8
min

Prière d'un ange

Image de Moune116

Moune116

12 lectures

2

Elle est désespérée, énervée. Elle balance tout ce qui lui passe sous la main. Dans sa tête tout s’embrouille ; image noire, meurtre, cœur brisé. Puis dans ses mains elle trouve enfin ce qu’elle attendait. Une corde, un nœud, dernier regard, dernier souffle, dernière peur.


« Bon on sort ce soir ? demande Audrey à ses amis.
-Il y a intérêt, je ne vais pas rester chez moi pour le dernier jour de ma vingtième année ! s’exclame Marion.
-D’accord, rendez-vous à 19h00 au cinéma », confirma Joffrey.

A 19h00, la bande des cinq amis se retrouvaient devant le cinéma. Loris et Emma se tenaient main dans la main en se regardant dans les yeux, Audrey réservait les places pour le film tandis que Joffrey et Marion dévalisaient le marchand de pop corn. Arrivés dans la salle, ils prirent les meilleures places. Quand les lumières s’éteignirent Marion distribua à chacun un paquet de maïs soufflé.

Une fois le film terminé, tout le monde rentra chez soi. Marion décida de retourner chez elle en taxi car les quelques boissons alcoolisées qu’elle s’était permise de boire lui avaient fait tourner la tête. Elle dut attendre cinq minutes avant de pouvoir en trouver un, 15 minutes de trajet pour rentrer chez elle et puis le taxi finit par s’arrêter. Elle descendit en trombe sur le petit trottoir qui bordait la grande avenue. Elle marcha jusqu’à sa maison. Elle habitait dans une grande rue où la circulation était très fréquente. Celle-ci était remplie des lumières de magasins, de restaurants. Au bout de l’avenue, il y avait une immense maison. Elle franchit le grand portail de fer et courut jusqu'à la porte d’entrée. Elle l’ouvrit délicatement et grimpa les escaliers sur la pointe des pieds. Elle posa son sac à côté de sa porte, monta dans sa chambre, se déshabilla et sauta sur son lit. Elle était allongée, les yeux fixés au plafond, pensant au lendemain. Elle finit par s’endormir.

Elle était debout, au beau milieu de sa chambre. Dehors il faisait toujours nuit. Elle jetait tout, elle tremblait puis elle sentit ses jambes se fatiguer et s’écroula. Elle parvint tant bien que mal à saisir une corde. Elle se fit un nœud autour du cou. Grand noir. Elle en avait fini avec sa vie. Puis elle sursauta et ouvrit les yeux.

Elle était bien là dans sa chambre, mais aussi bien vivante. Elle avait fait un cauchemar mais cependant il lui parut si réel qu’elle crut que la corde était encore nouée autour de son cou. Enfin elle se tourna vers son réveil. Il indiquait 8h30. Après tout, ce n’était pas un cauchemar qui allait lui gâcher sa journée d’anniversaire. Pas le temps de se morfondre, il y a beaucoup de choses à faire.
Marion passa une agréable matinée. A midi elle fêta son anniversaire en famille et fut gâtée. Les invités partirent vers 19h. Elle avait rendez-vous à 22h en boîte de nuit avec ses amis. Elle monta se préparer. Elle était magnifique. Elle portait une superbe robe courte, noire avec un col diamanté. Elle avait attaché ses beaux cheveux noirs et longs. Elle s’était aussi maquillée, ce qui faisait ressortir ses yeux verts. Puis elle descendit les escaliers et enfila une petite veste de cuir noir. Elle appela un taxi. Une demi-heure plus tard elle entrait dans la boite de nuit. Ses amis l’attendaient à une table et dès qu’ils l’aperçurent, ils se ruèrent sur elle pour lui souhaiter un bon anniversaire. Loris et Emma partirent danser suivis de Joffrey et Audrey. Marion, elle, sirotait un cocktail en riant à la vue de ses amis. Elle repensa alors à l’étrange rêve qu’elle avait fait. Elle était perdue dans ses pensés, lorsque quelqu’un vint lui tapoter le bras. C’était un beau jeune homme qui voulait l’inviter à danser. Elle accepta sans hésiter. Quand le slow fut fini, il lui offrit un verre. Ils discutèrent pendant à peu près une heure. Mais bien sûr, toutes les bonnes choses ont une fin. Il dut partir, mais ils échangèrent leurs numéros. Il était 03h15. Pendant le quart d’heure qu’il lui restait Marion raconta, toute excitée, à ses amis, la discussion avec ce charmant garçon prénommé Bastien. Puis ce fut l’heure de rentrer et Audrey proposa à Marion de la raccompagnée. Celle-ci était très fatiguée et une fois arrivée chez elle, elle monta dans sa chambre, se changea et se glissa dans ses draps. Elle s’endormi en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire.

Elle avait un fusil à la main. Elle sentait des larmes brûlantes couler sur son visage. Elle hurlait de désespoir. Elle avait son arme pointée sur lui, mais qui était-ce au juste ? Elle ne savait pas vraiment. Elle arrivait juste à deviner que c’était un garçon. La main sur la gâchette, elle sentit son doigt moite l’abaisser lentement et soudain BANG. Un corps, du sang, des larmes. Elle se réveilla en sursaut.
Elle avait encore fait un cauchemar. Pourtant ça paraissait encore une fois si réel.



