Promenons-nous dans les bois

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J’ai commencé par écrire de petits textes pour participer au défi mensuel de Babelio. Je me suis ensuite lancé dans la rédaction de nouvelles pour des concours, avec une publication dans un ... [+]

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Ce jour-là, elle était partie vendre ses œufs au marché, comme tous les jeudis. À la demande de sa marâtre, elle avait également un panier de pommes à écouler sur les étals.
Chemin faisant, elle aperçut une petite vieille sur un banc qui d'habitude restait inoccupé, l'endroit n'étant pas de ceux invitant particulièrement à la rêverie dans cette forêt peu avenante. La réputation de ces sous-bois n'était effectivement pas des plus rassurantes, une certaine propension de la population à croire à toutes les superstitions locales et à donner foi à tout ce que la littérature avait pu produire comme contes et légendes, contribuaient fortement à rendre les lieux peu fréquentables.
De bonne éducation, la jeune fille prit toutefois le temps de s'arrêter auprès de la mamie, s'adressant à elle en ces termes :
— Bonjour gente dame. Je m'appelle Blanche. Que faites vous seule céans à regarder les passants passer ? Auriez-vous présentement besoin d'aide ?
— Qu'est-ce ça peut t'faire, t'es de la police ? lui répondit une acariâtre rombière.
— Dis donc la vioque, sois polie si t'es pas jolie. Je peux t'en mettre une qui te fera dormir cent ans, comme la belle au bois.
— S'cuse. J'suis vénère à cause de deux pédzouilles nommés Grimm et Perrault. Ils m'ont collée, au sens propre, sur ce banc pourri.
— C'est pas une raison pour me baver ton venin dessus. Tu peux plus bouger ton derche ?
— Elle comprend vite la péquenaude.
— Eh ! Tu la veux vraiment ta mornifle ?
— Relax, c'est pas bien pour une gamine de cogner sur une vieille qui peut pas bouger, on t'a pas appris ça chez toi ?
— T'es collée à la super glue ?
— Non, par la puissance des mots. Les deux enflures m'ont balancé un sort, dont je ne peux sortir que pour accomplir la tâche qu'ils m'ont confiée.
— Et c'est quoi sans indiscrétion ?
— C'est là le hic. J'ai une fâcheuse tendance à oublier ce qu'on me raconte. C'est pour ça que je reste coincée là, en attendant de pouvoir rajuster les bribes dont je me souviens.
— Je peux peut-être te décoller ?
— Du banc tu veux dire ?
— Ben oui, quoi d'autre ?
— Lorsque quelqu'un parle de me décoller, j'ai toujours peur d'y perdre la tête. N'aurais-tu point vu une mouflette tout de rouge vêtue avec un panier comme le tien, mais avec d'autres choses dedans ? Il me semble qu'il y en a une dans ma mission.
— Si, elle s'est arrêtée chez « Mère Grand ».
— Que fait elle chez une grand-mère ?
— Un grand-père en fait. Il tient la baraque à frites qui s'appelle « Mère Grand ». Elle lui livre du beurre et des galettes pour son commerce.
— Allons bon ! Et il n'avait pas une tronche de loup ton vieux ? Je sais pas pourquoi je te demande ça, mais j'ai l'impression que cela a son importance.
— Non. Pas que je sache. Une tête de fouine à la rigueur. C'est le père Seypou. Il a beaucoup d'enfants. L'aîné c'est Grand Seypou, et le plus jeune Petit Seypou.
— Ah ! Ça ne me dit rien. Les deux abrutis qui m'ont scotchée là ne m'ont pas parlé de cette famille. Je vais me rabattre sur tes pommes, si elles n'ont pas de pouvoir magique, cela me bouchera toujours un coin, j'ai la dalle.
— D'accord, ce sera une piécette.
— Tu t'emmerdes pas. Profiteuse.
— Je vais choisir la plus belle.
— Encore heureux ! Mais ? Que font donc ces lucioles qui me tournent autour depuis un moment ? Elles commencent à sérieusement m'agacer. Je vais te les écrabouiller moi.
— Non ! Surtout pas ! Cendrillon ne doit pas être loin, et elle ne sera pas contente du tout.
— Cendrillon ? C'est une copine à toi ?
— Oui. Elle doit certainement chercher la route pour le bal du Prince.
— Comment tu sais qu'elle est dans le coin, et quel est le rapport avec ces énervants moucherons ?
— Les lucioles, ce sont ses marraines les fées. Elles sont petites, mais ont de grands pouvoirs.
— Voilà qui est intéressant. Qui dit fée, dit en général baguette magique. Demande leur de me décoller. Du banc je veux dire.
— Oui j'ai compris, bonjour le gag à répétition. Je crois qu'elles sont en train de s'en occuper. Bientôt tu seras libérée, délivrée...
— Génial ma petite Blanche. Pour te remercier je vais t'emmener chez un ami qui a de belles petites filles et de grandes bottes pour marcher plus vite. On aura droit à un bol de cacao, des tartines et peut-être du pain d'épice. Enfin..., je ne suis pas sûre pour le pain d'épice, j'ai peur de me mélanger un peu les pinceaux là.
— Tu me prends pour une buse ou quoi ? Je sais bien qui c'est ton pote. Un gros pervers qui aime la chair fraîche. En plus, ses bottes, il se les est fait chourave par Petit Seypou. Il te faudrait une mise à jour. Tu es restée combien de temps sur ton banc ?
— Une éternité plus un jour, il me semble. Crois-moi, il ne fait pas bon vieillir, même pour une sorcière.
— Viens avec moi. On passe fourguer mes denrées au marché du coin, et ensuite je te présenterai mes petits copains. Tu verras, ils ont des noms pas possibles et sont supercools.
— Ok, roulez jeunesse.
— Tu oublies ton sac, fit remarquer Blanche.
— Ah oui, merci. Voyons ce qu'il y dedans. Un fuseau pour filer la laine, je me demande bien pourquoi, une pantoufle en verre, quelle idée ? Trop petite de toute façon, et... une pomme. Je me souvenais pas avoir apporté mon quatre-heures, et elle est trop rouge pour être honnête. Bon, je laisse ça sur le banc, ils n'avaient qu'à me laisser plus de consignes les deux gugusses. Je te suis.
— Je récupère la pantoufle, je sais à qui elle appartient.
— À un nain ?
— Non, à ma copine qui en a besoin pour son bal. Tu veux encore une de mes pommes ? Ce sera...
— Une piécette, je sais. Profiteuse.
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Ninn' A · il y a
J'ai beaucoup aimé la tournure qu'a pris le dialogue après la première intervention pompeuse de Blanche et l'histoire en général, très amusant. (un E se serait-il échappé de cette phrase ? "je ne suis pas sûrE pour le pain d'épice")
(désolée, j'ai buggé dans mon commentaire, j'en ai posté deux, j'en supprime un...)

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JEAN-MARC LIONNET · il y a
Merci pour le sûr(e) et pour le commentaire sympa.
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Les Histoires de RAC · il y a
Sympa votre remake version "salade recomposée" ♫ (Peut-être aimerez-vous LA VERITABLE HISTOIRE DE BLANCHE-NEIGE chez moi ?♪)
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JEAN-MARC LIONNET · il y a
Merci. J'ai bien aimé votre façon à vous de démystifier Blanche-Neige.
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Les Histoires de RAC · il y a
Merci beaucoup. A+++ ♫

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