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Pour vous satisfaire

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Didierpiclori

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Pour vous satisfaire.
Prologue
La jeune femme met un point d’honneur à se faire belle. Sa coquetterie n’a rien d’exceptionnel pour une femme moderne de ce siècle habitant une grande capitale du monde occidental. Malgré tout, venant juste de dépasser les trente-huit ans, elle n’a jamais changé ses habitudes. Elle se doit de donner le meilleur d’elle-même. C’est une obligation professionnelle. Cela a toujours été son précepte. Elle considère que son apparence ne doit pas être négligée. Il faut la soigner au mieux avec un maquillage discret mais efficace, adapté aux circonstances. Une tenue vestimentaire féminine, chic, que l’on croise fréquemment dans les quartiers d’affaires ou bourgeois. Normal, elle côtoie des hommes d’affaires de la très haute société qui pourraient mal la juger sur un simple coup d’œil. Et l’apparence dans notre société, est un détail qui compte beaucoup.






Elle choisit donc un tailleur de couleur neutre, ni sombre, ni trop clair, de façon à passer inaperçue. Un bustier blanc et un foulard de grande marque pour agrémenter la tenue. Pour perfectionner ce costume elle ajoute une broche en céramique représentant un papillon tropical. Sa longue chevelure brune, elle l’arbore très fièrement. Pas question de se laisser influencer par le diktat de la blondeur occidentale. Ses origines italiennes, elle ne veut pas les renier. En guise de chaussures, elle prend des escarpins aux talons fins et de taille moyenne, afin de ne pas être gênée par une action impromptue.
Un dernier petit coup d’œil dans le miroir, une touche de parfum, et la voilà prête pour entamer sa lourde journée.







Une journée exsangue de sentiments






Elle s’empare de son sac posé sur le petit meuble de l’entrée. Très consciencieusement, elle vérifie que rien ne manque à l’intérieur. Son chat « cailloux » se frotte contre ses jambes, comme pour la supplier de ne pas partir.
Natacha, puisqu’elle se prénomme ainsi, le caresse une dernière fois et lui dit d’être sage, de ne pas faire de bêtises. Elle le repousse gentiment et ouvre la porte d’entrée. Aussitôt, « Cailloux » tente de s’esquiver entre les jambes de sa maîtresse. Sans résultat. Elle le retient d’un geste rapide et le replace dans le couloir avant de fermer la porte et de verrouiller à double tour son appartement.






Comme d’habitude, elle descend en utilisant l’ascenseur qui dessert le parking au sous-sol. Elle se dirige vers sa voiture, privilégiant ce mode de transport individuel aux transports en commun. En effet, elle n’apprécie pas de se perdre dans les transports en commun, sauf pour des raisons impératives d’ordre professionnel.
Elle monte dans sa grosse berline noire, un 4X4 allemand, signe distinctif d’une certaine réussite dans la vie active. Toutes les vitres sont teintées, permettant à la conductrice de ne pas être importunée par d’éventuels conducteurs ne contrôlant pas leur taux de testostérone. Elle enclenche la marche arrière, et d’un seul coup de volant, se positionne dans l’axe de sortie, juste en face de la porte de garage. Elle sort son bip qu’elle actionne. Elle accélère et passe sous la porte basculante qui termine tout juste de s’ouvrir. Le 4X4 monte la rampe de sortie sans faire de bruit.






Arrivant à hauteur du trottoir, elle stoppe brutalement son véhicule pour laisser passer une petite dame âgée, qui, d’un hochement de tête, la remercie de son sens de la courtoisie.
Le témoin du niveau de carburant lui indique qu’elle est bientôt dans la zone des cinq litres de réserve. Pas de problème, Natacha avait prévu de faire le plein à la station d’essence non loin de son domicile.
Au bout d’un kilomètre, elle s’arrête donc pour remplir son réservoir. Elle descend avec élégance de sa grosse berline, faisant d’abord apparaître ses jambes dont les bas embellissent le galbe. La jupe fendue de son tailleur révèle un très vif instant le haut d’un de ses bas. Deux hommes non loin de là sont témoins de ce spectacle. Ils sont comme deux petits enfants découvrant leur nouveau jouet de Noël. L’expression de leur visage trahit leur surprise et leur ravissement. C’est un spectacle qu’ils n’ont certainement pas l’habitude de voir, pense Natacha. Que les hommes sont faibles et lubriques ! Cependant, ce n’est pas la première fois qu’elle observe le comportement graveleux de certains mâles.
Pendant qu’elle fait le plein, un troisième homme la dévisage mais sa femme constatant ce regard attiré par la jeune femme brune, le rappelle à l’ordre.
Il est vrai que Natacha ne fait pas son âge. On lui donne dix ans de moins. Sa silhouette mince et fine ne mérite aucune critique négative. Un grand nombre de femmes seraient en droit de la jalouser.






