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Pierre Vankook Reporter Mondain

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Frnorac

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Pièce en 4 actes qui regroupe les 4 récits que j'avais publiés en mai 2017 sous l'appellation « Carmen au Petit Journal de la Mode »

Pierre Vanhook est aux anges ! Reporter mondain au Petit Journal de la Mode, il tient un article qui va faire exploser les ventes de son périodique. Il a obtenu une série de rendez-vous avec une célèbre couturière parisienne en vacances à Middelkerke avec sa famille et leurs amis.

- Acte 1

La scène se passe dans un salon huppé, à Middelkerke Belgique, en août 1933.


Assis sur l'élégant fauteuil que son héroïne du jour lui a désigné d'un geste de la main, tenant maladroitement son carnet et son crayon, il se lance :
« Madame, je vous remercie en mon nom et en celui de nos fidèles lectrices d'avoir accepté de répondre à mes questions.
En face de lui, la dame le gratifie de son sourire le plus enjôleur et il découvre ses dents minuscules, disposées comme les perles fines d’un collier. Légèrement troublé, il poursuit :
Elles lisent assidument tous nos articles sur vos collections et admirent la grâce de vos modèles mais cela ne leur suffit plus. Maintenant, elles brûlent du désir de vous connaître plus personnellement, chère Madame Saint-Vincent.
- Grands dieux NON ! Je vous en prie, appelez-moi Madame Carmen !
- Certains prétendent pourtant que Carmen n’est pas votre véritable prénom...
- Ils ont raison. Mes parents m’ont appelée Victorine et en second prénom, Désirée. Pourtant ils n’avaient certainement pas dû me désirer plus que cela. (Elle rit). Lorsque je suis née, ma mère avait tout juste dix neuf ans et mon père dix huit.
- Carmen, c’est votre pseudonyme. Pas très français...
- Je vous l’accorde volontiers... mais avant de me choisir ce prénom, je m’en étais trouvé un autre. Alors que j’étais encore toute jeune fille mon oncle m’avait emmenée à l’Opéra-comique. On y jouait Louise de Gustave Charpentier. Ce roman musical exprimait avec tant de bonheur, la poésie, la couleur, la vie intense de la butte Montmartre que j’ai été séduite. Je me suis identifiée à l’héroïne dont on retraçait avec tant d’émotion le drame familial et je suis devenue Louise, ou même Loulou pour certains.
- Alors pourquoi Carmen ? Ne me dites pas que c’est à cause de Bizet ?
- Mais si, bien sûr ! (Elle rit). Et figurez-vous que j’ai eu l’opportunité de rencontrer, dans un salon de couture dans lequel je travaillais comme petite main, Madame Galli-Marié qui chanta Carmen pour la première fois, lors de sa création en 1875.
Elle commence à raconter avec enthousiasme son entrevue avec la célèbre mezzo-soprano mais s’arrête, soudain songeuse et comme il l’interroge du regard, elle explique :
- En vous disant l’année de la création de Carmen, je réalise que c’est l’année de la naissance de ma mère... 1875.
- Votre mère... Comment vos parents ont-ils accueilli vos changements successifs de prénoms ?
- Mes parents sont des amours et je les aime plus que tout au monde. Ils le savent bien et me pardonnent mes excentricités.

