Pochette surprise

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Je tends à privilégier les histoires bizarres et cocasses, un peu à l'image de la vie. Et puis il faut bien donner quelque plaisir à ceux et celles qui sont assez curieux pour me lire...Pour les ... [+]

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Comme quoi le surréalisme se glisse souvent, si pas toujours, où on l'y attend le moins.
Une attraction de foire aussi intimiste qu'inquiétante s'est involontairement (on veut le croire) glissée dans les toilettes publiques donnant sur la plage de Saint-Jean-de-Luz. On y pénètre à tâtons comme dans un donjon de film fantastique, tout de même agrémenté d'une lumière tamisée teintée de rose et de violet, à laquelle on s'attendrait en d'autres lieux. L'équipement en tôle galvanisée, à partager entre garçons de bon vouloir en vue de la mission number one, m'intimide par son peu de visibilité. Je crains de n'y trouver de points de repères suffisamment distinctifs pour m'exécuter le plus sûrement. Ma vue étant déficiente même dans des conditions normales, quid si, en toute modestie, j'atteignais malencontreusement un utilisateur déjà en place, et dont je n'aurais pas discerné la présence ?
La décence et la prudence me conseillent de tourner mon attention vers l'autre lieu, enclos et sécurisé, destiné à l'accomplissement de la fonction number two. Encore plus sombre, d'autant que tout le matériel est constitué de métal de ton gris anthracite. Je hais certains aspects du modernisme avec passion. Car number one y est défendu, ou du moins l'action y associée s'en trouve aussi incompréhensiblement qu'ignoblement entravée. Pour la bonne raison que ma présence a été détectée, et que, à ma grande stupéfaction, qu'on le croit ou non, la planche facilitant le processus de number two s'abaisse automatiquement. Celle-ci a beau me saluer, une planche de salut ce n'est pas... Autant afficher un règlement ou déclencher un avis sonore exigeant de remplir son devoir de la manière indiquée.
Alors, me dira-t-on, pauvre niais désespérant, il suffisait de vous asseoir et d'en finir une fois pour toutes. Là n'est pas la question. Passé l'effet de surprise (on n'a encore jamais vu cela dans un film de James Bond, admettons-le), l'autre effet s'en trouve coupé (d'où l'expression avoir le sifflet coupé), et l'on enrage de se trouver ainsi piégé, le pantalon ouvert, l'air idiot, bouche bée, alors qu'un sentiment irrépressible de culpabilité s'empare de vous. Car, tant qu'on y est, n'y aurait-il pas là une caméra cachée pour enregistrer les agissements du contrevenant ? Je parle de celui qui s'est rendu coupable d'une imposture teintée de gâchis, utilisant, debout, l'installation prévue pour l'achèvement exclusif de number two, en vue de se livrer étourdiment à la réalisation mineure et illicite de number one.
Je me trouve dans un tel état d'ahurissement paralysant que je me laisse gagner, sans lutter vainement, par ce phénomène de rétention nerveuse bien connu des voyageurs en vols transatlantiques, frustrés par les longues attentes devant des portes trop parcimonieuses. Grâce au ciel, une fois à l'air libre, on dirait que personne ne m'a vu, et un plan B se présente immédiatement. Au bout de la plage et la surplombant, se trouve une brasserie populaire sans prétention, où l'on me sert d'excellentes moules de bouchot et une bouteille de bière basque plus qu'acceptable, l'EKI. Une fois de plus, la sauvegarde de mon honneur n'a tenu qu'à un fil...
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Paul V. Camal · il y a
ou High Anxiety II
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M. Iraje · il y a
Au fond, c'est la Foire du Trône ...
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Jean Paul · il y a
L'aventure est au (petit) coin de la rue.
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Ninn' A · il y a
Quelle angoisse ! Vous m'avez bien fait rire. Je retiens, nr one & two :-) bonne journée

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