Le plein effectué, elle se dirige vers la caisse d’un pas ferme, en se déplaçant avec distinction, élégance et charme. Un des deux hommes ose siffler, prouvant par là, sa domination de macho affirmé. Natacha n’y prête pas attention et l’ignore nonchalamment. En pénétrant dans la station, les trois personnes déjà présentes ne peuvent pas ignorer la prestance de Natacha.
Le caissier, d’un certain âge, non loin de la retraite, se dit qu’il aurait bien aimé avoir trente ans de moins. Trente ans de moins et un compte en banque fourni.
En remontant dans sa voiture, Natacha fait un petit clin d’œil à un des deux clients de la station. Étonné, il se montre du doigt pour s’assurer que c’est bien à lui qu’est destiné ce signe amical.






Natacha enclenche la première et quitte la station. Elle prend la direction du centre des affaires. Elle a rendez-vous avec un client qui doit lui remettre un dossier professionnel.
Quelque vingt minutes plus tard, elle arrive dans ce quartier ultra-moderne. Il est d’une banalité, à l’identique de tous les quartiers d’affaires. Plusieurs dizaines de tours s’érigent sans charme comme pour narguer les habitations qui les entourent. Aucune ambiance ne s’en dégage. Le vent qui s’engouffre un jour sur deux au pied de ces tours vous glace le sang, vous obligeant à passer vite fait votre chemin.
Natacha s’engage dans un des parkings qui dessert les tours où s’entassent des dizaines de milliers d’ingénieurs, comptables, financiers, cadres et non cadres.
Elle décroche son téléphone et compose le numéro du client qu’elle doit rencontrer.

Natacha : Bonjour Monsieur, je suis arrivée dans le parking.
Le client : Bonjour Natacha. Prenez l’ascenseur et demandez-moi à l’accueil. Une hôtesse vous donnera l’étage et le numéro du bureau. Je vous attends.
Natacha suit les instructions et prend l’ascenseur. À l’étage indiqué, elle s’engage dans un couloir et frappe à la porte du bureau désigné. Une voix lui dit d’entrer. Le bureau est plutôt spacieux. Il est meublé moderne et dispose d’un grand bureau en verre cerné par trois sièges en cuir noir. Dans la deuxième moitié du bureau, on trouve deux canapés en cuir disposés autour d’une table basse elle aussi en verre.
Natacha : Bonjour Monsieur. (Ils se serrent la main d’une poignée franche)



Lui : Prenez un siège. (lui montrant un des deux canapés).
Natacha : Merci.
Lui : Voici le dossier complet. Tous les documents y sont. Vous pouvez contrôler.
Natacha : (Ouvrant l’enveloppe) c’est lui ?
Lui : Oui.
Natacha : Plutôt bel homme.
Lui : Cela vous étonne ?
Natacha : Ce n’est pas toujours le cas. Il habite dans le centre de la capitale.
Lui : Comme vous pouvez le constater. Je vous ai mis vos émoluments dans la deuxième enveloppe blanche. Uniquement en billets de 500, comme vous me l’avez demandé.
Natacha : (Comptant les billets) Le compte est bon.
Lui : Vous n’êtes pas donnée.
Natacha : Il faut savoir ce que vous voulez. Une professionnelle. J’ai de l’expérience, je suis polyglotte et aucun de mes clients ne se s’est plaint de mes services.
Lui : Je le sais.
Natacha : Il est marié et père de deux enfants.
Lui : C’est exact. Ils sont en ce moment à Miami, dans une de leurs résidences secondaires. Il est seul chez lui, vous ne serez pas dérangés.
Natacha : Et ce paquet ?
Lui : C’est un appareil photo. Je veux que vous preniez des photos. Il me faut des preuves. Nous les enverrons à des journaux. Vous avez des questions ?
Natacha : Non. Tout est clair.
Lui : Pour des raisons de confidentialité, on ne s’est jamais rencontré, vous ne me connaissez pas et je ne vous connais pas.
Natacha : Bien évidemment. Je ne veux pas avoir de problèmes.
Lui : Voilà. Maintenant je vous laisse.



Natacha quitte la tour et prend la direction du domicile de cet homme d’affaires. Son téléphone sonne. c’est son fils de neuf ans qui l’appelle. Il l’informe qu’il va rester dormir ce soir chez un de ses deux copains. Natacha lui demande d’être sage.

Au bout d’une vingtaine de minutes, elle arrive dans le quartier de son client et cherche une place de stationnement. Avant de sortir de la voiture, Natacha se coiffe d’un chapeau très distingué. Elle peut se le permettre car il ne pleut pas et il n’y a pas le moindre souffle de vent. Cette journée d’été est très ensoleillée.
Au pied de l’immeuble de l’homme d’affaires, elle compose le code qui permet de pénétrer dans le hall du bâtiment. Elle marche une dizaine de mètres, et devant un interphone, appuie sur le bouton en face du nom de l’homme d’affaires.






