la patte de Cannelle en pleine tronche, (je ne l’avais pas vue approcher la mère du p’tit)... Un bond à droite... Zut, l’arbre à miel... Je replie tout ce qui dépasse, je rentre la tête dans les épaules, position de l’épervier en chute libre sur le lapin... et vlan, au sol! Ouille ouille ouille !!! Je n’ai pas atterri sur de la terre mais sur une espèce de plaque dure, lisse et glissante que Momo vient justement de poser là. Il en rate décidément pas une celui-là !

Mais faut pas que je reste là, moi, faut pas que je reste là, surtout que Marie approche ! Elle est gentille Marie, la soigneuse elle sent le bonbon et elle sourit tout le temps, pas comme cet abruti de Momo ; mais il n’empêche, quand je suis sur un truc dur comme ça, son 37 fillette peut m’aplatir aussi facilement que le 44 de Tony !

C’est vrai qu’elle est toute mignonne, Marie ! Elle a un sourire de madona (comme disait Virgile quand il apprenait l’analtomie féminine dans des magazines). C’est qu’il aimait s’instruire sur tout Virgile : l’astronimie, la phtysique, la psycholomanie... J’en ai appris des choses avec lui... et des choses drôlement dures à rticuler et à s’rappeler, moi j’vous l’dis ! Oui, Marie, elle me plaît bien. Je suis sûre qu’elle aurait plu à Virgile aussi... mais bon, c’est trop tard !

J’ai la berlue ou quoi ? Voilà le Maurice qui ramène son odeur de plus très frais avec son sourire de pas très cathodique et qui se plante devant ma petite Marie. « Bonjour Mignonne » qu’il lui dit ! Elle va pas répondre hein ? Elle va pas répondre à ce mâle d’Otru ?... Quand il en parlait Virgile, de ces mâles-là, ça donnait pas envie d’aller y voir à Otru ; et d’ailleurs, on n’y a jamais fait escale. Mais là, si j’en avais le pouvoir, je l’y renverrais bien illico dans son île, le Momo de mes dieux...

Ouf ! Je l’ai sentie hésitante la petite Marie ; mais, fort à propos, Christiane, la véto, qu’on repère au pif d’aussi loin qu’un skunks, mais en plus subtile, est intervenue : « Monsieur Maurice, combien de fois vous ai-je dit et répété de ne pas entrer dans les enclos en même temps que Mademoiselle Marie et Monsieur Tony ? Certes votre travail est nécessaire car il faut bien éliminer la vermine ! (Elle parle de moi, là, ou quoi ?) Mais votre présence est, pour nos chers pensionnaires, synonyme de toilettage, ce qu’ils détestent au plus haut point, et de ce fait, les rend moins réceptifs aux exigences pédagogiques de votre supérieur léthargique ». Mazette, elle cause bien la Christiane ! Elle aussi elle doit lire beaucoup ; mais même si elle portait un béret à pompon, j’irais pas y faire la sieste. C’est une grande dame, peut-être, mais elle se la pète un peu trop ! J’en mettrais mes vestibules à couper qu’elle n’aurait pas plu à Virgile, dont le grand-père disait : « quand on pète plus haut qu’on a l’orifice, on se fait des trous dans le dos ». Ben la Christiane, j’aimerais pas le voir, son dos : sûrement pire que la vérole sur les bas d’un berger breton !

C’est pas tout ça, mais moi je philosophe, je philosophe et je suis toujours à terre. Et y en a des pieds autour de moi ! Tellement que je ne sais plus où aller. Et comme disait Virgile, « ça sert à rien de courir si tu sais pas où te cacher ». Pas question de rester là pourtant, c’est trop dangereux avec le Momo et sa poudre infernale. Mais je ne vois rien sur quoi sauter sans m’exposer, rien vers quoi fuir en toute sécurité. Je suis à côté d’une espèce de perche qui pourrait bien me conduire vers l’extérieur mais elle est tellement glissante que je n’ose pas m’y risquer. Oh tiens ! Voilà J.-P. l’escargot suivi de sa bave, qui rampe vers la perche. C’est sûr, je peux compter sur sa collaboration passive. Et hop ! Sur son dos. Il a rien senti le J.-P ! Pas très stable, pas très confortable, pas très rapide, pas très excitant... mais j’ai pas le choix. On progresse, lentement, on monte, lentement... Ça chaloupe un peu... Ferme les yeux Pupuce, pense à Virgile !

