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Takacoustik

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FINALISTE
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Quelqu’un m’a dit un jour que si une plume se posait près de vous, c’est qu’une personne ayant quitté notre monde nous envoyait un signe.
J’étais à la plage quand je reçus ce signe. Une belle plume blanche bien fournie s’était plantée dans le sable jaune à mes pieds. J’étais en train de regarder l’horizon scindé en deux, en bas le bleu marine de la mer et en haut le bleu lumineux du ciel ensoleillé, quand je la vis, portée par une légère bise, se poser là.
Bien sûr, sur le coup je ne pensais pas à un quelconque signe. Je cherchais au contraire l’oiseau qui l’aurait perdue... Certains m’auraient dit qu’il s’agissait de la plume d’un ange...

L’après-midi passa sans que ma plume ne s’envole. Finalement elle se plaisait à mes côtés et, à force de la croiser du regard, je l’avais en quelque sorte adoptée.
Je décidai alors de repartir avec. Son teint immaculé s’associerait parfaitement à la décoration épurée de mon appartement. C’est ainsi qu’elle finit dans un haut vase comme elle m’était apparue : plantée dans un lit de sable.
La nuit qui suivit, je fis un rêve des plus étranges. Le vase qui contenait ma plume s’était brisé parce que celle-ci s’était transformée en une personne dont je ne distinguais pas le visage. Je la sentis près de mon lit me murmurer : « Rappelle-toi la plume, ce n’est pas une légende ».
A mon réveil, je ne me souvenais plus de rien jusqu’à ce que je vois ma plume au pied de mon lit. Je me refusais de croire à un événement surnaturel préférant trouver une explication rationnelle à ce qui paraissait ne pas l’être.
Je ramassai la plume et partis au salon en réfléchissant à toutes les explications possibles.
Je vis le vase... Ma plume était telle que je l’avais laissée la veille. Je me mis à sourire... J’y aurais presque cru. Je compris alors que cette deuxième plume avait dû se glisser dans mes affaires à la plage.
Je continuais de me préparer pour aller travailler. Avant de partir, je sortis deux entrecôtes du congélateur que je couvris d’un papier d’aluminium pour les laisser décongeler à l’air libre. Le soir, je recevais Clara mon amie d’enfance.
Comme tous les vendredis après-midi en été, nous nous retrouvâmes Clara et moi à la plage après le travail pour profiter d’un petit plongeon avant de passer la soirée chez l’une ou l’autre.

Nous nous racontâmes nos semaines respectives autour d’un magazine de jeux puis, vers dix-huit heures, nous rentrâmes afin de préparer notre traditionnelle soirée film.
En entrant dans l’appartement, Clara remarqua aussitôt la nouvelle décoration qui ornait mon buffet. Quand je sortis de la douche, elle me félicita de l’originalité de l’objet. Je lui racontai alors comment la plume avait fini comme trophée dans mon appartement, mon drôle de rêve et l’autre plume trouvée au pied de mon lit le matin-même.
Elle m’écoutait, ses grands yeux verts écarquillés, ce qui me fit pouffer de rire. Je lui avais fait croire que j’avais retrouvé des éclats de verre autour du vase... Elle est tellement crédule de nature que je ne manque aucune occasion de la taquiner.
Plus tard, au moment de préparer le repas, je fus surprise en ne retrouvant qu’une seule entrecôte sous l’aluminium. Me voyant pensive, Clara me demanda ce qu’il m’arrivait. Je lui expliquai la situation quand elle s’exclama en souriant :
— Ah non ! Tu ne m’auras pas cette fois-ci. Je ne suis pas aussi naïve que tu sembles le croire.
— Clara... lui répondis-je très lentement. Je te promets que j’avais sorti deux viandes ce matin que j’avais laissé dans ce plat pour qu’elles décongèlent.
Elle me regardait perplexe et ouvrit le congélateur, regarda partout dans la cuisine, dans la poubelle, sous les meubles, dans le four puis pour finir, dans le placard à vaisselle au-dessus de l’évier. C’est alors qu’une plume blanche qui devait tenir en équilibre sur le haut du placard tomba devant nos yeux et se posa sur le lavabo.
Comme Clara me scrutait suspicieuse, je lui assurai que je n’y étais pour rien.
— Alors c’est que quelqu’un t’envoie un message... Ou alors tu cohabites avec un ange, me dit-elle.
— De quoi ? lui demandai-je.
— Tu ne connais pas la légende ? Si une plume se présente à toi c’est qu’un proche décédé, ou un ange selon certains, t’envoie un signe.
— Ah oui, cette légende...
Je repensai à mon rêve puis lui demandai si elle y croyait.
— Bien sûr ! s’exclama-t-elle. Pourquoi ? Toi non ?
— Je ne sais pas, jusqu’à ce que tu m’en parles, je n’y avais jamais pensé.
Force est d’admettre qu’il y avait eut depuis la veille plusieurs manifestations de cette légende. Mais à part ma grand-mère décédée quand j’avais six ans, je ne voyais personne d’autre qui eût voulu me contacter de l’au-delà. D’ailleurs, pourquoi après vingt-quatre ans aurait-elle voulu me contacter moi, plutôt qu’un de ses si nombreux autres petits-enfants ?
Je décidai de ne pas me laisser perturber par ces bizarreries et proposai à Clara de commander japonais pour manger.
Nous regardâmes « Ghost » ce soir là. C’était d’une part un de nos classiques préférés et, d’autre part, tout à fait adapté à la situation actuelle.
Après le film, nous passâmes le reste de la soirée et une partie de la nuit à débattre sur le surnaturel, les esprits et autres phénomènes paranormaux. Nous nous amusions à lire sur internet toutes sortes d’histoires de ce genre qui parfois, ne manquaient pas de nous donner la chair de poule. Le moindre petit bruit dans la rue nous faisait sursauter.
A trois heures du matin, nous étions de vrais zombies ; chacune bougeait au ralenti sans comprendre ce que disait l’autre en raison du manque d’articulation par lequel nous étions subitement atteintes.
Clara partit se coucher dans la chambre d’amis pendant que j’éteignais les lumières.