Une semaine plus tard, Bastien lui téléphona. Il l’invitait samedi à sortir au restaurant puis au bowling. Elle accepta avec enthousiasme son invitation. Quand le samedi arriva, il passa la chercher chez elle. Elle était resplendissante. Arrivés là bas, une jeune femme les amena à leur table. Sur celle-ci, était déposé un magnifique bouquet de fleurs destiné à Marion. Le serveur leurs apporta l’entrée. Ils mangèrent un délicieux saumon fumé accompagné d’une petite salade. Puis Bastien lui saisit la main. Mais la jeune femme fut prise d’une soudaine migraine. Elle avait l’impression que quelqu’un l’observait et que ce regard lui transperçait la tête. Elle regarda autour d’elle en quête du coupable et elle aperçut un jeune homme d’à peu près 15 ou 16 ans qui la regardait bizarrement. Plus elle le regardait, plus elle avait mal à la tête. Quand elle croisait son regard, elle éprouvait quelque chose d’étrange. Elle avait une impression de déjà vu, mais d’inquiétant en même temps. Bastien voyant qu’elle ne se sentait pas bien, lui proposa de la ramener chez elle. Elle accepta et s’excusa pour cet imprévu mais lui promit de remettre ça à plus tard.
Sur le pas de sa porte, Bastien se pencha vers elle et l’embrassa. Puis Marion resta plantée là, dans l’encadrement, le regardant s’éloigner. Pendant un quart d’heure elle resta sans bouger. Elle repensait à ce jeune homme qui avait été la cause de son effroyable mal de tête et elle éprouvait à son égard de l’amour voire de la passion mais également un profond sentiment de haine. Puis sortie de sa transe, elle monta tel un automate et s’affala sur son lit.
Le lendemain, elle se réveilla en panique. Elle ne se souvenait plus de ce dont elle avait rêvé mais elle était en rage et en même temps effrayée. Elle n’alla pas travailler de toute la semaine. Cela lui fit énormément de bien. Elle se sentait beaucoup mieux et ne repensait plus à tous ces évènements passés, quand, le samedi à 19h, on frappa à la porte. Marion ouvrit et se trouva nez à nez avec le garçon du restaurant. Il était encore plus paniqué qu’elle. Il lui demanda s’il pouvait lui parler seul à seule. Elle le fit entrer sans prononcer un mot. Ils montèrent dans la chambre de la jeune femme et s’assirent sur le lit. Il y eut cinq minutes de silence puis l’homme se racla la gorge et dit :
« Bonjour Marion, je n’ai pas beaucoup de temps et toi non plus. Tu ne dois surtout plus revoir Bastien, ça pourrait être dangereux pour toi comme pour lui. Alors s’il te plaît, je sais que tu dois te demander qui je suis pour te dire cela mais fais moi confiance, quitte-le, tu comprendras bien assez tôt. Je dois partir maintenant. »

Il l’embrassa sur la joue et ce fut comme un nuage. Il disparut par la porte de la chambre. Elle n’entendit pas la porte d’entrer claquer mais elle ne cherchait pas à comprendre. Elle se posait tellement de questions : Comment connaissait-il son nom ? Celui de Bastien ? Pourquoi lui disait-il cela ? Pourquoi était-il venu? Qui était-il exactement ?
Elle ne savait plus quoi penser et elle s’effondra sur son lit.
Elle réfléchit tout le dimanche, le lundi et le mardi, quand, le mercredi le téléphone sonna. C’était Bastien. Sa mère organisait un bal et il lui demanda si elle accepterait d’être sa cavalière. Cette fois-ci, elle réfléchit longuement. Elle repensait aux avertissements de l’étranger. Mais après tout, elle aimait Bastien et ce n’était pas un simple inconnu qui l’empêcherait de sortir avec l’élu de son cœur. Quand le rendez-vous arriva, elle était superbe dans sa petite robe rouge dessinée par sa mère. Elle attendait Bastien quand son portable sonna. Elle décrocha et entendit l’homme lui parler :
« Marion, n’y va pas. C’est une question de vie ou de mort. »
Marion lui raccrocha au nez. Il commençait à lui taper sur les nerfs mais elle fut soudain prise d’une angoisse. Elle finit par se dire que ce n’était qu’une mauvaise blague. Bastien vint finalement la chercher. Elle passa une merveilleuse soirée. Elle se rendit compte qu’elle était folle amoureuse de lui. Elle était convaincue qu’elle ferait tout pour rester avec lui. Elle rentra chez elle, la tête remplie de bons souvenirs, tous aussi beaux les uns que les autres. Depuis longtemps elle ne s’était pas sentie aussi heureuse. Elle pensait déjà à son prochain rendez-vous avec Bastien. Il se passerait chez lui, ils fêteraient le premier mois de leur rencontre. Elle s’endormit.

