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Point of no Return - Chapitre 6

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Dimanche 23 novembre - 5h19


Je n'arrive pas à dormir.

La douleur au niveau de mon abdomen est encore si vive qu'aucune position ne m'est confortable.

J'avais hésité un instant à me lever de mon lit, allongé sur le dos, les yeux grand ouverts, à regarder le plafond où se dessinait la faible lueur qui provenait de la rue. Dehors, le silence qui régnait aurait permis à n'importe qui de se rendormir sans aucun problème.

Je savais que je n'aurais pas cette chance.

Pas cette nuit.

Je me suis redressé, tant bien que mal, puis j'ai rejoint la cuisine, plié en deux. J'ai allumé le néon qui se trouvait au-dessus des plaques électriques. La faible lumière qui apparut me permit de trouver une boîte de cachetons que j'avais laissée sur la table en formica. Je l'ouvris nerveusement, la douleur se faisant plus présente à nouveau. J'en pris quelques-uns - je n'arrive pas à me souvenir combien - ainsi qu'un verre d'eau.

J'espérais qu'ils fassent effet immédiatement, mais je savais que ce ne serait pas le cas. Les deux bras appuyés sur la table, je regardais la petite horloge murale : 4h11.

Je me sentais ridicule. Minable.

J'étais là, debout au milieu de la nuit, tordu de douleurs, parce que j'avais été tabassé par une femme. Mais bon sang, qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez moi ?

Putain, tout ce que je veux, c'est être apprécié, aimé. Merde !

J'ai pas l'impression de demander la lune. Je veux juste être apprécié.

Je veux juste pouvoir rire de temps en temps.

Je veux juste avoir l'esprit tranquille, et non pas torturé par des idées noires incessantes.

Je veux juste être heureux. Juste un peu.

Putain, j'en ai marre !


Je me suis assis à table.

Il fallait que je parle au plus vite à Julie. Il n'y avait qu'elle qui pouvait m'aider à ne pas faire de conneries. J'hésitais à lui téléphoner. En même temps, on était au beau milieu de la nuit. Sûrement pas le moment le plus propice pour la déranger.

Pourtant j'aurais tellement eu besoin de lui parler.

J'aurais tellement eu besoin de quelqu'un pour me calmer, quelqu'un à qui j'aurais pu confier mon mal-être. Ce besoin devenait de plus en plus oppressant. Je bouillonnais, intérieurement. Je n'avais encore jamais autant ressenti cette colère au fond de moi, cette rage, cette haine.

J'avais besoin de me défouler.

Je sentais ma mâchoire se serrer. Des larmes me montèrent aux yeux, mais je les retenais.

« Pourquoi ? »

J'en savais rien.

C'est vrai, après tout, j'étais seul chez moi. Personne pour me voir pleurer. Personne pour se foutre de ma gueule en me pointant du doigt. Personne pour me traiter de gonzesse.

J'aurais pu me lâcher.

« Alors pourquoi te retenir ? »

Parfois, j'ai l'impression d'agir et de me comporter comme si on m'observait constamment, peu importe où je me trouvais. Comme si ma vie était en permanence filmée et suivie par des millions de personnes - un peu à la manière de The Truman Show.

Alors que j'étais bien évidemment tout le temps seul.

En l'occurrence, je m'imaginais surtout que Julie me voyait, comme si elle était là, dans mon appartement, assise en face de moi, à ma table.

Elle était là. Assise en tailleur sur la chaise en formica, à me regarder souffrir. Elle ne disait rien, mais me souriait. Dehors, c'était le silence absolu. Aucun bruit ne provenait du boulevard.

Un peu comme... Un peu comme si nous étions seuls au monde en ce moment. On était là, à se regarder mutuellement, à se sourire - oui, j'avais l'impression que je lui souriais aussi. On ne se disait rien, mais il y avait une sorte de connexion psychique entre nous. Je n'avais qu'à me perdre au plus profond de son regard pour comprendre qu'elle était là pour mon bien. Pour m'aider. Son regard bienveillant me le soufflait.

Je me sentais bien.

Sa présence faisait me sentir bien. J'étais comme... rassuré.

Il se mit petit à petit à faire jour dans l'appartement. Il y avait une lumière étrange qui pénétrait par la porte-fenêtre de la cuisine. Le ciel était orageux dehors, ce qui donnait une obscure clarté à la pièce. La porte-fenêtre s'entrouvrit légèrement et il y eut soudain comme un vent chaud qui s'introduisit dans l'appartement, faisant virevolter les cheveux de Julie. Le vent était doux, agréable. Sa caresse sur mon visage me détendait. Le courrier non classé qui se trouvait à l'entrée s'envola à travers la pièce. Un tourbillon de lettres et d'enveloppes dansaient tout autour de nous, nous frôlant parfois.

Toujours dans ce silence quasi total et irréel.

