Pour le meilleur et pour le pire…

il y a
2 min
131
lectures
37
Qualifié
L’un est avec moi, l’autre fait parti de moi. L’un est doux et attentionné, l’autre est violent et destructeur. L’un partage les bons et les mauvais moments, l’autre m’a ouvert les yeux sur mon appétit de vivre. L’un sublime ma féminité, l’autre me la détruit. L’un caresse mes seins, l’autre me les ronge. L’un me donne de l’oxygène, l’autre s’attaque à mes poumons.

L’un s’appelle Claude et l’autre s’appelle Carcinome canalaire infiltrant.
L’un est du signe du cancer, l’autre est un cancer et je suis mariée avec eux pour le meilleur et pour le pire.

Le pire c’est savoir que j’ai ce crabe en moi qui continue de vivre et contre qui je vais devoir lutter chaque minute, chaque heure, chaque jour et le plus longtemps possible ! Vivre chaque jour avec de nouvelles douleurs, un nouveau questionnement... être dans un corps vieilli prématurément avec un esprit encore jeune et plein de fougue. Ne plus se sentir désirable. Repousser toute approche physique par dégoût de soi-même. Avoir l’impression d’être dans un corps prison. Ne pas savoir de quoi l’avenir sera fait. Connaître la froideur des salles d’attente et ces longues heures d’attente. Continuer de faire mes prises de sang et injection alors que mes veines n’en peuvent plus et finir par confondre soignant et vampire. Connaître l’angoisse de l’attente des résultats. Gérer seule mes inquiétudes pour ne pas angoisser mon entourage. Assumer qu’aux yeux de mon entourage ma vie paraît tellement normale qu’ils en oublient la maladie. Vouloir leur dire « je souffre » mais les épargner car leur rappeler le souvenir d’une maladie si grave est si violent pour eux.... Alors me taire et serrer les dents. Avancer comme si de rien n’était.

Une expression populaire dit souvent « le pire est derrière toi »... moi je sais qu’il ne l’est pas. Il est avec moi... mais tout à côté et tout aussi présent il y a :

Partager la vie de Claude et continuer de construire notre vie avec nos enfants malgré les sombres nuages. Être soutenue et continuer d’avoir des projets afin de remplir mon insatiable appétit de vivre et avoir l’impression d’avancer même à petits pas... de progresser. Ne pas se satisfaire du « c’est ainsi, c’est comme ça ». Faire obstruction à la fatalité, convoquer à la barre chaque jour ma joie de vivre et mon optimisme. M’entourer de mes amies les plus chères le plus souvent possible et passer des heures à refaire le monde, à le rendre meilleur et bienveillant. Avoir le temps d’exprimer dans mes activités mon potentiel créatif. Se satisfaire de bonheurs simples et se rapprocher d’un monde plus proche de la nature : remarquer et apprécier l’odeur de la brioche qui cuit dans le four, s’extasier sur un coucher de soleil, observer les nuages, sentir le vent sur sa peau et frôler l’herbe avec ses doigts. Oser être qui je suis vraiment, me libérer de mes chaînes, laisser libre court à ma générosité et à mon altruisme, aider mon prochain. Ne plus me taire. Profiter de mes proches et souffler dans les ailes de mes enfants afin qu’ils prennent leur envol quand le moment viendra...
Quand le moment viendra... quelle phrase terrible et pleine de sens. De quel moment parle-t-on ? Celui de ma disparition, celui de leur départ de la maison ? Probablement l’un et l’autre ! En tout cas aujourd’hui, ce que je sais, c’est que ce meilleur alimente mon mantra quotidien, mon maintenant et mon après : VIVRE PLEINEMENT CHAQUE JOUR !
37

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,