Elle sourit et ses yeux brillent d’une émotion qu'il devine sincère.
- Parlez-moi de vos parents, nos lectrices aimeraient tant savoir...
- Ma mère, Clémentine, habitait un petit village dans la campagne nantaise. Mon père venait du sud et traversait la France à pied pour se rendre à Paris. Il fit une escale dans le Pays nantais et rencontra ma mère... Ils avaient tout juste dix-sept et dix-huit ans. Mon père a continué sa route, à pied, et un peu plus tard il a envoyé à ma mère l’argent de notre voyage.
- C’est alors que vous avez adopté Paris.
- Ou c’est peut-être plutôt Paris qui m’a adoptée puisque je suis devenue, très jeune, une véritable parisienne. Comme mes parents étaient très courageux, ils m’ont appris très tôt qu’il fallait gagner son pain à la sueur de son front et à l’âge de treize ans j’étais déjà petite main dans un atelier de couture. Je suis devenue très vite une véritable midinette de cœur et d’esprit montmartrois.
- Midinette, c'est un bien joli nom qui s’applique si bien à la couture !
- Pas uniquement, il englobe la couture et la mode. Couturières ou modistes, ouvrières ou vendeuses, voilà qui sont les midinettes. Ma meilleure amie, Alice, vendait du tissu. Nous nous retrouvions chaque midi pour le café-crème-croissant-sur-le-zinc qui constituait notre déjeuner. Nos mères nous préparaient de copieux repas dans des gamelles que nous prenions bien soin de cacher sous des portes cochères ! Une gamelle, pensez donc ! Quelle allure aurions-nous eue avec une gamelle à la main ?
Elle rit et lui, de l’imaginer légère et trottinant tenant à la main en guise d’ombrelle l’ustensile évoqué, il rit de bon cœur avec elle.
- Tout à l’heure, vous mentionniez un atelier dans lequel vous aviez rencontré Madame Galli-Marié. Parlez-moi de cet atelier.
- De ce genre d’atelier, la petite-main que j’étais n’a pas grand-chose à dire. Toutes les midinettes étaient terrorisées par une Première qui les tyrannisait. Elle, comme toutes ses semblables, trônait à une table de travail qui se trouvait près de la porte de l’atelier, de sorte qu’elle pouvait contrôler toutes nos allées et venues. Je me souviens d’un jour où je passais devant elle pour la seconde fois : « Mademoiselle, m'avait-t-elle crié de sa voix la plus cinglante, vous êtes déjà allée aux lavabos il y a moins d’une heure !
- Oui, Madame, avais-je répondu sans me démonter, mais je viens de faire du noir et maintenant, je dois faire du blanc. Vous ne voudriez tout de même pas que je salisse mon ouvrage ? »
Je fus traitée d’arrogante mais on m’ouvrit néanmoins la porte des lavabos.
Et Madame Carmen de conclure en se levant et en esquissant un pas de danse :

Et voilà ! Cher Monsieur,
Comment, en l’an 1907
Etaient traitées les midinettes !

Pierre Vanhook est tellement fasciné par la femme qui se confie à lui avec tant de grâce, qu'il en oublie de prendre des notes... et qu'il n'a pas vu le temps passer...
Il doit prendre congé... Demain, il reviendra.


- Acte 2

Comme pour l'acte précédent, la scène se passe dans le même salon huppé, à Middelkerke Belgique, en août 1933. Quelques albums ont été disposés sur un guéridon placé à gauche de la cheminée.

