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Pourquoi les éléphants ne parlent-ils pas ?

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gillibert FraG

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En compétition

Autrefois, il y a très longtemps, les éléphants savaient parler. Comment perdirent-ils ce savoir ? Écoutez, et tirez leçon, si possible, de leur histoire.

Un jour, le chef des éléphants sentit que sa mort approchait. C’était un puissant et très intelligent chef, que tous craignaient et respectaient.

Il alla lentement, au prix de gros efforts, au bord du fleuve, loin des autres éléphants, il était très triste : il pleurait, se dressait un instant, baissait la tête, regardait le ciel, criait…

Or, Mufioti, un jeune éléphanteau, se lavait dans le fleuve près de sa mère, en jouant dans l’eau et entendit des barrissements de désespoir.

— Maman, dit-il, j’entends gémir l’un des nôtres, nous devons aller voir pourquoi il se plaint. Sais-tu ce qui se passe ?

— Mon enfant, ne t’en mêle pas.

Les lamentations continuaient

— Mais, Maman, n’entends-tu pas ces cris déchirants ? Va, demande, console !

— J’ai reconnu, Mufioti, celui qui sanglote ainsi, c’est notre chef Munzoki, il est très âgé, je pense que sa mort est proche. Pleurer de peur ou se lamenter lorsqu’on souffre est honteux, surtout pour un chef. Mais comment réagirions-nous, affaiblis par les ans, dans les mêmes circonstances ? Je ne veux pas l’humilier, je l’ai toujours admiré. Voir l’un de nous venir comme une mère attentive, l’assister dans cette extrémité blesserait sa fierté, aggraverait sa peine. Ne t’en occupe pas.

— Mère, tu te trompes, je connais Munzoki, je sais qu’il ne craint rien, et supporte les pires douleurs sans gémir. Il ne peut pleurer que pour une raison grave. Je veux savoir, je veux l’aider si je le puis. Il sera heureux de me voir.

Et Mufioti partit en courant lourdement dans la direction des cris.

Sa mère ne chercha pas à le rattraper, elle savait que son poids d’adulte l’en empêcherait, et, aussi, elle pensait que, peut-être, son fils avait raison, et elle ne voulait pas réprimer chez lui un élan généreux.

Mufioti trouva rapidement Munzoki

— Maître, bonjour, je te salue, grand chef. Qu’arrive-t-il ? Je suis jeune, je cours vite, je puis peut-être me rendre utile.

Le chef le regarda.

— Merci beaucoup, enfant d’être ici. Écoute-moi.

Le remords m’étreint, j’ai vécu égoïste, j’ai gardé mon savoir, un très vaste savoir, et, maintenant que la mort approche, je comprends que tout se perdra, c’est un malheur immense. Je fus un éléphant mauvais, un chef indigne.

— Mais, Munzoki, vous êtes encore en vie, ne perdez pas un temps précieux, transmettez ce que vous savez.

— Enfant, tu me redonnes de l’espoir. Mais qui voudra m’écouter ?

— Si vous le voulez bien, je serai heureux d’être votre élève. Je comprends vite, j’aime m’instruire.

— Est-ce vrai ? Tu acceptes donc de m’écouter ? Mais c’est merveilleux !

Le grand chef retrouvait quelques forces à l’idée qu’un éléphanteau l’écouterait, qui donnerait ensuite toutes ces sciences aux autres.

Il enseigna à Mufioti beaucoup de choses extraordinaires : comment prévoir le temps en examinant les nuages et le sens du vent et d’autres signes plus ténus propres au pays.

Il lui apprit le langage du tam-tam qui permet aux hommes de communiquer d’un village à un autre. Ainsi ils savent qu’un troupeau approche, avant même de le voir. Il lui enseigna le langage de la fumée, qui peut porter bien plus loin, mais qu’un curieux indésirable ou un ennemi clairvoyant localisera facilement. Il lui apprit la langue des hommes, il croyait n’en connaître qu’une, or il parlait un mélange incorrect et incomplet, mais qui contenait la plupart des termes qu’utilisent les chasseurs.

