Pour une Poignée de Porte

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L’Empereur avait lancé un appel. Un grand appel, un appel aux armes et à la dévotion. Il
était nécessaire de se présenter le plus vite possible au pied de La Grande Statue. Tous les
jeunes en âge de manier le fouet et le fleuret devaient s’y rendre, et accomplir l’énucléation
rituelle. Ils prouvaient ainsi qu’ils ne craignaient rien de plus que leur Empereur immortel.
Ce rite de passage est institué depuis des millénaires, et tous ceux arborant fièrement
seulement six yeux au lieu de neuf sont craints. Ils sont les seuls à pouvoir se multiplier et
répandre la parole de l’empire. Cette parole leur est transmise juste après l’énucléation, sous la
forme d’une longue cérémonie. Les valeureux oublient leurs expériences passées, et reçoivent
en échange “Le Dit du Shibalba”.

Ce savoir leur sert à faire face à toute situation, car tout est dit dans “Le Dit du
Shibalba”. Ils savent qui éliminer, qui sauver, que détruire et que construire. Et, plus important
que tout, ils savent que tant qu’ils sont vivants, c’est qu’ils n’ont pas mal agi.
Ainsi, s’ils vivent, c’est qu’ils ont raison. S’ils meurent, c’est qu’ils ont fauté. L’Empereur
n’a jamais fauté et ne fautera jamais, car il est immortel.

L’Empire était en guerre, une guerre longue et interminable, contre une peuplade vile et
méprisable. Il fallait les détester, car eux­même vous haïssaient, ourdissant la chute de
L’Empire par simple jalousie. Tels furent et seront les mots de l’Empereur. Ses autres mots
furent qu’il fallait trouver la Grande Poignée De Porte, celle qui ouvrirait l’immense sérénité, et
rendrait l’Empire invincible pendant une éternité.

Une sélection fut alors faite. Une sélection sévère et impitoyable, car il fallait que le
meilleur de tous se révèle, et puisse accomplir la grande quête.

Tous les possesseurs du “Dit du Shibalba”, que l’on connait sous le terme des hexa­yeux, ou
oeil infaillible, vinrent. Le concours fut long et éprouvant. Et au final, l’un d’eux prouva qu’il était
meilleur que les autres. Il partit alors chercher La Grande Poignée De Porte.
On ne savait pas son nom, car il ne l’obtiendrait qu’une fois la quête achevée. S’il n’y
arrivait pas, un autre irait, et portera un nom. L’exploit ne serait réalisé que par un seul et unique héros.
Il partit. Son fouet fermement tenu dans sa pince médiane gauche, son fleuret contre sa
jambe, sa quête commença sans que personne ne s’en rendit réellement compte. Seul
l’Empereur comptait, et lui seul proclamerait par la suite le début et la fin de cette quête.
L’hexa­yeux désigné recevait directement les ordres de l’Empereur. Il n’entendait pas de
voix, car le son n’existait plus en dehors de l’Empire. Mais la force de son Empereur est telle
qu’il parvient toujours à se faire comprendre.
Il arrive à une demeure. Recevant l’ordre de détruire celle ci, il le fait, puis dévore les
habitants, qui de toute façon, ne sont pas des fils de l’Empereur. Leur goût est, proprement innommable. Autour de lui, il découvre autre chose que le sable, symbole de la présence de
son Empereur. Il panique à l’idée que celui ci ne le guide plus si le sable s’amenuise. Mais il se
reprend, car l’Empereur est forcément partout. Sans doute le sable s’est infiltré dans ces tiges
grasses et humides que “Le Dit Du Shibalba” désigne comme étant des plantes. Mais il sait
aussi qu’elles n’ont pas le droit d’exister. Personne n’a le droit d’avoir un liquide dans le corps.
C’est la règle. Il les détruit, et abandonne une partie de lui à la place, afin que le sable se
répande plus vite, et plus loin. Puis il reprend sa route. Il espère ne pas rencontrer l’un des
ennemis de l’Empereur, car ils sont terrifiants. Et il ne veut pas le décevoir, car malgré son
immense amour pour ses fidèles, l’Empereur n’hésite jamais à se montrer impitoyable. Il
reprend sa longue marche, sans jamais s’arrêter, guettant un signe Impérial propre à lui
indiquer le juste chemin. Mais il ne voit rien. L’Empereur s’est tu depuis un moment bien trop long. Peut être est­il occupé à une tâche plus grande. Peut être souhaite t­il éprouver la résistance de son élu. Alors, celui chargé de la quête cesse ses tentatives pour parler à l’Empereur. Il doit se montrer fort, car l’Empereur l’a choisi. Choisi pour retrouver La Grande Poignée De Porte. Celle qui permettra une bonne fois pour toute de faire régner l’Empire sur tout le monde connu. Ces pensées le rassurent. Il sait que l’Empereur gagne et gagnera toujours. Et qu’un peu de son immortalité rejaillira sur chacun de ses fils. Et qu’il ne leur retire celle ci qu’en cas de faute impardonnable.
Il ne connait que peu de choses de ses ennemis. Il sait que son but n’est pas de les connaître, mais de les détruire.
Malheureusement, la voix de son Empereur ayant fait silence pour l’instant, il ne parvient à s’empêcher d’essayer de se les représenter. Non pas pour réfléchir, ce que seul l’Empereur a le droit de faire, mais pour anticiper la meilleure façon de les tuer. Il n’aime pas réfléchir autrement qu’en invoquant “Le Dit Du Shibalba”.