Pierre Vanhook a passé une partie de la nuit à mettre en ordre ses quelques notes et ses souvenirs. Lorsqu'il pénètre dans le salon, Madame Carmen se tient devant une table et feuillette nonchalamment quelques documents.
Elle l'invite à prendre place dans son fauteuil de la veille et elle s'installe en face de lui.
« De quoi devons-nous parler aujourd'hui ? interroge-t-elle. De mes parents, il me semble...
Et, sans attendre sa réponse, elle enchaîne :
- Mes parents étaient bons mais sévères et exigeaient que je rentre à la maison dès la fin de ma journée de travail. Eux-mêmes travaillaient toujours très dur...
Mon père était ouvrier dans une fonderie pendant la journée et, en rentrant le soir, il s’employait à nous construire une maison. Il a fabriqué de ses deux mains avec seulement l’aide de ma mère, une demeure de trois étages avec une dizaine de pièces et des dépendances.
Ma mère, petite femme chétive brouettait, dans des lessiveuses, l’eau d’une source assez éloignée de notre maison, non seulement pour notre utilisation familiale mais aussi pour le ciment de la construction.
Ils ont commencé par une pièce, puis deux, et, courageusement, petit à petit, ont continué à faire jaillir du sol, non seulement des murs et des toits mais aussi des arbres, des fleurs, puis encore d’autres murs et encore d’autres toits.
La maison peut paraître un peu biscornue mais elle ne manque pas de charme et les voisins l’appellent Le Petit Château. Moi, je l’ai baptisée Bohémia.
- Bohémia ? après Louise et Carmen, j’ose à peine vous demander si c’est bien La Vie de Bohème et Puccini qu’il convient d’évoquer...
Madame Carmen le regarde d’un air légèrement narquois et rétorque :
- Mais si, osez, voyons ! Chez nous c’était la vie de Bohème. Mon père rejoignait, un peu trop souvent, aux yeux de son patron et à ceux de ma mère, les rangs des grévistes. Il restait de longues journées à la maison, absorbé par ses travaux. Il est passé maître, grâce à son expérience et son courage, dans tous les arts du bâtiment. Quant à ma mère, la nuit, elle faisait des jours et...
- La nuit, dites-vous, votre mère faisait des jours. Je ne comprends pas.
Madame Carmen le toise d’un regard désapprobateur et il se sent rougir de honte devant son ignorance. Un brin condescendante, elle lui fournit l’explication demandée.
- Des jours, Monsieur, ce sont des points de broderie. Ma mère en décorait des draps, des nappes, du linge de maison, qu’elle vendait. Pendant ce temps, je me taillais des vêtements dans de la gratte...
Elle s’arrête et, à nouveau narquoise, l’interroge :
- La gratte, savez-vous au moins ce que c’est ?
Il rentre sa tête jusqu’aux oreilles dans ses épaules.
- La gratte, Monsieur, ce sont des morceaux de tissu que les couturières récupèrent des coupes des vêtements qu’elles fabriquent pour leurs clientes. L’on retaille, assemble, associe et l’on fait des merveilles.
Il la complimente du regard et elle enchaîne, railleuse :
- Donc, la nuit, ma mère faisait des jours, moi, je taillais la gratte et mon père s’occupait à sculpter du bois pour confectionner un pied de lampe, une rampe d’escalier, un tabouret ou autre accessoire servant à l’embellissement de notre demeure. C’était cela, Monsieur, notre Bohème...
Madame Carmen lui sourit à nouveau et il se sent revivre.
- Je comprends maintenant pourquoi vous êtes si attachée à vos parents et à votre pays. Mais permettez-moi d’ajouter que je suis ému à la pensée que vous avez accepté la nationalité belge lors de votre mariage avec Monsieur Emile Saint-Vincent.
Madame Carmen lui lance un coup d’œil énigmatique et en guise de réponse lui montre un document qu'il étudie avec respect : son laissez-passer délivré au nom du roi des belges permettant à Madame Victorine Désirée Saint-Vincent de pénétrer et de circuler sur le territoire belge.
Impressionné, le reporter ose néanmoins une question qui lui brûle les lèvres depuis un moment.
- J’ai entendu dire que vous avez posé pour des photographes de mode ?
- Non, pas exactement. J’ai posé il est vrai, mais simplement pour des photographies d’art. D’ailleurs, vous pouvez aller regarder certains clichés qui sont présentés actuellement au Salon de la photographie, à la Salle des Expositions de Middelkerke. Notre amie Amélie Hanson a eu l’idée de regrouper les chefs d’œuvre des grands photographes européens. J’y ai revu avec émotion des photographies me représentant. J’étais encore très jeune et j’étais éblouie par le talent de ces artistes qui me faisaient poser avec tant de gentillesse. Cela me changeait de mes patronnes d’ateliers de couture ! Attendez, je vais vous montrer ma collection personnelle.

