Prise au piège

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Je suis et reste persuadée qu'en chaque mot se cache un pouvoir . Il peut être d’impact, de guérison, de remise en question et ou de changement. Je me présente ,Anissa Yambé, passionnée de  [+]

Il avait suffi d’un regard pour que j’imagine toute ma vie à ses côtés. « Enfin, Dieu avait exaucé mes prières! » murmurais-je. Impossible de penser à une ruse du malin à l’instant. Non ! Le diable ne pouvait s’habiller en prada. Au prada, le prada. Au diable, le diable.
Jamais, je n’avais envisagé l’éventualité d’une bi présence lors de mes prières : celle des anges et celle des démons. Le monde était beau ; Tout le monde qui y vivait aussi. Tous étaient remplis de bonnes intentions. Naïveté ou joie de vivre. Ignorance ou optimisme. Le lien saint et réaliste à faire entre les deux m’était difficile.
J’avais en face de moi Adonis. Et dire que, j’avais rêvé de lui depuis si longtemps. Sa présence m’avait fait oublier toute l’attente que je m’étais prescrite pour recevoir l’homme de mes rêves. Le physique y était, la carrure, il avait tout pour plaire, afin tout ce que j’espérais. Dès le premier contact, j’ai été conquise. Je lui trouvais quelque chose de spécial, d’assez particulier. Il semblait avoir tout pour lui. En quelques minutes, je m’étais convaincue que le prince charmant existe réellement et c’était lui.
Au fil de la soirée, j’étais de plus en plus séduite par son intelligence, sa capacité à développer des sujets d’actualité avec tant d’éloquence. Vous auriez dû me voir, on aurait dit Alice au pays des merveilles. Il parlait de lui avec tant de convictions, d’assurance. Ses ambitions et objectifs étaient clairs et définis. Pourtant, durant nos échanges, il y a eu bien des mots, des gestes que j’avais trouvé déplacés pour un premier rendez-vous. Mais, bien évidemment, il était hors de question que ces petits doutes de rien du tout viennent gâcher mon conte de fée.
Mon intuition m’a pourtant envoyé des signaux d’alerte. Mes petits scenarios malheureux et dramatiques que je me repasse en boucles quand j’ai en face de moi une personne malsaine ne cessaient de me traverser l’esprit. Mais, lui, malsain ? Sûrement pas ! Depuis quand un ange pouvait avoir de la méchanceté en lui ? Ne se serait ce qu’équivalent au poids d’un atome ? J’avais sans doute oublié l’histoire d’Iblis.
Son prénom avait joué pour beaucoup dans le jeu de séduction : Pédro. Quoi de plus beau qu’un nom aux sonorités hispaniques. Je m’étais prêtée au jeu de la signification du prénom. D’après mes recherches, Pédro était :
Méthodique et précis, il appréciait les règles bien définies. Il se distinguait par sa courtoisie et ses bonnes manières. En dépit de son caractère souvent autoritaire et strict, Pedro avait un grand besoin de délicatesse et de patience. Son cercle amical était restreint, mais très important pour Pedro qui se montrait loyal et fidèle en amitié. Comme il avait un grand besoin de stabilité et de sérénité, il était en général patient et usait de prudence dans la vie. Il n'était ni un aventurier ni un casse-cou. Pedro se tenait à distance des situations afin de les analyser au mieux. Cette réserve s'exprimait également dans le domaine amoureux. Il attendait des signes bien précis pour comprendre qu'il plaisait. Une fois rassuré et amoureux, Pedro était un excellent compagnon, un père dévoué et soucieux du bien-être de sa famille.
Tout ceci avait contribué à me conforter et me mettre davantage en confiance. Comme si c’était suffisant. La pauvre !
Très vite, Pédro commença à me parler de ses plats préférés. Pour vivre avec lui, une femme devait absolument maitrisé la cuisson de ces plats. Ou du moins avait intérêt à apprendre. Mais, qu’est ce qui lui disait que j’étais déjà pour une relation à deux? Trop indicatif. L’acceptais je déjà comme partenaire ?
Je me souviens n’avoir pas pu cacher mon émerveillement. Mes yeux m’avaient sûrement trahi. D’ailleurs, peut-on empêcher le soleil de briller ? Et ben non. Il brille et c’est tout. Tout le monde le voit. Ce jour, mes yeux étaient le soleil. Pédro avait lu dans mon regard « un oui je le veux » sans demande au préalable. Signe d’enthousiasme ou de désespoir, j’étais acquise. Pas la peine de chercher à me séduire davantage. Pas la peine d’attendre la légitimation de la relation par mes soins. La proie était maitrisée. Le champ, libre. Il pouvait déjà et délicatement, mettre en place son plan d’attaque.