Seuls le sifflement du vent et le froissement du courrier brisaient la quiétude de ce moment.

Toujours aussi surréaliste, une odeur de gazon fraîchement coupé titilla mon odorat. C'était une odeur que j'adorais, qui me rappelait mon enfance. La période des grandes vacances d'été, les moments à jouer avec ma mère dans le jardin, à se rouler dans l'herbe, à rire aux éclats, sous un soleil de plomb, les grenadines prises avec elle à l'ombre d'un cerisier... Ah ! cette odeur d'herbe fraîchement coupée.

Ce moment était si parfait !

Malgré les lettres et les enveloppes qui tourbillonnaient autour de nous, Julie me souriait, imperturbable, immobile sur sa chaise. Puis nous nous mîmes à rire. De plus en plus fort. De plus en plus franchement.

Le fou rire.

Cela ne m'était plus arrivé depuis... Oh ! J'en sais rien, mais ça faisait un bout de temps. Pour sûr.

J'ai avancé alors mon bras pour essayer de lui prendre la main lorsqu'un éclair cisailla le ciel, suivi immédiatement d'un violent coup de tonnerre qui fit vibrer la porte-fenêtre.

Je sursautai.

Une pluie fine se mit à tomber. Le vent soufflait toujours dans l'appartement et il y avait encore cette odeur de gazon. Les cheveux de Julie continuaient de danser, au gré du vent, ainsi que le courrier. Mais Julie ne souriait plus.

Dehors, la pluie tomba plus drue.

Un nouvel éclair. Puis un coup de tonnerre, aussi fort que le précédent.

Julie semblait triste à présent. Je ne comprenais pas. Des larmes lui mouillèrent les yeux. Son mascara se mit à couler, dessinant de longues trainées noires sur ses joues.

Pourquoi pleurait-elle ?

Qu'avais-je fait ?

On passait un moment tellement bon, tellement parfait...

Son mascara coula jusqu'à son menton. Une de ses larmes atteignit la table en formica. Et soudain, là où son maquillage avait bavé, la peau se mit à se déchirer. Ses joues s'effritèrent, puis son visage tout entier. Ses yeux éclatèrent, manquant de peu de m'asperger de sang. Son corps se décomposa à une vitesse effroyable. De gros morceaux de peau tombèrent sur le sol. Ses cheveux, qui virevoltaient encore, commencèrent à tomber de son crâne par poignée. Je n'eus bientôt qu'un squelette en face de moi. Un squelette qui me dévisageait et qui semblait... me sourire. Comme s'il se délectait de l'effroi qui s'emparait de moi, qui me tétanisait. Le moment de pur bonheur avait fait place à un spectacle horrible.

Le vent, l'orage, la pluie.

Tout se déchaînait.

La porte-fenêtre ne résista d'ailleurs pas plus longtemps à la violence de l'orage et la vitre explosa.

Je hurlai.

Ce qui me réveilla.

Je m'étais assoupi sur la table de la cuisine, juste après avoir pris mes médicaments. Tout cela n'avait été qu'un rêve. Un foutu rêve de merde !

Je me redressai sur ma chaise.

5h17.

Je voulais me coucher, mais je savais que je ne parviendrais pas à trouver le sommeil après un tel cauchemar.

J'ai allumé toutes les lampes de mon appartement et je suis revenu prendre place à la table de la cuisine pour taper ces lignes.

Il me fallait de la lumière.

Il me sera impossible de me recoucher tant qu'il fera nuit.





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Doria Lescure · il y a
terminus pour les enfers ?
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Aubry Françon · il y a
Simon n'a aucun répit. Même dans ses rêves, il est persécuté !
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Maryse · il y a
Le pauvre
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Paul Thery · il y a
cauchemardesque, la vie de ce pauvre garçon ...
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Utilisateur désactivé · il y a
C'est passionnant de suivre ce roman qui pourrait être décliné en roman-photos ce s'rait super intéressant d'avoir des images. Je verrai bien cette histoire sous forme de bd en noir & blanc !!! J'aime beaucoup !
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Miss Free · il y a
Un vrai tourbillon dans sa tête et quelle solitude. Quelle triste vie.
Au fait n'hésitez pas à me signaler de nouveau la sortie de vos prochains "épisodes" de Point of no return car je ne reçois plus les notifications des nouvelles publications.

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Jenny Guillaume · il y a
Je trouve que depuis le lavomatic, le personnage est plus intéressant, à bientôt ^^
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Diamantina Richard · il y a
Bravo, de plus en plus prenant, ah ce passage de la vision de Julie se transformant en squelette... digne d'un Stephan King, vivement la suite ! Et merci pour ce partage. À bientôt
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Marcal Marcal · il y a
Mais ça n'en finira jamais !!! Pauvre gars ! La suite, la suite ...
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Emsie · il y a
Il y a du monde dans la tête de ce garçon ! Un super héros... pour l'auteur. À bientôt !

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