Les plantes se font de plus en plus présentes autour de lui. Il les détruit à grands coups de fouet. Certaines brûlent. D’autres deviennent juste noires et sèches. Le plus important étant qu’elles ne contiennent plus une goutte d’eau. Il répand le sable autour de lui, s’épuisant à la tâche.
Au milieu de son dur travail, trois choses s’approchent de lui. L’une d’elle tient un objet brillant, semblable à son fleuret, mais avec une cavité au sein de la lame. Intrigué, il s’arrête. Les choses reculent. Elles semblent agitées et leur odeur est forte. Cette odeur ressemble à celle existant dans le palais Imperial, où tout le monde vit dans la crainte de décevoir l’Empereur. Peut être que ces trois choses feront de bons et loyaux sujet. Il s’approche. Elles reculent, en agitant devant eux le fleuret troué. A un moment, du feu en sort et pénètre de moitié dans le flanc droit de l’hexa­yeux. Il ne comprend pas, son sable ayant tout de suite refermé le trou. “Le Dit Du Shibalba” le presse, lui disant que ces choses contiennent de l’eau. Il se saisit de l’une d’entre elles, et en fait sortir l’eau. Cette eau lui fait mal, mais qu’importe. Il tue les deux autres, d’un coup de griffe.
“Le Dit Du Shibalba” lui apprend qu’il s’agit là des plus féroces opposants à l’Empire, qu’il s’agit de créature d’eau, celle qu’il faut détruire. Il le fait, sans se montrer plus féroce quel’Empereur. Il n’a pas le droit d’être meilleur que lui.
“Le Dit Du Shibalba” l’informe que les créatures qu’il vient de tuer l’ont maudit, par leurs paroles. Lui, n’a rien entendu, car le son n’existe plus en dehors de l’Empire.
Il reprend sa marche. Sur son passage, les plantes disparaissent. Les ennemis aussi, toujours plus nombreux, mais jamais bien armés. Ils ne savent pas se battre. Ils ne savent pas que l’Empereur le guide dans chacun de ses gestes. Il ne savent pas que “Le Dit Du Shibalba” lui montre où se placer pour les vider de leur eau en un geste.
Son fleuret perce, son fouet déchire, son bec lacère, les ennemis perdent l’eau. Lui, continue sa marche, sans s’arrêter. Le sable se répand, l’eau disparait, lui marche. C’est ce que souhaite l’Empereur. Ce cycle continue, pendant longtemps. Il arrive dans de gigantesques lieux, remplis d’ennemis de l’Empire. Il fait ce qu’il doit faire, et continue sa marche.
Parfois, il change brusquement d’orientation, sur ordre de l’Empereur. Il se nourrit des ennemis, qu’il transporte sur lui, séché par les soleils Impériaux. Sa quête est dure, son envie de revoir l’Empereur, gigantesque. Il reçoit les mêmes ordres, inlassablement.
Il obéit. Des armées entières le pourchassent. Ils changent de technologies plus rapidement qu’il ne l’aurait cru.
“Le Dit Du Shibalba” a parfois du mal à s’adapter, aussi se fait t­il blesser quelquefois.
Le temps ne semble pas avoir la même durée pour lui que pour les ennemis de L’Empire. Mais il s’en sort, et s’en sortira, car il n’a commis aucune faute. Et, il a une quête.
Sa quête le transforme petit à petit. Son Empereur, déploie une grande partie de ses forces afin de le transcender. Son corps change. Il perd une paire de bras au profit de deux ailes lourdes et duveteuses. Elles lui procurent un avantage tactique considérable contre les ennemis volants qu’il affronte. Et il atteint certains endroits auparavant inaccessibles. La Grande Poignée de Porte n’est plus très loin. L’Empereur le lui dit. “Le Dit Du Shibalba” le lui dit.
Mais ses combats incessants, sa lente transformation l’épuise.
Il erre, marche, vole, et annihile l’eau qu’il voit, la remplaçant par son propre sable. La Grande Poignée de Porte se trouve dans le désert et le sable. Ce sont les mots de l’Empereur.
Il ne peut se tromper. C’est pour cela qu’il faut enlever l’eau. Et mettre le sable à la place.
Il trouve La Grande Poignée De Porte. Il peut donc rentrer. Pourtant, L’Empereur lui demande de la porter à la limite du désert. De la poser là. D’enlever toute l’eau qu’il trouve. Et d’attendre, sans laisser aucun ennemi approcher.
Il obéit. Si l’Empereur demande, lui exécute. Il se pose à la lisière du désert. Assèche ce qui l’entoure. Enfouit La Grande Poignée De Porte dans le sable. L’Empereur lui reproche de ne pas avoir enlevé l’eau. Alors , il repart. L’eau est partout, et lui ne parvient plus que très difficilement à la remplacer par du sable.

L’Empereur avait lancé un appel. Un grand appel, un appel aux armes et à la dévotion. Il était nécessaire de se présenter le plus vite possible au pied de La Grande Statue.
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