Lui : Je ne supporte pas le préservatif ! Nos rapports sexuels seront généralement non protégés. Moi : Mais, qui lui a parlé de rapports sexuels ? Pourquoi me fait-t’il part d’un détail aussi intime et gênant dès le premier rendez-vous? Ah Léandra ! Arrête ta « drama queen » ce n’est pas si grave, tu n’as peut-être pas bien saisi le sens de sa phrase, allez ressaisis toi et montre lui ton plus beau sourire. Ce détail était pourtant suffisant pour réaliser qui j’avais en face de moi.
Les choses sont allées hâtivement cette soirée-là, c’était comme si on s’était toujours connu. On avait l’air émerveillé l’un par l’autre, du moins c’est l’impression qu’il me donnait. Les sujets de conversation s’enchaînaient les uns après les autres. Difficile de se séparer mais il le fallait bien.
Du jour au lendemain tout avait changé. Je ne reconnaissais plus qui j’avais en face de moi. Perdue dans tout ce qui m’arrivait, je me souviens de mes longs moments de réflexions ; durant lesquelles je cherchais à comprendre à quel moment la marmaille s’était invitée à notre jeu du mal et de la femelle. Tout s’était fait avec tant de finesse. Tel un sniper. Je n’avais rien vu venir. Quand la manipulation se mêle au raffinement. Difficile d’en prendre vraiment conscience.
Je ne sais pas comment, mais il avait réussi à me convaincre qu’il m’était supérieur; que je devais avoir de lui une certaine validation avant de me lancer dans quoi que ce soit. Il avait réussi à me rendre paranoïaque, il était capable de créer à partir de rien des conflits juste pour un oui ou pour un non. Ma manière de réfléchir devait épouser la sienne à chaque discussion. A partir du moment où une idée contraire à la sienne était émise, j’étais irréfléchie, je cherchais à le défier, j’étais stupide.
Je me remémore encore la scène de la grand-mère nue dans un film comme si c’était hier. Très heureuse j’étais ce jour-là. J’avais débuté la semaine avec une telle énergie. Pour la terminer en beauté, soirée cinéma avec Pédro. Le voir m’avait donné du boom au cœur. Peut-être trop pour lui. Je me mettais déjà un peu trop en avant. Il fallait casser cet emballement et tout de suite.
Moi : « Mais qui peut avoir eu l’idée de mettre en avant une grand-mère nue dans un film ? Pourquoi lui faire jouer une telle scène ? La nudité d’une personne du troisième âge est sacrée, encore plus celle d’une femme ! C’est vraiment déplorable. »
Lui : « Toujours en train de juger les autres. On ne peut voir un film tranquillement sans que madame trouve à redire. C’est pas croyable mais tu es énervante à la fin.»
Mais qu’avais-je dit de mal ? Devais je m’enthousiasmer de voir une grand-mère se prêter au jeu d’une scène érotique ? Bien évidemment il avait réussi à saquer la soirée. L’air pesant et malsain, qui semblait le mettre en confort était de retour. Le démon à l’apparence d’un ange se sentait enfin dans son élément.
Un rendez-vous fixé pouvait rapidement se déprogrammer sans que je ne sois prévenue. Par la suite, un malin plaisir à m’appeler pour demander de mes nouvelles comme si de rien n’était, s’en suivait. Il parlait de tout et de rien omettant le fait qu’on devait se voir. Mais, que cherchait-il à faire ? A quoi ça rimait ? Je me rappelle encore le nombre de fois où j’ai passé des nuits blanches à me questionner sur ses réelles intentions. Je me sentais vide de jour en jour, fade de jour en jour, on aurait dit qu’il se nourrissait de mon énergie. Me voir souffrir le grandissait apparemment.
Les mêmes petites pressions malsaines s’inséraient avec délicatesse dans nos conversations téléphoniques. En gros, des jets de mots en mode « si tu n’es pas capable de le faire quelqu’un d’autre le fera à ta place et mieux que toi d’ailleurs », « si tu m’aimes vraiment tu as intérêt à te bouger, tu es en compétition ma belle». L’amour sous condition. L’amour déguisé en ultimatum des plus sophistiqué.