Madame Carmen prend sur la table un des albums qu’elle lui tend. Il en feuillette les pages avidement pendant qu’elle donne des ordres pour qu'on leur apporte le thé. Il admire le minois charmant, les poses gracieuses, le sourire énigmatique et il questionne, un tantinet indiscret...
- Vous étiez une jeune fille ravissante. Tous les hommes devaient être à vos pieds ?
Madame Carmen rit de bon cœur, de toutes ses jolies dents, ses jolies petites perles fines.
- Non, pas tous ! Certains seulement... Et, à ce propos, je vais vous raconter une histoire très belle et très émouvante. »
Mais, comme elle disait ces mots, le carillon de la pendule leur signifia que Pierre Vanhook devrait attendre le lendemain pour la connaître...


- Acte 3

Comme pour les épisodes précédents, la scène se passe dans le même salon huppé, à Middelkerke Belgique, en août 1933. Un magnifique bouquet de roses orne le manteau de la cheminée.

Pierre Vanhook n'a pas encore très bien dormi. Il ressent que celle dont il découvre l'intimité jour après jour a encore des confidences à lui faire. Ne lui a-t-elle pas annoncé une histoire émouvante ?
Assis en face d'elle, dans son fauteuil habituel, il va l'écouter religieusement. Il se souviendra, il écrira plus tard...
Madame Carmen, posément, pesant chaque mot, raconte :
« Il était une fois un tout jeune homme prénommé Jean. Il était beau, intelligent, aimable. Ensemble, nous avons observé les va-et-vient des chalands sur la Seine, épié les clochards qui dorment sous ses ponts, nous avons écouté le souffle du vent dans les feuilles des peupliers qui la bordent, et nous nous sommes aimés...
Mais c’était un brave et un patriote. Il s’engagea, volontaire mais hélas, succomba sous les tirs ennemis le 31 octobre 1918. Il fut enseveli onze jours plus tard et les mêmes cloches saluèrent l’armistice et le départ de Jean pour l’éternité.
Madame Saint-Vincent sa mère, une très grande dame dont la dignité devant la douleur m’émut plus que je ne puis le dire, me donna une leçon de courage. Je lui restai très attachée, au commencement, pour la mémoire de celui, que, dans le même recueillement nous pleurions ensemble, mais ensuite, pour elle-même.
Cette dame admirable avait un autre fils, Emile, l’homme le plus chevaleresque qui se puisse exister. Un beau matin d’automne, il me demanda ma main et je lui dis oui, pas uniquement je crois, en souvenir de ce frère tant chéri...
Vous comprenez certainement pourquoi mon mari et moi avons prénommé notre fille Jeannine. »
Le reporter toussote, ému, vaguement gêné, et ils dégustent leur thé en silence.
Madame Carmen est perdue dans ses pensées et il ne sait pas comment relancer la conversation. Le charme est rompu. Il ressent que leur entretien est achevé et qu'il doit prendre congé.
Madame Carmen se lève, va cueillir une rose dans un vase posé sur un guéridon et la tend gracieusement à l'homme confus qui rougit...
L’arrivée de Charles Hanson qui se dirige vers lui la main tendue le tire de son embarras. Madame Carmen le salue de la tête et quitte la pièce.
« Vanhook ! Ravi, mon cher, de constater que Carmen ne vous a pas encore dévoré !
- Bonsoir Monsieur Hanson, vous nous avez bien manqué cet hiver à Bruxelles. Notre capitale était bien triste sans vous.
- Et moi, je me trouvais dans une autre capitale avec mon ami Saint-Vincent et cette capitale-là n’était pas triste, croyez-moi ! »