Natacha : C’est Cécile.(Un pseudonyme qui, dans ces circonstances est de coutume).
Lui : Je vous attendais. C’est au dernier étage. Il n’y a qu’une seule porte sur le palier. Elle sera entrouverte, vous entrez discrètement sans faire de bruit.
Natacha : Vous pouvez compter sur moi.






Natacha (devenue Cécile pour la circonstance) prend l’ascenseur et appuie sur le bouton du dernier étage.
L’ascenseur de grande taille, pouvant contenir au moins huit à dix personnes commence sa montée dans un silence feutré. Toutes les parois sont habillées de miroirs.
Natacha en profite pour vérifier sa tenue. Au prix du tarif demandé, elle doit être irréprochable. Comme elle l’a dit, elle n’a jamais fait l’objet de reproches. Et ce ne sont pas les ragots qui manquent pourtant. Personne de son entourage, ne connaît la profession qu’elle exerce. C’est un moyen de se protéger des racontars. De toute façon, elle n’a pas de compte à rendre. La morale, c’est pour les autres. Elle gagne très bien sa vie, et pour rien au monde ne elle voudrait en changer. Même s’il y a des risques, pour l’instant, elle n’a jamais rencontré de problèmes. Il est vrai qu’un jour, il faudra penser à arrêter. Quand elle sera trop âgée, ou plus exactement quand elle se sentira trop âgée. Mais ce jour, pour l’instant, n’est pas encore venu. Seul, un client ayant un comportement imprévu pourrait la faire changer d’avis.
Elle jette un dernier regard dans une des glaces de l’ascenseur et se parle à elle-même intérieurement : « Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer ».
Elle sort de l’ascenseur et arrive devant la porte entrouverte. Tout doucement et prudemment, elle pousse cette porte blindée, avance de quelques pas et la referme.






Natacha : C’est Cécile.
Lui : J’arrive !!






Cécile ouvre son sac et cherche à l’intérieur. L’homme vient à sa rencontre, vêtu d’une simple robe de chambre en soie. Il lui fait un large sourire. Elle lui rend ce sourire. Il lui demande de bien vouloir se détendre avant de faire plus ample connaissance. Il lui propose une boisson, et plus particulièrement du champagne.






Cécile : Je ne suis pas là pour ce que vous croyez.
Lui : Ah bon ?!? Et pour quoi êtes-vous là alors ?
Cécile : Pour ça ! (Elle lui montre un pistolet avec parabellum qu’elle dirige sur lui)
Lui : Mais...(deux coups partent).






L’homme s’effondre brutalement sur le sol. Un bruit sourd se fait entendre. Le sang commence à couler le long de son thorax et court sur le sol. Aucun de ses membres ne bouge. On ne distingue plus aucune respiration. Les deux coups dans le cœur ont été fatals. Elle aurait pu se limiter à un seul coup, mais elle ne veut pas que l’on devine l’action d’un excellent professionnel. Deux coups cela suppose une petite nervosité du tireur.
Cécile range calmement son arme dans son sac en prenant soin de dévisser le silencieux. Elle sort l’appareil photo qui lui a été fourni par son commanditaire. Elle prend une dizaine de clichés de manière professionnelle en prenant soin de cadrer et de zoomer. Elle place l’appareil dans son sac, regarde par le judas pour vérifier que le palier est vide, ouvre la porte doucement et la referme.






Les battements de son cœur s’accélèrent légèrement. C’est le moment le plus crucial, il ne faut absolument pas qu’on la voie dans l’immeuble, son chapeau, lui permet de cacher en partie son visage d’éventuelles caméras de surveillance. Elle conserve ses gants de façon à ne pas laisser d’empreintes. Des gants en cuir neufs très finement dessinés, confectionnés à Grenoble, dans la plus pure tradition française.
Arrivée au rez-de-chaussée, elle ouvre la lourde porte palière et marche sur le trottoir jusqu’à sa voiture deux cents mètres plus loin.
Dans son 4X4, elle enlève son chapeau, ses gants, puis sa perruque brune pour faire apparaître sa chevelure blonde.
« Voilà » se dit-elle, « une journée bien remplie ». Elle met le contact et démarre, en direction de son son domicile pour se changer puis, pour se détendre, un petit peu de sport, pourquoi pas de la natation ? C’était un début de journée banale comme toutes celles des tueurs à gages.



FIN

« L’habit ne fait pas le moine. » GRÉGOIRE IX

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Astrid Iza · il y a
Superbe intrigue, une plume doté d'un grand suspense !!!
Une citation qui s'applique parfaitement a notre héroïne !
Encore bravo

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