Nom de nom ! Qu’est-ce qu’il lui prend à J.-P. ? Le voilà qui change d’orientation. Pas de cap non, il avance toujours vers la sortie, mais au lieu de rester sur la perche, il passe dessous ! Déjà que je ne tenais pas bien dans l’autre sens... Faut que je réagisse vite. Hop !!! L’énergie du désespoir ! Je n’ai jamais fait un tel bond. Au moins... je ne sais pas... mais un record c’est sûr ! Ouf ! J’atterris en dehors de l’enclos de Cannelle. Plus un seul pied à l’horizon, plus de Momo, plus de poudre à éternuer. Ça va mieux, je reprends mes esprits ; mais que ça me serve de leçon : les transports à dos d’escargot, c’est fini pour moi ! Comme disait le père de Virgile : « tout le monde peut se tromper, il n’y a que les imbéciles qui font deux fois la même erreur ».

Surprise ! Me voilà nez à pied avec un dos presque argenté. Pas mon Godzilla non, mais un jeune gorille mâle qui s’appelle Tigor. Il est marrant Tigor ! Chaque fois que je lui rends visite, il me parle, il me traite de sournoise, il dit que je m’acharne et qu’il n’arrive jamais à m’attraper... Pardi ! Pas folle Pupuce ! Et le plus drôle, c’est qu’il prétend que j’ai un rôle à jouer dans sa famille... Il se prend pour Virgile ma parole ! Il réfléchit... il analyse... il pense ??? D’après lui, je n’existerais que pour permettre à ses congénères de créer du « lien social »... Je rêve, j’halbucine, je cauchemerde ! J’ai été créée pour survivre aux cataclistes et aux cacastrophes, pas pour servir d’antidépresseur à une bande de sapajous !

En vrai, je ne sais pas du tout pourquoi j’ai été créée ! Mais je suis sûre, aujourd’hui, que j’ai une mission à remplir dans ce parc. Ici, tout va de travers ; tout à l’heure, j’ai entendu Cannelle et Chami se raconter leurs misères. A-t-on jamais vu ça ? Un chamois qui n’a plus que la peau sur les côtelettes alors que la nourriture abonde ? Et une ourse qui se la joue Freud ! Oui, oui, elle essaye de se débarrasser de son rejeton et prétend que Chami oubliera sa donzelle en distrayant le petit. C’est pervers ça, non ?

Et le paon ? Qui roucoule comme une bécasse et fait les yeux mous à Big-Mama en lui proposant ses restes de melon ? D’accord, moi aussi je trouve que Big-Mama a maigri ces derniers temps mais il a vu jouer ça où, lui, que les pachis d’herbe sont les poubelles du parc ? Et il n’espère tout de même pas la regonfler à coup d’épluchures ? Quant à Natacha, la louve, j’ose à peine en parler ; je crois qu’elle est en train de virer végétarienne ! Et elle fait ami-ami avec Cyna, le « guépard moucheté » ; ça non plus c’est pas banal ! « Guépard moucheté » : il en a plein les babines le Cyna de son titre de noblesse. Si on l’appelle guépard tout court, monsieur boude, perd de sa superbe, ferme les yeux. Vexé ! Comme un pou !... J’aime pas les poux !

