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Je ne crois pas en l'Humain tout simplement parce que l'Humain n'est pas croyable  [+]

Remplir le frigo. Faire les course un samedi matin glacial de décembre.
Tout ce que je déteste.
Tout un programme.
Y a tellement mieux à faire.
En laissant claquer la porte du hall d’entrée de l’immeuble, je remercie (par la pensée) chaleureusement ma femme du cadeau de cette mission.

Je préfère y aller tôt afin d’échapper à l’emprise de la foule et à l’ambiance « supermarché » que je ne supporte plus.
9h12 le sas automatique me laisse pénétrer dans cet Eden de la victuaille.
Misère, y a du monde. Déjà.
Je respire un grand coup. Je jette un coup d’œil sur la liste et c’est parti.

C’est bouclé, après mon optimisation à la caisse rapide, en quatorze minutes vingt-cinq secondes et quarante-neuf euros soixante-quatre.
Pas si mal.
Le sac est lourd.
Avec çà on va tenir quoi ? Deux jours max ?
On verra bien.

Je remonte ma rue. J’évite les « crottoirs », pas le temps de faire du style.
Elle est déserte et toujours aussi froide.
Le sac est lourd et ma main gauche glacée file dans la poche qui lui est destinée dans mon blouson.

Machinalement mon regard s’arrête vingt mètres plus haut.
Sur le crottoir de droite, un type, seul dans la rue. Grand, maigre, avec lunettes de myope,
Sorti de nulle part.
On ne sait pas trop ce qu’il fait là...
On dirait qu’il attend quelqu’un. Peut-être pas. Je sais pas...
Il fait rien.
Jean, blouson kaki, sac à dos. Pas de téléphone en main (c’est rare de nos jours).
Bizarre le gonz..
Inconnu au bataillon le gars.
Il a pas l’air spécialement d’un SDF mais mon intuition (qui n’est pas féminine) me dit qu’il va me brancher à tous les coups vu ce jour de chance.
Me demander deux euros (inflation oblige) ou une cigarette (je fume pas) ou du feu et une cigarette (je fume toujours pas) ou de quoi manger (sur c’coup là je peux difficilement lui dire que je suis en période de jeûne).

Bon j’avance au milieu de la rue et dans trois mètres cinquante je passe à sa hauteur.
J’avais croisé son regard depuis longtemps.
J’ai l’impression qu’il m’attend.
Comme dans « Forest Gump », il va parler.
Contact prévu dans cinq, quatre, trois, de...

« Ils prévoient quoi pour aujourd’hui, de la pluie non ? »

Putain, il a parlé.
Celle-là, on me l’avait jamais faite.
C’est la meilleure !
Voilà maintenant, en pleine rue déserte, un samedi matin triste, qu’on me prend pour une station météo style base antarctique Dumont-d’ Urville ou même pour Evelyne Dhéliat, en mieux !
Tout çà je me le raconte en moins d’une seconde of course...

Je me souviens que tôt j’avais maté la page météo du quotidien local : On a hélas un rendez-vous pour le café demain après-midi avec ma belle-mère à son QG en bord de mer.
Je me souviens qu’un dimanche humide et peut être salvateur nous était annoncé.
J’envoie mon meilleur retour décroisé le long de la ligne :

« Non, c’est pour demain la pluie ! »

Lui rétorque-je dans un souffle et sans m’arrêter car le sac qui pèse une tonne n’a pas fini de me cisailler les doigts de la main droite.
Je continue de remonter ma rue.
Il est derrière. C’est fini. Il dit plus rien.

Gagnant.
Jeu, set et match.

Je tends l’oreille au cas où il lui faudrait les températures attendues à la mi-journée...
Non. Rien. Nada. Nitchevo...

Je rigole tout seul sur le digicode.
Je me repasse le film dans l’ascenseur.
Sur mon palier.
Non, j’le crois toujours pas.
Si je raconte çà à ma femme, elle va se foutre de ma gueule...
Je tourne la clef.
Douce chaleur du home.

« C’est toi ? » qu’elle dit.
« Ben oui. Qui veux-tu que ce soit ? »

Je balance le sac dans un coin de la cuisine et tout en massant ma main endolorie sous l’eau tiède :

« Tu sais chérie, demain en début d’après-midi, à cause d’un système dépressionnaire se décalant vers l’est, on aura vraiment un temps de merde ! »
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