Au fond de mon lit, je ne mis pas longtemps à m’endormir. Je rêvais de fantômes qui me poursuivaient en me soufflant un air glacial dans le dos ou qui essayaient de m’étouffer avec des plumes blanches, quand je fus réveillée brusquement par un poids sur mon lit qui me fit rebondir.
C’était Clara toute apeurée qui m’avait rejoint et qui tirait sur mon bras.

— Babette... Rréveille-toi s’il te plaît, me suppliait-elle à voix basse.
— Que se passe-t-il Clara ?
— J’ai entendu des bruits étranges et j’ai senti un courant d’air froid...
— Ce devait être un cauchemar non ?
— Non, non... J’étais en train de me vernir les ongles regarde... Elle me montra ses mains peinturées de vert en guise de preuve.
— Je vois... lui dis-je. Et tu as aussi décidé de vernir tes mains pour lancer une nouvelle mode ? repris-je en me moquant.
— Mais non ! grommela-t-elle. C’est à cause de l’esprit, j’ai sursauté et mon vernis s’est renversé.
Elle s’agitait et regardait partout autour de nous.
— Un esprit ? Tu as vu un esprit ? lui demandai-je avec une moue septique.
— Non, je ne l’ai pas vu mais je l’ai senti.
— Tu l’as senti ?
— Oui, tu sais comme dans le film avec Bruce Willis... « Sixième sens » ! Quand un esprit est là, ils ressentent un courant d’air froid et la température est glaciale ! m’expliqua-t-elle.
— Mais il ne fait pas froid... lui dis-je.
Clara me regardait d’un air suppliant et me demanda de la suivre pour que nous fassions le tour de l’appartement.

Nous avions vérifié partout mais nous ne trouvâmes rien. Assises sur le canapé, nous nous étions préparé une tasse de thé. Il était presque cinq heures du matin. Je décidai de retourner me coucher quand nous entendîmes un bruit dans la salle de bain.
Clara me regardait en me demandant quoi faire tandis que je ne pouvais m’empêcher de rire de la situation, sans doute à cause de la fatigue, mais je nous revoyais à l’âge de quinze ans quand nous étions terrorisées après avoir regardé un film d’horreur.
Je me décidai à aller vérifier de nouveau dans la salle de bain
La petite lucarne était ouverte. La nuit était fraîche et il y avait pas mal de vent dehors. Clara me rejoignit et je lui montrai pourquoi elle avait ressenti un courant d’air froid.
Elle se pencha alors à la lucarne qui donnait sur le toit d’un immeuble mitoyen pour vérifier la météo extérieure.
Quand elle se retourna, elle me montra du doigt le lavabo... Une plume blanche... A cause de sa couleur ton sur ton avec ma vasque, je ne l’avais pas vue en entrant.
— Alors, tu n’y crois toujours pas ? me demanda Clara. Il n’y a plus de doute, quelqu’un t’envoie un message depuis hier, reprit-elle.
— Tu as peut-être raison, lui concédai-je.
— Que fait-on maintenant ? me demanda-t-elle.
— Allons-nous coucher, on verra demain. Pour l’heure, je suis trop fatiguée pour réfléchir à quoi que ce soit.
Avant de me coucher, j’avais réuni toutes les plumes qui me poursuivaient depuis deux jours et les avais posées sur mon buffet.

