Promesse Oubliée

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Âgé de Dix-Neuf années , j'arpente les contrées de mon vaste imaginaire afin de relier tout ce que j'entrevois en songe, depuis que j'ai atteint l'âge de raison. J'aime l'écriture, car elle  [+]

Il était dix-sept heures et les cours venaient enfin de prendre fin. Il faut dire que je ne les suivais plus vraiment depuis quelque temps. Je délaissais souvent mon français pour contempler une personne qui était chère à mon cœur : mon amie, Serenna. Je ne pouvais passer une nuit, seule chez moi, sans m’ennuyer d’elle. Bien qu’elle soit ma meilleure amie, je désirais secrètement qu’un jour on soit bien plus que cela. Lycéennes toutes deux, en option littéraire, nous nous étions facilement rapprochées de par notre passion commune : l’écriture. Elle rêvait d’être écrivaine et de pouvoir voyager dans divers endroits. Quant à moi, je désirais seulement écrire auprès d’elle, car sans Serenna, rien d’autre n’avait d’importance à mes yeux. Enfin si : l’heure ! J’étais tellement perdu dans mes pensées, que j’en oubliais mon rendez-vous avec elle au bord de l’eau. Il était bientôt dix huit heures, mais il me restait encore un peu de temps pour passer au fleuriste. Elle m’avait promis de m’avouer quelque chose qui lui tenait vraiment à cœur, depuis quelque temps, et j’espérais sincèrement que ce soit ce que j’éprouvais depuis longtemps. En entrant dans la boutique, richement décorée, je fus saisit par tous les choix qui s’offraient à moi. Indécise, le vendeur vint finalement à mon secours.

- Bonjour mademoiselle, que désirez vous ? S’enquit il, d’un ton si doux.

A première vue, il devait seulement avoir quelque années de plus que que moi. C’était un grand roux, qui avait de charmant yeux noisettes. Il devait certainement en faire rêver plus d’une, mais les hommes ne m’intéressaient pas personnellement. Aussi, je lui fis savoir ce que je cherchais :

- Et bien, j’aimerais savoir si vous avez des roses. C’est pour offrir à une personne à laquelle je tiens beaucoup.

- Naturellement. Si vous voulez bien me suivre.
Il m’emmena dans une serre à l’arrière de la boutique.

Toutes ses fleurs réunies provoquaient une effusion de couleurs et de parfums, pour le moins enivrant : c’était agréable.

- Alors comme vous le voyez, reprit-il de son ton charmeur, j’ai quatre variétés. Blanche, symbole de pureté. Rouge, pour la passion amoureuse. Rose, pour l’amour naissant ou l’affection et l’attention. Et pour finir, noire, pour les deuils en général. Avez vous une préférence ?

- Un mélange de roses, de blanches et de rouges dans un bouquet, cela m’ira très bien.

Il s’affairait à préparer ma commande, tandis que je jetai un œil à ma montre. Je me mordis nerveusement la lèvre, car j’allais être quelque peu en retard. Une fois qu’il eut fini, je le paya et m’en alla précipitamment. Par cette belle soirée hivernale, les rues enneigées étaient glissantes. En arrivant à destination, je faillis chuter dans l’eau, mais quelqu’un m’en empêcha : c’était Serenna.
- Et bien, il s’en est fallu de peu, ria-t-elle, ça va Eliaenne ?

Un court instant, je fus captivé par ses cheveux de jais, à la robe si soyeuse et ses yeux d’un bleu cristallin. Je me fis violence afin de résister de ne pas l’embrasser, pour ne pas l’effrayer.

- Un peu secoué, mais je vais bien, désolé d’être en retard, j’ai eut un léger empêchement.

- Ce n’est rien, maintenant tu es là, c’est le plus important.
Mais, pourquoi avoir pris ses roses, c’est à cause d’elle que tu es en retard ?

Gênée, je ne dis mots. Sans comprendre pourquoi, je lui tendis. De bon cœur, elle les prit. Timide, je baissa les yeux, ne sachant quoi lui dire. Et puis, sur l’instant, sans prévenir, elle se pencha sur moi et m’embrassa sur les lèvres. Le contact était si électrisant, que je demeurais interdite. Sans comprendre ce qui m’arrivait, je savourais chacune des nouvelles enivrantes sensations qui s’emparaient délicieusement de moi. Ne voulant en aucun cas que cela cesse, je l’étreignis à mon tour. Nous restâmes ainsi durant de longues minutes, jusqu’à ce qu’elle se détache peu à peu de mon étreinte.

- J’ai toujours aimée tes cheveux de miel et tes yeux vert si pétillants de bonté, ainsi que toute ta personne en réalité. Mais jamais je n’aurais cru que tu ressentais ce que j’éprouvais pour toi, m’avoua-t-elle. Cela me conforte tellement, que je ne crains plus de t’avouer l’inévitable.

- Qu’est ce que tu veux dire ? M’inquiétais je.

- Demain soir, je pars de cette ville. Viendras tu avec moi ? Fit
elle sans détour.

