Préparatifs du décès

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Québécois de 25 ans; poète ou bafouilleur, à vous de choisir. En recherche d'édition et d'une utopie en porcelaine, je flâne à travers le genre humain. Aux armes ! Aux plumes ! Aux pinceaux  [+]

Image de Printemps 2014
Il n’était que 10 : 00 et déjà le révérant courrait de tous les côtés afin de diriger les divers membres de l’église, pressés de terminer les préparatifs pour l’ultime soirée; il n’est jamais simple de rendre hommage à un défunt avec toute la grâce et l’honneur qu’il mérite, encore moins lorsqu’il est question d’un serviteur de Dieu. Le révérant Bouquineur donnait des ordres et tentait de son mieux d’aménager l’église adéquatement afin de faire de ce lieu un salon funéraire adéquat pour son corps chaste et plein d’entrain. Il annonçait depuis déjà près d’un an cet événement et espérait éperdument que le résultat correspondrait à ses attentes. Il y avait de tous les côtés des fleurs odorantes, des statues du futur défunt et même des petits sandwichs pour les plus gâteux...il avait pensé à tout et s’empressait de coordonner les tâches du personnel à son service, c'est-à-dire les enfants de chœurs, le bedeau et le berger.

Scrutant le long tapis de soie rouge jonchant le sol, Bouquineur essayait d’accorder le plus minutieusement possible, à l’aide d’une aiguille et d’une loupe géante, tous les raccordements distingués et féériques. Le résultat lui plaisait que trop peu, car de petits loups mangeaient sans arrêt les moutons duveteux qu’il tentait difficilement de recréer. Un bruit retentit à l’autre bout de l’église et le révérant se leva d’un bond de poule afin de se rendre à l’endroit d’où venait le bruit précédemment abordé. C’était le berger qui avait renversé un pot de fleurs siamoises sur une parcelle du tapis; l’eau du contenant se rependait avec une rapidité fulgurante en latitude. Voyant cela, le révérant tira de sa poche un révolver et tira dans le cœur de la flaque afin de l’exterminé. Le coup merveilleusement bien placé permis à l’homme de la remettre rapidement dans le pot.

- Faites donc plus attention ! s’exclama le révérant
- Pardon, Monsieur Bouquineur, lorsque je pense à mes moutons, je deviens tout autre et en oublie même mes mains...s’excusa le berger
- Et bien qu’à cela ne tienne, allez me chasser ces loups brodés au tapis, je m’occuperai de ces fleurs, termina-t-il

Ses talents de jardinier étaient assez rudimentaires mais suffisaient pour accomplir cette tâche. Soudain, oh malheur, il remarqua que les fleurs n’étaient guères celles qu’il avait commandées. Il courut un peu partout à la recherche du bedeau qui devait, en fait, commander des fleurs jumelles . Le jeune serviteur de Dieu reprit ses esprits qu’il avait laissés tomber par distraction et entreprit de trouver son servant afin de lui faire corriger son erreur . Puisque le bossu de service passait la majeure partie de son temps au confessionnal, notre héros s’y rendit et n’y trouva malheureusement qu’un évêque entrain de copuler avec Quardro, le second violon de l’orchestre enfantine de l’école située à proximité de l’église. Tant pis, prochaine destination, le clocher où dort et habite le petit homme difforme rejeté du reste de la ville. Cinq minutes plus tard, il le trouva entrain de ronfler et lui balança un coup de pied en pleine poire. Ainsi, il ne lui resterait rien à manger à son réveil, bien fait pour lui !

- Bedeau de malheur, réveille-toi ! C’est un ordre de Dieu, s’écria le révérant enragé
- Dah ! Pardon mon seigneur, pardon, s’étouffa le jeune garçon en se réveillant par surprise
- Si vous me recommencez un coup de la sorte, je vous envoie directement aux frères, vous allez recevoir un de ces trains...
- Oh, non, pas les frères ! Je vais travailler de ce pas ! pleurnicha le bedeau
- Cessez, vous allez mettre du sel de larmes partout sur mon beau tapis, nous ne sommes pas à l’état des Unis, ici ce n’est pas acceptable, ria-t-il. Au fait, vous avez commandé les mauvaises fleurs, je voulais des fleurs jumelles et non pas des fleurs siamoises. Peu importe à qui est la faute, ce sera la votre maintenant, termina Bouquineur avec un sourire aux lèvres.