Il savait les saisons, certains vols d’oiseaux nous renseignent, et l’état des grandes graminées de la savane. Les déplacements du troupeau doivent tenir compte de ces variations, car la nourriture sera, suivant l’époque, abondante en une place ou en une autre.

Il lui apprit à reconnaître et à utiliser les plantes qui guérissent et à se défier de celles qui sont toxiques.

L’éléphanteau l’écoutait attentivement, enregistrant tout et lorsque Munzoki, voulant vérifier que son élève assimilait son cours, l’interrogeait, le vieil éléphant se félicitait de l’extraordinaire chance qui avait conduit ce petit auprès de lui. Et, joyeux, il disait : je me sens bien mieux. Et Mufioti qui le voyait toujours bien fatigué répondait : ton intelligence est merveilleuse !

— Ce n’est encore rien, répondait le vieux chef. Le dernier savoir est la plus grande richesse. J’aime fixer dans ma mémoire certains faits, et en disposer jusqu’à la fin de ma vie. Je suis capable d’emmagasiner beaucoup dans ma tête, mais c’est tout de même insuffisant et, parce que j’ai beaucoup réfléchi, j’ai découvert une idée remarquable, dont je suis très fier, je l’avoue.

Écoute : je trace des lignes sur le sable, avec un petit bâton, à l’abri du vent, de la pluie et des bêtes et quand je les regarde je sais les paroles que j’ai ainsi mises dans la mémoire du sable.

Cet éléphant avait découvert l’écriture. Il expliqua le principe des associations de lettres : la voyelle et la lettre qui sonne avec elle, la consonne, il écrivit devant l’enfant, qui, attentif, passionné, l’écoutait. Munzoki interrogea souvent l’éléphanteau afin de vérifier que celui-ci comprenait.

— Dis-moi ce que tu sais.

Et Mufioti répondait avec précision.

— Quand je trace ces lignes, je dis que j’écris. Voici le A, cette lettre est le O celle-ci le N

Mais je suis très fatigué, et je souffre beaucoup. Je n’ai plus le temps de t’apprendre la forme de toutes les lettres, tu peux choisir toi-même de belles lignes, des dessins adaptés, car je ne pourrai pas continuer longtemps mon enseignement.

Maintenant, dit-il encore, je puis mourir en paix, je suis heureux, tu m’as permis de réparer mon impardonnable faute. Merci, j’envie les parents qui t’ont donné la vie !

Le vieux chef s’allongea sur le sable, ferma les yeux, et mourut.

Mufioti partit vite chercher les autres éléphants, il leur expliqua : Amis, le Munzoki est mort, c’est un grand malheur ! Mais il m’a donné un enseignement, et je vous le transmettrai, comme il m’en a prié. Oui, à mon tour, j’enseignerai.

Les éléphants répondirent : aujourd’hui, le chef est mort, nous devons pleurer. Nous devons prier pour lui.

Le jour qui suivit, l’enfant s’éveilla tôt.

— Maintenant, écoutez-moi, je sais ce que le chef m’a dit, ce sont de merveilleuses connaissances

— Aujourd’hui, nous sommes fatigués.

Chaque jour, Mufioti dit : c’est une grande richesse, je sais les lignes pour ne rien oublier.

Les éléphants répondaient : demain

L’enfant dit à sa mère : Maman, écoute-moi.

— Je dois d’abord faire mon travail, répondit-elle.

Il demanda à son père :

— Ecoute.

— Mon enfant, j’ai pêché hier matin, et hier après-midi, je veux me reposer à l’ombre d’un arbre et bavarder avec les autres éléphants, je veux écouter le chant des oiseaux, qui m’émeut.