Lui : Je suis en train de savourer un plat délicieux.
Moi :Ah super ! A t’entendre parler ça a l’air divin.
Lui : Ah oui ! Ça l’est.
Moi : Je ne savais que tu aimais cuisiner.
Lui : Moi, cuisiner? Mais, non, c’est une attention de ma cousine Leïla. Elle vient de me l’apporter, il y a quelques minutes.
Il est vingt heures et trente minutes. En une seconde, je fais un audit de la nature de mes relations avec tous mes cousins. Ils sont d’ailleurs tous adorables ; Ils pensent également la même chose de moi et me témoignent sans cesse leur attachement fraternel. Est-ce pour autant que je leur livrerai des repas tout prêts aussi tard ? Je ne pense pas. Le gros hic, le début de la panique.
Est-ce que la fréquence à laquelle je cuisine pour lui est suffisante ? Il avait l’air bien emballé par le plat de cette Leïla. D’ailleurs qui est-elle vraiment? Il ne m’a jamais parlé d’elle avant. S’ils sont autant proches l’un de l’autre pourquoi des présentations n’ont jamais eu lieu ?
Un mensonge peut être ? Une envie de me montrer que je compte quand même, mais pas autant que ça. C’est par là qu’il me tenait.
Victime d’une agression, je me souviens l’avoir appelé de suite pour retrouver auprès de lui du réconfort. C’est en tremblotant, me ressassant le visage lugubre de l’agresseur que je l’appella pour partager ma peine. Je n’aurai jamais dû le faire. Je me rappelle avoir regretté de l’avoir appelé une fois le coup de fil terminé. Son indifférence m’avait laissé stupéfaite.
Lui : Ah je vois, on t’a agressé ? Mais tu étais où ? Ah tu étais encore dehors à plus de dix-neuf heures ? Mais attends c’est de ta faute ça. Quand on décide de s’entêter on en assume les conséquences. Je t’ai déjà dit que je ne veux pas que dix-neuf heures te trouves dehors. Tu espérais que je fasse quoi ?je n’y peux rien. Passe une bonne nuit j’ai du travail à terminer.
Un rendez-vous fixé à seize heures devait avoir lieu à seize heures. Les imprévus, les embouteillages dépendaient de moi. A moi de prendre des dispositions pour y être. Pour lui, je devais contrôler l’incontrôlable. Une relation aux allures de camp militaire.
Je me revois encore toute paniquée dans les embouteillages, stressée par ce qu’il adviendrait si jamais j’arrive en retard ne se serait-ce que de quelques secondes. Retrouver Pédro réveillait en moi un tourbillon d’émotions. De la peur, de l’angoisse, de la hâte, du manque, de l’envie. Et puis à la fin de l’incompréhension.
A seize heures et cinq minutes, je me suis finalement pointée. Pédro n’y était plus. Impossible de l’avoir, mon numéro était déjà passé sous la ligne rouge. C’était sa façon à lui de me punir. Il estimait avoir ce droit. J’étais retournée à l’enfance. J’étais sa petite fille et lui mon papa. Ces moyens de pressions faisaient partir de mon quotidien, j’en étais terrorisée.
Maitre en l’art du chaud et du froid. Il avait déjà déversé trop de venin. Il fallait renverser la tendance. Procéder à l’apaisement, pour frapper encore plus fort et plus dur les prochaines fois.
Lui : Tu sais, je passe des moments difficiles au boulot. Côté famille, ce n’est pas le top. Tout ça me stresse énormément. Je suis conscient que je n’ai pas été l’amant idéal pour toi ces derniers temps. Ma chérie, s’il te plait pardonne moi. Reprenons tout à zéro.
Moi donnant tout et lui rien du tout en retour. La force avait choisi son camp, le même à chaque fois. Lui n’avait rien à prouver. Sa seule personne qu’il imaginait plus gros que le monde suffisait amplement.
Il avait le droit de bouder pendant des semaines sans me donner des raisons. Il prenait tant de plaisir à me voir souffrir de son silence. Je devais chercher à comprendre ce qui le rendait ainsi. Je me souviens en train de ressasser mes actions, mes gestes, mes mots à des mois , dessemaines en arrière pour trouver le bémol, le petit détail qui aurait pu l’irriter. Quand j’y repense, il était resté enfant.