Il la sortie de sa poche et la tendit au bossu .

- Je retourne aux préparatifs, occupez-vous des fleurs et de l’agencement de ces dernières avec les statues que nous avons reçues ce matin
- Oui, mon Seigneur, dit finalement le bedeau
- ...et si vous recommencez à nouveau, je vous botte l’arrière-train au nom de Dieu, dit le révérant avant de sortir de la salle où brillait la grosse cloche .

Une fois de retour dans la salle funéraire, le révérant ferma les yeux et se questionna sur son choix de personnel, car après tout, personne n’est mieux placé qu’un homme destiné à servir Dieu pour préparer un événement aussi distingué. Lorsqu’il ouvrit ses yeux, il ne remarqua pas les rideaux si joliment placés et originaux puisqu’ils n’étaient effectivement pas là. Le temps n’était pas aux châtiments et à l’exode, car il ne restait que quelques heures seulement avant le moment tant attendu. Les enfants de chœurs venaient tout juste d’entrer dans l’église quand Bouquineur les arrêta à l’aide d’un simple psaume;

- L’hiver frappe aux portes... débuta-t-il avec entrain
- Des connards et des cloportes! entamèrent avec amour les jeunes garçons

Le jeune révérant aux longs cheveux noirs et bouclés pointa les vitraux avec un air de désinvolte mélangé à une bouille qui boude, ce qui fit fondre les enfants en larmes, culpabilisant de leur oubli. Heureusement pour les jeunes blancs-becs aux voix d’anges, le parolier de Dieu n’était pas pédéraste et se contenta de leur balancer un banc dans le ventre; ça va les endurcir. Ils se mirent aussitôt au travail et confectionnèrent, amalgamèrent et posèrent les plus beaux rideaux que cette église eut possédée, puisque c’était en fait les seuls qu’elle n’eût jamais eu. De retour au tapis de soie rouge, ceci au sens littéraire et non pas métaphorique, car le révérant n’était pas un amateur de boxe, il pu constater avec joie que le jardinier ne s’était guère accroché dans les fleurs du tapis et que le résultat était des plus magnifiques : divers petits moutons gambadaient dans les tiges et les loups étaient enfin muselés. Une petite prière était de mise et une bonne minute passa avant que notre jeune homme fut remercié par le seigneur par l’intermédiaire d’un livre tombé du ciel . Il le parcouru rapidement et après avoir perdu l’intérêt, le jeta dans un foyer au coin de la sacristie.

Plus qu’une heure avant l’arrivée du premier invité; les fleurs jumelles étaient arrivées et bordaient toute l’église afin de répandre leur odeur savoureuse dans tous les coins. Le long tapis de soie rouge était plus propre que le pape lui-même, les multiples chandelles dansaient sur les murs afin d’offrir une ambiance de fête mélangée à celle d’un lieu plus solennel. Des rideaux d’un rouge feu de joie cachaient la lumière extérieure afin d’éviter les aveuglements prestes si fréquent chez les curés plus âgés, qui avaient tendance à fermer les yeux face à diverses choses. Le cercueil d’acajou était placé tout au bout du passage et faisait l’objet central d’un ensemble floral artisanal. Des statues de Bouquineur étaient fixées au sol à intervalles réguliers et permettraient aux passants d’admirer l’individu en tant qu’homme saint avant de le remercier au cœur de son lit funeste. En soi, tout était finalement prêt.

Tout le monde prit place : des arrivants attendaient à la porte du côté extérieur et le bedeau se plaça par conséquent du côté intérieur de la porte afin de l’ouvrir au moment juste. Le berger dirigea les enfants de chœurs vers le petit chapiteau érigé pour eux et le révérant Bouquineur alla se placer dans le magnifique cercueil et mourut d’une crise cardiaque comme il se devait.

Le bedeau ouvrit les portes et les enfants se mirent à entamer un air triste, sélectionné au préalable par le frais défunt. Les membres du clergé n’ont jamais vu un aussi parfait enterrement, jusqu’à ce que les loups perdent leur muselière et dévorèrent un des jeunes chanteurs qui avait osé poser son pied sur le précieux tapis de soie rouge.
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