Entre Emile Saint-Vincent. Charles Hanson fait les présentations tout en poursuivant avec enthousiasme à l'attention du reporter qui l'écoute amusé.
« Mon cher, Paris mérite bien sa réputation. Si je vous racontais mes souvenirs, vous tiendriez un article de premier choix pour votre canard, bien que ce brave Offenbach ait déjà, semble t-il, épuisé le sujet. Pendant que ma femme visitait les musées et s’occupait de ses charités et que Titine jouait les cantinières dans je ne sais quel corps de l’Armée du Salut...
- Mademoiselle Laekens était à Paris ? Je la croyais dans le sud de la France avec Madame Carmen comme chaque année pour la saison de la mode...
- Titine a rejoint Carmen et sa fille à Menton pour une partie de la saison mais ensuite elle nous a retrouvés à Paris. Donc, disais-je, pendant que ces dames vaquaient à leurs occupations, Emile et moi-même allions dans les théâtres, les cabarets, les hippodromes...
Emile Saint-Vincent intervient en riant :
- Cesse ton verbiage, Charles, Monsieur Vanhook va s’imaginer que nous nous sommes livrés à la débauche !
Charles Hanson ne l’écoute pas et continue, à l'attention du journaliste :
- Figurez-vous que je suis en train de composer un pamphlet en l’honneur d’Emile. Un pamphlet en alexandrins :

Il est de tous les bridges où il y fait le mort.
Allant de l’un à l’autre il n’a pas son pareil
Pour caler un coussin, préparer un cocktail,
Ou raviver la flamme d’un âtre qui s’éteint,
Ou voler secourir la veuve et l’orphelin.
Il... »

Riant de bon cœur, son ami l’arrête de la main et raccompagne le journaliste un tantinet éberlué jusqu'au perron. Il lui rappelle que c'est le lendemain qu'a lieu la remise des prix du concours de photographies organisé par Amélie Hanson l'épouse de Charles.
Recommandation bien superflue ! Notre journaliste ne manquerait pour rien au monde son quatrième rendez-vous avec ces personnages si hauts en couleur.
Il a accroché à la boutonnière de son veston la rose qu'il glissera ce soir, délicatement, entre les pages d'un livre et il s'endormira en rêvant de midinette.


- Acte 4

Comme pour les épisodes précédents, la scène se passe dans le même salon huppé, à Middelkerke Belgique, en août 1933. Pierre Vanhook est accueilli chaleureusement par les deux joyeux drilles qu'il a quittés la veille.

Madame Carmen qui a pris place dans une confortable bergère près de la fenêtre ne semble nullement impressionnée par les bons mots et les histoires abracadabrantes de son époux Emile Saint-Vincent et de leur ami Charles Hanson.
Ce dernier s'adresse déjà à Mademoiselle Laekens qui vient tout juste d'entrer, il l'interroge sur son emploi du temps de l'après-midi.
« Je ne me suis pas baignée, l’eau était bien trop glacée répond Titine en frissonnant.
- Comment ma chère, vous avez comme amie la couturière qui habille le tout Paris et vous n’avez pas été fichue de lui commander un maillot de bains en lainage pour pouvoir affronter notre Mer du Nord !
Les moustaches à la Hercule Poirot de Charles Hanson sont toutes secouées de rires lorsque pénètre dans la pièce une fillette qui agite les bras en s’écriant :
- Papa, Maman, c’est Mère qui a gagné ! Elle a, même, plus que gagné ! Elle est hors concours !
Madame Saint-Vincent, "Mère" pour sa famille et, très respectueusement "Madame Mère" pour ses amis, est accompagnée de son amie Amélie Hanson. Elle suit sa petite-fille et la réprimande le sourcil courroucé :
- Voyons, Mademoiselle, un peu de tenue s’il vous plaît, vous êtes ici dans un salon, pas sur un champ de courses. Sans prendre garde à la gronderie, la fillette se suspend au bras de son aïeule et la supplie :
- Dis-leur, toi, s’il te plaît, dis-leur que tu as gagné !
Priée de toutes parts, Madame Mère satisfait les curiosités en expliquant qu’elle s’était rendue à la Salle des Expositions et que le jury venait de classer hors concours l'un de ses portraits réalisé quelques trente années auparavant. »
Pendant que tous félicitent Madame Saint-Vincent, Pierre Vanhook le reporter demande discrètement à Charles Hanson s’il a remarqué que, lorsqu’elles sont entrées dans la pièce, la grand-mère a vouvoyé sa petite fille alors que cette dernière a tutoyé sa respectable aïeule.
L’explication est claire :
Madame Mère vouvoie lorsqu’elle réprimande. Sinon, chez les Saint-Vincent, tout le monde se tutoie, comme à la Cour de Belgique !