Le caractère évasif de ses réponses pour des questions déterminantes me clouait à chaque fois. Me laisser dans le flou, le confus, l’incertain lui plaisait décidément. Jamais, il ne répondait de manière claire à une question. J’étais comme possédée, prise en possession. Rien de physique, de matériel ne me retenait pourtant. Mais j’étais là. Incapable de m’échapper de cette prison à ciel ouvert, sans garde prisonnier, sans chaines. Mais, il y avait pourtant des chaines qui me maintenaient attachée à cette relation malsaine. Des chaines invisibles.
Aimer pour posséder. Ou du moins prétendre aimer pour détruire, terrasser. Mon caractère était horrible de toutes les façons, il était et pouvait être le seul à me supporter. Si je me séparais de lui avec qui pourrai-je être ? Il m’avait convaincu de cette imposture. Il était mon tout. Sans lui tout autour de moi s’effondrait.
Nuire pour être heureux ? Écraser pour dominer ? Diminuer pour exister ? Ces schémas existentiels, qui étaient les siens, étaient pour moi incompréhensibles. Il ne pouvait pas être comme ça. Pas lui ! De toute manière, c’est à la femme de façonner son homme. Le même message ahurissant qui figure dans tous les forums pour femmes. Donnant la responsabilité à une femme de rattraper des manquements depuis l’enfance. Une possibilité. Mais la volonté et la responsabilité à la personne défaillante. Un changement s’imposait. Et c’était à moi de le provoquer. Plus un besoin de compréhension que de l’amour, le sauver était désormais ma mission. Je me voulais être parfaite pour lui, le début du cauchemar.
Je ne m’occupais pas assez de lui. Comme il le méritait. Au-delà de mes occupations, c’était lui ma priorité. Sa maison devait être propre, son linge impeccable à fréquence régulière. Ses repas devaient être dignes des restaurants italiens et bien sur prêts à son retour. Le fait de ne pas vivre ensemble était en aucun cas un problème. Si je n’arriverais pas à remplir ces exigences, je n’étais pas à la hauteur. Je ne l’aimais pas assez.
Les chantages affectifs de Pédro prenaient de plus en plus d’ampleur. Je le ressentais par mon épuisement quotidien. Je ne vivais que pour chercher à lui faire plaisir. C’était lui d’abord et lui ensuite. Je m’étais habituée à ma transparence, du moins il m’avait habitué à m’y habituer. C’était lui qui comptait et rien que lui. Le summum du narcissisme. Je pouvais bien crever. Il n’en avait rien à cirer.
Je ne pensais plus par moi-même, de toutes les façons, à quoi mon avis devait servir. ? Je n’avais rien d’intelligent à dire. J’étais en prison depuis des lustres. Impossible de reconnaitre le prince charmant qui m’avait fait craquer dès le départ. Mais qui était-il ? Peut-on radicalement changé de cette façon. Non surement pas ! C’est surement de ma faute. Ce changement est surement de ma faute. Je devais donner davantage.
Moi qui débordais d’énergie et de joie de vivre. J’étais devenue l’ombre de moi-même. Je sentais ma lumière s’éteindre peu à peu.
Il en a bien fallu du temps pour l’admettre. Il était incapable de ressentir de la moindre affection. Il avait réussi à me faire sentir de moins en moins en confiance mais en réalité la personne qui manquait de confiance c’était lui. Il avait peur que j’exprime mon plein potentiel de peur de se sentir inférieur. Cette lumière, il avait lu en moi et avait pour objectif de l’éteindre mais il était hors de question de lui offrir un tel luxe.
Il avait peur que je brille de cette lumière que j’ai toujours su qui brille en moi. Cette lumière qui brilleben toutes les femmes qu’elles semblent elles-mêmes ignorer.
Pendant longtemps, je me demandais ce qu’il cherchait réellement à faire, quel plaisir lui procurait autant de méchanceté ? J’ai fini par comprendre que c’était une peine perdue. J’ai fini par comprendre, qu’il était incapable d’éprouver de l’amour pour personne. Même pour lui-même. Je me suis défait de la mission « sauver Pédro des griffes du mal ». C’était lui son propre mal. J’étais probablement une victime parmi tant d’autres. Une victime de la tueuse silencieuse.
On se rend bien compte du piège quand on y est plus. On se rend bien compte qu’on a été une victime tout ce temps, une fois sortie. J’en avais fait beaucoup trop et ce n’était jamais assez. Donner tout. De mon corps, de ma vie et mon âme ne lui aurait jamais suffi de toute façon.
Au diable, Pédro.

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