Maintenant elle reconnaissait les lieux, elle était dans la chambre de Bastien. Elle avait un fusil à la main, des cris, un coup, du sang, des larmes. Elle venait de le tuer.

Elle se réveilla et fondit en larmes. Elle n’en pouvait plus, elle craquait.

Tous les soirs elle recevait des appels de l’inconnu, qui lui disait de ne surtout pas quitter sa maison le samedi soir suivant. Elle n’en pouvait vraiment plus.
Le samedi soir arriva. Elle était certaine que de revoir Bastien lui ferait le plus grand bien. Quand il passa la chercher, il lui parut bizarre. Quand ils arrivèrent chez lui, ils étaient seuls. La table était installée. Il la fit s’asseoir puis se posa à son tour. Il la regardait dans les yeux et essayait tant bien que mal de prononcer ces mots :

« Marion, voilà, je ne sais pas trop comment te le dire et sache que cela ne m’empêche pas de te trouver très jolie et très gentille mais j’ai rencontré une autre fille. »
Marion resta muette pendant une dizaine de secondes puis s’effondra en larmes en balbutiant :

« Moi j..e..tai..me..ma..is..tu..n.. en. a.s. rien..à..fa.-.ire. » Elle se ressaisit et maintenant elle hurlait :
« TU ES VRAIMENT CRUEL. JE TE DETESTE. TU VAS LE REGRETTER. »

Elle prit les assiettes et les balança dans la pièce. Elle fit de même avec tout ce qu’elle trouvait. Il courut s’enfermer dans sa chambre mais Marion, énervée, se mit à sa poursuite. Au passage, elle aperçut le fusil de chasse du père de Bastien et s’en empara. Elle entendit la porte de la chambre claquer. Elle courut jusqu’à celle-ci et défonça la poignée puis pointa son fusil sur Bastien. Elle lui hurlait dessus. Elle sentait son doigt se refermer sur la gâchette quand, soudain venant de nulle part, elle entendit une voix :

« Marion, arrête ! Ecoute-moi, tu vas immédiatement poser ce fusil. Te souviens-tu des rêves que tu faisais ? Ils se réalisent à nouveau. Tu connais la suite puisque tu l’as vue dans ces rêves et pour ne rien te cacher, tu l’as déjà vécue. Au fond de ton cœur, je suis persuadé que tu comprends. Alors s’il te plaît, pose cette arme et je te ramènerai chez toi pour tout te raconter. »

La voix qu’elle venait d’entendre était celle de l’homme mystérieux qui l’avait harcelée pendant tout ce temps. Il l’apaisait finalement.
Elle ne savait plus quoi faire. Elle en voulait tellement à Bastien mais, d’un autre côté son inconscient lui disait de poser son arme. Elle s’effondra sur le carrelage gelé et se mit à pleurer toute les larmes de son corps. Elle s’arrachait même les cheveux. Puis, une lumière bleue, très puissante, éclaira toute la pièce et le jeune garçon surgit. Sans dire un mot, il prit Marion par la main et l’emporta dans sa lumière en laissant le pauvre Bastien, encore sonné, seul dans sa chambre.
Pendant qu’il se remettait de ses émotions, Marion et le garçon arrivèrent chez celle-ci. Elle s’assit sur son lit et la tête sur ses genoux, elle éclata en sanglot. Il lui prit une main et lui expliqua :

« Marion, au fin fond de toi je suis sûr qu’il se passe des choses tristes sinon ces rêves ne te seraient pas revenus. Bon je vais être franc et direct avec toi. Tu dois t’en souvenir obligatoirement car c’est la stricte réalité qui revient. Il y a quelques années, tu es tombée amoureuse. Pour être plus clair, dans une de tes années lycéennes, tu es tombée follement amoureuse d’un homme. Tu l’aimais autant que Bastien. Et, le jour de vos un mois de rencontre, il t’a annoncé qu’il aimait une autre fille que toi. Et là ce fut le drame. Tu l’aimais tellement que tu es devenue hystérique au point d’appuyer sur la gâchette. Tu connais la suite, tu es rentrée chez toi, tu jetais tout ce qui te passait sous la main et, comme tu étais horriblement triste tu as espéré mettre fin à tout ce cauchemar. Tu as trouvé une corde, puis tu as essayé de te pendre. Heureusement, la poutre a cédé et tu as été sauvée. Et ce soir, si je ne t’avais pas raisonnée tu devines la suite
-Mmmmais, bredouillait Marion, comment sais-tu tout cela ?
-Je suis vraiment désolé mais je ne peux pas te le dire, répondit-il. Maintenant je dois te laisser, j’ai accompli ma mission; je peux maintenant entrer en paix.
-Attends ! S’écria-t-elle avec plus d’assurance, j’ai juste une dernière question. Qui était cet homme que j’ai tué, il y a plusieurs années ? Cela m’a fait tellement de peine que j’ai enfoui ce souvenir au plus profond de moi-même que j’ai tout oublié de cet épisode de ma vie. »

Le garçon resta silencieux un long moment en la fixant droit dans les yeux. Puis le regard au sol, il dit brièvement :

2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Charly
Charly · il y a
Bien vu. On aurait presque pu en faire un film.