« Etaient-ce les photographies prises à l’occasion de votre concert à Pleyel ?
La question est posée avec déférence à Madame Saint-Vincent par son amie Amélie Hanson.
- Non, Amélie, je n’ai jamais joué à Pleyel, j’en suis désolée.
Charles Hanson qui écoute d’une oreille distraite, intervient, faussement scandalisé
- Comment chère amie, vous n’avez jamais joué à Pleyel ? Et bien cela me soulage d’un grand poids !
Ils le regardent tous, interloqués, et Charles Hanson de préciser :
- Je n’avais pas encore de reproche à formuler à l’encontre de la France, j’en ai enfin trouvé un ! Arrosons cela ! Venez chez moi, je vous invite tous à boire le champagne. »

Pierre Vanhook, pourtant rompu aux excentricités de cette race de mondains qu'il côtoie habituellement, est fasciné par ces personnages qui se jouent la comédie dans ce salon qui a pris des allures de scène de théâtre.
Rassemblant chapeau, canne, gants, carnet et crayons abandonnés sur un fauteuil, il sort le dernier.
Il jette un ultime regard sur le décor, le salue profondément et, s'adressant à la porte qu'il referme derrière lui, il lui murmure :

Rideau

5

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Gerard du Vingt-quatre · il y a
Lecture passionnante Françoise.
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Frnorac · il y a
Je suis très heureuse que mes personnages authentiques, placés avec malice par mes soins dans ce décor de théâtre, vous aient passionné. Madame Carmen était ma grand-mère ! Merci infiniment - Françoise
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Gerard du Vingt-quatre · il y a
Voilà l'explication !
Amicalement.
GG.

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Miraje · il y a
Rideau, euh ...chapeau ! Une pièce menée de main de maître.
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Frnorac · il y a
Ma réponse un tantinet tardive : Chapeau également à vous qui êtes allée à la découverte de mes personnages authentiques... La pièce est un peu longue et j'apprécie que vous soyez allée jusqu'au rideau ! Merci infiniment - Françoise
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Marie Hélène Peneau · il y a
Merci Françoise pour ce bon moment de lecture.
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Frnorac · il y a
Merci à vous, Marie-Hélène, c'était très courageux de sortir de chez vous avec ce temps glacial pour aller jusqu'au théâtre ! J'apprécie infiniment... Françoise
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Marie Hélène Peneau · il y a
Pour ce théâtre là, je peux faire l’effort chaque jour :-)))
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Le théâtre est si rare sur Shortédition ! Surtout de cette qualité !
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Frnorac · il y a
Quel commentaire de qualité ! merci Patricia. C'est courageux de vous être lancée dans la lecture de ces longues tirades. Je regrette de ne pas pouvoir insérer les photos d'époque de ces personnages réels et pittoresques qui m'ont inspirée, surtout les costumes de bain des années 30 ! Belle soirée et encore merci - Françoise
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Flore · il y a
Une vraie pièce de théâtre, ne manque que le brigadier....C'est plus qu'une nouvelle. Quel travail ! Je suis médusée, les analyses des personnages, les décors...Bravo, mais je relirai, j'ai du en échapper un peu. Merci pour ma soirée de lecture...Au théâtre ce soir...bien mieux que la télé, Les Choristes, j'aime bien mais ai vu plusieurs fois. Là, c'est tout neuf et j'ai appris, entr'autres, la gratte. Je connaissais ce terme pour une guitare, mais pas pour les chutes de tissu. Merci, encore.
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Frnorac · il y a
Vous êtes une lectrice indulgente et... adorable ! J'ai profité de la gratte de Carmen, ma grand-mère, qui me faisait rester debout, sur la table, longtemps pour les essayages ! Vous pourrez lire Carmen mon école de la vie, c'est très court, et vous distraira... un autre soir !
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