Je me réveillai dans la matinée. La nuit avait été courte et mes yeux me piquaient.
Il n’y avait aucun bruit dans l’appartement. Clara devait encore dormir, il était à peine dix heures.
Je me préparai un thé et m’installai au salon. Je repensais à toute cette aventure qui nous faisait passer un drôle de week-end quand un vacarme me sortit de mes pensées. Je me levai d’un bond en regardant autour de moi. Sur le buffet, plus aucune plume ! Je courus vers la chambre d’amis pour réveiller Clara... Personne !
Que se passait-il ? Je commençais vraiment à me poser des questions quand un nouveau fracas retentit.
Ça venait de la salle de bain. Sur mes gardes, j’ouvris doucement la porte et me trouvai soudain nez-à-nez avec Clara, un tas de plumes à la main.
— Mais enfin... tu..., je bredouillais sans savoir par quelle question commencer.
Clara me coupa la parole en me montrant les plumes qu’elle tenait avant de me dire :
— Tu y crois toujours à tes signes, tes esprits et caetera ? me demanda-t-elle l’œil pétillant.
— Attends, c’est toi qui me monte la tête avec ça depuis hier, m’exclamai-je. Et que fais-tu là avec toutes ces plumes à la main ? J’ai entendu du bruit et... Mais depuis combien de temps es-tu levée ? lui demandai-je finalement.
Elle me tira par le bras et me poussa dans le canapé.
— Je vais t’expliquer, me dit-elle souriante.

Elle m’expliqua qu’elle n’avait pas dormi de la nuit à cause des bruits qu’elle entendait. Puis, assise sur son lit dans la lueur de la lune, elle vit la porte de la chambre restée entrebâillée s’ouvrir et distingua une ombre au sol qui, certainement effrayée par son cri de peur, fit demi-tour à toute vitesse.
Elle prit alors son courage à deux mains et décida de pourchasser l’ombre. Elle arriva dans la salle de bain et vit la lucarne ouverte. Elle l’enjamba pour sortir sur les toits et remarqua au passage que ma petite fenêtre ne fermait plus car la clenche était cassée. Quand elle m’expliqua ce qu’elle avait découvert, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire et de m’exclamer « Tout ça pour ça ?! ».

Des mouettes avaient élu domicile sur le toit et étaient régulièrement agressées par un chat errant. La lucarne étant cassée, elles avaient dû entrer dans l’appartement par là pour fuir leur assaillant et y avaient laissé quelques plumes.
Quant au matou, il en avait profité pour se servir et voler le bout de viande dans la cuisine. Elle conclut également que l’ombre qu’elle avait vue était le chat.
Elle reprit enfin :
— Par contre, le fait que tu aies reçu une plume sur la plage pile poil au même moment reste une drôle de coïncidence...

A ces paroles, la plume dans mon vase s’envola à travers l’appartement, puis par la lucarne de la salle de bain. Nous la suivîmes jusque sur les toits et la vîmes se poser derrière une cheminée.

Derrière cette cheminée, il y avait un chaton qui miaulait à côté de sa mère, couchée sur le flanc et épuisée par la faim vu son état efflanqué.
Clara porta la mère tandis que je pris le chaton dans mes bras. Il me lécha la joue...

Je l’ai baptisé « Présage » et sa maman « Plume ».

PRIX

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Arlo · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Andrea Novick · il y a
J'ai adoré ce bel ouvrage !
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Lilou · il y a
J'te dis les 5 lettres: ABCDE...
Tu vois ce que je veux dire....
Gros bisous

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Takacoustik · il y a
mdr :-D
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Jean-Francois Guet · il y a
j'aime vos présages, je vote!
aimerez-vous mon "Oasis" en compétition en court court?

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Takacoustik · il y a
merci beaucoup, votre très court est très sympa.
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Babou · il y a
Je voudrais bien voter encore mais je ne peux pas Bravo ma belle j espère que tu auras encore d autres votes. PAs mal aussi le très très court de Gérard Oury
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Takacoustik · il y a
Merci pour le soutien :-)
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Gérard Oury · il y a
Joli, je vote. Me rappelle un long texte de Nougaro à propos d'une plume d'ange. Donc vous m'avez fait rêver, merci. Au cas ou, je suis en finale en très très court avec "Le jour ou ma haie m'a attaqué", nettement déjanté. Peut-être que vous aimerez...
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Takacoustik · il y a
Merci c'est gentil. Très sympa votre très très court :-)
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Pavika · il y a
Bonne chance ma puce. Bisous.
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Takacoustik · il y a
Merci beaucoup !!!
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Melynda GORDON · il y a
bravo pour cette jolie histoire.
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Takacoustik · il y a
Merci :-)
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Tinker_mel · il y a
bravo !!! je suis admirative, tu sais faire beaucoup de chose et bien en plus!!! quel talent !!!!!
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Takacoustik · il y a
Merci beaucoup ... je vais rougir :-)
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Lectrice · il y a
Félicitations, Emilie pour cette première sélection, nous espérons que tu gagneras ce serait un beau cadeau de Noël, et bien mérité.
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Takacoustik · il y a
Merci :-) Très gentil.
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