- Je... Euh... Oui, enfin... Je crois... Mais pourquoi ? Bégayais-je, déconcertée, par la soudaineté de cette nouvelle.

Sans plus de façon ( heureusement que nous étions seule ), elle se dévêtit de son haut et se retourna : du cou à la taille, son dos était strié par de récentes cicatrices. Revenant vers moi, je vis que nous partagions en cet instant une souffrance commune.

- Il a recommencé ? Demandais-je, en retenant un sanglot. Mais pourquoi ?

- Ce n’est pas d’aujourd’hui que ce qui me sert de père, s’enivre dans l’alcool depuis que mère nous a quittée. Enfin, lui plutôt. Mais c’est surtout depuis que ce salaud a forcé mon journal intime, qu’il a découvert mon homo-sexualité. Il a très mal prit ma vision des choses et il me la fait comprendre, après avoir bu encore un coup de trop.

- Quel monstre... lâchais-je, en proie à un intense flot de larmes.

- Je ne voulais pas te faire de peine, je voulais seulement savoir si tu appuyais ma décision Eliaenne, m’assura-t-elle, sincère. Après tout, nous sommes toutes deux majeures, l’avenir est entre nos mains.

- Je ne te suivrais que si tu jures de m’aimer jusqu’à ton dernier souffle, lui demandais-je, tremblante jusqu’au plus profond de mon être.

Une fois encore, elle déposa délicatement un long baiser sur mes lèvres. Encore cette même sensation électrique, comme si je la redécouvrais à chaque baisers. Enivré par cet intense plaisir, je ne voyais plus le temps défiler autour de moi. Si bien que je ne vis pas la nuit, d’un noir encre, nous enveloppé Serenna et moi. Elle, ayant tout de suite remarqué ce changement céleste, mit fin à mon doux plaisir.

- Eliaenne, puisse se baiser être témoin de la promesse amoureuse en laquelle je m’engage envers toi et ce, jusqu’à la fin de mes jours, me jura t elle solennellement.

- Je t’en remercie, lui soufflais-je, après avoir déposé mon propre et premier baiser sur ses délicates lèvres.

Décidément, c’était la fièvre de l’Amour qui m’enivrait autant. Après ce dernier baiser, Serenna se hâta de rentrer chez elle, m’ayant dit de revenir demain à la même heure afin de ne pas manquer notre départ. Effrayée, à l’idée que son père puisse de nouveau la violenter, je lui avais demandé de passer la nuit chez moi. Cependant, elle avait affirmé que cette dernière nuit chez elle était très importante pour ne pas éveiller les soupçons. Aussi, elle avait refusée. Mais non pas avec regret, après que notre étincelle réciproque ne se soit à ce point embrasée. Fatiguée, j’étais rentrée chez moi. A peine avais-je posé ma tête sur l’oreiller, que je m’étais endormie. Le lendemain me paru être le jour le plus ennuyeux de toute ma courte vie. J’étais si excitée de partir avec elle à Castlaether ( elle m’avait envoyé un sms le matin même, pour me dire qu’elle avait trouvée la ville idéale ), afin de commencer une nouvelle vie, que le temps me semblait être étiré jusqu’au bout de ses limites. Le soir salvateur enfin venu, je rentra chez moi prendre mes affaires et je partis la retrouver au bord de l’eau. Toutefois, même si ce fut mon désir le plus cher, je n’eus pas cette chance. Alors que je traversais le passage piéton, pendant que le feu était au vert, arrivé de je ne sais ou, une voiture me percuta de plein fouet. Titubante, ne comprenant pas ce qui m’arrivait, seul le doux visage de Serenna revenait à ma mémoire. Et puis, ce fut le noir. En me réveillant dans un lit d’hôpital, un médecin était venu s’enquérir de mon cas. Il ne comprenait pas comment j’avais pu survivre à cet accident. Mais de quoi me parlait-il ? J’essayais de me souvenir de quoi que ce soit, mais mon esprit était confus. Le médecin me posa des questions sur mon identité, mais encore une fois je heurtais un trou noir. Le seul souvenir qui me restait était celui d’une jeune fille qui m’embrassait avec passion. Mais qui était-elle ? Devant ma confusion totale, il me déclara en état d’amnésie. Cependant, selon lui parce que j’avais survécu là ou d’autre n’en était pas revenu, cette amnésie resterait telle qu’elle et ce, jusqu’à ma mort. En d’autres termes, jamais je ne saurais qui était celle fille qui hantait mon esprit. Alors qu’au fond de moi, je sentais que je l’aimais sincèrement et qu’elle m’attendait, même si je ne savais plus pourquoi. Et jamais je ne pourrais me souvenir d’elle ? Déchiré, j’éclatais en sanglot amère. Avant de partir, le médecin déposa un bouquet de fleurs dans un vase à mon chevet. D’après lui, une personne les aurait déposé à mon attention. C’était de magnifiques roses, rouges, blanches et noires. Un petit mot signé d’un nom les accompagnait : Serenna. Toutefois, cela ne me disait rien. Était-ce cette fille ? Je ne saurais le dire. Chagrinée, je m’abandonna de nouveau à un long sommeil qui me paru sans fin.
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