— Alors, demain, tu m’écouteras ?

— Oui, mon enfant, demain. Mais le lendemain, quelque autre occupation l’emportait. Mufioti ne renonçait pas, il vantait ce savoir immense.

— Plus tard, plus tard, répondaient ses interlocuteurs.



Un jour, un chasseur tua Mufioti.

Les autres éléphants regardèrent son corps inerte et ils éprouvèrent une grande peine et une violente honte. Chaque éléphant pensait ; cet enfant voulait nous donner une grande richesse, je ne fus pas courageux, j’avais peur de réfléchir, et d’en ressentir ensuite de la fatigue. Et je ne sais pas ces choses merveilleuses qu’il nous voulait apprendre. Je ne sais que dire !

Et ainsi les éléphants, emplis de honte, ne dirent rien. Ils ne parlèrent plus, si bien qu’ils ne savent plus parler.

Cette histoire nous donne cette règle : si tu sais quelque chose d’intéressant, enseigne-la aux autres hommes, si tu peux apprendre quelque chose, profites-en : remercie, saisis, prends.

C’est une leçon pour les enseignants et les élèves, pour ceux qui détiennent un secret de fabrication aussi et tous les hommes. La nature donna la parole aux éléphants, ils ne voulurent pas de richesse supplémentaire, c’est pourquoi la nature leur reprit la parole.

Les hommes doivent construire des savoirs, se les transmettre, et en ajouter toujours, et saisir tout ce que Dieu leur offre de nouveau.

Enfants, faites tout ce que vous pouvez de bon, pour vos parents, vos frères et vos amis, pour vous-même, et pour les autres hommes de votre pays, ou de la terre entière.

PRIX

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En compétition

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Brandon Ngniaouo · il y a
Beau conte pour enfants. J'ai adoré. Bravo à vous, Vous-avez toutes mes 3 voix.
Je vous prie de me soutenir en allant voter pour mon texte en compétition pour le prix des jeunes auteurs.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chose-11 J'adorerais également lire vos commentaires avisés qui m'aideront à me parfaire.

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Arnaud-Christ EKONE · il y a
Waouhh.
Très beau texte je t'assure.
Je te donne mes voix.
Je t'invite à faire pareil si jamais mon texte "Les Cieux, la cime et la prairie" te plait
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-cieux-la-cime-et-la-prairie

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Streve Dinguemtog · il y a
Très bon texte. Je vous donne ma voix.
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à me lire mon texte via ce lien https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-jeunes-contre-la-covid-19.

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JFG Sanshiro · il y a
Superbe, mes voix pour ce beau conte à la belle morale.
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Firmin Kouadio · il y a
C'est une leçon de sagesse que vous nous apprenez ! Vraiment rien à ajouter si ce n'est que vous êtes plein de savoirs. Car qui a de la sagesse peut apprendre plus, apporter plus, faire plus que ne font les autres. Vous avez toutes mes voix!*****
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Nicole Loth · il y a
L'histoire nous apprend que quand un ainé disparaît c'est une bibliothèque qui s'en va avec lui. Votre comte est une belle interprétation que j'aime beaucoup.
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Oriole Lekeugo · il y a
Belle histoire, vous avez mes voix. Je vous invite à jeter un coup d'oeil à mon texte :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-vie-minable

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Sylvie Martorell · il y a
Quelle belle histoire! Une histoire à partager!
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Tarek Bou Omar · il y a
Bonsoir Gillibert, mes 5 voix :). Si vous avez un peu de temps, je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le Prix des jeunes écritures : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-soleil-s-eteint-sur-mon-destin-1?all-comments=1#fos_comment_comment_body_4242995. Bonne chance :).
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Fodé Camara · il y a
Merci pour cette merveilleuse histoire. Je l'ai adoré sincèrement. Bravo ! Vous méritez mes 5 voix.
Merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps 👇👇
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lerrance-spirituelle-1

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