Bref au milieu de toute cette misère et de ces dépressifs que je voudrais bien secouer... (mais comment ?)... mes nœuds drôles se mettent à me grouiller dans le cervelas, comme si un nouveau catacycliste se préparait. Mais qu’est-ce que c’est encore qui va me tomber sur le carafon ? Y a tout ce brouhaba qui vient de là-bas, vers l’entrée du parc ; là-bas où, depuis hier des humains inconnus s’agitent. Ils sont arrivés avec d’énormes camions pleins de bizarreries : des bidons, des trucs pour couper les arbres, des pelles immenses que même Big-Mama pourrait tenir dedans, des rouleaux plus gros que la Mobidick qui faisait rêver mon Virgile.

Et voilà les arbres qui se mettent à trembler, un nuage de poussière qui avance, et une odeur... une odeur... comme avant le grand feu que les hommes avaient allumé dans la forêt le jour où Godzilla a été capturé. Ça s’appelle du pet drôle, enfin je crois... En tous cas, ça sent peut-être plus mauvais qu’un prout mais c’est pas drôle du tout ce qui se prépare !! Je suis sûre qu’ils vont encore mettre le feu. Mais pourquoi ? Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Tous les animaux sont prisonniers ici, pas besoin de les enfumer pour les attraper !

D’ailleurs, regarde Pupuce, tous tes garde-manger, se rapprochent ; eux aussi, ils sont inquiets. Ils se serrent autour de Big-Mama qui papillonne des oreilles et bat de la trompe. Ils doivent avoir envie de fuir. Ils sentent une menace on dirait. C’est le moment d’intervenir. Faut que tu leur parles, que tu leur montres le grand trou que tu as vu dans le grillage, par où ils pourraient s’évader... Tiens, même Maya est là ! Enfin, c’est moi qui l’ai baptisée Maya parce qu’elle n’a jamais voulu me dire son nom. Une vraie pain rêche celle-là ! Si seulement elle pouvait, pour une fois, être un peu coopérative et accepter de me déposer sur la tête de Big-Mama, ça me gagnerait du temps. De là, je pourrais enfin leur parler, les haranguer, leur dire de ne pas se résigner, d’agir ! Mais non, la voilà repartie bizbizer ailleurs. Tant pis avec ou sans Maya, je m’élance, j’y vais, j’y cours, j’y vole : « A moi Big-Mama... » OOOOOOOOOOups !!! Atterrissage réussi, sur son front. Bravo ma Pupuce !

Mais qu’est-ce qu’ils font ? Ils se mettent à courir, tous ensemble... mais du mauvais côté ! Comme disait Virgile : « il ne suffit pas de fuir, il faut fuir dans le bon sens ». Et le bon sens, c’est l’autre ! Devant eux y a cette espèce d’énorme boudin qui roule et se rapproche à toute vitesse dans un vacarme infernal... STOP ! STOOOOP ! Je crie, je hurle, je fils-du-père... Personne ne m’entend. Sauve qui peut, SAUVE-QUI-PEUT et surtout sauve-toi Pupuce. Saute ! SAUTE !!! Et Hop... Ça y est, ils font demi-tour, tous ensemble, ils ont compris, ils courent vers le trou du grillage... Oui mais moi, me v’la à terre... et le boudin qui arrive... Au secours... AU SE-COU...

Silence radio... On m’a coupé les pattes où quoi ? Serais-je devenue sourde ? Je n’entends plus rien. Je ne ressens plus rien. Je flotte... Tout est calme. Paisible. Serein. Et cette nouvelle odeur qui m’enveloppe ? Totalement inconnue, irréelle, hors du temps. Je n’ai jamais rien senti de tel. Sûr de sûr, cette odeur n’est pas de ce monde. Paradisiaque ou infernale ? J’ai du mal à choisir... Des formes imprécises m’entourent, flottent avec moi. J’en distingue une dont je ne vois que le dos mais qui se rapproche, me frôle. Elle est tout de blanc vêtue, avec sur la tête un drôle de truc rouge... un pompon ? Sûrement un marin... Il se retourne doucement, me sourit.

« Bonjour Virgile » !
F I N
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